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Full text of "Mémoires et observations sur les effets des eaux de Bourbonne-les-Bains, en Champagne, dans les maladies hystériques & chroniques"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2011  with  funding  from 

University  of  Toronto 


http://www.archive.org/details/mmoiresetobserOOchev 


MÉMOIRES 

ET 

OBSERVATIONS 

Sur  les  Effets  des  Eaux  de  Bourbonne-îes« 
Bains ,  en  Champagne,  dans  les  Mala- 
dies hyftériques  &  chroniques. 

Par  M.  Chevalier,  Docteur  en 
Médecine  à  Bourbonne-les-Bains  9  ci" 
devant  Chirurgien  à  l'Hôpital  Royal 
&  Militaire  de  la  même  Ville. 


Ahijjîmui   creavît  de   terra  Medïcamenta  ;    &  vir 
prudens  non  abhorrebït  Ma, 

Ecclesiast.  chap.  j8. 


y 


A    PARIS, 

Chez  Vincent,  Imprimeur-Libraire , 
rue  des  Mathurins,  Hôtel  de  Clugny. 

M    D  C  C    LXXII. 

Avu  Approbation ,  &  Privilège  du  Rot» 

BIBLIOTHECA 
Cttaviens'**, 


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PRÉFACE. 

Èa  efl  cun&is  animantibus  non  fcripta  lex  fed  naïst 
iqnam  moi  gentibus ,  necejfîtas  barbaris  &  ferîs  ,  na= 
tura  ipfa  prefcrlpfit ,  ut  omnia  effet  honefia.  ratio  vlr/t, 
vi  repellendl. 

Cicx.ro  proMilone» 

TOut  homme  qui ,  par  état,  s'inté- 
reffe  au  bien  de  l'humanité ,  en  fe 
faifant  un  devoir  d'offrir  au  public  les 
fruits  de  fes  veilles  &  de  fes  travaux  , 
&  par-là  de  lui  devenir  utile ,  efl  tou- 
jours très-louable.  Mais,  fi ,  dans  les  diffé» 
fentes  recherches  qu'il  fait  pour  perfec- 
tionner une  feience,  en  aplanir  quelques 
difficultés,  il  adopte  un  fyftême,  il  doit, 
avant  que  de  le  donner  pour  une  vérité 
démontrée,  attendre  le  jugement  du  pu- 
blic éclairé. 

Si  l'univerfalité  des  autorités  &  des 
faits  lui  en  découvre  le  faux ,  l'inconfé« 
quence ,  l'illufion,  il  doit,  (  s'il  n'a  d'au- 
tres prétentions  que  le  bien  de  la  chofe,) 
non- feulement  fe  faire  un  devoir ,  mais 
même  un  honneur  de  l'abjurer  ;  autre* 
jnent ,  quelle  idée  peut-on  concevoir  d€ 


ïv  PRÉFACE. 

l'homme  ?  Il  n'eft  perfonne  qui ,  dans  le 
premier  feu  de  l'imagination ,  ne  croye 
fouvent  regarder  avec  les  yeux  de  l'évi- 
dence, &  qui,  avec  un  peu  de  fang-froid, 
ne  reconnoiffe  fon  erreur. 

Mais  hélas  !  trop  d'attachement  à  une 
opinion,  fur-tout  quand  on  l'a  enfantée, 
ne  fouffre  pas  qu'on  lui  oppofe  la  moin- 
dre raifon  ;  &,  s'il  s'y  joint  encore  des 
faits ,  des  preuves ,  des  vérités ,  &  des 
vérités  incommodes  dont  on  voudroit 
fecouer  le  joug,  il  eft  fort  à  craindre 
que  l'orgueil  ne  fe  réveille ,  que  la  paf- 
fion  ne  s'en  mêle,  &  que  les  objections 
les  plus  fenfées  ne  foient  repouffées  par 
des  perfonnalités. 

Telle  eft  la  manière  dont  M.  Pomme 
en  a  ufé  envers  moi  par  rapport  à  mon 
Mémoire  fur  les  Eaux  de  Bourbonne , 
dans  fa  Réponfe  rembrunie  du  mois  de 
Septembre  dernier  (a)  :  au  refte,  ce  pro- 
cédé auquel  je  m'attendois  &   qui  ne 

(a)  Voyez  le  Journal  de  Médecine  du  même 
mois,  note  de  l'éditeur,  page  262  ,  &  la  Lettre 
de  M.  Caziot,  Journal  de  Novembre,  fuivant, 

?age  443* 


PRÉFACE.  y 

m'étonne  pas,  me  laiflbit  entrevoir  qu'en 
relevant  fa  prévention  contre  les  eaux 
thermales,  c'étoit  l'attaquer  par  l'en- 
droit le  plus  fenfible ,  &  qu'il  n'en  re-! 
jetteroit  qu'avec  plus  d'aigreur  &  de 
préfomption  les  preuves  &  les  faits  per- 
manens  que  je  lui  oppofe. 

Si  mon  Mémoire  lui  préfente  des  faits 
contraires  à  fon  racorniflement  &  à  fes 
fpéculations  ;  ce  n'efl  pas  ma  faute ,  & 
il  me  doit  la  juflice  de  penfer,  qu'animé 
du  même  zèle  que  lui  pour  l'intérêt  de 
l'humanité  feulement,  je  ne  pouvois  fans- 
reproche  ,  ni  fans  me  rendre  coupable 
envers  le  public,  taire  l'efficacité  des 
eaux  de  Bourbonne,  conflamment  prou- 
vée par  l'expérience  journalière  ,  &  fa 
fupériorité  fur  l'eau  commune  ,  l'eau  de 
poulet,  la  glace,  le  lait,  le  petit-lait 
dans  les  maladies  nerveufes  &  chroni- 
ques. 

Si  par  hafard  il  a  été  bleffé  de  ce  que 
j'ai  oié  traiter  une  matière  qui ,  félon 
lui ,  n'efl  pas  de  ma  compétence ,  il  fe 
radoucira  peut-être  en  apprenant  que 
mon  établiffement  en  province  m'a  mis 

a  iij 


Vj  PRÉFACE. 

dans  la  néceflité  abfolue  de  m'appliquer 
autant  à  l'étude  de  la  médecine  qu'à 
celle  de  la  chirurgie,  &  que,  depuis  vingt- 
cinq  ans  que  j'y  exerce  fans  relâche 
ces  deux  profeffions  enfemble  ,  j'ai  été 
fort  attentif  à  recueillir  des  faits ,  à  aug- 
menter le  fond  de  connoiflances  que 
l'on  peut  acquérir  dans  l'art  de  guérir 
par  les  eaux  ,  en  s'aflujettiffant  à  la  fim- 
ple  expérience,  &  à  apprécier  les  efforts 
de  la  théorie  pour  éclairer  cette  expé- 
rience dont  tout  le  monde  fe  croit  dé- 
pofitaire  ,  mais  dont  fi  peu  de  gens  fça- 
çhent  tirer  de  vraies  inductions. 

N'étant  queftion  que  de  manier  de 
l'eau  &  de  la  bien  connoître  ;  en  tâchant 
d'ajouter  par  mon  travail,  à  ce  que  j'ai 
trouvé  dans  les  anciens  &  dans  les  mo- 
dernes ,  je  ne  me  fuis  que  trop  fouvent 
apperçu  que  ce  dépôt  précieux ,  confié 
à  l'homme  à  ordre  des  maifons  qui  re- 
çoivent des  malades  qui  viennent  de  loin 
chercher  du  foulagement  ou  la  guérifon, 
étoit  déplacé  à  la  honte  de  l'art,  au 
gommage  d?  ceux-ci,  &  que,  dirigé  par 
une,  routine  aveugle  qui  confiftoit  à  faire 


Vij 


PRÉFACE. 

boire ,  baigner ,  doucher  indiuun&ement 
&  à  outrance ,  il  fourniffoit  un  moyen  de 
plus  à  la  cabale  ou  à  la  cupidité  de 
quelques  hôtes,  ce  qui  m'auroit  effrayé, 
même  dégoûté,  fi  je  n'euile  été  dédom- 
magé par  quelques  fuccès. 

Le  livre  de  M.  Pomme  qui  avoit  fcan- 
dalifé  tant  d'habiles  gens  &  qui  avoit 
ébloui  les  autres ,  me  choquoit  par  la 
bizarrerie  de  Ton  fyftême  que  je  ne  pou- 
vois  en  aucune  façon  accorder  avec  ce 
que  j'avois  vu  &  ce  que  je  voyois. 
S'il  étoit  frondé  de  toutes  parts,  je  fouf- 
frois  impatiemment  que  perfonne  ne  prit 
l'auteur  au  défaut  de  la  cuirafle ,  en  dé- 
fendant les  eaux  thermales,  dont  le  décri 
le  conduifoit  droit  à  fon  but.  Las  d'at- 
tendre ,  j'ai  fourni  en  leur  faveur  & 
contre  lui ,  des  obfervations  qui  pour- 
ront être  utiles  à  qui  fera  fans  doute 
mieux  que  moi. 

Ce  font-elles  vraifemblablement  qui 
l'ont  fi  fort  irrité,  &  contre  lesquelles 
j'avois  attendu  quelque  tems  de  nou- 
velles attaques ,  lorfque  je  me  vis  enfin 
menacé  par  une  Lettre  de  fa  main ,  er» 


a  iv 


viij  PRÉFACE. 

date  du  18  Octobre  1770,  d'une  irrup- 
tion perfonnelle  fi  je  m'avifois  de  repa- 
roître  fur  la  fcène ,  m'obfervant  néan- 
moins que  fi  je  connoiffois  le  prix  de 
fa  démarche  &  que  je  renonçafie  à  mon 
projet,  il  me  difpenfoit  du remerciment 
fans  prétendre  en  tirer  aucun  avantage  ; 
mais ,  de  quelque  manière  que  je  prifle 
la  chofe ,  qu'il  feroit  toujours  vrai  que 
j'aurois  attaqué  un  homme  qui  ne  m'a- 
voit  fait  aucun  mal.  En  conféquence  je 
laifle  ma  réplique  à  la  prétendue  ré- 
ponfe  de  M.  Brun  ;  celui-ci ,  parmi  tant 
d'obfervations,  n'en  ayant  difputé  qu'une 
&  la  moins  intéreffante  ,  j'offre  à  M. 
Pomme  &  à  M.  Brun,  ton  repréfentant, 
bien  d'autres  os  à  ronger,  fans  croire 
manquer  ni  à  l'un  ni  à  l'autre.  Préten- 
droient-ils  que  la  vie  des  hommes  eft 
moins  refpeôable  que  leurs  opinions. 

Je  ne  prononce  rien  fur  les  informa- 
tions que  ces  MM.  ont  faites  ;  peut-être 
fe  font-ils  adreïfés  à  des  perfonnes  mal 
intentionnées  ;  on  a  pu  chercher  à  pré- 
venir ,  à  aigrir  les  efprits  &  à  dénigrer 
les  ehofes  »  quoi  qu'il  en  foit  a  ils  ont  fait 


PRÉFACE.  lit 

peu  de  chemin  dans  la  route  qu'ils  fem- 
bloient  devoir  fuivre  ;  &  ils  auroient 
tort  de  fe  fâcher  qu'on  leur  offrît  l'occa-] 
lion  de  faire  mieux,  &  de  réparer  la  perte 
d'untems  qu'ils  ont  employé  vainement 
jufqu'ici. 

En  multipliant  les  côtés  par  où  MJ 
Pomme  voudra  m'entamer,  je  multiplia 
mes  reifources  en  ufant  les  fiennes ,' 
s'il  en  a,  &  je  ménage  mon  loifir;  je* 
ne  fçais  fi  l'on  a  eu  l'avantage  qu'on  fé 
promettoit ,  de  faire  rire  à  mes  dépens 
amis,  ennemis, -&  cette  troupe  d'oififs  à 
qui,  dans  la  matière  la  plus  grave,  lorf-; 
qu'il  s'agit  de  la  vie  ou  de  la  mort  des 
hommes ,  une  plaifanterie  prouve  plus 
qu'une  raifon  ;  je  ne  fçais  s'il  eft  bien 
plaifant  de  voir  un  M.  Pomme  érigé  en 
potentat  par  fon  compère  ,  M.  le  Brun,' 
&  moi ,  réduit  à  la  condition  de  Mirmi- 
don  ;  jèignore  quel  prix  M.  Pomme  met 
aux  éloges  des  le  Brun ,  mais  je  fens 
qu'il  eft.  heureux  &  commode  d'avoir  à 
fes  ordres  de  pareils  champions  ;  ils  font 
rares  !  on  fe  fent  décoré  par  eux  des  plus 
beaux  noms,  6c  cela  à  charge  de  revanche*' 


x  PRÉFACE. 

S'il  eft  libre  à  tout  homme  de  fens  dé 
préfenter  fes  réflexions  fur  des  matières 
où  il  apperçoit  du  louche  &  de  l'em- 
barras; c'eft,  je  crois,  le  devoir  &  le 
privilège  de  celui  qui  s'en  eft  occupé  par 
état;  je  crois  que  mon  miniftere  m'auto- 
rifoit  &  que  l'intérêt  de  la  fociété  me 
prefcrivoit ,  de  défabufer  le  public  fur 
les  craintes  &  les  dangers  qu'on  a  cher- 
ché &  qu'on  cherche  à  lui  infpirer  à 
l'égard  des  eaux  thermales. 

Le  faux  préjugé  que  l'envie,  l'or- 
gueil ,  l'ignorance  &  la  cupidité  de  cer- 
taines gens  intéreffés  aies  décrier,  ont 
adroitement  répandu  fur  leur  compte  , 
les  a  fait  quelquefois  envifager  comme 
trop  fortes ,  dangereufes ,  non  indiffé- 
rentes, &  capables  de  faire  beaucoup  de 
mal  fi  elles  ne  font  pas  du  bien. 

Cette  prévention  ridicule,  qui  ne  doit 
fon  origine  qu'à  la  faufTe  perfusion  ÔC 
la  crédulité  aveugle,  a ,  malgré  l'éviden- 
ce ,  fait  prendre  plus  d'une  fois  l'ombre 
pour  la  réalité ,  &  entretenu  le  pyro- 
nifme  dont  îe  parent  certains  prétendus 
beaux  efprits. 


PRÉFACE.  xj 

Ces  terreurs  font  fi  fortes ,  que,  quoi- 
que la  vertu  fébrifuge  des  eaux  de  Bour- 
bonne  fût  évidemment  reconnue  &  dér 
montrée  depuis  plus  de  deux  cents  ans,' 
comme  on  le  verra  dans  la  fuite ,  elle  a 
cependant  été ,  tant  par  elles ,  que  par 
la  théorie  fyftématique  ,  qui ,  dans  ce 
tems  ,  s'efî  emparé  des  efprits  au  mépris 
des  connoiflances  cliniques  fi  utiles  ÔC 
néceffaires  dans  l'art  de  guérir ,  mécon- 
nue &  abandonnée, pour  fuivre  une  route 
nouvelle ,  bien  différente  &  moins  cer<* 
taine  que  celle  tracée  par  les  anciens.' 
En  vain  la  nature  reclamoit-elle  quel- 
quefois fes  droits,  on  demeuroit  tou- 
jours fourd  à  fa  voix. 

Cet  aveuglement  impardonnable  fub- 
fifteroit  peut-être  encore ,  fi  de  nos 
jours  un  praticien  aufîi  éclairé  qu'infa- 
tigable n'eût  par  fon  travail  afîidu  ,  mal- 
gré la  rivalité  la  plus  noire  ôç  la  plus 
affreufe,  détruit  la  prévention  Se  fait 
tomber  le  bandeau  de  l'erreur. 

Les  yeux  une  fois  fafcinés  pour  urt 
fyftême  qu'on  a  époufé ,  ne  font  voir 
que  ténèbres  où  eit  la  lumière  ,   que 


xij  PRÉFACE. 

doutes  où  il  y  a  certitude ,  &  qu'incré- 
dulité en  oppofition  aux  preuves  les 
plus  convaincantes.  C'eft  ainfi ,  félon  la 
penfée  d'un  auteur  célèbre,  qu'on  a  nié 
pendant  vingt  ans  la  découverte  &  les 
expériences  du  grand  Newton  fur  les 
fept  rayons  primitifs  Se  inaltérables  de 
la  lumière ,  &  qu'on  lui  a  oppofé  pen- 
dant quarante  les  tourbillons  de  Dé- 
cartes fur  la  gravitation  démontrée.  Si  ,' 
au  lieu  d'avoir  employé  ce  tems  à  com- 
battre par  de  vains  fophifmes ,  on  eût 
répété  ou  fait  répéter  fes  expériences, 
on  ne  fe  feroit  point  expofé  à  la  rifée 
&  au  mépris  des  gens  fenfés. 

Si  ceux  qui ,  fans  connoître  les  eaux 
thermales,  s'élèvent  avec  tant  de  cha- 
leur, en  euffent  agi  ainfi ,  ou  qu'ils  euf- 
fent  vaincu  leur  pareffe  &  leur  obfti- 
nation  par  une  étude  plus  férieufe  ,  plus 
réfléchie ,  &  par  la  recherche  de  leurs 
principes  &  de  leurs  efFets  ,  ils  feroient 
au  moins  parvenus  à  des  connoiffances 
qui ,  en  les  défabufant ,  fi  elles  ne  les 
euffent  obligés  à  leur  rendre  juftice  ,  leur, 
auroient  du  moins  impofé  filence. 


PRÉFACE.  xiij 

II  en  efl  malheureufement  qui ,  quoi- 
que revenus  de  leur  prévention  &-tfé- 
trompés,  &  bien  que  fecrettement  ils 
fe  repentent  d'avoir  hafardé  une  opi- 
nion dénuée  de  vraifemblance ,  aiment 
mieux,  même  au  mépris  réel  de  leur 
gloire  &  de  leur  réputation ,  la  foutenir 
hardiment,  &  fuivre  le  confeil  de  leur 
amour-propre  mal  entendu.  Si  un  mou- 
vement de  confeience  leur  reproche  de 
n'avoir  pas  imité  la  pratique  des  hom- 
mes plus  fages  &  plus  habiles  qu'eux 
qui  les  environnent,  s'ils  fe  promettent 
de  les  fuivre  à  l'avenir,  &  de  marcher  fur 
leurs  traces;  ce  mouvement  paiTe  vite  , 
&  bientôt  le  préjugé,  la  légèreté  re- 
prennent fur  eux  leur  empire  ordi- 
naire. 

C'eit  de  cette  manière,  &  de  proche 
en  proche  ,  que  l'illufion  paiTe  d'un 
homme  à  un  autre  ,  du  voifin  au  plus 
éloigné  ;  que  la  crainte  &  la  pufillani- 
mitié  fubjuguent  jufqu'aux  âmes  les 
moins  faites  pour  en  avoir,  &  leur  laifTent 
de  l'incertitude  fur  des  remèdes  qui , 
/dans  tous  les  cas  où  ils  font  applicables, 


XÏV  PRÉFACE. 

&  appliqués  avec  prudence,  opèrent  fou- 
Vent  des  merveilles. 

C*elt  encore  d'après  de  femblables 
erreurs  qu'on  refte  fouvent  indécis  fur 
le  choix  des  eaux  &  la  manière  de  les 
appliquer,  &  que  nombre  de  malades 
n'arrivent  à  celles  vers  lesquelles  on  a  été 
întéreffé  à  les  envoyer ,  qu'avec  cette 
terreur  qui  leur  fait  appréhender  leurs 
prétendus  redoutables  effets.  Les  uns  ne 
viennent  que  pour  y  baigner  &  fe  gar* 
deront  bien ,  difent^ils ,  de  boire ,  parce 
qu'elles  font  trop  fortes ,  dangereufes 
pour  la  poitrine,contraires  aux  nerfs,&c  : 
tandis  qu'à  leurs  côtés ,  d'autres  con-* 
Vaincus  par  leur  propre  expérience ,  ou 
confeillés  par  des  hommes  vraiment  inf- 
truits,  fe  foumettent  fans  difficultés  à 
tous  leurs  ufages. 

La  chimère  des  premiers,  qui  eft  aufîi 
celle  de  M.  Pomme ,  s'évanouira  tôt  ou 
tard  par  les  exemples  &  les  faits  mul- 
tipliés qui  ne  cefferont  de  prêcher  la 
vérité  :  Opinionum  commenta  delet  dus , 
naturcz  judicld  confirmât. 

11  étoit  néceffaire  de  préfenter  une 


préfacé.       m 

amorce  ;  quelle  meilleure  ,  qu'une  feule 
méthode,  (connue  depuis  long-tems,) 
aifée ,  facile ,  &  un  fyftême  nouveau  , 
(le  racorniffement  des  nerfs.)  Ce  terme, 
à  la  vérité ,  eft  au(S  obfur  que  vuide  de 
fens;  mais  que  faut-ils  de  plus  à  la  mul- 
titude qui ,  moins  elle  entend  ,  plus  elle 
s'émerveille. 

C'eft  cette  nouveauté  finguliere,  qui 
n'en  a  jamais  impofé  qu'à  des  novices , 
que  M.  Pomme  leur  a  préfentée,  ou 
comme  écho  ,  ou  comme  interprête, 
dans  fa  préface  ,  quatrième  édition  , 
pages  13  ,  14,  15  &  16.  Voici  comme 
il  s'exprime  : 

»  De  toutes  les  maladies  qui  affligent 
»  l'humanité ,  il  n'y  en  a  point  dont  la 
»  caufe  foit  moins  connue  ,  &  le  pro- 
»  cédé  curatif  moins  affuré  que  celle 
»  qu'on  appelle  affection  vaporeufe. ,  ou 
»  Amplement  vapeurs  ;  de  tous  les  obfta- 
»  clés  qui  fe  préfentent  pour  parvenir 
»  à  ce  but ,  le  préjugé  des  médecins  eft 
»  celui  qui  me  paroît  le  plus  difficile  à 
»  vaincre  :  en  effet ,  apprendre  aux  uns 
»  une  rouie  nouvelle,  vouloir  forcer  les 


xvj  PRÉFACE. 

»  autres  à  changer  d'Idées  &  de  fyjîême  t 
»  c'eft  l'ouvrage  du  génie  le  plus  fubtil  ; 
»  &  il  ne  faut  rien  moins  que  l'éloquence 
»  la  plus  perfuafive  pour  convaincre  des 
s*  efprits  prévenus,  &  pour  détruire  une 
»  erreur  prefque  univerfelle  ;  »  (  &  fans 
doute  aufîi  pour  en  faire  adopter  une 
autre.  ) 

»  J'en  ai  fenti,  continue- t-il,  toute  la 
«  difficulté  dans  ma  première  entreprife, 
»(cela  n'efl  point  étonnant;)  animé 
»  par  la  vivacité  de  mon  zèle,  j'ai  cru 
»>  que  mon  travail  ne  feroit  point  infruc- 
»  tueux;  mais,  me  fuis-je  jamais  flatté 
»  de  faire  beaucoup  de  profélytes  ?  & 
»  n'avois-je  pas  déjà  prévu  que  le  nom- 
v  bre  des  mécréans  feroit  infini  ?  Les  uns 
»  affervis  au  préjugé  &  trop  intéreffés 
»  à  fuivre  la  routine  ,  refufent  conflam- 
»  ment  de  s'y  foumettre;  &  les  autres 
»  jaloux  des  nouveautés  quand  Us  ne  les 
»  enfantent  pas ,  fe  récrient  fans  fonde- 
»  ment  &  fans  raifon  ,  rejettant  avec 
»  mépris  une  méthode  d'autant  plus  in- 
»  téreffante  que  le  mal  devient  plus  com- 
»  mun  :  tel  a  toujours  été  1'écueil  de  la 

«médecine, 


P  R  È  F  A  CE.  xvij 

S>  médecine ,  (  pourquoi  pas  du  méde- 
»  cin  ?  )  Les  plus  zélés  ne  le  défavoue- 
Vf  ront  pas.  » 

Et  un  peu  plus  bas  :  «Les  motifs  qui 
»  m'obligent  à  lutter  contre  les  plus  re- 
»  doutables  adverfaires,  excuferont,  je 
»  penfe  ,   ma  témérité  ;  perfuadé   que 
»  mon  zèle  à  plaider  la  caufe  du  public 
»  me  donnera  des  droits  fur  fon  indul- 
»  gence  ;  c'efl:  dans  ces  vues  que  j'ai: 
»  rompu  le  filence  une -première  fois  : 
»  les  controverfes  des  médecins  me  for- 
»  cent  à  mé  défendre  ;  Si  je  déclare  d'a- 
»  vance  que  je  ne  cefferai  de  parler  que 
»  quand  on  m'en  aura  impofé  par  des 
»  faits  contraires  à  ceux  que  j'ai  déjà 
»  préfentés.  »  (J'en  offre,  je    crois,  à 
M.  Pomme.) 

Pour  étayer  cet  édifice  frêle  &  chan- 
celant ,  &  lui  donner  au  moins  un  om- 
bre d'apparence,  il  falloit  ou  ébranler 
ceux  qui  étoientconftruits,ou  les  fapper 
par  les  fondemens.  Il  falloit  encore," 
pour  qu'on  n'en  apperçût  pas  la  défec- 
tuofité ,  le  mafquer  avec  un  efpece  de 
clinquant,  qui,  par  fon  faux  éclat,  en 

b 


xviij  PRÉFACE. 

impofât  fur  la  réalité.  Voici  comme 
M.  Pomme  s'y  prend  :  il  imagine  nos 
nerfs  dans  l'état  naturel,  femblables  à 
un  parchemin  trempé ,  mou  &  flexible , 
qui  par  un  défaut  d'humidité  fe  roidit  % 
&  par  une  féchereffe  totale  fe  racornit. 
Voilà  la  pierre  angulaire  de  tout  fon  bâ- 
timent avec  laquelle  il  prétend  tout  dé- 
truire &  tout  renyerfer  ;  fuivons-le  : 
*  On  n'a  qu'à  fe  rappeller  ici  l'effet  des 
»  caufes  éloignées  de  vapeurs ,  &  on 
»  verra  arriver  de  phis  loin  la  fécherefTe 
»  dont  je  parle ,  &  le  racorniffement  qui 
»  la  fuit.  Je  dis  plus ,  qu'on  raffemble  en 
»  même  tems  l'effet  des  remèdes  chauds, 
»  fi  ufités  de  nos  jours  &  fi  vantés  fous 
»  le  nom  tfanti-fpafmodiques  ,  on  verra 
»  augmenter  infenfiblement  la  caufe  du 
»  mal ,  bien-loin  de  la  détruire.  Que  l'on 
»  rappelle  enfin  l'effet  confiant  &  inva- 
»  riable  des  remèdes  oppofés ,  on  fera 
»  forcé  alors  d'avouer  la  méprife,  &  on 
»  fe  réjouira  avec  moi  d'avoir  trouvé  le 
»>  fpécifique.  Les  complications  de  cette 
»  maladie  n'embarrafferont  plus  le  mé- 
»  decin ,  quand  il  fçaura  qu'elles  font  1© 


PRÉFACE.  xïx 

fc  fruit  de  la  première  caufe.  Les  obftruc- 
»  tions  de  tous  les  vifceres  du  bas-ventre, 
»  n'étant  que  l'effet  de  celle-ci ,  céderont 
»  au  torrent  d'une  circulation  plus  libre  : 
»  il  verra  avec  fatisfa&ion  les  merveil* 
»  leux  effets  d'une  méthode  fi  falutaire 
»  par  des  cures  miraculeufes  ;  &  le  fou- 
»  venir  de  tant  d'autres  où  la  pratiqua 
»  ordinaire  l'aura  fait  échouer,  le  con- 
H  vaincra  toujours  plus  de  la  folidité  de 
»  celle  qu'il  aura  nouvellement  embraffée. 
»  En  effet,  combien  d'hydropifies,  d'ana- 
»  farques ,  de  leucophlegmaties  où  le  ra- 
»  corniflement  a  lieu,  &  où  les  hydra- 
»  gogues  les  plus  outrés  font  employés 
»  fans  difcrétion  &  fans  fuccès  !  »   Oh 
pour  le  coup,  voilà  du  plaifant  !  des  nerfs, 
des  membranes ,  &c.  abreuvés  de  toutes 
parts ,  noyés  dans  un  torrent  d'eau ,  être 
racornis ,  defféchés  !  cela  eft  rifible  ,  ÔC 
contre  les  régies  de  la  bonne  phyfique. 
M.  Pomme  me  dira  peut-être ,  comme  il 
a  dit  très-ingénieufement  à  M.  Cofte  , 
que  ma  phyfique  eft  une  lanterne  fourde 
qui  n'éclaire  que  moi.  Eh  bien,  je  lui 
répondrai  que  la  fienne.  gft  une  lanterne-7 


xx  PRÉFACE. 

magique  qui  amufe  tout  le  monde.  Pour- 
fuivons  :  «  Combien  de  jauniffes  hypo- . 
»  condriaques  que  l'on  attaque  jour- 
»  nellement  par  les  apéritifs  les  plus 
»  girofliers  !  &  quelles  en  font  les  fuites  ! 
»  Combien  de  maladies  chroniques  de  . 
»  toute  efpece ,  dépendantes  de  cette 
»  caufe ,  que  la  pharmacie  mutile  ÔC 
»  achevé  après  leur  avoir  donné  naif- 
»>  fance,  à  la  honte  de  ceux  qui  lui  prê- 
»  tent  des  fecours  aufli  avides  que  meur-: 
»  triers  !  La  cafcarille ,  le  cachou  &  tous 
»  les  autres  ftomachiques ,  fi  familiers 
»  aujourd'hui,  céderont  leur  place  aux 
»  remèdes  qui  reftitueront  le  velouté  de 
M'I'eftomac,  &  qui  corrigeront  les  em— 
»  preintes  meurtrières  que  ceux-ci  ont 
»  coutume  d'y  laiffer.  Le  tympanitique 
»  apprendra  à  fe  guérir  par  des  remèdes 
»  oppofés  à  ceux  qui  auront  donné  naif- 
>>  fance  à  fa  maladie.  L'apople&ique  6c 
»  le  paralytique  éviteront  les  eaux  de 
»  Balaruc;  nous  comprenons  avec  elles 
»  toutes  les  eaux  thermales ,  quelles 
»  qu'elles  foient.  L'épileptique  crue  in- 
»  curable ,  &  guérie  2  fervira  d'exemple: 


T  R  Ê  F  A  C  E.  xxj 

*>  à  celle  qui  fera  menacée  de  ce  fléau. 
5>  L'hyftérique  invétérée  &  le  vaporeux 
»  languiffant  trouveront  déformais  unre- 
»  mède  affuré  {a). 

»  Si ,  après  cela,  continue-t-il ,  les  mé- 
»  decins  fe  plaignent  des  difficultés  qu'ils 
»  rencontrent  dans  la  cure  de  cette  ma- 
»  ladie ,  doivent-ils  en  accufer  l'opiniâ- 
»  treté  &  la  bizarrerie  ?  &  ne  doivent- 
»  ils  pas  au  contraire  s'imputer  à  eux- 
»  mêmes  fon  incurabilité  (£)?»  M.  Pomme 
n'a  pas  borné  fon  racorniffement  aux 
feules  maladies  dont  il  vient  de  faire  le 
détail  ;  il  l'a  encore  étendu  à  beaucoup 
d'autres ,  comme  à  la  colique  ,  l'hémop- 
iyfie  ,  la  manie ,  l'odontalgie ,  le  vomif- 
fement ,  la  cardialgie,  le  friffon ,  la  fup- 
prefîion  des  urines ,  des  régies ,  des  lo- 
chies, la  fièvre,  le  flux  hémorroïdal ,  la 
toux,  les  aigreurs  d'eftomac,  l'hémiplé? 
gie ,  fuite  de  l'apoplexie  féreufe  &  fan- 
guine ,  la  fiévre-putride ,  la  vérole  ,  les 
écrouelles ,  le  fcorbut ,  les  pertes  ,  les 


(a)  Préf.  ibid.  pages  18,  19,  20,  &21. 
{j>)  Page  38,  premier  vol.  quatrième  édition-, 

biij 


xxij  PRÉFACE. 

fleurs-blanches ,  &c.  (a)  ;  &  cela  en  raî 
corniflant  tout  !  O  prodige  du  racornif- 
fement  !  ô  multitude  de  malades  racornis, 
que  vous  aurez  d'obligation  àM.  Pomme  , 
d'avoir  réduit  tous  vos  maux  divers  à 
une  feule  caufe  !  ô  bonheur  du  genre 
humain ,  fi  l'on  parvient  jamais  à  trou- 
ver le  remède  du  racorniffement  ! 

J'ignore  ce  que  c'en-  que  ce  racornirTe* 
ment  ;  mais  tout  le  monde  fçait  qu'une 
méthode  bonne  en  elle-même,  étendue 
trop  loin ,  peut  devenir  très-dangereufe, 
&  fouvent  fimefte.  Le  fçavant  M.  Tiffot, 
qui  en  a  fenti  toutes  les  conféquences,  a 
eu  attention  de  prévenir ,  dans  fon  EJfai 
fur  les  Maladies  des  Gens  du  monde , 
pages  135  &  137,  édition  de  Lauzanne  , 
ceux  qui  pourroient  tomber  dans  cet  écart 
&  leur  en  faire  connoître  le  ridicule. 
.Voici  fes  exprefïions  : 

»  La  méthode  des  toniques  &  celle 
»  des  relâchans  ont  leurs  ufages  ;  les  mé- 

»  decins  qui  fe  borneroient  à  l'une  des 

^— — -  . 1 -— 

(a)  Voyez  depuis  la  page  38  du  premier  vo- 
lume de  fon  Traité,  jufqu'à  la  page  40,  &  le  utre 
de  fes  chapitres. 


PRÉFACE.  xxhJ 

»  deux ,  priveraient  une  partie  des  ma- 
»  lades  du  remède  qui  îeur  convient  le 
»  mieux,  &  fe  priveroient  eux-mêmes 
»  des  plaifirs  dufuccès.  Et  plus  loin,  fi 
»  les  hommes  plein  de  génie  &  de  con- 
»  noifTances ,  qui  font  à  la  tête  de  ces 
»  fyftêmes  ,  vouloient  bien  jeter  les 
»  yeux  fur  les  obfervations  qui  leur  font 
»  étrangeres,voir  les  inconvéniens  qu'il  y 
»  a  à  traiter  des  maux  oppofés  dans  leurs 
»  caufes  par  une  feule  méthode ,  à  l'é- 
»  tendre  trop  loin ,  à  méprifer  tout  ce 
»  qui  lui  eft  étranger,  ils  ajouteroient  à 
»  leurs  fuccès  &  à  lareconnoiflance  que 
»  le  public  leur  doit ,  &  ils  fentiroient 
»  bientôt  que  les  régies  &  les  méthodes 
y>  générales  font  dangereufes  en  méde- 
»  cine  ;  elles  rapprochent  les  plus  grands 
»  médecins  des  empiriques  qui  veulent 
»  tout  guérir  par  un  feul  remède ,  & 
»  prétendent  que  tous  les  maux  dépen- 
»  dent  d'une  feule  caufe  :  cela  n'eft  ja- 
»  mais  fi  faux  qu'en  parlant  des  maux 
»  de  nerfs ,  dont  le  traitement  eft  celui , 
»  par-  là  même ,  qui  a  le  plus  befoin  d'être 
»  détaillé.  ». 

b  iv 


xxîv  PRÉFACE: 

La  réflexion  de  cet  homme  illuftré 
fur  les  méthodes  générales  ,  me  rappelle 
un  trait  de  la  Bruyère  contre  elles,  fi 
beau  &  fi  frappant,  que  je  ne  puis  me 
difpenfer  de  le  rapporter ,  perfuadé  qu'il 
garantira  de  l'erreur  ceux  qui  voudroient 
y  donner;  le  voici  : 

»  Carro-Carri  débarque  avec  une  re- 
>»  cette  qu'il  appelle  un  prompt  nmïdc  , 
»  &  qui  quelquefois  efl  un  poifon  lent  : 
»  c'eft  un  bien  de  famille ,  mais  amélioré 
»  en  fes  mains  :  de  fpécifique  qu'il  étoit 
»  contre  la  colique ,  il  guérit  de  la  fié- 
»  vre-quarte  ,  de  la  pleuréfie ,  de  l'hy- 
v  dropifie  ,  de  l'apoplexie ,  de  Tépileplie. 
»  Forcez  un  peu  votre  mémoire;  nommez 
»  une  maladie  ,  la  première  qui  vous 
»  viendra  en  l'efprit:  l'hémorragie,  dites- 
»  vous  ?  il  la  guérit.  Il  ne  reiïufcite  per- 
»  fonne ,  il  efl  vrai;  il  ne  rend  pas  la  vie 
»  aux  hommes,  mais  il  les  conduit nécef-, 
_»  lairement  jufqu'à  la  décrépitude  ;  &  ce 
»  n'eft  que  par  hafard  que  fon  père  & 
»  fon  ayeul,  qui  avoient  ce  fecret,  font 
»  morts  fort  jeunes.  Les  médecins  re- 
»  çoivent  pour  leurs  vifitçs  ce   qu'oc 


PRÉFACÉ.  xxv 

>>  leur  donne  ;  quelques-uns  fe  conten- 
»  tent  d'un  remerciement  :  Carro-Carri 
»  eft  fi  sûr  de  fon  remède  &  de  l'effet 
»  qui  en  doit  fuivre ,  qu'il  n'héfite  pas 
»  de  s'en  faire  payer  d'avance ,  &  de  re- 
»  cevoir  avant  que  de  donner.  Si  le  ma! 
»  eft  incurable ,  tant  mieux ,  il  n'en  eft 
»que  plus  digne  de  fon  application  &C 
»>  de  fon  remède.  Commencez  par  lui 
»  livrer  quelques  facs  de  mille  francs  ; 
»  pafl'ez-lui  un  contrat  de  conftitution  ; 
»  donnez-lui  une  de  vos  terres ,  la  plus 
»  petite ,  &  ne  foyez  pas  enfuite  plus  in- 
»  quiet  que  lui  de  votre  guérifon.  L'ému- 
»  lation  de  cet  homme  a  peuplé  le  monde 
»  de  noms  en  o  &  en  i  ;  noms  vénérables 
»  qui  impofent  aux  malades  &  aux  ma- 
»  ladies.  Vos  médecins  ,  Bordeu ,  Bou- 
»  vart ,  Lorri ,  &  de  toutes  les  facultés , 
»  avouez-le ,  ne  guériffent  pas  toujours, 
»  ni  sûrement  :  ceux ,  au  contraire ,  qui 
»  ont  hérité  de  leurs  pères  la  médecine- 
m  pratique ,  &  à  qui  l'expérience  eft 
»  échue  par  fucceffion ,  promettent  tou- 
»  jours,  &  avec  ferment ,  qu'on  guérira. 
»  Qu'il  eft  doux  aux  hommes  de  tout 


xxvj  T  R  É  FA  C  E. 

»  efpérer  d'une  maladie  mortelle,  &  de 
*  fe  porter  encore  paffablement  bien  à 
»  l'agonie  !  La  mort  furprend  agréable- 
»  ment  &  fans  s'être  fait  craindre  :  on 
m  la  fent  plutôt  qu'on  n'a  fongé  à  s'y  pré- 
»  parer  &  à  s'y  réfoudre.  O  modernes 
»  Efculapes  !  faites  régner  fur  la  terre  le 
»  quinquina  &  l'émétique  ;  conduifez-  à 
»  fa  perfection  la  fcience  des  fimples 
»  qui  font  données  aux  hommes  pour 
»  prolonger  leur  vie  :  obfervez  dans  les 
»  cures ,  avec  plus  de  précifion  &  de  fa- 
»  gefle  que  perfonne  n'a  encore  fait ,  le 
»  climat,  les  tems,  les  fymptômes  & 
»  les  complexions  :  guériflez  de  la  ma- 
»  niere  feule  qu'il  convient  à  chacun 
»  d'être  guéri  :  chaffez  des  corps,  où  rien 
»  ne  vous  efl:  caché  de  leur  économie  , 
»  les  maladies  les  plus  obfcures  &  les 
»  plus  invétérées  :  n'attentez  pas  fur  celles 
»  de  l'efprit,  elles  font  incurables  :  laiffez 
■»>  à  Corine  ,  à  Lcsbie ,  à  Canidie. ,  à  Tri" 
t>  malcion  6c  à  Carpus  la  fureur  de  l'em-, 
»  pirifme  (a).  » 

{a)  Cara&ère  de  la  Bruyère,  pages  161 ,  i6i 
&  163,  Tome  II, 


PRÉFACE.  xxvij 

M.  Pomme ,  ne  f cachant  comment  ac- 
corder fon  grand  racorniffement  avec 
les  obfervations  où  les  malades  ont 
été  traités  par  une  méthode  oppofée  à 
la  Tienne ,  feint  d'y  trouver  des  caufes 
indépendantes  de  celle-là,  &  attaquables 
par  des  remèdes  différens  des  liens ,  ou 
une  humeur  fébrile ,  ou  un  virus  fcorbu- 
tique,  &c.  (a)  Le  fpafme  &  la  convulfion 
ne  font  que  fymptomatiques  dans  ces 
cas;  tandis  que,  félon  fon  fyftême  ,  la 
première  caufe  eft,  toujours  la  tenfion , 
la  féchereffe ,  le  racorniffement  :  «  Par- 
»  tout  où  le  fpafme  fera  compliqué  avec 
»  d'autres  maladies ,  par-tout  il  fe  fera 
»  refpecter  ;  &  les  hume&ans  feront  les 
»  feuls  remèdes  qu'on  pourra  lui  oppo- 
»  fer  (£).  »  Cette  contradiction  avec  lui- 
même,  dévoile  fon  but,  fa  rufe  &  la 
faufleté  de  fa  théorie ,  affez  évidemment 
connue ,  pour  peu  qu'on  le  life ,  Se  tres- 
sa) Voyez  les  notes  au  bas  des  pages  1 3  2.  Se 
140,  Tome  II ,  de  fon  Traité-,  quatrième  édition; 
&  la  page  253  de  fon  premier  volume. 

(b)  Traité  des  Affeûions  vaporeufes  des  deux 
fexes ,  Tomel,  page  49,,..  ïbid» 


xxviij  ?  R  É  F  À  CE. 

fçavamment  relevée,  comme  je  l'ai  déjaî 
fait  remarquer,  par  MM.  Roftain,  Paris, 
Marteau  d'Amiens  ,  Laugier,  Cotte,  De 
Jean ,  Dablain ,  Preffavin ,  &c.  &c. 

Pour  adapter  fa  méthode  à  tous  les 
cas  pofîibles  ,  M.  Pomme  complique  de 
fpafme  &  de  convulsion  la  paralyfie  , 
fuite  de  l'apoplexie  féreufe  ou  fanguine  , 
&  écarte  de  fon  traitement  les  eaux 
thermales.  Après  avoir  établi  ,  d'après 
Frédéric  Hoffmann ,  la  différence  de  l'a- 
poplexie fpafmodique,  &  de  la  paralyfie 
de  même  efpece  qui  lui  fuccede  ordi- 
nairement ,  il  dit  :  «  La  diftinttion  de 
»  celle-ci  d'avec  les  deux  autres  efpeces 
»  que  Ton  connoît  fous  le  nom  iïapo- 
» plexie  féreufe  &  fanguine,  eft  encore 
»  due  à  cet  auteur.  Quoique  cette  der- 
»  niere  participe  beaucoup  de  celle  dont 
t>  il  s'agit ,  le  fpafme  n'en  eft  pas  moins 
»  fouvent  la  véritable  caufe.  La  roideur 
»  des  membres  paraly (es,  &  les  mouve- 
»  mens  involontaires  qu'ils  éprouvent  , 
»  en  font  les  preuves  convaincantes.  Les 
y>  faignées  réitérées ,  les  véficatoires ,  les 
>»  émétiques,  &ç.  produiront  donc,  félon 


PRÉFACE,  xxix 

»  le  même  auteur,  de  funeftes  effets:» 
(  M.  le  marquis  de  Cafiillon  en  fît  la  trille 
expérience;  comme  M.  Emery,  fils,  la 
fît  de  l'application  de  la  glace ,)  «  tandis 
»  que  les  bains  domeftiques ,  le  pédiluve 
»t  &  autres  remèdes  de  même  efpece ,  qui 
»  attaqueront  cette  rigidité  des  nerfs  , 
m  produiront  des  effets  falutaires ,  puif- 
»  qu'ils  faciliteront  la  diftribution  des 
»>  liqueurs ,  en  reflituaut  aux  vaiffeaux 
»  leur  calibre  &  leur  foupleffe. 

»  Mon  témoignage  paroîtroit  ici  fuf- 
»  peu  ,  continue  notre  auteur ,  s'il  n'é- 
»  toit  étayé  de  celui  de  l'auteur  que  je 
»  cite  :  fes  obfervations  en  font  foi.  Je 
»  puis  donc  y  ajouter  que  j'ai  vu  nom- 
»  bre  de  paralytiques  chez  le.fquels 
»  ces  mêmes  remèdes  avoient  procuré 
»  ce  défordre.  Combien  n'ont  pas  ter- 
v  miné  leur  vie  fous  le  joug  d'une  li 
h  cruelle  pratique  ?  Le  dirai-je  ?  l'intérêt 
»  du  public  l'exige ,  &  le  zèle  qui  m'a- 
»  nime  m'y  engage  ;  j'ai  été  le  fidèle 
»  témoin ,  &  plus  d'une  fois,  des  funeftes 
»>  effets  des  eaux  de  Balaruc ,  où  l'on  en- 
»  voie  communément  tous  nos  paraly- 


xxx  PRÉFACE. 

»  tiques  Si.  ceux  des  provinces  voifines  l 
»  fans  égard  &  fans  diftinction.  J'y  ai  vu 
»  un  malade  attaqué  de  la  paralyfie  dont 
»  il  eft  ici  queflion ,  faifi  d'une  fièvre 
»  violente  avec  délire  &  de  mouvemens 
»  convullifs  aux  membres  paralyfés ,  le 
»  premier  jour  qu'il  fut  purgé  avec  ces 
v  eaux ,  au  grand  étonnement  du  mé- 
»  decin  qui  s'en  étoit  chargé.  11  fallut 
»  deux  faignées  &  une  copieufe  boifïbn 
»  d'eau  de  poulet  pour  le  fauver  du  dan- 
»  ger  auquel  on  l'avoit  aveuglément  ex- 
»  pofé. 

»  Ces  eaux  thermales  &  falines  agif- 
»  fent  donc  ici  avec  trop  de  fougue  :  il 
»  en  feroit  de  même  de  toutes  les  eaux 
a)  thermales  ,  quelles  qu'elles  foient. 
«  M.  Le  Roi ,  profefleur  en  médecine  en 
»  Puniverfité  de  Montpellier,  qui  a  écrit 
»  avec  autant  d'élégance  que  de  précifion 
»  fur  la  nature ,  les  effets  &  l'aâion  des 
»  eaux  minérales ,  n'a  pas  oublié  de  nous 
»>  prévenir  fur  l'a&ion  des  eaux  de  Bala- 
»  rue ,  puifqu'il  nous  dit  :  Ad  hoc  auteni 
»  auxilii  geni.  s  non  facile  venias  cum  hominc 
»  qui  aut  podagrusjit,  aut  lue  labont  veae~ 


PRÉ  F  A  CE.  xxxj 

»  reâ,  aut  epileptiœ  obnoxius ,  aut  paflionc 
»  laboret  hypocondriacâ  aut  hyjlericd. 

»  Mais  nous  avouerons  volontiers 
h  avec  lui  qu'elles  réufliront  parfaite- 
»  ment  bien  là  où  le  relâchement  des  fo- 
»  lides ,  &  l'épaiffiffement  &  la  vifcofité 
»  des  humeurs  procurent  la  maladie. 
»  Leurs  effets  miraculeux  atteftent  fi  bien 
9  en  leur  faveur ,  qu'il  feroit  inutile , 
»  pour  ne  pas  dire  ridicule ,  de  vouloir 
»  contefter  leur  mérite  &  leur  vertu. 
»  Nous  avouerons  encore ,  fi  l'on  veut , 
»  qu'elles  peuvent  être  falutaires  dans 
*»  bien  d'autres  circonftances  oii  la  rigi- 
»  dite  peut  être  compliquée  avec  d'au- 
»  très  vices  ;  mais  ce  fera  toujours  fous 
i>  les  conditions  que  l'on  fe  contentera 
i>  alors  de  les  appliquer  extérieurement  ; 
»  &  avec  quelle  précaution  nous  per-, 
»  mettrons-nous  leur  ufage  intérieur  ! 
»  C'eft  ainfi  que  je  conclus  des  autres 
*♦  eaux  thermales  falines  ou  fulfureufes , 
»  à  qui  on  a  vu  opérer  plus  d'une  fois  , 
»  entre  les  mains  des  médecins  habiles  , 
*  de  merveilleux  effets  qui  paroiflent 


xxxij  PREFACE. 

»  contradictoires  avec  la  caufe  que  Ton 

»  avoit  à  combattre  {a). 

L'expérience ,  la  première  des  maî- 
treffes ,  celle  qui  renverfe  &  détruit  les 
plus  beaux  raifonnemens ,  m'a  fait  voir, 
6c  plus  d'une  fois,  des  malades  attaqués 
de  l'apoplexie  fanguine,  féreufe,  fpaf- 
modique ,  &  de  la  paralyfie ,  compagne 
ordinaire  de  l'une  ou  de  l'autre ,  même 
de  celle  qui  n'affecte  quelquefois  que  la 
peau,  fans  intéreffer  les  mufcles,  ou 
ceux-ci  fans  toucher  à  la  peau,  d'autres 
fois  les  fléchiffeurs ,  &  non  les  exten- 
feurs ,  &  vice  verfâ  ;  enfin  une  feule  par- 
tie ou  plulieurs  enfemble ,  comme  une 
paupière  ou  toutes  les  deux,  les  muf- 
cles des  yeux,  ou  féparément  ou  con- 
jointement, ce  qui  conftitue  le  flrabifme 
connivent,  recèdent  &  d'inégale  hau- 
teur ;  un  pied ,  une  jambe ,  un  bras ,  un 
doigt,  plufieurs  enfemble,  quelquefois 


(a)  Traité  des  Affe£Kons  vaporeufes  des  deux 
fexes ,  depuis  la  page  270  jufqu'à  la  page  174  , 
premier  rolume ,  quatrième  édition. 

l'extrémité 


PRÉFACE,  xxxiij 
l'extrémité  de  ceux-ci,  qui  abolit  en  par- 
tie ou  totalement  le  ta&  :  d'autres ,  de 
la  goutte ,  du  rhumatifme  goutteux ,  de 
maladies  vénériennes ,  fcorbutiques ,  de 
l'hypocondriacie ,  &c.  mais  fur-tout  de 
l'affe&ion  hyftérique ,  m'a  fait  voir,  dis- 
je,que  l'ufage  intérieur  des  eaux  deBour- 
bonne ,  loin  de  produire  de  funefles  effets,1 
les  ont  ou  extrêmement  foulages  ou  en- 
tièrement guéris.  Après  cela,  s'écriera-t- 
on encore,  Avec  quelle  précaution  nous 
permettrons-nous  leur  ufage  intérieur  ! 
dira-t-ontoujours,Contentons-nousdeles 
appliquer  extérieurement;  car,  de  cette 
manière ,  elles  n'agiffent  que  comme  de 
l'eau  commune  ;  leurs  effets  ne  fe  rap- 
portent qu'à  de  l'eau  chaude,  &  leurs 
parties  minérales  ne  pénètrent  point  à 
travers  les  pores  de  la  peau  ? 

Il  faut  en  vérité  être  bien  peu  initié 
en  phyfique  &  en  chymie,  pour  faire  un 
aufïï  pitoyable  raifonnement  ;  pour  peu 
qu'on  fçache ,  qu'on  ait  vu  ou  qu'on  ait 
manipulé ,  on  n'ignore  pas  que  les  eaux 
<jui  tiennent  en  diffolution  des  parties 
«unçjraJes.  ?  feimùfes  à  l'aftion  du  filtre  { 


xxxiv         PRÉFACE. 

entraînent  avec  elles,  &  à  travers  les 
pores ,  celles  dont  elles  font  empreintes 
&  chargées.  M.  Pomme  n'auroit-il  ja- 
mais vu  retirer  le  vitriol  des  pyrites, 
extraire  l'alun  des  minéraux  alumineux, 
ou  tout  au  moins  purifier  du  nître  ou  du 
fel  de  fa  cuifine  ?  J'ai  peine  à  le  croire  ; 
cependant  il  fe  feroit  apperçu  que  l'eau , 
filtrée  &  évaporée ,  auroit  formé  de  très- 
beaux  cryftaux  prifmatiques  rayés ,  ou 
cubiques  parfaits  ou  prefque  parfaits  :  il  y 
a  apparence  qu'il  ne  fçaitpasque  de  l'eau 
commune  dans  laquelle  on  a  mis  de  la  li- 
maille de  fer  pendant  un  certain  tems  , 
&  qu'enfuite  on  a  filtrée ,  fe  colore  avec 
l'infufion  des  fubftances  acerbes. 

Quoi  qu'il  en  foit  &  qu'il  paroiffe 
avoir  beaucoup  de  répugnance  pour  les 
véficatoires ,  je  préfume  que,  dans  le 
cours  de  fa  pratique  ,  il  les  aura  fait  ap- 
pliquer quelquefois,  &  qu'il  aura  remar- 
qué ou  appris  que  l'effet  des  cantharides 
ne  fe  borne  pas  à  l'épiderme  ;  qu'il  s'é- 
tend encore  aux  parties  intérieures ,  & 
que  c'eft-là  qu'elles  exercent  leur  prin- 
cipale aûion  &  d'où  dépend  leur  fuccès. 


PRÉFACE.  xxxv 

II  fçait  certainement  que  le  mercure  uni 
à  la  graiffe  qui  lui  fert  d'intermède  pour 
fa  divifion  ,  ou  combiné  avec  elle  fous 
un  état  falin,  donné  en  friction ,  pénètre, 
malgré  l'adhérence  de  la  graifle  à  la 
peau,  jufques  dans  les  plus  petits  recoins 
de  la  machine.  Or  ces  vérités  connues , 
démontrées ,  &  auxquelles  on  ne  peut 
heureufement  donner  atteinte,  mettent 
dans  le  plus  grand  jour  la  faufleté  de  fon 
aflertion,  &  feront  connoître  ,  d'une  ma- 
nière non  équivoque,  que  les  parties  mi- 
nérales dont  font  empreintes  les  eaux 
thermales  dans  lefquelles  elles  font  fi  al- 
koolifées,  fuivent  l'introdu&ion  des  par- 
ties aqueufes  ;  dans  leur  ufage  topique 
même ,  facilitent  l'entrée  de  celles-ci  par 
les  pores  inhalans ,  &  portent  leur  in- 
fluence jufques  dans  les  plus  petits  calibres 
de  notre  corps,  où  elles  excitent  douce- 
ment leurs  parties  folides  ,  en  relèvent  le 
reflbrt  &  le  ton ,  &  divifent  les  humeurs 
qui  y  font  robuftes  ou  en  ftafe  ralenties. 
Le  fel  de  nos  eaux  eft  fi  léger  &  fi 
mobile  ,  qu'il  fuit  l'abondante  évapora- 
tion  qui  fe  fait  de  l'eau ,  à  leurs  fources 

ci) 


xxxvj  PRÉFACE: 
&  dans  leurs  baflins,  pour  aller  s'effleurit* 
à  leurs  parois  &  aux  murs  des  bâtimens. 
On  le  voit  aufîi  s'effleurir  à  la  furface  ex- 
térieure des  vaifleaux  de  terre  non  ver- 
niffés ,  même  vernifles ,  pour  peu  que 
l'émail  (bit  gercé.  Ceci  doit  même  met- 
tre en  garde  contre  ceux  qu'on  emploie 
à  leur  analyfe ,  ou  dans  lefquels  on  veut 
îes  tranfporter,  afin  d'éviter  des  erreurs 
ou  leur  altération  ;  on  préviendra  ces 
inconvéniens  en  fe  fervant ,  dans  l'un  & 
l'autre  cas ,  ou  de  capfules  ou  de  bonnes 
bouteilles  de  verre. 

Il  feroit  bien  difficile,  pour  ne  pas 
dire  impofïible,  de  nier,  après  ces  faits, 
l'introduction  des  parties  minérales  par 
les  cribles  cutanés  :  l'effet,  en  donnant 
comme  la  main  aux  particules  diftribuées 
antérieurement,  en  eu  quelquefois  fi  fen- 
iible,  que  des  malades  que  la  boiffon 
des  eaux,  aidée  de  quelques  purgatifs, 
ïi'avoit  pu  émouvoir ,  fe  font  trouvés 
purgés  par  l'a&ion  combinée  des  eaux 
intérieures  &  extérieures. 

Qr  les  eaux  minérales  &  thermales, 
.ïçunirTant  toutes  les  vertus  &  les  qua* 


PRÉFACE.        xxxvîj 

lstés  de  l'eau  commune ,  comme  je  l'ai 
démontré  à  M.  Pomme  (a) ,  doivent  être 
de  beaucoup  préférables  à  celle-ci  dans 
le  traitement  des  maladies  où  il  prétend 
leur  donner  l'exclufion.  Les  premières 
renfermant  des  agens  qui  n'étoient  point 
altérés  ,  agiront  plus  félon  les  loix  de  la 
fimple  nature  ,  que  les  parties  animales 
extraites  par  le   feu  avec   lefquelles  il 
vient  à  l'appui  des  fécondes,  &  defquelles 
il  fait  un  grand  &  pompeux  étalage.  Les 
unes,  dirigées  avec  prudence  &  connoif- 
fance ,  relèveront  la    fibre    ftomacale  , 
rétabliront  les  fucs  digeftifs  ;  au  lieu  que 
les  autres,  prifes  à  outrance,  détoneront 
la  première  &  émoufferont  les  fécondes. 
Le  défaut  de  connoifTance    fait  fou- 
vent  donner  dans  des  écarts  impardon- 
nables ,  fur-tout  en  médecine.  L'antimoi- 
ne ,  le  mercure,  le  mars,  le  quinquina, 
entre  les  mains  de  ceux  qui  font  ou  qui 
ont  été  dénués  de  jugement ,  font  de- 
venus ou  très-dangereux,  ou  au  moins 
infructueux.  Ce  non-fuccès,  toujours  trop 

(a)  Voyez  le  Journal  de  Médecine ,  mois  de 
Juillet  1770  ,  pages  17  &  18, 


xxxviîj         P  R  Ê  F  A  C  E. 

condamnable ,  doit-il  pour  cela  les  faire 
bannir  de  la  médecine,  &  leur  mériter  le 
nom  de  poifon  ?  S'ils  n'ont  pas  produit 
l'effet  qu'on  en  attendoit  &  rempli  le 
but  qu'on  fe  propofoit ,  qui  en  accufera- 
t-on  alors  ?  fera-ce  l'impéritie  ou  le  re- 
mède ?  Ce  fera  toujours  l'impéritie  du 
médecin  ,  ou  l'indocilité  &  le  mauvais 
état  du  malade. 

Nous  avouerons  volontiers  que  ces 
deux  dernières  circonftances  apportent 
fouvent  de  très-grands  obftacles  à  leur 
réufîite.  On  fçait  que  le  régime  ,  qui  fa- 
vorife  fi  bien  l'aclion  des  remèdes  ,  û 
on  s'en  écarte  ,  rend  les  plus  efficaces 
&  les  plus  énergiques  nuls  ou  prefque 
nuls  ;  cependant  on  voit  aujourd'hui  ce 
moyen  tant  recommandé  &  autrefois 
fi  fcrupuleufement  obfervé,  ou  méprifé 
par  la  plupart,  ou  regardé  comme  un  ra- 
dotage tiré  de  l'ancienne  cuifine. 

Il  y  a  vingt  à  vingt-cinq  ans  que  l'on 
ne  fervoit  aux  eaux  que  des  alimens 
fimples  &  de  facile  digeftion  ,  &  on  s'en 
trouvoit  bi?n;  mais,  depuis  que  cette 
fcience  meurtrière ,  que  l'on  paye  fort 


PRÉFACE.          xxxix 

cher  pour  abréger  agréablement  nos 
jours,  a  pafle  des  capitales  dans  les  pro- 
vinces les  plus  éloignées ,  &  porté  fon 
tifon  deftru&eur  jufques  fur  les  tables 
des  malades,  on  auroit  peine,  en  voyant 
la  plupart  de  celles  fervies  pour  nos  bu- 
veurs d'eau,  à  fe  perfuader  que  ce  fût 
Un  repas  préparé  pour  des  perfonnes 
actuellement  dans  les  remèdes. 

Comment  des  eftomacs  farcis  par  une 
quantité  de  mets  acres,  affaifonnés  &C 
déguifés  de  façon  à  n'en  plus  recon- 
noître  la  nature  ni  l'état  primitif,  de 
boirions  plus  incendiaires  les  unes  que 
les  autres ,  peuvent-ils  foutenir  &c  rece- 
voir un  remède  qui ,  pêle-mêle  avec  le 
produit  de  mauvaifes  digeftions ,  fera 
ou  fans  effet,  ou  entraînera  avec  lui  dans 
les  fécondes  voies  un  chyle  mal  élaboré, 
qui  deviendra  fouvent  la  fource  d'une 
infinité  d'accidens? 

Il  faut  de  nécefîité  &  indifpenfable- 
ment  du  régime  avec  les  eaux  ;  peu  man- 
ger le  foir ,  éviter  la  viande  ,  afin  que 
l'eftomac,  moins  fatigué,  vuide  &  net  le 
lendemain,  fe  trouve  dans  une  difpofition 


lx  PRÉFACE. 

favorable  à  les  recevoir  &  les  diftribuer? 

S'il  eft  effentiel  d'obferver  du  régime , 
il  ne  l'eft  pas  moins  que  l'heure  des  re- 
pas foit  réglée.  Dîner  a  midi  &  fouper 
à  fept  heures,  eft  une  régie  de  laquelle 
on  ne  devroit  jamais  s'écarter  aux  eaux; 
non  plus  que  de  ne  fe  point  expofer  au 
ferein  pendant  leur  ufage ,  afin  d'éviter  la 
fuppreffion  de  la  tranfpiration  qui  eft 
alors  très-facile ,  &  de  ne  pas  pouffer 
trop  loin  les  veilles  pour  ne  point  s'é- 
chauffer &  avoir  le  tems  de  fe  repofer  des 
fatigues  des  exercices  ;  fe  lever  matin 
pour  que  les  eaux  bues  de  bonne  heure 
aient  le  loifir  de  paffer  &  fe  diftribuer 
dans  les  liqueurs  avant  le  dîner. 

M.  Pomme  ne  fait  que  répéter  qu'il 
ne  ceffera  de  parler ,  que  quand  on  lui 
en  aura  impofé  par  des  faits  contraires 
à  ceux  qu'il  a  préfentés  :  il  n'en1  pas  de 
parole  ,  car  je  lui  en  ai  déjà  fourni  ;  je 
vais  encore  lui  en  fournir  d'autres  :  en 
fera-t-il  pour  cela  plus  doux  &  plus  filen- 
cieux ?  c'efl  ce  que  je  ne  crois  pas,  &C 
ce  qui  pumporte  peu. 

MÉMOIRE 


MÉMOIRE 

ET 

OBSERVATIONS 

Sur  les  Effets  des  Eaux  de  Bour- 
bonne-les-B  ains ,  en  Champagne  , 
dans  les  Maladies  hyflèriques  & 
chroniques. 

EN  lifant  le  Traité  des  Affections  vapo- 
reufes  des  deux  Sexes  ,  je  n'ai  pu  voir 
fans  furprife  que  l'auteur  y  profcrit ,  à  la 
page  xxj  de  fa  Préface  ,  quatrième  édition  , 
toutes  les  eaux  thermales ,  en  général ,  du 
traitement  de  ces  maladies.  Si ,  moins  pré- 
venu ,  il  eût  examiné  les  auteurs  qui  ont 
traité  des  eaux  thermales ,  qu'il  eût  vifité  les 
lieux  où  elles  fourdent ,  ou  qu'il  eût  daigné 
confulter  les  perfonnes  de  l'art,  qui  les  di- 
rigent ,  il  auroit  tout  au  moins  appris  qu'il 
n'y  en  a  aucune  d'elles  qui  ne  renferme  , 
en  général ,  toutes  les  qualités  de  l'eau  com- 
mune ,  ck  qui  ne  puifle,  à  jufte  titre,  reven- 
diquer les  guérifons  opérées  par  ce  fluide, 
fi  même  elles  ne  font  pas  plus  efficaces. 

Aij 


4  Mémoire 

Les  eaux  minérales  &  thermales  font  re* 
gardées  de  tous  les  chymiftes  &  naturaliftes, 
comme  des  eaux  fimples  ou  communes  ,. 
chargées  d'une  certaine  quantité  de  matière 
minérale,  qu'elles  détachent  cjC  charrient, 
pendant  leur  circulation  ,  dans  les  entrail- 
les de  la  terre ,  pour  enfuite  les  porter  au 
dehors  :  d'où  ils  concluent  que  ce  n'efl 
que  par  accident  qu'elles  font  constituées 
telles ,  &  que  leurs  propriétés  qui  les  ren- 
dent d'un  ufage  particulier ,  leur  font  étran- 
gères. 

D'après  ces  principes ,  qui  font  confor- 
mes à  la  plus  faine  raifon ,  les  eaux  miné- 
rales &  thermales  font  toutes  des  eaux 
communes  ,  qui  tiennent  en  difîolution 
telle  ou  telle  matière  minérale ,  fuivant  les 
.diverfes  mines  qu'elles  traverfent  dans  le 
fein  de  la  terre ,  avant  que  d'arriver  à  fa 
furface. 

Sous  ce  point  de  vue ,  on  ne  peut  certai- 
nement refufer  aux  eaux  thermales  toutes 
les  qualités  &  les  vertus  de  l'eau  commune, 
encore  moins  les  profcrire  du  traitement 
des  maladies  des  nerfs ,  defquelles  elles 
triomphent  plus  promptement  &  plus  sûre- 
ment que  l'eau  (impie  ,  comme  je  le  prou- 
verai par  l'obfervation. 

Outre  les  qualités  de  l'eau  commune 
que  réunifient  les  eaux  thermales,  elles  en 
renferment  encore  d'autres  par  la  combi- 


SUR  LES  Eaux  de  Bourbonne.     $ 

naifonde  différens minéraux  qui  les  mettent 
bien  au-deflus  de  celle-là ,  dans  la  cure  des 
affections  vaporeufes ,  6k  des  maladies  chro- 
niques. Celles  de  Bourbonne  font  claires, 
&  limpides  comme  une  eau  .chaude  ordi- 
naire ,  ont  un  goût  légèrement  Talé.  Elles 
font  plus  légères  ,  abftraclion, faite  de  leurs 
minéraux,  que  la  meilleure  eafu  commune. 
Elles  contiennent  un  fel  neutre ,  plus  doux 
6k  plus  léger  qn'aucun  de  ceux  que  prépare 
le  feu  de  la  chymie,  dont  les  proportion* 
font  de  foixante-trois  grains  par  livre  d'eau  ,- 
de  la  terre  absorbante ,  un  peu  de  félénite , 
6k  une  légère  portion  de  mars.  Je  n'entrerai 
dans  aucuns  détails  chymiques  fur  ces  pro^ 
duits,  ce  travaij  ne  pouvant  trouver  place 
ici ,  6k  devant  faire  la  matière  d'un  Traité 
particulier  fur  ces  eaux.  Je  me  bornerai  feu- 
lement à  faire  obferver  que  ces  principes , 
préparés  par  les  mains  de  la  nature,  dans 
une  eau  légère,  portés  dans  les  plus  petits 
tuyaux  de  la  machine,  en  délayant  les  huT 
meurs,  &  follicitant  doucement  les  parties 
folides  des  vifceres ,  évacueront  les  matières 
qui  y  font  cantonnées ,  ou  prodigieufement 
ralenties,  en  rétabliront  1er  effort  &  le  ton  , 
apporteront  le  calme ,  corrigeront  le  vice 
des  digeftions ,  ck  enfin  rempliront  la  tri- 
ple indication  fi  fçavamment.  détaillée ,  par 
M.  Laugier,  dans  le  Jourpal  de  Médecipe, 
mois  de  Juillet  1759,  pag.  50.  Il  a  donc  fallu 

A  iij 


6  Mémoire 

le  génie  le  plus  fubtil ,  &  V éloquence  la  plu» 
perfuajive,  pour  condamner  ce  remède, 
fans  le  connoître ,  &  convaincre  le  public 
d'une  erreur  auffi  impardonnable.  Il  n'a 
pas  moins  fallu  la  même  fubtilité  &  la  même 
éloquence  pour  lui  donner  comme  nouveau 
un  fyftême  qui  n'eff.  que  renouvelle.  Qui 
ignore  que  les  Hoffmann  ,  les  Smith  ,  les 
Hancock,  Noguez,De  Mairan,  Mauwaring, 
Keill ,  Baynard  VPrat ,  Floyer,  Elliot ,  Har- 
vëy,Zecchi,  Sennert ,  Browne,  Cheyrie, 
Sy denhani  ,  Pitcarn  ,  Vandér  -  Hey den  , 
Geoffroi,  Hecquet ■',  ■&  le  R.  P.  Bernardo 
de  Caftrogiaanne  ,  Capucin  à  Malthe ,  ont 
écrit  de  l'eau  commune ,  bien  long-tems 
avant  l'auteur  moderne ,  &  ont  reconnu 
qu'elle  pouvoit  être  employée  dans  les 
affections  vaporéufes ,  fans  néanmoins  pros- 
crire de  leur  traitement  les  eaux  minérales  & 
thermales?  M.  Smith  après  lui,  MM.  Allen 
êi'Browne  conféillent  l'ufage  de  l'eau  com- 
mune dans  l?hypochondriacie ,  la  folie ,  la 
mélancolie  St  les  vapeurs  (#  )■ 

Dans  la  Dijfertation  de  M.  HoFFMAN, 
fur  les  Vertus  de  l'Eau  commune ,  on  lit , 
<pag.  3  :  «  Mon  deffein  n'eft  pas  de  rappor- 
y>  ter  ici ,  pour  confirmer  ce  que  j'avance, 
»  lès  effets  falutaires  des   eaux  minérales  , 

■ 

(a)  Voyez  le  Traité  des  Vertus  médicinales  de 
TEau  commune  t  pag.  66,  \l% ,  \%%  &  I2J. 


sur  les  Eaux  dr  Bovrbonne.  j 

»  tant  chaudes  que  froides ,  &  de  prouver 
»  leur  efficacité  dans  la  guérifon  des  infir- 
»  mités  qui  attaquent  le  corps  humain.  » 

Le  même,  pag.  39,  en  parlant  des  ma- 
ladies chroniques,  ck  de  leurs  caufes,  s'ex- 
prime ainn"  :  «Tout  le  monde  convient,  & 
»  l'expérience  prouve  très-clairement  que 
»  les  eaux  minérales ,  tant  chaudes  que  froi- 
»  des ,  font  des  merveilles  dans  la  cure  des 
»  maladies  chroniques:  » 

M .  Smith ,  dans  le  Traité  déjà  cité ,  page  S  , 
dit  :  «  On  peut  ajouter  à  ce  qu'on  vient  de 
»  dire ,  une  obfervation ,  fçavoir  que ,  lorf- 
»  que  les  meilleurs  médecins  ne  peuvent 
t>  pas  venir  à  bout  de  certaines  maladies  „ 
»  ils  confeillent  à  leurs  malades  l'ufage  de 
»  quelqu'eau  minérale.  » 

M.  Noguez ,  dans  fon  Explication  phy- 
Jique  des  Effets  de  l'Eau,  ditauffi,  pag.  441, 
Tome  II ,  des  vertus  médicinales  de  l'eau, 
commune  :  *»  Jufqu'ici  je  n'ai  parlé  que  des. 
»  propriétés  médicinales  de  l'eau  pure  6c 
»  rimple.  Si  nous  jettons  les  yeux  fur  les 
»  eaux  thermales ,  combien  d'efpeces  n'en 
«trouverons-nous  pas?  Combien  n'ont-elles 
»  pas  de  vertus  admirables  ?  ►>  Et ,  après 
avoir  fait  Pénumération  des  différentes  eaux 
thermales  &c  minérales  j  &  des  divers  mi- 
néraux qui  les  conftituent  telles ,  il  ajoute  : 
»  Ces  eaux,  comme  on  fçait,  produifent 

Aiy 


S  Me  moire 

»  des  effets  tout- à-fait  merveilleux,  &  quï 
»  femblent  fouvent  tenir  du  miracle.  » 

MM.  Hancock  ,  Geoffroi  &  Hecquet 
font  les  mêmes  éloges  des  eaux  minérales  ; 
mais ,  comme  les  détails  pourroient  devenir 
trop  longs ,  je  renvoie  le  lecteur  au  Traité 
ci-defTus,  pag.  192,  32.7,  318,  374  ck 

375- 

Peut-on ,  après  de  femblables  autorités 
ck  des  faits  fi  authentiques ,  donner  enfin 
pour  nouveau  un  fyftême  qui  n'a  pour  lui 
que. le  prétendu  racornifTement ,  ck  une 
quatrième  édition  ?  Peut-on,  dis-je,  d'a- 
près ces  mêmes  autorités  ,  interdire  les  eaux 
thermales  de  la  cure  des  affections  vapo-« 
reufes ,  ck  les  envifager  ,  fans  autre  exa- 
men que  la  prévention ,  comme  dange- 
reufes ,  ck  agiffailt  avec  trop  de  fougue  dans 
ces  fortes  de.  cas  ?  Peut-on  encore,  finon 
par  les  mêmes  raifons  ,  &  par  d'autres  que 
le  public  devinera  aifément ,  les  regarder 
comme  inefficaces  dans  les  rhumatifmes  , 
les  feiauques ,  les  obflru&ions  du  foie  OC 
dei autres  vifceres  du  bas-ventre?  Que  l'au- 
teur ie  v'épcuille  de  fon  fyftême;  qu'il  ab- 
jure fa  pathologie  racorniiïante  ;  qu'il  ap- 
prenne à  connoître  la  nature  àes  eaux  ther- 
males ,  .&  leurs  principes  çonftitutifs  ;  qu'il 
s'inftruife  des.lçpres  furprenantes  qu'elles 
ont  opérées  dans,  lesidifférens  cas  où  il  pré- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.    9 

tend  leur  donner  l'exclufion,  il  ralentira  Ton 
vol,  ne  méprifera  plus  le  fils  d'Apollon  ôc 
de  Coronis ,  lui  préfentera  l'encens  qu'on 
lui  offroit  à  Epidaure ,  &  deviendra  alors 
ami  de  l'humanité.  Si  donc ,  moins  aifervi 
au  prétendu  racorniflement  fî  bien  relevé 
6k  difcuté  par  MM.  Roftain ,  Paris ,  Mar- 
teau d'Amiens,  Laugier,  ckc.  il  eût  cher- 
ché ou  voulu  chercher  les  vraies  caufes  de 
ces  maladies,  &  que,  pour  fe  fingularifer , 
il  n'eût  pas  bâti  une  aethiologie  &.  une  thé- 
rapeutique auffi  fpécieufe  qu'illufoire  pour 
quelques-uns,  il  n'eût  certainement  pas  pro- 
noncé auffi  légèrement  ni  auffi  hardiment 
fur  les  effets  des  eaux  thermales.  N'en1- il 
pas  étonnant  qu'il  craigne  leur  activité  dans 
le  traitement  des  vapeurs ,  ek  qu'il  prefcrive 
avec  beaucoup  de  fécurité ,  à  la  page  19  de 
fbn  Traité ,  premier  volume,  quatrième  édi- 
tion ,  diverfes  eaux  minérales  acidulés,  en- 
trautres ,  celles  de  Pafly  ck  de  Calfàbigi  ? 
Ces  dernières,  fuivant  les  Ânalyfes  de 
MM.  Vend  *  Bayen,  Rouelle  ,  Cadet  & 
Monnet ,  font  regardées  comme  les  feules 
eaux  minérales  vitrioliques  martiales,  1111- 
gulieres ,  ck  véritablement  uniques  ;  elles 
iont,  dis-je  ,  regardées  par  ces  grands  maî- 
tres ,  comme  contenant  un  fel  ou  vitriol  de 
mars,  dont  les  proportions  font  de  vingt- 
cinq  grains  par  livre  d'eau  ,  Ôk  ,  par  cçnfe- 
quentj  comme  capables  de  fortement  agacer 


iô  Mémoire 

les  poitrines  foibles ,  ck  les  nerfs  délicats. 
Plusieurs  exemples  prouvent  que  des  eaux, 
bien  moins  abondantes  en  Tels  métalliques , 
&  ,  par  conféquent ,  moins  énergiques  , 
ont  produit  ces  effets  (a).  C'eft  donc  de 
la  nature  &  des  différens  principes  des  eaux 
minérales  &  thermales  ,  que  doit  dépendre 
leur  choix  pour  le  traitement  des  différentes 
maladies.  C'eft  aufli  autant  de  leur  con- 
noifîance  clinique  que  chymique  ,  que  doit 
dépendre  la  manière  de  prononcer  pour 
ou  contre.  Sur  ces  principes ,  j'ofe  afïurer, 
d'après  l'expérience  la  plus  certaine,  que 
les  eaux  thermales  de  Bourbonne,  dirigées 
avec  connoiffance,  parviendront,  d'une  ma- 
nière plus  sûre  &  plus  prompte ,  au  but  que 
fe  propofe  l'auteur ,  ck  que ,  fans  recourir 
aux  deux  extrêmes  ,  (l'eau  chaude  &  l'eau 
à  la  glace ,)  elles  triompheront  du  prétendu 
racorniffement ,  ck  amolliront  le  parchemin 
deiîéché. 

Pour  monter  notre  machine  à  l'uniflbn  , 
fùivant  le  fyftême  renouvelle ,  on  ordonne, 
pour  humeclans  6k  délayans ,  de  la  glace  & 
du  marrube  blatte.  Quel  contrafte  !  Voilà  , 
en  effet,  tracer  une  route  nouvelle,  ck  don- 
ner, fous  le  terme  générique  iïhumectans 
èk  de  délayans ,  des  irritans ,  des  agaçans  , 

(a)  Voyez  le  Journal  de  Médecine, mois  d'A- 
vril 1769,  pag.  330.' 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   ii 

des  toniques  &:  des  échauffons ,  (la  glace, 
les  eaux  vitrioliques ,  le  marrube  blanc,  &c.)- 
Comment  donc,  par  ces  moyens,  corriger 
le  prétendu  vice  qu'on  attaque ,  (  le  ra- 
corniflement  des  nerfs ,  ou  leur  tenfion?  ) 
C'eft-là  ce  qui  s'appelle  une  contradiction  ; 
&  c'eft-là  vouloir  apprendre  aux  connoif- 
feurs  ce  qu'ils  n'auroient  jamais  pu  imagi- 
ner ni  concevoir  ;  induire  en  erreur  ceux 
qui  ne  peuvent  démêler  le  faux  d'avec  le 
vrai ,  &  entretenir  la  pareffe  de  ceux  qui  , 
peu  ftudieux ,  &  par  un  Certain  penchant  , 
préfèrent  leurs  plaifirs  à  leur  état ,  &  qui , 
pour  en  jouir ,  adoptent  des  idées  plus  agréa- 
bles que  juftes. 

Comment  encore  concilier  la  glace ,  les 
bains  &  les  lavemens  à  la  glace  avec  les 
obftru étions  du  foie,  de  la  rate,  du  pan- 
créas ,  de  l'eftomac  &  autres  vifceres  du 
bas- ventre  ?  Cette  méthode  glaciale ,  en 
faifant  refouler  le  fang  de  la  circonférence 
au  centre  ,  &  en  répercutant  l'humeur  de 
l'infenfible  tranfpiration,  augmentera  les  en- 
gorgemens ,  les  embarras,  les  ftafes,& ,  par 
conféquent ,  les  accidens. 

Que  l'on  ouvre  les  auteurs  qui  ont  éctit 
des  eaux  thermales  :  que  l'on  confulte  les 
plus  célèbres  médecins  :  que  l'on  en  ap- 
pelle à  l'expérience  même  ,  tout  parlera 
en  leur  faveur,  dans  ces  circonftances ,  & 
les  juftifîera  de  l'injufte  reproche  qu'on  leur 


ii  Mémoire. 

fait.  MM.  Hubert  Jacob ,  chirurgien ,  & 
Thibault,  médecin,  qui  ont  écrit  de  celles 
de  Bourbonne ,  l'un,  en  1600,  &  l'autre, 
en  1658,  ont  dès-lôrs  reconnu  leur  effi- 
cacité dans  les  maladies  convulfives.  M.  Ja- 
cob ,  en  parlant  des  maladies  auxquelles  ces 
eaux  conviennent,  dit  :  «Les  autres  mala- 
vdies,  comme  vertige,  léthargie,  endor- 
»  miffement ,  mélancolie  ,  débilité  de  mé- 
»  moire,  y  trouvent  notable  ibulagement, 
»  moyennant  que  le  tout  Toit  conduit  par 
»  l'expert  médecin. 

»  La  paralyfie ,  maladie  fi  grande ,  &  de 
»  fi  difficile  cure,  y  eft  guérie,  fi  on  prend 
»  réiolution  d'y  demeurer  long-tems. 

»  Les  convulfions  des  bras ,  des  jambes , 
»  du  col ,  des  épaules ,  les  nerfs  endurcis  ck 
»  retirés  s'y  fortifient ,  ck  reçoivent  la  gué- 
»  rifon. 

>>  Les  tremblemens  démembres,  ck.au- 
»  très  affections  du  cerveau,  y  font  guéris.  » 

M.  Thibault,  chap.  xj,  page  36,  en  par- 
lant des  maladies  auxquelles  les  eaux  de 
Bourbonne  profitent  en  particulier ,  dit 
auilî  :  «  Les  tremblemens  ck  débilité  de 
»  membres  ,  provenant  d'une  obftrucYion 
»  de  nerfs ,  6k  non  d'un  âge  décrépit ,  les 
»  paralyfies,  les  convulfions,  tant  la  géné- 
»  raie  ,  qui  occupe  tout  le  corps  ,  que  la 
»  fpéciale  de  quelque  partie,  comme  celle 
»  du  vifage ,  du  nez,  de  l'œil,  des  lèvres, 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   15. 

»  reçoivent ,  par  la  boiffon  de  ces  eaux ,  & 
»  par  les  bains,  un  très-notable  allégement, 
»  moyennant  que  le  tout  foit  conduit  par 
»  l'avis  &  les  confeils  d'un  expert  médecin.  » 

Depuis  eux  ,  combien  de  cures  admira- 
bles &  furprenantes  n'ont-elles  pas  opé- 
rées ?  Mais ,  hélas  !  les  faits  les  mieux  con- 
nus ,  les  guérifons  les  mieux  avérées  ne 
feront  jamais  qu'une  trop  légère  impreffion 
furies  efprits,  ou  trop  prévenus,  ou  trop 
peu  inftruits  de  la  nature  de  ces  eaux.  Con- 
duits par  des  vues  particulières  &  perfon- 
nelles,  ils  ne  craindront  pas,  pour  en  écar- 
ter leurs  malades  ,  de  les  leur  faire  envi- 
fager,  ou  comme  dangereufes,  ou  comme 
meurtrières. 

Hoffmann  ,  dans  fa  Dijfertation  fur  les 
Eaux  du  bas  Seker,  &  dans  celle  fur  les 
Eaux  &  le  Sel  de  Sedlit^ ,  fe  plaint  de  ce 
que  le  faux  préjugé ,  l'orgueil ,  l'ignorance 
ck  l'envie  font  fi  grands  chez  quelques  mé- 
decins, qu'ils  ne  difcontimient  pas  de  dé- 
crier ces  eaux ,  jufques-là  qu'un  médecin 
aflféz  connu  avoit  ofé  avancer  en  bonne 
compagnie ,  que  ces  eaux  contenoient  de 
l'arfenic  ,  &  que  c'étoit  de  ce  poifon  qu'elles 
tiroient  leur  qualité  purgative.  Cette  impu- 
tation odieufe  eft  fi  bien  réfutée  par  ce  grand 
maître,  que  je  crois  devoir  rapporter  ici  ce 
qu'il  dit  à  ce  fujet ,  afin  de  convaincre  les 
mêcrèans ,  &  d'ouvrir  les  yeux  aux  aveii' 
gles  volontaires. 


=f4  Mémoire 

i°«La  terre  même  ne  produit  de  l'arfe- 
m  fenic  nulle  part  ;  mais  c'eft  une  chofe  con- 
»  nue  que  ce  poifon  eft  une  production  de 
»  l'art ,  &  qu'on  le  tire  du  cobalt ,  ou  de  la 
»  mine  de  cuivre  ,  par  la  violence  du  feu , 
»  à  mefure  qu'on  fait  le  bleu. 

2°  «  C'eft  encore  une  chofe  qu'on  fçait, 
»  que  les  eaux  ,  qui  fe  trouvent  dans  les  en- 
»  droits  d'où  le  cobalt  fort ,  ne  font  ni  vé- 
»  néneufes  ni  purgatives  ;  &  ,  par  confé- 
«  quent, quand  même  nos  eaux  couleroient 
»  par  une  femblable  mine  ,  elles  n'en  fe- 
»  roient  point ,  pour  cela ,  empoifonnées , 
»  &  n'en  tireroient  point  leur  vertu  purga- 
*  tive. 

30  «  On  ne  trouve  pas  même  dans  les 
»  environs  de  Toplitz,  ni  dans  le  voifinage 
y>  de  notre  fource  amere ,  la  moindre  appa- 
»  rence  de  cobalt. 

4°  «  L'arfenic  étant  le  plus  fort  de  tous 
»  les  poifons  ,  &  le  plus  mortel ,  il  fuffiroit 
>»  que  nos  eaux  en  euffent  la  plus  légère 
»  teinture ,  pour  que  Tufage  en  fût  fuivi  de 
»  la  mort.  Mais,  fuppofé  qu'on  ne  fçût  pas 
»  en  faire  l'analyfe  ,  pour  fçavoir  ce  qu'elles 
m  contiennent,  &  de  quoi  elles  font  capa- 
»bles,  l'expérience  journalière  ne  prouve- 
nt-elle  pas  qu'elles  ne  font  pas  mal-faifantes, 
»  mais  qu'au  contraire ,  elles  produifent  des 
»  effets  falutaires. 

5°  «  Je  voudrois  donc  bien  fçavoir  corn- 
»  ment  ck  fur  quel  fondement  on  voudroit 


Sur  lesEauxde  Bourbonne.    15 

éprouver  à  priori,  par  des  expériences 
»  faites  fur  nos  eaux ,  qu'elles  contiennent 
»  de  l'arfenic,  ou  feulement  une  fubftance 
»  qui  en  approche  ;  car  je  fuis  pleinement 
h  perfuadé  que  la  chofe  n'eft  pas  poffible. 
»  Si  l'on  prétendoit  trouver  cette  preuve 
»  dans  leur  vertu  purgative  même ,  il  fau- 
»  droit  dire  auffi ,  par  la  même  raifon ,  que 
»  les  eaux  de  Carlsbad ,  le  fel  d'Epfom ,  la 
»  magnéfle ,  contiennent  auffi  de  l'arfenic  ; 
»  ce  qui  cependant  eft  abfurde.  » 

En  imitant  un  fi  beau  modèle ,  ne  pour- 
rois- je  pas  dire  que  je  voudrais  bien  fçavoir 
comment  &  fur  quel  fondement  on  exclut 
du  traitement  des  affe&ions  vaporeufes  tou- 
tes les  eaux  thermales  ?  En  éludant  le  mo- 
tif, on  fe  contentera ,  fans  doute ,  de  répon- 
dre qu'elles  font  dangereufes,  &  agiflent 
avec  trop  de  fougue.  Ne  ferai-je  pas  en 
droit  de  demander  que  l'on  me  prouve  à 
prioriXt  pourquoi  Se  le  comment?  En  atten- 
dant cette  preuve,  je  vais  oppofer  des  faits 
contraires  à  ceux  préfentés  par  l'auteur,  que 
je  foumets  volontiers  à  fa  critique,  &  qui 
peut-être  le  feront  cefler  de  parler  auffi  dé- 
fàvantageufement  des  eaux  thermales. 

Iere  Observation.  Mademoifelle  de  la 
Salle  de  Sarre- Louis ,  âgée  de  dix-huit  à  dix- 
neuf  ans,  d'un  tempérament  fort,  vif  & 
(ànguin ,  point  réglée ,  étoit  fuje^te ,  depuis 
un  an,  à  des  attaques  de  fuffocations  hyfté- 


i6  Mémoire 

riques ,  accompagnées  de  mouvemens  con- 
vulfifs  &  fpafmocliques  dans  prefque  toutes 
les  parties  du  corps.  Les  paroxyfmes ,  qui 
étoient  affez  fréquens,  s'annonçoient ,  ou 
par  un  étranglement  à  la  gorge,  ou  par  un 
ou  deux  cris  perçans,  qui  étoient  auffi-tôt 
fuivis  de  fpafmes  dans  les  bras,  les  jambes, 
les  cuiiTes ,  5>c  enfuite  de  convulfions  dans 
les  mêmes  parties.  Un  plus  long  &  plus 
■violent  qu'à  l'ordinaire  fe  termina  par  une 
paralyfie  de  toutes  les  extrémités  inférieures. 
Le  ventre ,  qui  étoit  pareffeux ,  le  devint  un 
peu  davantage  par  cet  accident.  Ce  fut  dans 
cet  état,  ck  après  avoir  ufé  d'eau  ferrée  avec 
les  doux  rouilles,  de  lait,  de  petit-lait,  de 
bouillon  de  mou  de  veau  ,  &  de  beaucoup 
de  lavemens ,  qu'elle  fut  envoyée  aux  eaux 
thermales  de  Bourbonne ,  dans  le  mois  de 
Juin  1753.   Trois  mois  de  leur  ufage  en 
boiflbn ,  bains  &  douches,  pendant  lefquels 
elle  effuya  une  dixaine  de  paroxyfmes  avec 
les  mêmes  fymptomesqueci-devTus,  lui  ren- 
dirent une  parfaite  famé  dont  elle  jouit  jus- 
qu'au mois  de  Février  1766,  qu'elle  périt  à 
la  fuite  d'une  couche. 

II.  ObS.  Mademoifelle  de  Serriere  de 
Sarre-Louis  ,  âgée  de  dixrfept  ans ,  d'un 
tempérament  fanguin ,  vive  &  robufte,  eut, 
dans  le  courant  de  Novembre  1764,  à  la 
fuite  d'une  longue  fyncope ,  après  une  fai- 
gnée  au  bras ,  un  accès  de  vapeur  fî  confî- 

dérable  , 


SUR  LES  Eaux  de  Boureonne.    17 

dérable ,  qu'il  fut  fuivi  ,  à  l'inftant ,  d'une 
paralyfle  complette  depuis  la  ceinture  juf- 
qu'en  bas.  Les  remèdes,  ufîtés  en  pareils 
cas ,  ayant  été  fans  effets ,  on  l'envoya  aux 
eaux  de  Bourbonne  ,  le  23  Janvier  fuivant: 
elle  logea  chez  moi. 

Elle  n'eut ,  depuis  fon  premier  accident 
jufqu'à  ce  jour,  aucun  accès  vaporeux. 

Sa  paralyfie  étoit  à  un  fi  haut  degré  , 
qu'elle  étoit  infenfible  à  une  épingle  en- 
foncée profondément  dans  fes  jambes  &  Ces 
cuhTes. 

Deux  jours  après  Ton  arrivée,  elle  fut 
mife  à  l'ufage  des  eaux  en  boifîbn  :  le  troi- 
sième qu'elle  en  but ,  elle  eut ,  fur  le  foir , 
un  ferrement  à  la  gorge ,  qui  fut  au(fi-tôt 
fuivi  de  perte  de  connoiffance ,  accompa- 
gnée, tantôt  de  hoquets  très-violens  tantôt 
de  cris  aigus  6>c  perçans,  enfin  de  mouve- 
mens  convulfifs  fi  terribles  ,  que  q  latre 
hommes  eurent  peine  à  la  contenir  fur  fon 
lit  :  cet  accident  dura  quinze  jours. 

Depuis  ce  jour,  qui  étoit  le  18  Janvier, 
les  mêmes  fymptomes  reparurent ,  tous  les 
deux  ou  trois  jours,  avec  la  même  vio- 
lence ,  la  malade  éprouvant  de  plus  ,  dans 
les  mufcles  de  la  refpiration  <k  du  bas-ven- 
tre ,  quelquefois  les  plus  rudes  fecoufTes. 
Dans  ces  inftans,  le  diaphragme  s'élevoit 
&  s'abbairloit  avec  une  telle  vîtefTe  ,  que  la 
poitrine  imitok  très-bien  alors  le  mouve-* 

B 


j8  Mémoire 

ment  d'une  vague  fortement  agitée  par  îa 
tempête.  Une  autre  fois  ,  elle  ouvroit  de 
grands  yeux  ,  flxoit  quelqu'un ,  &  tout-à- 
coup  fe  précipitoit  deffus ,  comme  pour  le 
dévorer.  Si ,  en  cherchant  à  l'éviter ,  quel- 
ques-uns de  fes  vêtemens  lui  tomboient  fous 
la  main  ,  elle  ne  les  quittoit  pas  qu'elle  n'eût 
emporté  la  pièce.  Cette  trifte  &  cruelle  fitua- 
tion  duroit  des  dix-huit,  vingt  heures ,  pen- 
dant lefquelles  elle  avoit  quelques  courts 
momens_de  rémiffion,  &  revint  à-peu- près 
dans  le  même  ordre,  jufqu'au  n  de  Mars. 
Depuis  cette  époque  jufqu'au  i  5  Avril , 
les  accidens  s'éloignèrent  ,  furent  moins 
longs,  &  ne  revinrent  que  tous  les  cinq,  fix 
ou  huit  jours.  Leurs  commencemens  étoient 
alors  en  tout  femblables  aux  autres;  mais , 
une  heure  ou  deux  après ,  les  mouvemens 
convulfifs  cefToient  comme  par  enchante- 
ment ,  &  étoient  fuivis  de  rêves  dans  lef- 
quels  elle  racontoit  toutes  fes  affaires  parti- 
culières &  domeftiques ,  &  tout  ce  qu'elle 
avoit  vu  ou  entendu  ,  les  jours  précédens. 
Malgré  ces  orages  qui  auroient  pu  en  impo- 
fer  à  un  médecin  peu  au  fait  dçs  eaux  ther- 
males ,&  qui ,  en  les  faifant  cerTer ,  n'eût 
certainement  pas  manqué  de  leur  donner  la 
brillante  ép'ithèteàefougueufes;  elles  furent 
néanmoins  continuées,  dans  les  tems  de  ré- 
miffion ,  tantôt  en  boifïbn ,  tantôt  en  bains 
ou  en  douches ,  jufques  fur  la  fin  de  Mai  5 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  19 
qui  fut  le  moment  de  fa  guéïifon  comme 
de  fa  fanté. 

III.  Obs.  Madame L.  C.  D.  âçée 

de  trente-fîx  àtrente-fept  ans  ,  d'un  tempé- 
rament bilieux,  fanguin  ,  vive,  d'une  cons- 
titution affez  délicate  ,  fut  envoyée  à  Bour- 
bonne ,  en  176} ,  pour  une  hémiplégie  va- 
poreufe,  bien  complette ,  à  laquelle  fe  joi- 
gnoit  une  obftruétion  douloureufe  au  foie. 
Une  certaine  répugnance  ,  qu'on  lui'  avoit 
infpirée  pour  la  boiffon  des  eaux ,  lui  per- 
mit à  peine  d'en  boire  un  ou  deux  petits 
gobelets  par  jour ,  pendant  les  huit  ou  neuf 
premiers  jours  de  leur  ufage;  enforte  que  , 
dans  l'efpace  d'un  mois  qu'elle  y  refra,  le 
tems  fut  employé  particulièrement  en  bains, 
douches  &  friétions  qui ,  à  la  vérité  ,  rap- 
pelèrent ,  à  un  peu  de  foibleffe  près ,  le 
bras ,  la  jambe  &C  la  cu'uTe  paralyfés.  Ce  fut  - 
ces,  auffi  prompt  qu'inattendu,  détermii  a 
la  malade  à  s'en  retourner  ,  bien  conten  e 
de  fon  voyage.  L'hiver  fuivant,  quelque; - 
uns  des  accidens ,  qui  avoient  donné  naii- 
fance  à  l'hémiplégie  dont  la  caufe  n'avo  t 
été  qu'effleurée  par  la  boiffon  ,  reparurent , 
&  portèrent  de  nouveau  fur  le  côté  malade. 
Ils  l'arFoiblirent  affez  pour  qu'elle  pût  à 
peine  s'en  fervir.  Elle  revint  à  nos  eaux, 
l'été  fuivant ,  &  en  fit  ufage  ,  félon  la  me- 
thodô  ordinaire,  en  boiffon,  bains,  dou- 
ches ,  pendant  près  de.fix  femaines  ;  ce  qui 

Bij 


îo  Mémoire 

les  fit  triompher  de  la  maladie  ck  de  fa  caufe. 
La  confiance,  que  cette  dame  prit  en  ce  re- 
mède, lui  a  mérité  fa  reconnoiflance  par  deux 
voyages  qu'elle  y  a  encore  faits  depuis. 

IV.  Obs.  Mademoifelle  Denay  de  Vicq, 
en  Lorraine,  âgée  de  dix  huit  ans ,  d'un 
tempérament  fanguin  ,  d'un  caractère  gai , 
naturellement  vive ,  d'une  conftitution  ro- 
bufte ,  fe  trouvant  dans  le  même  cas  que 
mademoifelle  de  la  Salle  citée  à  la  première 
obfervation ,  fut  envoyée  à  Bourbonne,  au 
mois  de  Juillet  1761,  où,  en  deux  mois,  elle 
guérit,  comme  elle  par  le  même  traitement. 
Elle  s'eft  mariée  depuis ,  ck  fe  porte  bien. 

V.  Obs.  Mademoifelle  de  Horne  de  Ver- 
dun, âgée  de  trente-deux  ans,  d'un  tem- 
pérament fec  ck  bilieux ,  mélancolique ,  ck 
mal  réglée ,  étoit  devenue  paralytique  de 
toutes  les  extrémités  inférieures ,  depuis 
trois  ans,  à  la  fuite  de  plufîeurs  accès  de  va- 
peurs. Sa  fîtuation  étoit  telle  qu'elle  ne  pou- 
voit  aller  d'un  endroit  à  un  autre ,  qu'on  ne 
l'y  portât  comme  un  enfant.  Dans  cet  état , 
elle  fut  envoyée  aux  eaux  de  Bourbonne  , 
le  10  Juin  1763  ,  plus  pour  lui  perfuader 
qu'on  ne  vouloit  rien  négliger  pour  lui  pro- 
curer des  fecours  ,  que  dans  l'efpérance 
d'une  guérifon.  Elle  trompa  tous  ceux  qui 
s'intéreffoient  à  elle.  Quatre  mois  d'ufage 
des  eaux  eu  boiffon ,  bains  ck  douches  ^ 
pendant  lefquels  elle  eut  plufîeurs  accidens 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  2* 

précédés  &  fuivis  de  mouvemens  fpafmo- 
diques  &  convulfîfs  ,  &  où  elle  perdoit 
tout-à-coup  la  connoirTance  aufli  fubitement 
que  dans  l'apoplexie ,  la  guérirent  très-bien, 
&  la  mirent  en  état  d'aller  à  pied,  à- l'ex- 
trémité de  Bourbonne ,  rejoindre  fa  voiture. 
Un  fécond  voyage  ,  qu'elle  y  fit ,  l'année 
fuivante ,  la  mit  à  l'abri  de  tous  ces  accidens 
hyftériques. 

VI.  Obs.  Mademoifelle Robinet  de  Ver- 
dun ,  âgée  de  vingt-huit  ans ,  d'un  tempé- 
rament fec  &  fanguin ,  vive,  d'une  humeur 
gaie ,  vint  aux  eaux  de  Bourbonne  ,  dans 
les  commencemens  de  Juin  1764,  pouf 
une  hémiplégie  légère ,  à  la  fuite  d'une  af- 
fection hyftérique ,  &  une  obftrucYion  au 
foie.  Pendant  trois  mois  qu'elle  fit  ufage  de 
ces  eaux  en  boififon ,  bains  &  douches ,  elle 
eut  quinze  à  feize  paroxyfmes  qui  s'annon- 
cèrent par  des  mouvemens  fpafmodiques  &Ç 
convulfifs  dans  les  jambes  ,  les  cuifTes ,  les 
bras,  &c  fur-tout  du  côté  malade.  La  fin  du 
fîxieme  fe  termina  par  la  perte  fubite  des 
jambes  qui  ne  fe  rétablirent  qu'au  bout  de 
trois  femaines.  Elle  s'en  retourna,  à  la  fin 
de  Septembre ,  en  bon  état ,  &  revint  , 
Fannée  fuivante ,  à  caufe  d'un  peu  de  foi- 
blefife  qu'elle  reffentoit  encore  à  la  jambe , 
&  de  fon  obftruclion ,  qui  cédèrent  à  cette 
faifon. 

VII.  Obs.  Madame âgée  de  qua- 

8  iij 


si  Mémoire 

rante  ans ,  d'un  tempérament  phlegmatique, 
parfois  mélancolique  ,  vint  aux  eaux  de 
Eourbonne  ,  dans  le  mois  de  Juillet  1764, 
pour  une  hémiplégie  précédée  de  mouve- 
mens  fpafmodiques  :  elle  fe  plaignoit  aufïi 
d'étourdifTemens  ,  de  foiblefîe  d'eftomac  , 
&:  d'une  douleur  aiguë  vers  l'occipital.  En- 
viron foixante  jours  d'ufage  des  eaux  ,  pen- 
dant les  années  1764  Se  1765,  en  bains, 
douches ,  ck  particulièrement  en  boiflbn  , 
l'ont  délivrée  de  ces  accidens. 

VîK.  Obs.  Mademoifelle  Terrafle  de 
Bourbonne  ,  d'un  tempérament  fanguin  , 
d'une  constitution  forte  &  robufte,  fut  atta- 
quée, au  commencement  de  l'année  1754, 
à  la  fuite  d'un  grand  chagrin,  d'un  hoquet 
qui ,  en  imitant  un  abboyement ,  fe  faifoit 
entendre  au  loin. 

Pendant  fix  mois  qu'elle  en  fut  tourmen- 
tée prefqne  journellement ,  à  différentes 
heures ,  elle  éprouvoit ,  tantôt  des  fuffoca- 
tions ,  tantôt  des  convulfions  :  d'autres  fois, 
elle  chantoit ,  pleuroit,  rioit  ou  déraifon- 
noit.  Toute  cette  fcène  fe  termina  enfin ,  à 
la  fuite  d'un  accès  très-violent ,  par  une  hé- 
miplégie complette,  qui,  après  fix  mois 
d'ufage  des  eaux  en  boiffons ,  bains  ,  dou- 
ches ,  pendant  lefquels  elle  eut  plufieurs 
fois  lehoquet  &  des  convulfions ,  céda  avec 
les  autres  accidens  :  elle  s'eft  toujours  bien 
portée  depuis. 


SUR  LES  EàTJX  DE  BOURBONNE.      1$ 

IX.  Obs.  La  fille  Thomas  de  Bour- 
bonne ,  mariée  aujourd'hui  au  nommé 
Roux ,  invalide ,  âgée  de  vingt-fix  ans  , 
d'un  tempérament  bilieux ,  mélancolique  , 
ayant  la  poitrine  délicate ,  fut  attaquée ,  en 
1757,  d'un  ferrement  à  la  gorge,  avec 
perte  de  connoiflance  pendant  une  demi- 
heure  ,  qui  fut  fuivi  d'hémiplégie.  Elle  prit 
quelques  bains  de  nos  eaux  thermales ,  qui 
guérirent  la  jambe  :  quelque  tems  après ,  le 
bras  fe  trouva  mieux.  DifTérens  accès  fem- 
blables  au  premier,  que  fon  indocilité  pour 
les  eaux  &  pour  le  régime  lui  fit  effuyer, 
pendant  le  cours  de  fix  ans ,  portèrent  de 
nouveau  fur  le  bras  feulement ,  &  la  ren- 
voient paralytique  pour  huit ,  quinze  jours, 
un  mois ,  fix  femaines ,  plus  ou  moins.  Fa- 
tiguée de  ces  alternatives  toujours  alarman- 
tes ,  elle  fe  détermina  à  faire  un  ufage  ré- 
gulier &  foutenu  des  eaux  qui ,  dans  quatre 
mois ,  lui  donnèrent  une  fanté  confiante. 
Elle  eft  accouchée,  il  n'y  a  pas  long-tems, 
de  fon  troifieme  enfant. 

X.  Obs.  Mademoifelle  Prémiral  de 
Metz,  âgée  de  vingt-fix  ans,  après  avoir 
efluyé  des  maux  de  tête  &  d'eftomac  vio- 
lens ,  perdit  plufieurs  fois  la  connoiflance  , 
éprouva  des  mouvemens  convulfifs ,  qui  fe 
païïbient  Se  revenoient ,  à  des  intervalles 
de  quelques  jours  :  il  s'y  joignoit  des  étouf- 
fêmens  &  des  fufTocations  fpafmodiques  , 

Biv 


44  Mémoire 

qui  faîfoient  craindre  pour  elle.  A  ces  acci- 
dens  fuccéda  la  paralyfie  la  plus  complette 
des  parties  inférieures ,  qu'éluda ,  pendant 
fix  mois ,  l'action  des  topiques ,  bains  do- 
mestiques, frétions,  &c. 

Le  retour  des  accidens  menaqoit  d'une 
apoplexie  foudroyante  ;  &  il  fut  réfolu,  en 
1745,  au  mois  de  Janvier,  qu'elle  viendroit 
à  Bourbonne  où  elle  arriva  avec  un  chirur- 
gien qui  la  faigna  du  pied  en  chemin  ;  ce 
qui  fe  pratiquoit ,  tous  les  huit  ou  quinze 
jours.  Elle  y  pafTa  le  refte  de  l'hiver  qui 
fut  rude,  s'y  baigna  feulement.  Au  bout  de 
deux  mois ,  elle  recouvra  l'ufage  de  fes 
jambes  :  ce  fuccès  la  fit  refter,  tout  l'été. 
Elle  éprouva  encore  des  fymptomes  hyfté- 
riques  ,  violens ,  mais  non  fî  fréquens ,  qui. 
la  firent  revenir  en  1746  &  1747,  date  de 
la  fanté  permanente  ,  dont  elle  jouit. 

Elle  n'a  point  reçu  de  douches ,  point 
ufé  des  eaux  en  boifïbn  :  fa  répugnance , 
qui  étoit  invincible ,  a ,  fans  doute,  retardé 
fa  guérifon. 

XI.  Obs.  Mademoifelle  Lange  de  Be- 
fançon,  âgée  de  vingt-deux  ans,  efTuyoit, 
depuis  cinq  à  fix  ans,  des  coliques  intefti- 
nales ,  ftomachales ,  hémorrhoïdales  ,  trois 
ou  quatre  fois  par  an  ;  les  régies  étoient  dé- 
rangées :  il  s'y  joignoit  des  foiblefifes  in- 
complettes ,  qui  la  fatiguoient  à  l'excès  par 
leur  longue  durée.  Les  inquiétudes,  la  mé- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne;   iç' 

ïancolie,  la  parefle  excefîive  de  la  malade, 
qui  par  elle-même  eft  gaie,  vive  ;  une  ten- 
fion  fpafmodiqiie  abdominale ,  qui  précé- 
doit  &  accompagnoit  ces  accidens  qui  du- 
roient  huit  à  quinze  jours,  &  fe  terminoient 
par  des  rénefmes  &  des  hémorrhoïdes  in- 
ternes ,  de  deux  à  trois  jours ,  qui  la  défo- 
loient ,  &  lui  faifoient  oublier  fes  autres 
maux.  M.  Ton  père ,  profefTeur  en  méde- 
cine ,  eut  autant  à  fouffrir  par  fa  tendreffe 
que  par  l'inutilité  de  (es  confeils  ;  les  bains 
domeftiques  froids ,  chauds  ;  rien  ne  fut 
omis.  Elle  employa  en  vain  les  eaux  de 
Luxeuil,  tant  intérieurement  qu'extérieure- 
ment,  pendant  les  années  1764  &  1756. 
Deux  faifons,  pendant  lefquelles  elle  fe  tint 
à  la  boiflbn  feule  de  celles  de  Bourbonne  , 
en  1 766 ,  lui  rendirent  toute  fa  fanté. 

XII.  Obs.  Françoife  Garnier  de  Bour- 
bonne ,  âgée  de  trente-un  ans ,  d'un  tem- 
pérament fanguin ,  d'une  confhtution  forte 
ck  robufte ,  fut  attaquée  ,1e  13  Août  1760, 
d'une  douleur  de  tête  qui  fe  faifoit  fentir 
particuliérement  vers  l'occipital ,  en  s'éten- 
dant  le  long  de  la  partie  poftérieure  du  col, 
accompagnée  de  fièvre  aflez  forte.  Une 
faignée  du  bras  &  une  du  pied,  fuivies 
d'un  cathartico-émétique ,  &  d'un  léger  mi- 
noratif ,  apportèrent  beaucoup  de  diminu- 
tion à  cette  douleur ,  &  éteignirent  la  fiè- 
vre. Malgré  le  régime  le  mieux  obfervé  , 


\G  Mémoire 

ce  calme  apparent  ne  fe  foutînt  que  cînq[ 
ou  fix  jours.  Alors  la  douleur  revint  avec  la 
même  force  :  il  s'y  joignit  de  plus  des  mou- 
vemens  fpafmodiques  &  convulfifs  dans  les 
bras,  les  jambes ,  les  cuifles,  les  mufcles  de 
la  face  ,  ceux  de  la  mâchoire ,  Sec.  Ces  nou- 
veaux accidens,  qui  furent  combattus,  pen- 
dant deux  mois,  avec  les  délayans,  leshu- 
meclans ,  les  pédiluves ,  ne  laifTerent  pas 
que  de  fe  reproduire  une  quinzaine  de  fois 
dans  cet  efpace  de  tems ,  &  de  fe  terminer 
par  une  hémiplégie  bien  complette. 

L'inutilité  de  ces  moyens  me  détermina 
à  lui  confeiller  nos  eaux,  &  à  lui  en  faire 
faire  ufage  en  boiflbn ,  bains  ck  douches. 
Dans  les  premières  fix  femaines  qu'elle  en 
ufa ,  les  mêmes  fymptomes  reparurent  en- 
core fix  fois  ;  mais  enfin  ils  cefferent.  La 
jambe  commença  à  prendre  du  mouve- 
ment ,  &  fe  rétablit  en  entier ,  fix  autres 
femaines  après. 

Indépendamment  de  ces  fuccès ,  le  bras 
relia  encore  paralytique  pendant  onze  mois. 
Impatiente  &  fatiguée  de  ce  que  cette 
partie,  qui  lui  étoit  très-néce flaire  à  caufe 
de  fon  état,  ne  revenoit  pas,  elle  réfolut 
d'aller  trouver  un  empyrique  du  voifinage  , 
qui  avoit  la  réputation  de  guérir  toutes  les 
paralyfies  :  e'ie  y  alla  ,  en  effet.  Dès  le  len- 
demain de  fon  arrivée,  on  lui  prépara  des 
fumigations  avec  différentes  herbes  &  bois 


SUR  LES  EAUX  DE  BOURBONNE.  VJ 
aromatiques ,  fur  lefquels  le  bras  malade 
étoit  expofé  &  frictionné ,  pendant  une 
heure ,  avec  des  fommités  de  genévrier 
vertes  ck  épineufes ,  &  enfuite  enveloppé 
d'une  flanelle  bien  chaude. 

Un  mois  entier ,  qui  fut  employé  à  cette 
méthode,  diamétralement  oppofée  à  celle 
renouvellée  par  l'auteur  du  Traite  des  Affec- 
tions vaporeufes,  ck  pendant  lequel  elle  fut 
purgée  trois  fois  avec  des  draftiques ,  lui 
rendit  le  bras  dont  elle  s'eft  toujours  bien 
fervie  depuis. 

XIII.  Obs.  Françoife  le  Gros  de  Bour- 
bonne ,  âgée  de  vingt-fept  à  vingt-huit  ans, 
hémiplégique  à  la  fuite  de  hoquets,  de  fuffo- 
cations ,  de  foibleffes ,  de  fpafmes ,  (  à  un 
peu  de  fenfîbilité  près ,  dans  le  cas  de  cha- 
grin ,  )  a  été  guérie  par  l'ufage  ordinaire  des 
eaux  de  Bourbonne. 

XIV.  Obs.  M.  Sigault  de  Dijon  étoit 
atteint  de  douleurs  lombaires  &  feiatiques  , 
fi  opiniâtres  &  fi  violentes ,  que  ,  depuis 
trois  ans ,  quoique  jeune  &  vigoureux ,  il 
falloit  qu'il  fût  toujours  au  lit.  Les  articula- 
tions fupérieures  des  fémurs  étoient  embar- 
raffées  ck  indociles  :  les  vertèbres  des  lom- 
bes avoient  une  faufle  direction  qui,  pour 
peu  qu'elle  eût  augmenté  ,  auroit  amené  la 
paralyfie  des  extrémités  inférieures. 

Homme  d'efprit,  Se  ne  fçachant  rien 
négliger  pour  fortir  de  {011  état,  où  il  étoit  en 


iS  Mémoire 

proie  aux  douleurs  les  plus  atroces  ,  dou- 
leurs qui  lui  donnoient  des  entraves  que 
tous  les  moyens  imaginables  ne  purent 
rompre ,  il  vint  à  nos  eaux ,  en  1763. 

Cette  maladie  devint  l'opprobre  de  la 
médecine  délayante  ou  ordinaire.  (  Enfin  , 
dans  ce  cas  comme  dans  tant  d'autres,  vit- 
on  jamais  oublier  les  délayans ,  fous  quel- 
que forme  que  ce  foit ,  foit  intérieurement, 
foit  extérieurement?  )  Elle  céda  à  un  ufage 
de  deux  mois  &r  demi  de  boiffon  fort  mo- 
dérée ,  &  de  pratiques  extérieures.  M.  Si- 
gault  noya  fes  douleurs  dans  nos  eaux  , 
redevint  droit ,  &  marcha  bien. 

Il  y  revint ,  l'année  fuivante  ,  en  bonne 
fanté ,  capable  de  faire  des  voyages  à  pied, 
de  chaffer  &  de  danfer ,  Se  depuis  il  ne  con- 
noît  pas  même  le  local  de  fes  maux. 

XV.  Obs.  Je  ne  puis  omettre  un  exem- 
ple de  guérifon  femblable  à  celui  ci,  & 
d'autant  moins  que  le  malade  avoit  été  traité 
très-fcrupuleufement  félon  la  méthode  rela- 
tive au  racorniffement ,  &  fous  les  yeux  de 
ion  auteur. 

Ilyavoitlong-temsque  M.  Le  Senefchal, 
de  Paris  ,  receveur  des  domaines  &  bois , 
avoit  mal  aux  reins  &  aux  cuiffes.  Il  re- 
marquoit  que ,  depuis  quatorze  ou  quinze 
ans ,  il  ne  pouvoit  fe  tenir  aifément  de- 
bout, ou  marcher  comme  les  jeunes  gens 
de  fon  âge  :  tout  étoit  cependant  fuppor- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   29 

table;  &  lui  feul  connoifToit  fà  fituatiorL. 

Deux  ans  avant  fon  arrivée  ici,  en  1768, 
les  douleurs  augmentèrent  afîez  rapidement 
pour  devenir ,  de  tems  en  teins ,  insuppor- 
tables :  leur  progrefîion ,  ne  lui  biffant , 
dans  la  fuite  ,  prefque  plus  de  relâche  , 
l'empêcha  de  marcher  aifément.  Les  reins 
s'engagèrent  alors  à  un  fi  haut  point,  &  les 
douleurs  fciatiques  devinrent  fi  fortes ,  que 
la  colomne  vertébrale  fortit  de  fa  direction  : 
le  fommeil  &  la  faculté  de  marcher  cent- 
rent. On  confulta  de  tout  côté  ;  &  il  n'y 
eut  pas  de  tentatives  qu'on  ne  fît.  Le  triom- 
phe fut  réfervé ,  (tout  bien  examiné  &  jugé 
inutile ,)  à  la  méthode  nouvelle ,  à  la  feule, 
l'unique  ,  la  miraculeufe ,  qui  fut  employée 
en  vain  comme  le  refte. 

M.  Le  Senefchal  prit,  pendant  trois  mois 
confécutifs ,  les  bains,  chacun  de  deux  heu- 
res ,  félon  les  nouveaux  principes,  qui  d'ail- 
leurs étoient  la  boufïole  du  régime. 

La  maladie  perfifta  :  on  confulta  de  nou- 
veau ;  on  craignit  beaucoup  pour  une  dislo- 
cation des  vertèbres ,  ou  une  ankylofe  du 
fémur.  Après  une  mûre  délibération ,  il  fut 
décidé  qu'on  enverroit  à  Bourbonne  M.  Le 
Senefchal.  11  donna  aux  eaux  près  de  deux 
mois ,  pendant  lefquels  il  les  but ,  les  em- 
ploya en  bains  &  en  douches  :  ces  bains 
étoient  au  même  degré  de  chaleur  que  ceux 
qu'il  avoit  pris  à  Paris.  Il  en  partit,  pouvant 


30  Mémoire 

marcher,  dormir,  &  fans  ces  craintes  qu'il 
y  avoit  apportées ,  dont  les  fondemens  s'é- 
croulerent ,  &  biffèrent  place  aux  plus 
grandes  efpérances  d'une  guérifon  com- 
plexe &  radicale. 

Elles  étoient  telles ,  qu'ayant  éprouvé  , 
pendant  l'hiver,  quelques  difficultés  de  mar* 
cher,  quelques  infomnies,  il  revint  aux  eaux, 
en  1769,  y  refta  fix  femaines ,  ne  fit  que  les 
boire ,  &  efl  actuellement  infiniment  mieux. 

Par  une  Lettre  que  ce  M.  vient  d'écrire 
à  M.  notre  fubdélégué  ,  ck  dont  je  joins  ici 
copie  ,  il  fait  une  peinture  de  ion  état  qui 
pourroit  autorifer  un  enthouiiafte  à  s'écrier: 
Quelle  mitamorphofc  ! 

»  A  Paris  ,  ce  27  Mars  1770.  >» 

»  Je  vais  fatisfaire  avec  plaifir,  Monfieur, 
»  au  détail  que  vous  me  demandez  au  fujet 
m  de  mon  rhumatifme.  Il  a  commencé  ,  en 
»  1766 ,  dans  l'été  ;  &  je  fouffrois  alors ,  de 
»  tems  en  tems  ;  mais  la  chaleur  de  la  fai- 
»  fon  ,  fans  doute  ,  diifipoit  l'humeur  au 
»  point  de  me  lailTer  beaucoup  de  relâche. 
»  Au  mois  d'Octobre  de  la  même  année  , 
»  le  mal  fe  fit  fentir  beaucoup  plus  violem- 
»  ment,  ck  augmenta  de  telle  façon  ,  que 
»  je  fus ,  à  la  fin  du  mois ,  au  point  où  vous 
»  m'avez  vu  ,  à  mon  premier  voyage  de 
»  Bourbonne.  Je  quittai  la  campagne  où 
»  j'étois,  &:  je  vins  à  Paris  confulter  mon 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  3 1 
»  médecin  qui  m'ordonna  de  prendre  des 
m  bains  &  des  douches  à  Paris  ;  ce  que  je 
h  fis ,  pendant  vingt  jours ,  fans  refTentir 
»  de  foulagement.  Il  me  purgea  enfuite  de 
»  tems  en  tems ,  &t  me  dit  qu'il  falloit  pa- 
»  tienter  jufqu'au  printems  ,  pour  prendre 
»  les  eaux  de  Bourbonne.  Je  fus  tout  l'hiver 
»  à  vivre  de  régime ,  Se  à  prendre ,  tous  les 
»  matins ,  du  lait  coupé  avec  de  la  farce- 
»  pareille  ;  ce  qui  me  faifoit  beaucoup  fuer. 
»  Je  vous  paflfe  beaucoup  de  topiques  de 
»  bonne-femme ,  de  graifle  de  pendu ,  re- 
»  mèdes  dont  je  crois  qu'il  eu.  aufîî  inutile 
»  de  parler,  que  de  s'en  fervir.  Enfin  ,  au 
»  mois  de  Mai  1767,  je  fentis  quelques  fou- 
»  lagemens  que  j'attribuois  aux  remèdes  , 
»  &  que  je  devois  bien  plutôt  à  la  tempéra- 
»  ture  de  l'air.  Alors  je  cefTai  les  remèdes, 
»  &;  j'efpérai  que»  l'été  acheveroit  ma  gué- 
»  rifon.  Je  ne  voulus  point  entendre  parler 
»  de  Bourbonne  ,  d'autant  que  j'avois  un 
h  voyage  indifpenfable  à  faire  dans  ma  gé- 
»  néralité.  Je  le  fis  ;  &  le  mal  recommença, 
»  aux  mois  d'Octobre  &  de  Novembre  , 
»  à  peu-près  comme  l'année  précédente. 
»  De  retour  à  Paris ,  ayant  beaucoup  en- 
»  tendu  parler  des  guérifons  des  maladies 
m  des  nerfs ,  que  faifoit  M.  Pomme ,  je  fus 
»  le  confulter.  11  me  fît  grand  plaifir ,  en 
»  me  difant  qu'il  étoit  bien  éloigné  de  me 
»  coafeiller  les  eaux  ;  que ,  fi  j'y  avois  été,. 


3 1  Mémoire 

»  mon  mal  auroit  été  incurable.  Il  me  con- 
»  feilla  de  me  mettre  au  lait  pour  toute  nour- 
»  riture  ,  ck  de  prendre,  tous  les  jours,  des 
»  bains  domeftiques,  pendant  deux  heures. 
»  Je  fus  obligé  de  quitter  le  lait,  au  bout 
»  d'un  mois ,  parce  qu'il  m'incommodoit 
»  trop  ;  mais  je  continuai  toujours  les  bains 
»  pendant  trois  mois ,  c'eft- à-dire  jufqu'au 
»  mois  de  Mars  1768.  Alors ,  ne  trou- 
»  vant  aucun  foulagement  ,  je  renvoyai 
»  M.  Pomme;  ck  je  revins  à  mon  médecin 
»  ordinaire ,  ck  à  M.  Morand  ,  très -fameux 
»  chirurgien ,  qui  tous  deux  ,  après  m'avoir 
»  bien  examiné  ,  me  confeillerent  les  eaux 
»  de  Bourbonne ,  ck ,  en  attendant  la  faifon, 
»  me  firent  prendre  différens  remèdes  ck 
»  friclions  féches ,  qui  n'opérèrent  rien  du 
»  tout.  Enfin  je  fus  aux  eaux  ,  au  mois  de 
»  Juin  1768  :  j'en  pris,  deux  faifons,  qui  me 
»  foulagerent  un  peu.  Je  les  ai  reprifes ,  en 
»  1769;  ck  je  m'enfuis  trouvé  infiniment 
»  mieux.  Je  dors  actuellement  environ  fix 
»  heures  ;  ck  je  n'en  dormois  tout  au  plus 
»  que  trois.  Je  puis  marcher  pendant  au 
»  moins  une  heure  ;  ck  vous  fçavez  que  je 
»  ne  pouvois  que  me  traîner.  Mon  corps 
»  eft  revenu  dans  fon  état  naturel;  ck  tout 
»  le  mal  que  je  reflens  préfentement,  eft, 
»  lorfque  je  me  réveille ,  6k  que  j'ai  marché 
»  un  peu  de  tems,  des  cuirions  très-violentes 
»  dans  la  plante  des  pieds  ;  ce  qui  fe  pafTe, 

»un 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  3  j 
»  un  quart  d'heure  après  que  je  fuis  levé  ou 
»  repofé.  Voilà,  Monfieur,  au  jufte  mon 
»  état  parlé  ck  préfent  :  je  fouhaite  que  ce 
»  récit  détermine  la  perfonne  à  laquelle 
*>  vous  vous  intérerlez,  à  prendre  confiance 
»  au  feul  ck  unique  remède  auquel  je  dois 
»  ma  guérifon.  » 

»  J'ai  l'honneur  d'être  ,  ckc. 

Signé  Le  Seneschal. 

XVI.  Obs.  Madame  de  Chelincourt , 
religieufe  de  la  Préfentation  à  Metz,  âgée 
de  quarante-un  ans ,  efluya ,  pendant  près 
de  deux  ans ,  différens  accès  de  vapeurs  , 
avec  perte  de  connoiflance ,  fpafmes  uni- 
verfels  ,  qui  affectoient  particulièrement  les 
mufcles  intercoftaux ,  ck  le  diaphragme  ,  de 
façon  à  mettre  les  poumons  ck  le  cœur  fous 
le  joug  le  plus  violent.  La  compreflion  de 
ces  organes  étoit  fi  forte,  qu'il  s'enfuivoit 
des  crachemens  de  fang  terribles.  Ces  hé- 
moptyfies  étoient  fi  abondantes  ,  qu'elles 
paroiffoient  plus  redoutables  que  les  afphy- 
xies.  On  oppofoit  conftamment ,  6k  avec 
fuccès ,  aux  premières ,  des  faignées  très- 
fréquentes  ,  ck  fi  bien  placées ,  que  chaque 
fois  qu'elles  étoient  employées ,  une  efpece 
de  réfurrection  prenoit  la  place  d'une  mort 
imminente.  Pendant  le  cours  de  ces  deux 
années  ,  elle  fut  faignée  deux  cens  fois  :  il 

C 


34  Mémoire 

le  joignoit  même  à  ces  hémoptyfies  des 
hémorrhagies  utérines  ou  vaginales. 

Enfin  l'hémiplégie  fuccéda  à  ces  acci- 
dens  ;  fut  rebelle  à  tous  les  moyens  em- 
ployés ,  délayans  &  autres  ;  &  on  crut  irh- 
difpenfable  de  l'envoyer  à  Bourbonne ,  pour 
le  recouvrement  de  lés  membres  paraîyfés  , 
&  même  des  mouvemens  de  la  langue  qui 
ne  faifoit  que  balbutier ,  ou  tout  au  plus 
graffayer.  Elle  y  arriva,  en  1753.  Malgré 
la  contre-indication  apparente  du  retour  des 
hémoptyfies  &  des  hémorrhagies  à  crain- 
dre ,  elle  y  fit  ufage ,  pendant  tout  l'été  , 
tant  intérieurement  qu'extérieurement,  des 
eaux  qui  furent  ménagées  par  la  malade  &c 
le  médecin  avec  une  circonfpe&ion  mêlée 
de  terreur  relative  à  la  crainte  du  retour 
des  irruptions  fanguines. 

Il  reparut,  fous  l'ufage  même  des  eaux  , 
des  fymptomes  vaporeux  ,  que  l'on  com- 
battoit  autant  par  la  fufpenfion  de  cet  ufage, 
que  par  des  faignées ,  préfervatives  de  nou- 
velles hémorrhagies ,  que  l'on  pratiquoit , 
foit  au  bras  ,  foit  au  pied  ,  [fi  heureufement, 
que,  pendant  cet  été,  &  dans  la  fuite,  il 
n'en  fut  plus  quefhon;  ce  qui  ne  contribua 
pas  peu  à  rafTurer  la  malade  Ôc  le  médecin 
îur  l'emploi  des  eaux  qui  mirent  fin  à  l'hé- 
miplégie pour  quelque  tems. 

Elle  palta  l'hiver  à  Metz,  pendant  lequel 
elle  éprouva  encore  de  nouveaux  accidens 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  35 
non  compliqués ,  mais  amplement  vapo- 
reux. Elle  revint,  en  1754,  pour  mettre 
le  fceau  à  fa  guérifon.  Elle  parut  complette, 
à  ce  fécond  voyage ,  ne  lui  reftant  aucun, 
vertige  d'hémiplégie. 

Deux  ans  s'écoulèrent  avec  fécurité, 
quelques  atteintes  vaporeufes  &  palTageres 
à  part,  qui  fe  terminèrent  tout- à-coup  par 
le  retour  de  la  paralyiie  d'une  jambe  ,  qui 
réfifta  aux  eaux  l'efpace  de  neuf  ans  & 
demi ,  pendant  lefquels  on  vit  renaître  plus 
d'une  fois  les  afphyxies  menaçantes  même 
pour  (es  jours.  • 

Tous  ces  orages ,  contre  lefqueîs  les  re*£ 
fources  médicinales  paroiiToient  échouer, 
ne  découragèrent  &  n'impatientèrent  psr- 
fonne.  Etayé  par  le  pafle  ,  on  envifageoit 
toujours  un  avenir  heureux.  Ces  efpérances 
ne  furent  point  trompeufes  ;  ck  le  moment 
defïré  arriva.  Rentrant  chez  elle,  (fatiguée 
par  les  efforts  d'un  très-petit  voyage ,  ) 
avec  fes  béquilles,  &  à  l'aide  de  deux  per- 
fonnes,  d'un  étrier  qui,  à  la  faveur  du  bon 
bras ,  foulevoit  la  jambe  malade  ,  elle  eut , 
après  un  quart  d'heure  de  repos  dans  fon 
lit  où  des  domeftiques  la  mettoient  comme 
ils  l'en  /ortoient ,  un  befoin  preflant ,  qui , 
par  un  mouvement  machinal ,  l'excita  à  le 
quitter  ;  ce  qu'elle  exécuta  iî  bien  &  fi 
promptement,  que,  fans  fe  connoitre,  ni 
la  révolution  fubite  de  fon  état ,  elle  pa(Ta 

Ci) 


36  Mémoire 

dans  l'appartement  voifin  ,  fans  béquilles 
&c  fans  aides ,  en  appellant  d'une  voix  cou- 
tumiere ,  &  plus  forte  qu'à  l'ordinaire ,  des 
domeftiques  qui  furpris  lui  obferverent  avec 
répétition  ,  qu'elle  marchoit  bien  ,  qu'elle 
n'avoit  pas  befoin  d'eux.  Elle  continua 
néanmoins  les  eaux  encore  pendant  deux 
mois ,  &  s'en  retourna  fi  bien  guérie ,  que, 
depuis  ce  tems,  elle  a  toujours  joui  d'une 
bonne  fanté. 

Si  les  eaux  thermales  ,  que  l'on  regarde 
comme  redoutables ,  à  raifon  de  leur  fou- 
gue, dévoient  mériter  l'exclufion  dans  le 
traitement  des  affections  vaporeufes,  c'é- 
toit  certainement  dans  le  cas  que  préfente 
la  malade  qui  fait  le  fujet  de  cette  obfer- 
vation.  Il  femble ,  fur  l'idée  qu'on  en  donne, 
qu'elles  doivent  augmenter  l'orgafme  des 
liqueurs ,  le  fpafme  des  folides ,  &  confé- 
quemment  les  accidens  ;  mais  les  effets  con- 
traires ,  qu'elles  ont  produits ,  la  guérifon 
confiante  de  la  malade ,  doivent  bannir  & 
faire  ceffer  toute  crainte ,  impofer  filence  , 
&  arrêter  le  faux  préjugé. 

XVII.  Obs.  Quoique  cette  obfervation 
ne  paroiffe  pas  être  du  genre  des  maladies 
vaporeufes ,  on  ne  pourroit  pas  nier  qu'elle 
ne  le  fût  dans  fon  origine.  Si  les  vapeurs 
font  plus  particulièrement  la  maladie  du 
beau  fexe  ,  &  fe  préfentent  avec  des  carac- 
tères diftin&ifs ,  tout  le  monde  fçait  que  les 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne^  37 

hommes  y  font  quelquefois  fujets.  Quoi- 
qu'on ne  puiffe  point  les  défigner,  chez 
eux  ,  fous  le  titre  d' '  kyjlériques ,  il  ne  s'en- 
fuit pas  de-là  qu'ils  ne  foient  fufceptibles  du 
défordre  des  nerfs  &  de  l'ataxie  des  efprits  : 
x:eci  eft  connu  des  gens  de  l'art,  &  même 
de  ceux  qui  ne  le  font  pas. 

M.  Caziot ,  doyen  &  profeffeur  en  droit 
en  l'univerfité  de  Reims ,  arriva ,  l'an  paffé  , 
à  nos  eaux ,  paralytique  des  quatre  extré- 
mités dont  il  confervoit  néanmoins  quel- 
ques ufages  h"  imparfaits ,  qu'à  table ,  il  étoit 
néceflaire  de  lui  couper  {es  morceaux  ;  qu'il 
falloit  qu'on  l'habillât  &  deshabillât  :  il  ne 
pouvoit  écrire  ,  ne  pouvoit  marcher ,  qu'il 
ne  chancelât ,  6c  ne  courût  les  rifques  de 
tomber  par  terre  ;  ce  qui  lui  arrivoit  de  tems 
en  tems ,  tant  fa  foibleffe  étoit  grande  !  Une 
difficulté  d'avaler ,  une  conftipation  opiniâ- 
tre ,  une  incontinence  d'urine  étoient  com- 
pagnes de  la  paralyfîe  ;  &  les  facultés  de 
lame  répondoient ,  en  quelque  forte ,  à 
celles  du  corps  ;  ce  qui  l'inquiétoit  plus  que 
fa  paralyfîe. 

Il  étoit  tombé  dans  cet  état,  depuis  en- 
viron deux  ans,  par  gradation,  &  à  la  fuite 
d'une  apoplexie  qui  lui  furvint,  pendant  l'hi- 
ver de  1768  ,  qui  fut  accompagnée  de  con- 
vulfions.  11  a  les  nerfs  irritables,  &  d'autant 
plus  fufceptibles  de  fpafine  &  de  délicatefle, 
qu'il  s' eft  livré ,  dans  tous  les  tems ,  aux 

C  iij 


38  Mémoire 

occupations  du  cabinet ,  les  plus  férieufes  ^ 
fans  cette  modération  qu'elles  exigent  fou- 
vent  ,  mais  avec  tout  ce  feu  que  donne  la 
vivacité  du  génie,  &  cette  rapidité  d'exécu- 
tion qui  ne  détend  que  trop  les  nerfs,  après 
les  avoir  prodigieufement  tendus. 

Après  plufieurs  confultations,  celle  même 
de  l'auteur  des  j4ffeciiom  vaporcufes  ,  tout 
fut  tenté  pour  empêcher  le  progrès  du  mal  : 
les  évacuans,  les  délayans  de  toutes  efpeces, 
&  fous  toutes  les  formes,  devinrent  inutiles. 

A  la  fuite  d'un  ufage  de  deux  mois  & 
demi  des  eaux  de  Bourbonne,tant  intérieur 
qu'extérieur,  il  eft  retourné  à  Reims,  aufli 
malade  qu'à  fon  arrivée  ;  ma;s ,  par  une 
Lettre  de  fon  époufe  ,  du  22  Avril  1770  , 
écrite  à  M.  Juvet ,  fon  médecin  ,  j'apprends 
que  M.Cazioteftabfolument,  parfaitement 
&  radicalement  guéri.  Voici  les  exprefiîons 
de  Madame. 

»  Je  crois,  Monfieur,  vous  devoir  un 
»  compte  exact  de  la  façon  dont  M.  Caziot 
»  a  parle'  l'hiver.  Il  a  toujours  été  en  empi- 
«  rant  au  point  que  je  croyois  être ,  chaque 
»  jour ,  à  la  veille  de  le  perdre.  L'inconti- 
»  nence  d'urine  l'a  prodigieufement  incom- 
»  mode.  Il  n'étoit  plus  queftion  de  racqué- 
»  rir  des  jambes  :  le  facrince  en  étoit  fait. 
>»  Mais ,  au  grand  étonnement  de  tout  le 
»  monde,  au  mien  en  particulier,  &  sûre- 
»  ment  au  vôtre  auffi ,  qui  ne  m'avez  jamais 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne."  3$ 
»  promis  de  rétabliflement ,  M.  Caziot  eft 
»abfolument,  parfaitement  &  radicalement 
»  guéri.  Le  mieux  a  commencé,  le  6  Février, 
»  &  a  augmenté,  tous  les  jours.  Sa  têtç  eft 
»  tellement  rétablie ,  qu'il  a  prononcé  lui- 
»  même ,  le  Jeudi  faint ,  la  Décrétale  ordi- 
»  naire  des  écoles.  Il  marche ,  on  ne  peut 
»  mieux  ;  il  ne  reffent  enfin  aucune  in- 
»>  commodité ,  plus  de  conftipation  qui  a 
*♦  duré  jufqu'au  mois  de  Mars.  Nous  fom- 
»  mes  fort  portés  à  attribuer  cette  guérifon 
».  aux  eaux  ;  &  cependant  nous  n'y  retour- 
»  nerons  point,  tant  nous  nous'portons  bien  ! 
»  Je  fuis  toujours  dans  l'admiration  ;  &  il 
»  a  été  réellement  fi  mal ,  que  c'étoit  un 
»  pauvre  défefpéré.  Je  fo.uhaite  bien  fincé- 
»  rement  que  tous  vos  malades  fe  trouvent 
»  aufli-bien  de  vos  eaux  falutaires.  D'après 
»  la  fituation  de  M.  Caziot ,  il  ne  faut  plus 
»  défefpérer.  J'ajouterai  qu'il  eft  rajeuni  de 
m  vingt  ans ,  &  que  votre  fontaine  eft  la 
»  véritable  fontaine  de  Jouvence.  » 

J'ai  l'honneur  d'être,  &c. 

Signé  Petit-Caziot. 

Monfieur  ajoute  au-deflous  de  cette  Let- 
tre :  «  L'ancien  malade  veut  vous  dire  un 
»  mot. 

»>  Vïtam  vivo  novam  firmamque.  J'en 
»  fuis  moins  étonné  que  le  public ,  parce 
n  que  je  n'ai  point  connu  tout  le  défefpéré 

Civ 


^o  Mémoire 

»  de  mon  état ,  pendant  la  plus  grande  par 
>♦  tie  de  l'hiver.  Tout  eft  rétabli  ;  relâche- 
»  ment  d'un  côté  ;  de  l'autre  ,  conftipation 
»>  opiniâtre  ;  refus  des  jambes  ;  quelque  dé- 
v  fordre  dans  la  cervelle.  Votre  efpérance 
»  ou  prédiction  n'a  été  défe&ueufe  qu'en 
»  parlant  de  femaines ,  au  lieu  de  mois.  Je 
»  pardonne  laméprife,  du  meilleur  de  mon 
»  cœur;  &  je  m'eftime  le  plus  heureux  des 
»  hommes  d'avoir  à  dire  :  Il  vaut  mieux 
»  tard  que  jamais  ;  E  meglio  tardi  che  mai  !» 
J'ai  l'honneur  d'être ,  &c. 

Signé  Ca2IOT. 

Obstructions. 

XVIII.  O  BS.  Madame  la  ducheflfe  de . .  I 
âgée  de  vingt-cinq  ans,  inoculée  en  1765, 
ayant  encore  du  lait  aux  feins ,  après  avoir 
nourri ,  on  ne  put  mieux ,  8*  plus  heureu- 
fement ,  pendant  vingt  mois ,  eut ,  après 
l'inoculation  ,  une  fièvre  tierce  opiniâtre  , 
accompagnée  de  jauniffe&d'obftrucYion  au 
foie.  La  fièvre  fut  emportée  par  les  remè- 
des ordinaires  :  la  jaunuTe  &  l'obftruclion 
s'opiniâtrerent.  On  employa  quelqu'eau  mi- 
nérale; &  fon  confeil  finit,  en  1766,  par 
l'envoyer  aux  eaux  de  Bourbonne.  L'ufage, 
qu'elle  en  fit ,  particulièrement  en  boifïbn, 
diflipa  la  jaunuTe  ,  &  fondit  fon  obftruclion 
de  plus  de  moitié.  Elle  y  revint  en  1767; 
elle  s'en  trouva  bien  encore.  Ce  fuccès  pro- 


s\jr  les  Eaux  de  Bourbonne.    41 

grefïif  la  fit  revenir,  en  1768  6k  1769, 
pour  fondre  un  noyau  que  l'on  regardoit 
comme  le  centre  de  fon  obftru&ion.  Elle 
eft  guérie. 

XIX.  Obs.  Madame  l'intendante  de 
Breft ,  âgée  de  trente- huit  ans ,  eut ,  à  la  fin 
de  l'hiver  de  1768  ,  la  fièvre,  des  vomif- 
femens  habituels ,  une  obftru&ion  au  foie  ; 
tomba  dans  la  plus  grande  maigreur ,  avec 
dégoût ,  perte  de  fes  régies.  Les  eaux  de 
Vichy  furent  employées  :  elles  firent  mer- 
veille ,  mais  ne  fondirent  point  1'obnTucl.ion 
pour  laquelle  cette  dame  vint  ici  où  elle 
refta  trois  mois.  Les  régies  ont  reparu  conf- 
tamment  :  l'obftruc"r.ion  n'exifte  plus  ;  ck  la 
fanté  eft  bonne. 

XX.  Obs.  Mademoifelîe  de  Meuves, 
en  1766 ,  eut  une  fièvre  double-quarte  opi- 
niâtre :  elle  fut  menacée  de  leucophlegma- 
tie  ,  eut  une  obftrucYion  au  foie  ,  la  jau- 
niffe ,  un  dégoût  général ,  fuppreflion  de 
régies.  Tous  les  remèdes  ,  qu'on  fit ,  furent 
inutiles  :  on  finit  par  l'envoyer  à  Bour- 
bonne, en  1767.  La  fièvre  fut  emportée 
avec  le  dégoût ,  l'œdème  des  jambes  ,  la 
jaunifTe  :  l'obftru&ion  ne  fit  que  diminuer  ; 
ck ,  en  1768,  un  fécond  voyage  aux  eaux 
acheva  fa  guérifon ,  convertit  en  embon- 
point ordinaire  une  efpece  d'éthifie,  lui 
rendit  fes  forces  ck  (es  régies. 

XX.I.  Obs,  Madame  M. , . .  .  âgée  de 


41  Mémoire 

vingt-cinq  ans,  effuya,  en  1767,  plufieurs 
accès  de  coliques  ftomachales  &  inteftina- 
les ,  fî  violentes  ,  qu'elles  devenoient  in- 
flammatoires. Le  canal  inteftinal,  de  l'éré- 
tifme  trop  Couvent  répété  ,  parla  à  l'atonie, 
au  météorifme,  fur-tout  au  defïbus  de  l'om- 
bilic. Il  repréfentoit  une  tumeur  plus  réfif- 
tante  que  flatueufe ,  qui  imitoit  allez  bien 
une  groiTeffe  de  neuf  mois ,  au  travers  de 
laquelle  on  diftinguoit  avec  beaucoup  d'at- 
tention une  tumeur  réfiftante  ,  même  réni- 
tente  ,  que  les  meilleurs  anatomiftes  recon- 
nurent pour  une  obftru&ion  de  la  matrice. 
Comme  ils  accuferent  le  canal  inteftinal , 
dans  cette  région ,  d'embarras ,  ou  d'en- 
gorgement dans  fes  membranes  conftituan- 
tes ,  les  fymptomes  concouroient  avec  ce 
jugement;  elieavoit  des  vomiiTemens  allez 
fréquens ,  des  déjeétions  prefqu'involontai- 
res ,  des  gonflemens  variables  dans  le  canal, 
la  fupprefîion  des  régies  :  tout  fut  tenté  ; 
&:  on  n'oublia  point  les  eaux  de  Vichy  :  le 
voyage  de  Bourbonne  fut  réfolu.  Après 
trois  mois  de  boiffon  &  de  quelques  bains , 
le  canal  inteftinal  fe  rétablit;  la  réfiftance  & 
ù  tenfion  s'amollirent  par  gradation  ;  fon 
engorgement  finit  avec  les  parties  environ- 
nantes de  la  matrice,  qu'on  avoit  peine 
alors  à  difhï.guer  :  on  la  trouva  alors  elle- 
même,  telle  qu'elle  étoit,  obftruée.  L'obf- 
tru&ion  diminuant  de  jour  à  autre,  comme 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  45 
celle  du  canal  qui  la  mafquoit  auparavant , 
les  régies  revinrent ,  ck  emportèrent  avec 
elles  tous  les  accidens.  Cette  dame  jouit 
d'une  bonne  Tante. 

Si  les  bornes,  que  me  prefcrit  un  fimple 
Mémoire ,  &  que  déjà  je  crois  avoir  fran- 
chies ,  me  permettoient  de  m'étendre  da- 
vantage fur  la  cure  de  quantité  de  maladies 
chroniques,  opérée  par  les  eaux  thermales 
de  Bourbonne,  combien  d'exemples  ne  ci- 
terois-je  pas  en  leur  faveur?  On  reconnoî- 
troit  que  les  rhumatifmes  ,  les  rhumatifmes 
goutteux,  les  éc rouelles ,  les  pâles-couleurs, 
les  paralyfles ,  celles  à  la  fuite  des  coliques 
métalliques  ,  la  colique  elle-même  (^a)  ,  les 
fièvres  lentes ,  quartes ,  &c.  y  font  détrui- 
tes ,  &  ces  dernières,  d'une  manière  plus 
sûre  &  plus  agréable  que  par  le  quinquina , 


{a)  M.  le  vicomte  de  la  Rochefoucault,  bri- 
gadier des  armées  du  Roi,  colonel  du  Régiment 
Royal- Champagne  ,  cavalerie,  étoit  atteint  d'une 
colique  de  Poitou  minérale,  qui  paroifToit  régu- 
lièrement tous  les  quinze  jours  ,  en  duroit  huit  ou 
dix ,  &  le  tatiguoit  cruellement.  La  méthode  de 
la  Charité  de  Paris  ,  employée  plufieurs  fois  en 
vain,  détermina  fon  confeil  à  l'envoyer  à  Bour- 
bonne, en  1767,  où  il  arriva  avec  une  certaine 
maigreur  ,  ayant  le  teint  jaune ,  du  dégoût,  prol- 
tration  de  forces ,  &.  iouftrant  toujours  de  fa  co- 
lique. Six  femaines  de  leur  ufage  en  boiflbn  ,  pen- 
dant cette  année,  &  autant  en  1768,  le  ren- 
voyèrent avec  une  famé  forte  &  robufte ,  de 
belles  couleurs  &  de  l'embonpoint. 


"44  Mémoire 

les  amers  &  les  autres  fébrifuges  connus. 

Ceux  qui  fouhaiteroient  des  détails ,  des 
cclairciflfemens ,  &  s'inftruire  fur  cette  ma- 
tière ,  pourront  confulter  la  DifTertation  de 
M.  Juvet ,  médecin  du  roi  pour  fon  hôpital 
à  Bourbonne  ,  praticien  aufli  confommé 
qu'éclairé  ;  &  le  Journal  de  Médecine,  mois 
de  Mars  1759. 

L'expérience  prouve  ;  &  il  eft  très-eiTen- 
tiel  d'obferver,  pour  ôter  aux  malades  tou- 
tes frayeurs  déjà  trop  fortifiées  par  le  pré- 
jugé fur  les  eaux  thermales ,  que,  pendant 
leur  ufage ,  dans  ces  derniers  cas  comme 
dans  les  maladies  hyftériques  ,  les  paroxyf- 
mes  ou  accès  vaporeux  fe  renouvellent  & 
te  rapprochent  à-peu-près  comme  ceux  des 
fièvres  intermittentes ,  après  les  premières 
dofes  de  l'écorce  du  Pérou,  les  réveillent 
même  ,  après  avoir  été  aiToupis  pendant 
un  certain  tems;  (ce  qui  en  aura  fans  doute 
ïmpofé  plus  d'une  fois  aux  perfonnes  peu 
au  fait  de  ces  phénomènes ,  &  leur  aura 
fait  envifager  les  eaux  comme  contraires 
dans  bien  des  cas,)  mais  que  ces  accidens, 
occafionnés  par  le  paiTage  des  particules 
minérales  dans  les  petits  vaiiTeaux  engoués, 
qui  n'étonnent  point  les  gens  de  l'art  accou- 
tumés à  les  diriger,  diminuent  d'intenfité ,  à 
mefure  qu'on  «tance  dans  le  traitement ,  & 
fe  terminent  toujours  favorablement  pour 
les  malades. 

Ces  preuves  &  les  faits  multipliés  plus 


sur  les  Eaux  de  Eourbonne.    45 

encore  que  les  connoiffances  analytiques  , 
les  raifonnemens  les  plus  ingénieux  &  les 
plus  fubtils  ,  militent  donc  pour  les  eaux 
thermales  de  Bourbonne,  &  leur  méritent, 
fans  comparaison ,  la  préférence  fur  l'eau 
fimple,  la  glace ,  l'eau  à  la  glace,  &c. 

Que  l'on  compare  la  méthode  du  traite- 
ment de  l'auteur  que  j'ofe  attaquer,  avec 
la  mienne ,  (  celle  des  eaux  thermales  de 
Bourbonne  :  )  que  l'on  juge  après  de  la 
différence  :  que  l'on  compare  auffi.  fes  ob- 
fervations  avec  celles-ci.  Dans  les  unes ,  à 
peine  y  reconnoitra-t-on  les  iymptomes 
pathognomoniques  ou  cara  clé  ri  (tiques  des 
affections  vaporeufes  ;  dans  les  autres ,  on 
y  verra  les  vapeurs  toutes  pures.  Que  l'on 
jette  un  coup  d'œil  fur  la  onzième  de  mes 
obfervations  ;  on  remarquera  aifément  que 
la  première  méthode  de  traitement ,  qui  a 
été  fru&ueufe  dans  ces  maladies,  eft  la  mé- 
thode humectante  ,  délayante ,  celle  con- 
nue depuis  long-tems  des  grands  maîtres, 
les  eaux  de  Bain  &  de  Plombières  n'étant, 
au  rapport  du  fqavant  M.  Monnet ,  que  des 
eaux  chaudes  fimples ,  qui  peuvent ,  à  la 
vérité  ,  avoir  leur  mérite  dans  certaines  cir- 
constances, comme  beaucoup  d'autres. 

Je  vais  rapporter  ici ,  pour  ne  pas  être 
foupçonné  de  partialité  ,  les  réfultats  de 
l'examen  que  cet  habile  chymifte  a  fait  de 
ces  eaux,  La  fupériorité  de  fes  talens  lui 


46  Mémoire 

ayant  mérité  la  confiance  du  Gouverne- 
ment ,  on  fit  choix  de  fa  perfonne  pour  ana- 
lyfer  les  eaux  minérales  &  thermales  du 
royaume  ,  &  jetter  un  nouveau  jour  fur 
cette  partie  de  PHiftoire  naturelle ,  trop  peu 
connue  de  nos  jours.  En  conféquence  de 
fa  commiflion,  il  le  rendit  dans  ces  pays-ci, 
dans  l'été  de  1768 ,  &  me  fit  l'honneur  de 
m'adreffer  de  Plombières  la  Lettre  fuivante  : 

Monsieur, 

»  Je  m'acquitte  de  la  parole  que  je  vous 
»  ai  donnée  de  vous  faire  connoitre  ma 
»  façon  de  penfer  à  l'égard  des  eaux  de 
»  Plombières.  Elles  font  précisément  ce  que 
»  j'avois  prévu,  de  l'eau  chaude  fimple, 
»  ainfi  que  celles  de  Luxeuil  &  de  Bain. 
»  Cependant ,  comme  ces  eaux  ont  beau- 
»  coup  de  réputation  ,  &  qu'elles  ont  été 
»  examinées  diverfes  fois  par  des  hommes 
»  qui  en  ont  aufli ,  j'ai  cru  devoir  en  entre- 
»  prendre  l'analyfe ,  non  comme  eau  mi- 
»  nérale ,  mais  comme  eau  fimple,  afin  qu'on 
»  ne  pût  pas  m'accufer  de  négligence.  Le 
»  réfultat  de  cette  analyfe  a  été  vingt-quatre 
»  grains  d'une  terre  quartzeufe,  &C  dix-huit 
»  grains  d'alkali  fixe  fur  cinquante  livres 
»  d'eau.  Jugez  maintenant  ce  que  l'on  peut 
»  attendre  de  cette  abondance  de  matière  , 
»  pour  produire  quelques  effets  médicinaux, 

»  Cette  analyfe  a  été  caufe  que  j'ai  quitté 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  47 
»  ici  mon  ami ,  dont  j'ai  été  bien  fâché  , 
»  attendu  que  je  voyois  bien  que  le  fujet 
»  pour  lequel  je  m'en  féparois  n'en  valoit 
»  pas  la  peine.  » 

J'ai  l'honneur  d'être  >  &c. 

Signé  Monnet. 

A  Plombières ,  ce  18  Juin  1768. 

Ces  faits ,  auffi  authentiques  que  publics, 
que  je  foumets  fans  peine  à  la  cenfure  des 
ennemis  du  vrai,  &  contre  lefquels  j'aflTure 
d'avance  que  je  ne  répondrai  point,  qu'ils 
ne  les  aient  détruits,  enlèveront  peut-être 
aux  apoplectiques ,  aux  paralytiques  ,  aux 
perfonnes  affectées  de  maladies  chroni- 
ques, &  fur-tout  aux  hyftériques,  les  crain- 
tes qu'on  voudroit  leur  infpirer  fur  les  effets 
&  la  nature  des  eaux  de  Balaruc,  avec  elles, 
toutes  eaux  thermales  ,  quelles  qu'elles 
foient ,  &c ,  en  particulier  ,  de  celles  de 
Bourbonne. 

Après  de  femblables  faits,  pourra-t-on 
encore  les  accufer  de  tumulte ,  &  d'agir 
avec  trop  de  fougue  ?  Ce  feroit  alors  mon- 
trer des  vues  aufli  bornées  qu'oppofées  au 
bien  de  l'humanité. 

Depuis  vingt-quatre  ans  que  je  fuis  chi- 
rurgien ,  dont  douze  employés  à  l'hôpital 
militaire  de  Bourbonne,  j'ai  vu  arriver,  tous 
les  ans,  des  différentes  parties  du  royaume 
une  quantité  de  foldats  qui  fourniroient , 


4$  Mémoire 

comme  d'autres  malades  que  la  néceflîté  y 
conduit,  des  preuves  fans  nombre  de  l'in- 
fuffifance  des  méthodes  humectantes  ,  dé- 
layantes, adouciflantes ,  qui  toujours  ont 
été  mifes  en  ufage  par  les  plus  grands  pra- 
ticiens ,  avant  que  de  partir  pour  les  eaux. 

Pour  ce  qui  regarde  les  ibldats ,  les  exa- 
mens ,  qu'on  en  fait  ailleurs  &  ici ,  font  Ci 
rigoureux ,  qu'avant  les  envois ,  &  même 
lorfqu'ils  font  arrivés  à  Bourbonne ,  fi  ces 
méthodes  ou  d'autres  n'eufTent  pas  été  em- 
ployées, les  envois  n'auroient  pas  lieu;  & 
même  les  malades  feroient  renvoyés ,  & 
non  admis  à  l'hôpital. 

A  l'égard  des  autres  malades ,  il  n'eft  pas 
poflible  de  fuppofer  que,  fans  avoir épuifé 
toutes  les  reflburces  connues  dans  le  pays, 
6c  au  loin ,  ils  arrivent  à  Bourbonne  ,  au 
mépris  de  leurs  affaires,  de  leurs  commo- 
dités ,  de  leurs  bourfes  ,  de  leurs  amis  ,  & 
delà  perte  du  tems,  fans  une  perfpective 
railbnnée,  qui  leur  eft  fouvent  préfentée 
par  des  gens  inftruits  &.  défïntéreffés ,  ou 
fortifiés  par  l'exemple  d'autrui. 

(  Adeb  funt  multa  )  loquacetn  delaffart 
valent  Fabium. 


SUPPLÉ- 


Sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  47 

*  ici  mon  ami ,  dont  j'ai  été  bien  Fâché  ^ 
»  attendu  que  je  voyois  bien  que  le  fujet 
»  pour  lequel  je  m'en  féparois  n'en  valoit 
p>  pas  la  peine.  » 

J'ai  l'honneur  d'être ,  &c. 

Signé  Monnet. 

A  Plombières  ,  ce  lî  Juin  176t. 

Ces  faits  aufli authentiques  que  publics,' 
que  je  foumets  fans  peine  à  la  cenfure  des 
ennemis  du  vrai ,  &  contre  lefquels  j'affûte 
d'avance  que  je  n'écrirai  point,  qu'ils  ne 
les  aient  détruits  ,  enlèveront  peut-être  aux 
apoplectiques ,  aux  paralytiques ,  aux  per- 
fonnes  affectées  de  maladies  chroniques ,  & 
fur-tout  aux  hyftériques ,  les  craintes  qu'on 
voudroit  leur  infpirer  fur  les  effets  &  la  nature 
des  eaux  de  Balaruc ,  avec  elles  ,  de  toutes 
eaux  thermales ,  quelles  qu'elles  foient,  &, 
en  particulier ,  de  celles  de  Bourbonne. 

Après  de  femblables  faits ,  pourra-t-on 
encore  les  accufer  de  tumulte  ,  &  d'agir 
avec  trop  de  fougue?  Ce feroit  alors  mon«- 
trer  des  vues  auiîi  bornées  qu'oppofées  au 
bien  de  l'humanité. 

Depuis  vingt- quatre  ans  que  je  fuis  chi- 
rurgien ,  dont  douze  employés  à  l'hôpital 
militaire  de  Bourbonne,  j'ai  vu  arriver,  tous 
les  ans ,  des  différentes  parties  du  royaume ^ 
une  quantité  de  foldats  qui  fourniroient , 
ainfi  que  d'autres  malades  que  la  néceflité  y 

D 


4$  Mémoire 

conduit,  des  preuves  fans  nombre  de  Vin* 
fufnfance  des  méthodes  humectantes  ,  dé- 
layantes ,  adoucifîantes ,  qui  toujours  ont 
été  mifes  en  ufage  par  les  plus  grands  pra- 
ticiens ,  avant  que  de  partir  pour  les  eaux. 

Pour  ce  qui  regarde  les  foldats ,  les  exa- 
mens qu'on  en  fait  ailleurs  &  ici ,  font  fi 
rigoureux ,  qu'avant  les  envois ,  &  même 
lorfqu'ils  font  arrivés  à  Bourbonne  ,  fi  ces 
méthodes  ou  d'autres  n'euffent  pas  été  em- 
ployées ,  les  envois  n'auroient  pas  lieu  ;  6c 
même  les  malades  feroient  renvoyés ,  & 
non  admis  à  l'hôpital. 

A  l'égard  des  autres  malades,  il  n'eft  pas 
poflible  de  fuppofer  que ,  fans  avoir  épuifé 
toutes  les  reflources  connues  dans  le  pays 
&  au  loin ,  ils  arrivent  à  Bourbonne ,  au 
mépris  de  leurs  affaires ,  de  leurs  commo- 
dités ,  de  leurs  bourfes ,  de  leurs  amis ,  & 
de  la  perte  du  tems ,  fans  une  perfpeclive 
raifonnée  ,  qui  leur  eft  fouvent  préfentée 
par  des  gens  inftruits  &  défintérefles ,  ou 
fortifiés  par  l'exemple  d'autrui. 

(  Adcb  funt  milita  )  loquaurn  delajfare 
valent  Fabium. 

XXI.  Oes.  M.  Henry  l'aîné ,  avocat  en 
parlement ,  demeurant  à  Bouremont,  dans 
le  Barrois  mouvant,  homme  de  beaucoup 
d'efprit  &  d'un  mérite  diftingué ,  étoit  en 
proie  depuis  fa  tendre  jeunefle,  notamment 
depuis  1748 ,  aux  douleurs  les  plus  cruelles 


sur  lis  Eaux  de  Bourbonne.  4$ 
Se  les  plus  atroces  d'une  feiatique  rebelle  <k 
opiniâtre,accompagnée  de  mouvemens  con- 
Vulfifs  fi  terribles ,  que ,  pendant  un  certain 
tems ,  on  l'a  cru  épileptique.  Cette  affreufe 
fîtuation ,  qui  a  réfrfté  pendant  dix-fept  ans 
à  toutes  les  reffources  de  l'art,  même  à 
d'autres  eaux  thermales  ,  a  enfin  -cédé  à 
celles  de  Bourbonne. 

Gomme  je  ne  pourrois  pas  rendre  avec 
autant  d'exa&itude  &  de  préciflon  que 
M.  Henry,  le  détail  de  fa  maladie  ,  je  vais 
rapporter  celui  qu'il  m'a  fait  l'honneur  de 
m'adreffer  le  19  Novembre  1770. 

Bourmont ,  le   19  Novembre  17-0. 

Monsieur, 

»  Je  reçois  la  lettre  par  laquelle  vous  mè 
».  demandez  le  détail  exaél:  de  ma  maladie  ;  je 
»  m'emprefïe  d'autant  plus  volontiers  à  avoir 
»  l'honneur  de  vous  répondre  &  de  vous 
»  fatisfaire ,  que  je  fuis  un  exemple  récent  „ 
»  public  &t  exiftant  des  vertus  miraculeufes 
»  des  eaux  de  Bourbonne,  auxquelles  feules 
»je  dois  mon  rétabliffement;  &  que,  con-* 
»  nouTant  votre  zèle  pour  le  bien  de  l'hu-» 
»  manité ,  vous  vous  emprefferez  à  publier 
»  les  vertus  &  les  prodiges  de  cette  fon* 
»  taine  divine,  à  laquelle  l'enfer  feul  peut 
»  refufer  des  autels. 

»  Si  les  hommes  étoient  juftes  &  recon- 
»  nôiffans,  on  verroit  de  toutes  parts  dei 

Dij 


ço  Mémoire 

»  temples  élevés  dansvotre  ville  ;  mais  vous 
»  les  connoiffez  :  fi  le  plus  grand  nombre 
»  méconnoit  Ton  Créateur,  en  voudra-t-il 
»  reconnoître  les  bienfaits  ? 

»  Si  des  peuples  éloignés  nous  donnent 

»  l'exemple  &  viennent  à  Bourbonne  cher- 

»  cher  leur  falut ,  comment  des  François  , 

»  nos  propres  compatriotes ,    peuvent-ils 

»  méconnoître  cette  mine  précieufe  que  la 

»  Providence  a  créée  pour  eux ,  mis  fous 

»  leurs  yeux  ,  fous  leurs  mains ,  cherchent 

»  même  à  l'obfcurcir  &  à  en  infpirer  de  la 

»  méfiance?  Ce  procédé  me  pafle,  &  me 

»  fait  autant  rougir  que  celui  de  ces  anciens 

9>  fanatiques  qui  alloient  en  Italie,  en  Galice 

»  &  en  Paleftine ,   chercher  une    manne 

»  qu'ils  avoient  dans  leurs  foyers  :  nous 

»  l'avons  cette  manne ,  nous  fommes  dans 

»  la  terre  promife  ;  elle  tombe  tous  les  jours 

»  chez  vous,  &  nous  pouvons  nous  en  ali- 

»  menter.  Le  Créateur  n'a  jamais  manqué 

»  à  la  créature,  c'eft  celle-ci  qui  manque  à 

»  fon  Créateur;  &  c'eft  ici  le  cas  de  dire 

»  avec  l'auteur  de  l'Apocalypfe  :  In  propria 

»  venitjfui  eum  non  receperunt,  &c.  Pardon- 

»  nez-moi,Monfieur,  cette  petite  effufion  de 

»  cœur  ;  je  n'ai  pu  la  refufer  à  ma  fenfibilité  : 

»  je  fçais  qu'il  faudroit  une  plume  d'or  pour 

»  préconirer  les  merveilles  de  vos  eaux  , 

»  l'éloquence  la  plus  brillante  pour  détruire 

*  1«  préjugé  que  l'aveuglement,  &  fur- tout 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  f  t* 
»  la  méchanceté  ,  ont  répandu  fur  leur 
»  compte,  &  enfin  un  crayon  de  fer  pour 
»  confondre  &  écrafer  ces  gens  abomina- 
»  blés ,  qui  n'ont  d'autres  motifs  pour  le  fa- 
»  vorifer  &  l'entretenir,  qu'un  fordide  in- 
»  térêt.  Qu'ils  viennent,  ces  Zoïles  de  la  fo- 
»  ciété  ;  qu'ils  approchent ,  qu'ils  voient  : 
»  ils  feront  anéantis  &  confondus.  Reve- 
»  nons  à  mon  état  palïé  &  préfent. 

»  Je  ne  vous  rendrai  point  les  chofes 
»  dans  les  termes  de  l'art  ;  je  vais  vous  les 
»  dire  telles  qu'elles  font ,  &  empreintes  de 
»  ce  caractère  de  vérité  que  perfonne  ne 
»  devroit  craindre  de  mettre  au  pur  pour 
h  le  bien  de  l'humanité  :  mais,  hélas  !  de  cer- 
»  taines  petiterTes ,  le  refpecl:  humain  arrê- 
»  teront  toujours  les  hommes  dans  leurs 
»  courfes ,  &  ne  cefferont  d'oppofer  une 
»  barrière  au  progrès  des  fciences  &  des 
»  arts. 

»  Le  détail  de  ma  vie  vous  ennuiera  Se 
»  vous  étonnera  :  Longes  ambages,  fed  fum- 
»  ma  fequar  fajligia  rerum. 

»  Je  ne  fuis  point  cinquantenaire ,  mais 
>»  peu  s'en  faut ,  un  luftre  :  l'étude  &t  le  tra- 
»  vail  d'efprit  ont  toujours  été  mes  princi- 
»  paux  élémens  ;  je  les  ai  quelquefois  poufTés 
»  à  l'excès ,  je  m'en  fuis  corrigé  :  cela  n'a 
»  pas  empêché  ma  vie  d'être  très-variée* 
>r  J'ai  eu  des  plaifirs  en  tout  genre  ,  &  m'y 
»  fuis  quelquefois  livré  avec  tout  le    feu 


5  ft  Mémoire 

»  d'une  jeuneffe  impétueufe  :  cependant  ïîs 
»  n'ont  jamais  rien  été  en  comparaifon  des 
»  peines  que  j'ai  efluyées  ;  èk  je  ne  crois  pas 
»  qu'il  y  ait  quelqu'un  au  monde  qui  ait 
»  tant  fbuffert  que  moi ,  du  côté  du  moral 
»  &  du  phyfïque. 

»  Dès  mon  enfance.,  j'ai  fenti  des  douleurs 
»  paflageres  aux  reins  ;  je  me  fouviens  même 
»  qu'étant  écolier  ,  il  m'arrivoit  quelquefois 
»  de  m'endormir  fur  ma  chaife  par  la  fatigue 
»  de  l'étude ,  &  de  m'éveiller  avec  des  fouf* 
»  frances  fi  aiguës ,  que  je  n'aurois  pu  y  ré- 
»  fifler  fi  elles  euffent  été  de  durée. 

»  De  cet  infiant  jufqu'en  1762 ,  je  les  ai 
»  repenties  de  tems  à  autre,  ck  quelquefois 
»  fi  vivement ,  que  je  ne  pouvois  me  re- 
»  muer,  Dans  un  accès  de  cette  efpece,  que 
»  j'eus  en  1748  ,  on  me  confeilla  des  boues 
»  de  Bourbonne  qui  me  l'enlevèrent  dans 
m  huit  jours  ;  les  autres  accès  s'étoient  tou~ 
»  jours  diffîpés  par  la  faignée. 

»  Au  commencement  de  1762,  ils  fe  ré- 
»  veillèrent  d'une  telle  force ,  que  je  me 
»  déterminai  d'aller,  dans  le  courant  de  Mai, 
»  parler  une  quinzaine  à  vos  eaux.  Je  me 
»  perfuadai  qu'on  ne  poirvoit  prendre  les 
*>  bains  trop  chauds  ;  &  l'envie  de  guérir  me 
i>  fit  effectuer  ma  croyance  :  mais  je  m'ap^ 
»  perçus  bientôt  de  l'erreur,  quand,  partant, 
»  du  bain  dans  mon  lit,  je  vis  cjue  mes 
g  futurs  étoient  fanguinoîentçs» 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.    5  j 

»  T)es  occupations  férieufes  m'ayant  rap- 
>♦  pelle  chez  moi ,  je  paffai  Juin,  Juillet  6c 
»  une  grande  partie  d'Août  fans  douleurs  ; 
»  mais,  fur  la  fin  de  ce  mois,  étant  à  Nancy, 
»  elles  recommencèrent  ;  &c  j'en  éprouvai 
»  de  plus  vives  que  celles  que  j'avois  efïiiyées 
»  jufqu'alors.  Je  vis  des  médecins  &  des 
«  frères  de  la  Charité  qui  me  confeillerent 
»  de  ne  plus  retourner  à  Bourbonne  ;  que 
»  des  frictions  que  je  me  ferois  faire  me 
»  guériroient.  Mais  ni  les  frictions,  ni  les 
»  fumigations ,  ni  les  remèdes  qu'ils  m'a- 
»  voient  ordonnés,  ni  une  multitude  d'au- 
»  très  dont  j'ai  ufé  ,  ne  furent  capables  de 
»  me  procurer  le  moindre  foulagement  ; 
»>  bien-loin  de-là  ,  ma  maladie  fut  portée  à 
»  un  apogée  où  je  ne  l'avois  pas  encore  vue, 
>»  fans  cependant  avoir  effuyé  aucun  fpafme 
»  ni  crifpation.  Enfin,  au  commencement  de 
»  Janvier,  mes  douleurs  diminuèrent;  &, 
»  fur  la  fin  ,  je  me  trouvai  en  état  de  tra- 
»  vailler  &  d'aller. 

»  Une  affaire  de  la  plus  grande  impor- 
»  tance  m'appella  à  Paris  fur  la  fin  de  Mars 
»  1763  :  je  m'y  rendis ,  ck  y  refrai  jufqu'en 
»  Février  1764.  Pendant  les  quatre  pre- 
»  miers  mois  de  monféjour,  ma  iituation 
»  fut  affez  calme  pour  me  permettre  de 
»  donner  à  cette  démarche  toutes  les  peines 
»  ck  les  foins  qu'elle  exigeoit.  Mais,  dans  le 
»  courant  de  Juillet,  je  me  vis  tracaflé  par 

Div 


54  Mémoire 

»  ce  terrible  mal,  dont  je  n'avois  pas  en* 
»  core  fenti  toute  la  cruauté.  Dans  cet  inf-' 
»  tant,  un  de  mes  amis  me  donna  l'affiche 
*>  d'un  empirique  qui  fe  vantoit  de  guérir 
»  radicalement  toutes  lesfciatiques  avec  une 
»  certaine  pommade.  Le  ton  d'afïurance 
»  avec  lequel  il  vantoit  fon  remède  me  dé- 
»  termina  à  l'aller  trouver;  il  avoit  de  la 
»  mine  &  faifoit  l'homme  de  conféquence  r- 
*>  il  me  répondit  de  ma  guérifon  en  me 
*>  montrant  fa  drogue  ,  qui  étoit  dans  de 
»  petits  pots  de  faïence  longs  &  gros  comme 
»  le  pouce ,  &  qu'il  vendoit  trois  livres  cha- 
»  cun.  La  facilité  du  panfement ,  l'afTurance 
»  de  Pefcamoteur ,  le  témoignage  de  plu- 
*>  iieurs  de  fes  malades ,  le  fouvenir  de  mes 
»  douleurs  paffées ,  la  crainte  des  futures  , 
i>  me  déterminèrent;  je  me  livrai  au  char- 
»  latan.  Depuis  le  milieu  de  Juillet  jufqu'au 
v  1 5  Septembre ,  j'ufai  bien  cent  pots  de 
»  pommade  qui  ne  me  fit  ni  bien  ni  mal. 

»  Mon  affaire  alloit  fe  décider;  je  fus  en 
w  conféquence  obligé  de  redoubler  mes 
»  foins  &  mes  mouvemens  ;  & ,  malgré  la 
»  décision  la  plus  éclatante ,  la  plus  glorieufe 
«6k  la  plus  confolante  pour  mon  moral, 
v  mon  pauvre  phyfique  ne  put  réfîfter  à 
»  la  force  de  mon  mal ,  qui  empira  telle- 
»  ment  tout-à-coup,  que  ce  n'étoit  plus 
>>  des  douleurs  que  je  reffentois ,  mais  des 
»  fourmens  qui  me  facunoient  fans  relâche» 


SUR  LES  Eaux  de  Bourbonne.  w 
»  Me  voici  fur  la  roue  ;  donnez-moi  un  mo- 
»  ment  pour  refpirer  :  je  frémis  encore  d'y 
»  penfer.  Quis  taliajando ....  Temperet  â 
»  lacrymis  ? 

»  J'étois  heureufement  chez  un  frère  corn- 
»  mode ,  aimable ,  &  qui  a  fait  pour  moî 
»  l'impofïïble.  Figurez-vous,  Monfieur,  que,' 
»  depuis  la  fin  de  Septembre  jufqu'à  Noël  „' 
»  je  n'ai  pas  fermé  l'œil,  &  que  je  n'ai  pas 
»  été  une  minute  fans  fouffrir,  quoique  je 
»  n'aie  vécu  que  de  lait ,  &  que  j'aye  exac- 
»  tement  pris  une  groffe  de  remèdes  (#)• 
»  Au  commencement  je  ne  jetois  que  des 
»  cris ,  mais,  fur  la  fin,  c'étoient  des  hurle-, 
»  mens  fi  perçans  ck  fi  continuels,  que  mes 
»  voifins  furent  obligés  d'abandonner  leurs 
»  chambres  :  on  n'ofoit  me  toucher  ni  m'ap* 
»  procher  ;  c'étoit  la  défolation.  Quand  il 
»  falloit  faire  mon  lit ,  je  tâchois  de  me 
»  glifîer  fur  un  fauteuil  qu'on  préparoit  ; 
»  quand  j'y  étois  ,  je  fentois  tout-à-coup 
»  tomber  fur  ma  hanche  comme  une  livre 
»  de  plomb  fondu  :  la  fenfation  étoit  fi  vive 
»  &  fi  cuifante,  que  je  jetois  deux  cris  fî 
»  effrayans  ,  fi  extraordinaires ,  fi  révoltans, 
»  que  mon  ventre  frappoit  mon  dos ,  ck  en- 
»  fuite  je  tombois  dans  des  fpafmes  où  fou- 
»  vent  l'on  m'a  cru  mort  ;  ma  refpiration  ,' 

(a)  GroJJe ,  terme  du  pays  ,  qui  fignifie  douzf 
douzaines  de  certaines  marchandifes. 


5<S  Mémoire 

»  après  un  certain  intervalle,  commencent 
»  à  fe  faire  appercevoir,  &  revenoit  petit-à- 
»  petit.  J'en  eus  un  le  x6  Novembre ,  qui 
»  dura  trois  heures. 

»  Mon  frère,  défolé,  défefpéré  de  me  voir 
»  dans  un  fi  pitoyable  état,  affembla  de  cé- 
»  lèbres  médecins  chez  lui.  Après  leur  avoir 
»  fait  le  détail  de  ma  maladie ,  de  fon  pro- 
»  grès,  de  fon  incurabilité  ,  il  y  en  eut  un 
»  qui  fut  d'avis  de  me  faire  une  ouverture 
>>  d'un  demi-pied  à  la  hanche  droite  qui 
»  étoit  le  fiége  du  mal;  peut-être  fa  déci- 
»  fion  auroit-elle  été  fuivîe,  fans  le  fameux 
»M.  Petit,  de  la  rue  Saint-Avoye,  dont  je 
»  ne  puis  prononcer  le  nom  fans  admiration. 
»  Il  s'expliqua  fi  énergiquement  ck  fi  dé- 
»  monftrativement,  que  fon  opinion  fut  fui- 
»  vie  :  il  fit  voir  très-clairement  que  c'étoit 
»  une  feiatique  qui  pouvoit  fe  guérir  aux 
»  eaux  de  Plombières.  Je  repréfentai  que 
»  celles  de  Bourbonne  étant  à  portée  de 
»  chez  moi  ck  très-bonne  ,  il  me  feroit  plus 
»  avantageux,  à  tous  égards,  d'y  aller.  On 
»  me  remontra  que  les  eaux  de  Bourbonne 
»  ne  me  convenoient  pas  ;  enconféquence, 
»  je  me  décidai  pour  celles  de  Plombières. 
»  Le  tems,  la  faifon  ck  mes  vives  douleurs  ne 
»>  me  permettant  pas  de  partir,  je  renvoyai 
»  mon  voyage  au  mois  de  Février  fuivant. 
»  Je  foufrrois  alors  comme  un  damné  :  ma 
»  hanche  droite  étoit  grofle  comme  un  boif- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  57 
»  feau  ;  j'étois  fec  &  décharné  comme  un 
»  fquelette ,  je  faifois  pitié  à  tout  le  monde  : 
»  &,  dans  cette  cruelle  fituation ,  j'euffe  cer- 
»  tainement  préféré  la  mort  à  la  vie. 

»  Enfin ,  réduit  à  la  dernière  extrémité  ," 
»  accablé  par  les  douleurs  qui  ne  m'avoient 
»  pas  laifTé ,  depuis  trois  mois ,  une  minute 
»  de  repos  ni  de  fommeil ,  je  demandai ,  à 
»  corps  &  à  cris ,  que  l'on  me  donnât  quel- 
»  que  chofe  pour  un  peu  diminuer  mon 
»  tourment.  Mon  médecin  ordinaire  Te  dé- 
»  termina  à  me  confeiller  dix  gouttes  de 
»  teinture  anodyne  de  Sidenham  :  je  les  pris 
»  aufli-tôt  ;  & ,  une  heure  après,  mes  dou- 
»  leurs  fe  calmèrent  :  néanmoins  je  ne  dor- 
»  mis  pas.  Mais ,  dans  ce  calme  momentané, 
»  je  végétois  ;  je  comptois  avec  plaifir  les 
»  minutes  de  ma  pendule  :  jugez  où  en  étoit 
»  réduite  la  pauvre  machine. 

»>Les  douleurs  fufpendues  pour  quelques 
»  heures  ,  renaiffoient  bientôt  après  comme 
»  auparavant.  Mais  hélas!  ces  alternatives 
»  de  bien ,  malgré  la  crainte  qu'on  m'infpi- 
»  roit  pour  ce  remède,  m'y  rirent  néan- 
»  moins  recourir  jufqu'au  mois  de  Février, 
»  où  j'arrivai  chez  moi,  en  chaife  de  pofie, 
»  dans  l'état  le  plus  trifte  &  le  plus  déplo- 
»  rable ,  &  après  avoir  excité  la  compaflion 
»  par- tout  où  j'avois  parlé.  Le  régime  &  la 
»  diète  blanche  que  j'avois  gardés  jufqu'alors 
»  ne  m'ayant  pas  réuffi ,  je  me  remis  à  la  vie 


5$  Mémoire 

»  ordinaire  jufqu'au  mois  de  Mai  faîvant  ^ 
»  afîbupifîant  toujours  mes  douleurs  avec 
»  mes  gouttes. 

»  Dans  ce  tems,  je  partis  pour  Plombie- 
»  res  ;  les  fecoulTes  &  les  cahots  de  la  route 
»  me  cauferent  des  douleurs  très-vives,  & 
»  me  donnèrent  des  fpafmes  incroyables. 
»  Arrivé,  je  fus  mis  à  l'ufage  des  eaux  de 
»  Buffang  en  boiffon ,  enfuite  de  bains  fort 
»  doux,  où  je  reftois  huit  heures.  Six  fe- 
»  maines  s'écoulèrent  ainfi  fous  la  direction 
»  de  M.  de  Guerre  ,  médecin  d'un  rare  mé- 
»  rite,  qui  me  donna  de  falutaires  avis ,  & 
»  ne  me  défendit  point  ma  teinture.  Après 
*>  un  mois  de  repos  chez  moi,  je  retournai 
m  encore  pour  y  répéter  fix  autres  femaines 
»  les  mêmes  exercices.  Pendant  leur  cours , 
»  mes  douleurs,  au  lieu  de  diminuer,  de- 
»  vinrent  fi  cruelles  &  fi  continuelles ,  frtes 
»  fpafmes  fî  fubits  &  fi  violens ,  qu'on  crut 
»  que  je  tombois  d'épilepfîe.  J'étois  courbé 
»  jufqu'à  terre  ;  la  groffeur  de  ma  hanche 
»  étoit  affreufe  &  énorme,  je  ne  pouvois 
»  étendre  ma  jambe  droite ,  la  gauche  étoit 
»  plus  courte  de  près  de  deux  pouces  ,  j'au- 
»  rois  cru  ma  cuifTe  luxée ,  fi  le  bon  Fleurot 
»du  Valdageotne  m'eût  afiuré  le  contraire. 
»  Indépendamment  de  ces  précautions 
»  &  des  bains  domeftiques  que  je  prenois 
»  à  la  maifon ,  le  mal  fubfifta  avec  la  même 
»  violence  jufqu'au  mois  de  Janvier  1765» 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.    59 

»  Alors  je  ne  fouffris  plus  fi  cruellement , 
*>  &  je  pus  un  peu  aller,  venir  &  travailler. 
»  Ce  mieux  apparent  ne  fut  pas  de  longue 
»  durée  ;  l'arrivée  du  printems  fut  celle  de 
»  mon  ancien  martyre.  Au  défefpoir,  Se  ne 
»  fçachant  plus  de  quel  côté  donner  de  la 
»  tête,  je  me  déterminai  à  aller  à  Bour- 
»  bonne.  Mon  parti  pris  ,  &  fans  conlulter 
»  perfonne  ,  je  m'y  fis  conduire  au  mois  de 
»  Mai  .1765  ,  mais  dans  la  ferme  réfolution 
»  de  n'y  point  boire ,  Se ,  en  revanche ,  de 
»  m'y  baigner  fortement  comme  j'avois  fait 
»  à  Plombières. 

»  Dans  la  consultation  que  je  fis ,  mon 
»  projet  fut  renverfé  ;  on  me  démontra  que 
»  les  eaux  prifes  intérieurement ,  étoient 
»  feules  capables,  en  pafTant  dans  la  maffe 
»  du  fang  &  dans  les  vaiffeaux  lymphati- 
»  ques,  de  détruire  le  principe  de  ma  ma- 
»  ladie  ;  on  m'ordonna  en  conféquence  de 
»  boire,  &  de  ne  me  baigner  qu'une  demi- 
»  heure  dans  un  bain  fort  doux.  On  me 
»  prefcrivit  la  quantité  qu'il  falloit  que  j'en 
»  priffe,  &  le  régime.  J'obfervai  l'un  &  l'au- 
»  tre ,  me  purgeai  &  ufai  des  remèdes  qui 
»  me  furent  ordonnés. 

»  Cette  première  faifon ,  ainfi  que  la  fe- 
*>  conde ,  n'apportèrent  aucun  changement 
»  à  mes  douleurs  ;  au  contraire,  elles  furent 
»  fi  vives  fur  la  fin  de  celle-ci,  que  je  crus 
y  périr,  Pour  avoir  quelques  rnomens  de 


6o  Mémoire 

»  rémifiïon ,  je  fus  obligé  de  recourir  à  rrieâ 
»  gouttes.  Mon  frère,  qui  me  fçut  à  Bour- 
»  bonne,  m'écrivit ,  de  Paris,  de  cefîer  bien 
»  vite  les  eaux  ;  qu'elles  me  feroient  con- 
»  traires  &  nuifibles  :  cela  doit  vous  prouver, 
»  Monfieur ,  que  le  préjugé  a  un  furieux 
»  empire,  puifque,  malgré  les  exemples  que 
»  nous  avons  journellement  fous  les  yeux, 
»  &  le  grand  jour  que  des  hommes  inftruits 
»  6c  éclairés  ont  jeté  fur  la  partie  des  eaux 
»  thermales ,  on  le  voit  encore  fubfifter.  Il 
»  eft  vrai  que  le  détruire  n'eft  pas  un  petit 
»  ouvrage.  Les  hommes  prévenus  dès  l'en- 
»  fance ,  ou  mus  par  intérêt ,  font  très-diffi- 
»  ciles  à  perfuader.  On  en  voit  même  dans 
»  ce  (iécle  de  lumière  ,  quoique  inftruits 
»  d'ailleurs,  abandonner  le  vrai  pour  donner 
v>  dans  l'illufion. 

»  Pour  revenir  à  mon  état,  l'hiver  fuivant 
»  fut  bien  moins  pénible  :  je  foufFrois  à  la 
»  vérité  ,  mais  moins  fouvent ,  &  moins 
»  cruellement.  Je  pouvois  agir ,  m'appli- 
»  quer  &  travailler.  Ma  hanche  &  ma  cuhTe 
»  étoient  toujours  dans  le  même  état,  mais 
»  je  reprenois  un  peu  d'embonpoint.  Les 
»  eaux  n'ayant  pas  difîîpé  entièrement  mes 
»  douleurs ,  un  habile  médecin  de  Bour- 
»  bonne  me  confeilla  un  cautère  à  la  jambe  : 
»  cet  avis  étoit  aufîi  celui  de  M.  Petit  ;  mais 
»  ma  répugnance  pour  un  pareil  égoût ,  me 
>)  le  fit  rejeter. 


sur  ies  Eaux  de  Bourbonne.  6ï 
»  Le  retour  du  prinrems  de  1766  réveilla 
»  mes  douleurs  ;  l'application  des  fangfuës 
»  fur  la  partie  fouffrante  &  le  fondement , 
w  les  calma  un  peu  ;  cela  n'empêchoit  ce- 
»  pendant  pas  que  je  n'attendifTe  avec  im- 
»  patience  la  belle  faifon  pour  retourner  à 
»  ma  bienfaitrice.  Je  me  difois  à  moi-même, 
»  ni  le  lait,  ni  le  régime,  ni  les  humec"tans 
»  fous  toutes  les  formes ,  ni  tous  les  remè- 
»  des  dont  j'ai  ufé  ne  m'ont  rien  fait  ;  ils  ont 
»  au  contraire,  augmenté  mes  maux,  les 
»  ont  entretenus  &  aigris;  mais  les  eaux  de 
»  Bourbonne,  comme  balfamiques,  béni- 
»  gnes ,  purgatives ,  apéritives ,  dépurati- 
»  ves,  incifives ,  ftomachiques ,  &c.  m'ayant 
»  non-feulement  8c  réellement  foulage  , 
»  mais  même  procuré  un  hiver  tranquille , 
»  redonné  des  couleurs ,  de  la  gaieté  ,  6k 
»  étant  analogues  à  mon  état ,  il  ne  faut  pas 
»  héfiter  d'y  retourner.  Auffi,  le  mois  de  Mai 
»  arrivé ,  je  me  fis  faigner  &  purger,  &  partis 
»aun*i-tôt.  Le  lendemain  de  mon  arrivée,  je 
»  commençai  à  boire ,  &  bu  graduellement 
»  jufqu'à  la  quantité  de  huit  gobelets  de  fix 
»  onces  chacun  ;  je  baignai  &  douchai  plus 
»long-tems  qu'aux  faifons  précédentes. 
«  Après  le  repos  ordinaire,  je  fis  encore  une 
»  féconde  faifon  en  tout  femblable  à  celle- 
»  ci  ;  mais  je  vous  avouerai  qu'a  la  fin,  j'étois 
»  fatigué  &  délavé  :  huit  jours  après ,  mes 
y  forces  &  mon  incarnat  commencèrent  â 


61  Mémoire 

»  revenir;  je  jouis  pendant  l'hiver  d'un  bien* 
»  être  ,  d'un  enjouement  furprenant.  La 
»  groffeur  de  ma  hanche  ne  me  parut  plus  fî 
»  énorme;  j'étendois  un  peu  ma  jambe  ma» 
*>  lade;  je  n'étois  pas  n"  courbé,  &  j'atten- 
»  dois  avec  empreffement  les  faifons  de 
»  1767.  Elles  ne  furent  pas  plutôt  ouvertes, 
»  que  je  volai  à  Bourbonne,  où  je  fis  les 
»  mêmes  opérations  qu'en  1766.  Nul  ac- 
»  cident;  augmentation  de  bien-être  ;  hiver 
»  plus  heureux  que  les  précédens  ;  quelques 
»  douleurs  à  la  vérité ,  mais  fupportables  : 
»  je  m'apperçus  feulement  qu'elles  paiToient 
»  d'un  côté  à  l'autre  ;  ce  que  j'attribuai  à  la 
»  diviiion  de  la  matière  en  ftafe ,  mife  en 
»  mouvement  par  vos  eaux  &  leur  fel  ad- 
»  mirable. 

»  Même  voyage ,  mêmes  exercices  en 
»  1768  &  1769;  avantages  plus  grands,plus 
»  réels  ,  &  plus  évidens.  Quelques  dou- 
»  leurs  légères  &  momentanées ,  que  j'at- 
»  tribue  feulement  à  l'inclémence  des 
v  tems  ;  plus  de  froid  dans  les  parties  tour- 
»  mentées ,  plus  de  groffeur  à  la  hanche; 
»  la  jambe  malade  libre  &c  égale  à  l'au- 
»»  tre  :  je  fuis  droit  comme  à  vingt  ans, 
»gai,  vermeil  ,  gras  &  bien  portant. 

»  Les  mouvemens  convulfifs  que  j'ai 
»  efïuyés,  &  qui  font  bien  guéris,  ont  don- 
>»  né  des  fecouffes  &  des  ébranlemens  fî 
£  violens*  à  la  machine ,  que  je  crois  que 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  6*j 
*>ce  font  eux  qui  ont  blanchi  ma  barbe 
»  ôc  mes  cheveux. 

»  Je  fuis  encore  retourné  cette  année  à 
»  Bourbonne,  où  j'ai  fait,  comme  vous  fça- 
»  vez ,  des  exercices  plus  modérés  que  les 
»  années  précédentes  ;  mais  c'étoit  autant 
»  par  précaution ,  que  pour  porter  un  tri-' 
»  but  de  ma  reconnoiffance  à  cette  fource 
»  miraculeufe  ,  à  cette  véritable  pifcine,  où 
»  je  fais  vœu  d'aller  tous  les  ans  porter 
w  mon  encens ,  tant  je  crains  &  craindrai 
»  toute  ma  vie  de  me  voir  dans  l'état 
»  défefpéré&  affreux  où  je  me  fuis  trouvé  I 
»  6k  l'offrir  avec  une  confiance  plus  fûre 
»  &  plus  fervente  que  celle  qui  anime 
»  les  Mufulmans  dans  leurs  caravanes  de  la 
»  Mecque. 

»  Voilà  un  détail  bien  long  ;  prenez- 
»  vous-en  à  votre  complaifance  :  vous  me 
»  l'avez  demandé  ,  je  vous  le  donne ,; 
»  mais  aufîi  vrai  &  nncere  qu'il  l'eft ,  que 
»  ce  font  les  eaux  de  Bourbonne  qui  m'ont 
»  guéri  fans  le  fecours  d'autres  remèdes  z' 
»  voilà  ce  que  je  fçais,  ce  que  j'affirme, 
»  ce  que  j'affure ,  &C  ce  que  je  publierai 
>>  fur  les  toîts. 

»  II  eft  heureux,  Monfieur,  pour  l'huma". 
>»  nité  ,  de  trouver  un  ami  tel  que  vous  s 
w  mais  il  eft  beau ,  il  eft  grand ,  il  eft.  con-- 
»  folent,  de  lui  rendre  un  fervice  tel  que 
f>  celui  que  vous  lui  rendez.  Je  vous  priç 

E 


4  Mémoire 

»  d'en  recevoir  mon  remerciment  ,  êk 
»  d'être  perfuadé  qu'en  mon  particulier  ,  je. 
»  ne  ceflerai  d'être  ,  ckc.  Signé,  HENRI 
»  l'aîné  ,  avocat  en  parlement.  »> 

XXII.  Obs.  Le  nommé  Claude  Chau- 
roux  ,  de  Turny  en  Bourgogne ,  âgé  de 
trente-cinq  ans ,  d'un  tempérament  vif  6c 
fanguin,  d'une  conftitution  forte  ck  ro- 
bufte  ,  reiTentit,  en  1765  ,  après  avoir  paffé 
fubitement  du  chaud  au  froid ,  ayant  en- 
core les  pores  extrêmement  ouverts  ,  une 
ftupeur  ou  engourdiflement  aux  jambes, 
qui,  fpontanément ,  s'étendit  aux  cuifles, 
aux  lombes  ck  fur  tous  les  vifceres  du  bas- 
ventre.  Ces  parties,  de  cet  état,  parlèrent 
bien  vite  à  celui  d'atonie ,  d'infenfîbilité  & 
de  fpafme.  Celui-ci ,  après  avoir  exercé  fa 
fureur  fur  les  mufcles  lombaires  6k  abdo- 
minaux ,  courba  le  tronc  de  manière  que 
la  poitrine  appuyoit  prefque  fur  les  ge-. 
noux.  Les  extrémités  inférieures  fe  paraly- 
ferent  ck  s'atrophièrent  ;  la  paralyfie  devint 
fi  confidérable,  qu'en  le  piquant  ck  pin- 
çant rudement ,  on  ne  lui  excitoit  pas  la 
plus  légère  fenfation  douloureufe.  Les  muf- 
cles de  ces  parties  refterent  cependant  tou- 
jours fi  irritables ,  que,  pour  peu  qu'il  s'é- 
levât fur  {es  bras  pour  prendre  une  Situa- 
tion plus  commode  lorfqu'il  étoit  fur  une 
chaife  ou  un  fauteuil ,  (es  jambes  fe  reti- 
roient  fous  lui  ,   auffi  rapidement  que  û, 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.    6ç 

elles  y  euffent  été  déterminées  par  un  ref- 
fort  bien  conditionné  :  d'autres  fois,  ilfem- 
bloit  que  ce  même  refïort  Te  détendît  pour 
les  faire  allonger  avec  la  même  vîteffe 
qu'elles  avoient  été  entraînées  ;  dans  l'un 
&  l'autre  cas ,  il  falloit  une  force  majeure 
pour  les  ramener  ,  &  leur  faire  décrire  un 
angle  droit  avec  les  cuifTes.  L'eftomac  &C 
les  inteftins  étoient  fenfïbles',  douloureux, 
&  fouvent  en  proie  aux  fougues  fpafmo- 
diques  :  le  ventre  étoit  pareffeux ,  les  urines 
abondantes  &  crues.  Tel  étoit  fon  état 
déplorable,  lorfque  M.  le  vicomte  de  la 
Rochefoucauld ,  dont  la  bonté  du  cœur  & 
h  bienfaifance  ordinaires  pour  tous  les  mal- 
heureux font  connues,  touché  de  compaf- 
fion  pour  celui-ci,  l'envoya  aux  eaux  de 
Bourbonne ,  &  l'y  entretint  pendant  fon 
féjour.  A  fon  arrivée  au  mois  d'Août  1767, 
M.  le  vicomte  me  chargea  de  le  diriger 
dans  leur  adminiftration. 

Le  régime  prefcrit ,  je  lui  ordonnai  les 
eaux  en  boiffon  ;  il  les  commença  d'abord 
par  deux  gobelets  de  fix  à  fept  onces  cha- 
cun ,  bus  à  vingt  minutes  d'intervalle.  Elles 
furent  portées  d'un  jour  à  l'autre  ,  grada-* 
tint,  &  avec  les  mêmes  précautions  ,  jus- 
qu'au nombre  de  huit.  Il  les  but  dix  jours 
confécutifs,  pendant  lefquels  il  fut  purgé 
deux  fois  ,  fçavoir  le  quatrième  &  le  neu- 
vième de  leur  ufage.  Les  autres  jours,  les 

Éij 


66  Mémoire 

«aux  purgeoient  &  pouflbient  par  les  urî- 
nes.  Le  douzième ,  il  parla  aux  bains ,  &  fe 
baignoit  deux  fois  par  jour,  une  heure  cha- 
que fois ,  depuis  vingt-neuf  jufqu'à  trente 
degrés,  félon  le  thermomètre  de  Réau- 
mur.  Les  bains  furent  auffi  continués  dix 
jours,  après  lefquels  il  fut  encore  purgé. 
Il  prit  enfuite  dix  douches  de  vingt  à  vingt- 
cinq  minutes  chacune,  précédées  ôtfuivies 
d'une  demi-heure  de  bain.  Durant  les  bains 
ck  les  douches,  il  buvoit  alternativement 
tous  les  matins,  deux  &  trois  gobelets  d'eau 
minérale ,  pour  entretenir  la  liberté  ordi- 
naire du  ventre. 

Pendant  le  tems  des  bains  de  cette  pre- 
mière faifon  ,  fes  mouvemens  convulfifs  fe 
réveillèrent  fi  fort ,  que  leurs  fecoufles  éle- 
voient  fes  jambes ,  lorfcju'il  étoit  dans  l'eau, 
au-defïus  de  fa  baignoire.  On  ne  pouvoit 
les  tenir  afîujetties  au  fond  ,  qu'en  les  y 
maintenant  avec  force.Tandis  qu'un  homme 
vigoureux  étoit  employé  à  cette  fonction  , 
un  autre  le  foutenoit  par  les  bras  contre  le 
doffier  ,  pour  que  le  tronc  ne  fe  pliât  pas 
fur  les  genoux. 

Après  un  mois  de  repos ,  il  fit  une  fé- 
conde faifon  femblable  à  celle-ci ,  &  deux 
autres,  en  1768,  un  peu  plus  longues, -qui 
l'ont  entièrement  délivré  de  tous  Ces  maux. 
Sa  guérifon  m'eft  conftatée  par  une  lettre 
qu'il  m'a  écrite  le  1 8  Septembre  dernier,  de 


sur  les  Eaux  de  Bourbomne.  67 
laquelle  je  joins  ici  copie  ,  en  en  confer- 
vant  tout  le  ftyle  &  les  expreffions. 

Monsieur, 

»  C'eft  avec  refpeft  poflible  que  votre 
»  ferviteur  a  aujourd'hui  l'honneur  de  vous 
i>  faluer  ,  èk  auffi  de  vous  écrire  ces  lignes, 
»  pour  vous  déclarer  letems  de  mon  eftro- 
»  piement.  Sçavoir  au  commencement ,  j'ai 
»  évus  beaucoup  chaud  ,  &C  enfuite  j'ai  été 
w  bien  raferdit  ;  c'eft  ce  qui  a  caufé  mon 
»  malheur.  J'ai  été  pendant  deux  ans  bien 
»  en  peine  :  cela  m'a  pris  dans  les  jambes, 
»  par-à-près  aux  cuhTes ,  dans  le  ventre  , 
»  à  l'eftomac  ;  j'étois  tout  courbé,  &  puis 
»  me  fallit  refter  tout-à-fait.  J'ai  été  pen- 
»  dant  deux  ans  qu'on  étoit  obligé  de  me 
»  porter  par-tout. 

»  Depuis  la  ceinture  à  la  vallée ,  je  n'a- 
»  vois  aucun  fentiment  ;  on  m'auroit  percé 
»  jufqu'au  fang ,  fans  que  j'eus  fenti  brin 
»  de  mal  :  mes  jambes  étoient  roides 
»  comme  des  barres  de  fer.  Y  falloit  deux 
»  hommes  pour  me  les  allonger  ,  tout  de 
»  fuite  elles  fe  recorbeint  fous  moi ,  fans 
»  que  je  le  fente  ;  d'autres  fois  elles  fe  re- 
»  dreuflbient  incontinent ,  &  me  faifeint 
»  cheoix  de  mai  chaife.  On  me  mena  à 
»  Bourbonne  pour  prendre  les  eaux  ;  tout 
»  droit  le  lendemain,  je  lésai  bu  ,  &  puis, 
»  après  dix  jours  que  je  les  ai  bu ,  &;  deux 

Eiij 


68  Mémoire 

»  médecennes ,  j'ai  été  dans  le  baîn  ;  on . 
»  m'i  a  porté  foixante-dix  fois,  &  foixante 
»  fois  que  j'i  ai  été  avec  mes  croffes.  Les 
»  premières  fois  qu'on  m'a  mis  dans  les 
»  iaux ,  mes  jambes  reïïbrteint  toujours , 
»  mais  après  je  me  fuis  trouvé  foulage , 
»  peu-à-peu ,  &  cela  ,  en  fuivant  les  bons 
»  confeils  de  mon  chirurgien ,  finon  que 
»  j'ai  toujours  tâché  à  boire  de  l'iau  de 
»  plus  qu'il  m'étoit  ordonné. 

»  Après  mes  deux  campagnes  de  Bour- 
»  bonne ,  je  me  fuis  trouvé  foulage  tou- 
»  jours  de  mieux  en  mieux ,  mais  de  la  der- 
»  niere  plus  que  de  la  première.  Après 
»  qu'on  ma  ramené  la  dernière  fois  des 
»  iaux  ,  j'ai  été  vingt  mois  à  finir  à  guérir  ; 
»  mais  çà  revenoit  toujours  petit  à  petit,  & 
»  perfentement  je  fuis  bien  guéri,  grâce  à 
»  Dieu,  Tout  le  monde  bien  atone  dans 
»  mon  pays  ,  après  m'avoir  vu  à  la  dernière 
»  des  miferes&  compaflîon,  d'un  eftropie- 
»  ment  pareil ,  qui  a  duré  quatre  ans  deux 
»  mois.  Mais  jai  évus  du  bonheur  de  me 
»  trouver  dans  vos  mains.  Je  finis  avec 
»  b:en  de  l'honneur  &.  du  plaifir,  6k  fuis,  &c. 
»  Signé,  Claude  Cha.ur.oux,  que  vous 
»  avez  guéri  &  mis  en  grande  joie.  » 

Turny,  le  iS  Septembre  I77O. 

XXIII.  Obs.  M.  Bertrand  ,  négociant  à 
Troyes  ,  âgé  de  quarante  à  quarante-  cinq 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  69 
^ns  ,  d'un  tempérament  biliofofanguin , 
fort  &  robufte ,  reffentit  pendant  quelques 
tems  une  légère  douleur  de  tête  ,  qui  de- 
vint tout  d'un  coup  fi  violente ,  qu'elle 
fut  auffi-tôt  fuivie  de  perte  de  connoif- 
fance  &  d'hémiplégie  au  côté  droit  ;  le 
côté  gauche  devint  auiîi  plus  foible.  Tout 
fut  employé  dans  ce  premier  inftant  fans 
beaucoup  de  fuccès  ;  ce  qui  détermina  fon 
confeil  à  l'envoyer  à  Bourbonne,  où  il 
arriva  fur  la  fin  du  mois  de  Septembre 
1762. 

Sa  fituation  alors  étoit  telle ,  que  fon 
bras  &  fa  jambe  paralytiques  n'avoient  que 
quelques  mouvemens  imparfaits  ;  le  côté 
oppofé  étoit  auffi  affoibli  :  enforte  qu'il  ne 
pouvoit  marcher  qu'en  chancelant ,  élever 
les  bras  qu'en  tremblotant  ;  &  quand,  par 
hafard  &  machinalement,  il  lui  arrivoit  de 
prendre  du  tabac  ,  au  lieu  de  le  porter  à 
fon  nez  ,  il  le  portoit  à  fa  bouche.  Il  ne 
pouvoit  fupporter  la  lumière  fans  trouble; 
l'axe  de  la  vue  étoit  inégal ,  une  des  deux 
prunelles  montoit ,  6k  l'autre  defcendoit  ; 
les  objets  paroifibient  confus  &  doubles  ; 
enfin  les  deux  paupières  fupérieures  étoient 
quelquefois  tout- à -fait  affauTées  fur  le 
globe  des  yeux  :  c'étoit  bien  un  ftrabifme 
d'inégale  hauteur  compliqué.  Les  lèvres 
étoient  de  tems  en  tems  en  fpafme,  &  toutes 

Éiv 


70  Mémoire 

les  facultés  de   l'ame   absolument  déran- 
gées (a). 

Quelques  jours  après  fon  arrivée,  fa  tête 
s'embarrafTa  à  un  tel  point ,  qu'on  craignit 
pour  fa  vie.  Une  faignée  du  pied  que  je 
lui  fis ,  le  remit  dans  le  même  état  où  il 
étoit  les  jours  précédens.  Lorfque  j'arrivai 
pour  la  lui  faire  ,  il  fe  plaignit  amèrement 
à  moi  de  ce  que  fes  domeftiques  avoient  , 
fuivant  lui  ,  laifTé  des  cailloux  dans  fon  lit. 
11  me  dit  encore,  pendant  l'erTuflon  du  fang, 
en  me  regardant  avec  des  yeux  hagards,qu'il 
lui  fortoit  une  petite  bougie  de  la  jambe. 

Cinq  femaines  d'ufage  de  nos  eaux  en 
boiffon ,  bains ,  douches ,  &  de  quelques 
minoratifs ,  l'ont  entièrement  délivré  de 
cette  affreufe  fituation ,  mis  en  état  de  fer- 
vir  lui-même  tous  les  convives  dans  un 
repas  qu'il  donna  avant  fon  départ. 

L'année  fuivante,  étant  à  la  fuite  des  af- 
faires de  fon  commerce  ,  il  reparla  encore 
à  Bourbonne,  au  mois  de  Juin,  pour  y 
faire  une  petite  faifon  ,  &  y  alla  voir,  pen- 
dant fon  féjour  ,  tous  les  étrangers  qui  y 

(a)  M.  Pomme,  page  34  de  fon  Traité ,  Ier 
vol.  quatrième  édition,  obferve  que  les  parlions 
de  l'ame  ,  le  dérangement  de  l'efprit ,  (  effet  or- 
dinaire de  l'hypocondriacie  y  )  l'entretiennent ,  & 
la  rendent  quelquefois  très-difficile  à  guérir. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   ji 

étoient,  pour  leur  faire  part  de  Ta  guériion. 
Depuis  ce  tems ,  j'ai  eu  l'honneur  de  le  voir 
plusieurs  fois ,  notamment  cette  année  , 
jouiffant  de  la  fanté  la  plus  parfaite. 

Si  la  privation  ou  la  diminution  des  fens 
ck  des  mouvemens  volontaires  font  le  ca- 
ractère diftinctif  de  l'apoplexie ,  (es  diffé- 
rentes caufes  ne  fe  présentent  pas  toujours 
d'une  manière  allez  évidente  ,  pour  recon- 
noitre  11  elle  eft  idiopatique  ou  fymptoma- 
tique;  en  conféquence  ,  il  peut  arriver  plus 
d'une  méprife  dans  de  certaines  affections 
qui  ne  lui  reffemblent  que  par  quelques  ef- 
fets; mais  ce  n'en  fera  jamais  une,  ni  un 
aveuglementjComme  le  prétend  M.  Pomme, 
d'envoyer  aux  eaux  thermales  ces  mala- 
des ,  qui ,  loin  d'être  les  victimes  de  leur 
ufage  ,  n'en  éprouveront ,  fous  une  direc- 
tion éclairée  ,  que  de  falutaires  6k  non  de 
Funeftes  effets  ,  ainfi  que  je  le  prouve  par 
ces  obfervations  ,  les  précédentes  6k  les 
fubféquentes. 

XXIV.  Obs.  Dom  Surmain,  prieur  des 
Chartreux  de  Dijon ,  âgé  de  cinquante 
ans ,  d'un  tempérament  fanguin  ,  d'une 
constitution  robufte  ,  quoique  d'un  carac- 
tère gai ,  homme  d'efprit  6k  méditatif , 
remplilTant  avec  fécurité  toutes  les  régies 
ck  les  devoirs  de  fon  état ,  fut  attaqué,  fur 
la  fin  de  1762,  d'une  pefanteur  &  douleur 
de  tête,  pour  laquelle  on  lui  fit  prendre  inu« 


7i  Mémoire 

tilement  différens  remèdes.  Cette  douleur^ 
augmentant  infenfiblement  &  par  degrés  , 
le  termina  enfin  par  un  évanouifîfement  fpaf- 
modique  ,  qui  fut  fuivi  d'une  paralyfîe 
prefque  univerfelle.  Les  extrémités  tant 
fupérieures  qu'inférieures  étoient  fl  foibles  , 
qu'il  falloit  qu'on  le  fervît,  l'habillât,  dés- 
habillât :  il  ne  pouvoit  marcher  qu'en 
tremblant  ôk  à  l'aide  d'un  bon  bras  ;  fa 
mémoire  étoit  affaiblie.  Les  yeux  n'étoient 
plus  fymétriquement  parallèles  entr'eux , 
non  plus  que  leurs  axes  vifuels,  qui,  par 
leur  convergence  ,  s'inclinoient  l'un  vers 
l'autre  ,  6k  lui  faifoit  voir  ,  au-delà  de  leur 
croifement  ,  les  objets  doubles  ck  très- 
confus. 

Tous  ces  accidens  réunis  déterminèrent 
fon  confeil  à  l'envoyer  à  nos  eaux  les  der- 
niers jours  de  Mai  1763.  A  fon  arrivée,  il 
fut  trouvé  dans  le  même  état  que  celui  ci- 
deffus  détaillé.  Il  fe  plaignoit  toujours  de 
la  douleur  6k  de  fon  embarras  à  la  tête; 
en  conféquence,  on  lui  propofa  une  faignée 
au  pied  ;  il  la  rejeta  d'abord  avec  une  ef- 
pece  d'horreur  ,  à  caufe  de  la  crainte  qu'on 
îuiavoit  infpirée  pour  cette  opération  ;  mais 
l'augmentation  de  fa  douleur  6k  de  fon  em- 
barras le  fit  céder ,  6k  confentir  à  ce  qu'on 
la  lui  pratiquât.  Le  foulagement  qu'elle  lui 
procura ,  le  convainquit  bientôt  de  fa  né- 
ceflité  6k  de  fon  erreur. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   75 

Il  paffa  enfuite  à  la  boiffon  des  eaux,  qui 
furent  bues,  pendant  quinze  jours,  depuis 
une  livre  jufqu'à  trois;  elles  purgeoient  6k 
paffoient  par  les  urines  :  cependant,  de  huit 
en  huit  jours ,  on  fecondoit  leur  effet  par 
un  minoratif.  Les  bains  6k  les  douches 
d'un  degré  de  chaleur  modéré  ,  fuccéde- 
rent  à  ces  premiers  exercices ,  6k  furent 
continués  pendant  douze  jours  ,  en  les  pré- 
cédant, tous  les  matins ,  de  deux  gobelets 
d'eau  minérale.  Après  ce  tems  ,  il  recom- 
mença encore  la  boiffon  pendant  huit  au- 
tres jours  ,  6k  fe  repofa. 

Une  féconde  faifon  répétée  un  mois  après 
celle-ci ,  6k  une  troisième  l'année  fuivante, 
l'ont  rendu  à  fa  maifon ,  6k  mis  en  état 
de  reprendre  les  fonctions  de  fon  miniftere, 
qu'il  n'a  pas  difcontinuées  depuis. 

XXV.  Obs.  Il  femble  ,  fur  l'idée  que 
donne  M.  Pomme  des  eaux  thermales, 
que  la  paralyfie  de  caufe  féche  6k  chaude, 
ne  pourroit  être  foumife ,  dans  fon  traite- 
ment ,  à  leur  fougue  ,  attendu  que  leurs 
parties  falin es  6k  autres,  heurtant  déprime 
à  bord  ,  félon  lui ,  les  folides  de  notre 
corps ,  effaroucheroient  les  efprits  ,  porte- 
roient  le  trouble  6k  la  confufion  dans  la 
difîribution  des  liqueurs  ,  détruiroient  l'har- 
monie ,  &  cet  équilibre  fi  néceffaire  pour 
l'entretien  6k  la  confervation  de  chaque 
individu.  On  verra  ,  par  les  exemples  fui- 


74  Mémoire 

vans  j  que  cette  fuppofition  n'eft  que  gra3. 
tuite  &  inconféquente. 

M.  l'abbé  de  Blanchelande ,  de  Chau- 
mont  en  Baffigny  ,  âgé  de  vingt  à  vingt- 
un  ans  ,  d'un  tempérament  fanguin,  d'une 
constitution  rrès-robufte,eut,  à  la  fuite  d'une 
lièvre  putride  inflammatoire,  qui  céda  aux 
évacuans  de  toutes  efpeces ,  une  hémiplé- 
gie parfaite  &  des  mieux  caractérifées  de 
tout  le  côté  droit.  L'engorgement  des  vaif- 
féaux  du  cerveau  ,  l'inflammation  de  fes 
membranes  propres  &  communes,  avoient 
fî  fort  maltraité  ce  vifcère ,  qu'il  arriva  à 
Bourbonne,  malgré  une  longue  convalef- 
cence,  dans  l'état  le  plus  trifte  &  le  plus 
déplorable.  Il  fembloit ,  dans  cet  inftant , 
plutôt  tenir  de  l'automate  que  de  l'homme 
raifonnable.  La  parole  perdue,  la  mémoire 
abfolument  en  défaut,  même  pour  les  cho- 
fes  les  plus  Amples  &  qu'il  avoit  le  mieux 
fçues,  comme  les  prières,  lire ,  écrire,  ckc. 
étoient,  avec  la  contorflon  de  la  bouche , 
l'œil  éraillé  ,  &  l'obftruction  de  l'oreille  , 
les  lignes  caractéristiques  &  les  trilles 
compagnons  de  fon  voyage. 

Deux  faifons  qu'il  fit  en  1755?  où  les 
eaux  furent  employées ,  avec  bien  du  mé- 
nagement, en  boiflbn  ,  bains,  douches, 
fomentations  ,  gargarifmes ,  injections ,  dé- 
lièrent un  peu  la  langue ,  réveillèrent  les 
facultés  intellectuelles  ,    le    mouvement 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  75 
mufculaire  du  bras ,  &  prefque  en  entier 
celui  de  la  jambe.  La  répétition  de  ces  mê- 
mes exercices  en  1756  &  1757,  lui  ont 
rendu  tous  fes  fens ,  fa  gaieté,  Ton  en- 
jouement &  fa  première  vigueur. 

XXVI.  Obs.  Le  prince  Charles- Augufte 
des à  l'âge  de  feize  ans  ,  conva- 
lescent d'une  fièvre  maligne  cérébrale,  ac- 
compagnée de  tranfport  ,  de  jectigation 
dans  les  artères  &  les  tendons ,  de  mou- 
vemens  convulfifs  univerfels  ,  arriva  aux 
eaux,  en  176 1  ,  pour  une  paralyfie  con- 
fécutive  des  extrémités  inférieures ,  telle 
qu'il  ne  pouvoit  fe  foutenir  fur  {es  jambes 
chancelantes  &  écartées.  Il  les  employa 
intérieurement  &  extérieurement,  &  les 
quitta  cette  faifon  ,  pouvant  fe  foutenir  & 
marcher  feul.  Il  y  revint  l'année  fuivante , 
5c  fa  paralyfie  fut  emportée  radicalement. 

Pour  conferver  une  tête  fi  chère ,  M. 
Pomme  auroit  préféré ,  fans  doute ,  l'eau 
du  Pactole  Séquanois. 

XXVII.  Obs.  Mad.  lamarquifedeC....: 
de  la  province  de  Champagne ,  âgée  de 
dix-fept  ans ,  vive  ,  d'une  conftitution  dé- 
licate, fut  envoyée  à  Bourbonne,  en  1757, 
pour  une  fièvre  lente ,  accompagnée  d'ob£ 
iruc"î.ions  au  foie  ,  à  la  rate  ,  au  pancréas  & 
au  méfentère  ;  de  vomhTemens  habituels 
.&  continuels   de  tous  les  alimens  quel- 


76  Mémoire 

conques ,  de  coliques  ck  de  mouvemens 

fpafmodiques. 

Sa  famille,  à  qui  elle  étoit  devenue  très- 
chère  ,  tant  par  les  qualités  du  cœur  que 
de  l'efprir ,  avoit  confulté  par-tout ,  &  n'a- 
voit  rien  négligé  pour  la  tirer  de  l'état 
défefpéré  où  elle  étoit  réduite.  Fondans  , 
delayans,  apéritifs  de  toutes  efpeces,échoue- 
rent.  La  feule  reiîburce  qui  lui  reftoit,  après 
les  confeils  &  les  avis  des  grands  maîtres, 
étoit  les  eaux  thermales  ou  minérales;  on 
lui  ordonnoit  Barèges,  Vais,  Spa ,  Forges 
ou  Plombières  ;  mais  fon  médecin  ordi- 
naire, qui  connoifToit  celles  de  Bourbonne, 
décida  pour  elles.  Mad.  les  but  d'abord  une 
année  entière,  en  mêlant,  pendant  leur 
ufage ,  des  intervalles  de  quinze  ,  vingt 
jours,  un  mois  ,  &,  de  tems  en  tems,  un 
jour  intermédiaire  entre  chacun  de  ceux  de 
Wrfibn.  Cette  pratique,  foutenuedu  régime 
le  plus  févère ,  que  fa  fituation  rendoit  in- 
difpenfable,  ck  aidée  de  quelques  minora- 
tifs  ,  les  eaux  étant  prifes  à  petites  dofes, 
n'apporta  ,  cette  première  année  &  la  fé- 
conde ,  que  très-peu  de  changement  à  ics 
maux.  Malgré  ce  peu  de  fuccès  ,  elle  les 
continua  néanmoins  d'année  en  année , 
avec  un  courage  Se  une  confiance  peu  com- 
munes, jufqu'en  1766.  La  fermeté  de  fa  ré- 
folution  l'a  fait  triompher  de  fon  ennemi  > 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   77 

&  mis  dans  le  cas  de  faire  la  félicité  d'un 
époux  qui  aujourd'hui  la  chérit  &  l'adore. 
Voici  ce  que  cette  dame  me  fait  l'honneur 
de  m'écrire,en  date  du  27  Novembre  1770. 

»  Vous  fçavez,  Monsieur,  que  je  ne 
»  dois  mon  rétabliffement  qu'à  ma  conf- 
»»  tance.  J'ai  fait  des  féjours  longs  à  Bour- 
»  bonne ,  qui  auroient  rebuté  ceux  qui  au- 
»  roient  eu  les  plus  légères  efpérances  pour 
»  d'autres  remèdes  ;  mais  il  n'en  exiftoit 
»  aucun  pour  moi  ,  de  l'aveu  de  M.  de 
»  Valdruche,  &  de  plufieurs  médecins  de 
»  Paris  que  j'avois  confultés ,  que  les  eaux  : 
»  ils  me  confeilloient,  après  avoir  bien  exa- 
»  miné  mon  état ,  celles  de  Barèges,  Vais, 
»  Spa ,  Forges  &  Plombières.  J'ai  ufé  de 
»  ces  dernières  pendant  flx  femaines ,  fans 
»  en  avoir  retiré  le  moindre  avantage,  au 
»  contraire. 

»  M.  de  Valdruche,  qui  m'a  toujours  vue, 
m  &  en  qui  j'ai  la  plus  grande  confiance  , 
»  a  toujours  perfide  pour  vos  eaux.  Je  les 
»  ai  prifes  comme  vous  fçavez,  Monfîeur , 
»  pendant  dix  ans  de  fuite.  Les  quatre  pre» 
»  mieres  années  ,  elles  m'ont  tiré  de  l'état 
»  cruel  &  défefpéré  où  j'étois  réduite,  ont 
»  fait  cefler  une  fièvre  lente  qui  ne  me  quit- 
»  toit  pas ,  ainfi  qu'un  vomifTement  géné- 
»  rai  pour  tous  les  alimens  folides  &  liqui- 
m  des ,  accompagné  de  colique  d'eftomac 
V  &  inteftinale ,  qui  faifoit  craindre  pout 


7$  Mémoire 

»  mes  jours  ;  d'obftruclions  confidérables 
»>  &  invétérées  qui  avoient  réfifté  à  tous 
»  les  fondans  les  plus  puiffans  &  les  plus 
»  multipliés. 

»  Voilà  ,  Monfîeur  ,  ce  que  les  eaux  de 
»  Bourbonne,  avec  beaucoup  d'autres  acci- 
»  dens  qui  fe  joignoient  à  ma  trifte  iitua- 
»  tion  ,  ont  détruit,  de  manière  à  ne  m'in- 
»  commoder  que  très-légèrement,  jouifTant 
»  aujourd'hui  d'une  aufli  bonne  fanté  qu'il 
»  foit  poffible  de  l'efpérer  après  un  état 
»  aufll  critique  que  celui  que  je  viens  d'ex- 
il pofer.  » 

Souvent  les  malades  qui  viennent  aux 
eaux ,  fe  perfuadent  qu'en  quinze  jours , 
trois  femaines ,  ou  un  mois  tout  au  plus  de 
leur  ufage  ,  ils  doivent  être  foulages  ou 
guéris  ;  iinon  ,  que  les  eaux  ne  leur  font 
rien,  &  ne  leur  conviennent  pas.  Y  a-t-il 
de  la  juftice  de  vouloir  exiger  que  des  eaux, 
quelqu'efficaces  &  énergiques  qu'elles 
foient,  puiffent  opérer ,  fur-tout  dans  des 
maladies  chroniques  &  rebelles ,  ce  que  les 
moyens  les  plus  communs ,  les  remèdes  les 
mieux  indiqués  &C  les  mieux  adnvniftrés  , 
n'ont  pu  opérer  pendant  bien-  des  années? 
Il  eft  vrai  que  l'envie  de  guérir,  qui  ne  con- 
noit  point  de  bornes  ,  lorfqu'elles  ne  répon- 
dent pas  à  nos  defirs  ,  fouvent  impatiente , 
décourage  le  malade  &  le  médecin  ,  &  fait 
jeter  le  manche   après  la  çoignée.    Auflï 

pliujeujs 


sur  les  Eaux  de  Boureonne.   79 

plufieurs  d'entr'eux  fe  font- ils  vus  les  victi- 
mes de  leur  inconftance  &'  de  leur  légè- 
reté ;  mais  du  moins  que  la  perfévérance 
de  la  malade  qui  fait  le  fujet  de  cette  ob- 
fervation ,  ferve  d'exemple  k  ceux  qui  mal- 
heureufement  fe  trouvent  dans  le  cas  d'a- 
voir recours  à  quelques  moyens  curati fs. 

XXVIII.  Obs.  Mad.  de  L.V.  de  S.  M; 
religieufe  à  la  Pitié  de  Joinviîle ,  âgée  de 
vingt-cinq  à  vîngt-fix  ans,  d'un  tempéra- 
ment fanguin  ,  ayant  l'efprit  vif  &  péné- 
trant ,  étoit  affectée  depuis  plufîeurs  années 
d'une  pefanteur  de  tête  qui,  de  tems  erç 
tems,  devenoit  fl  douloureûfé  '&  fl  vive  , 
qu'il  fembloit  qu'on  la  lui  perçât.  Elle  étoit 
en  outre  fujette  à  des  frayeurs,  des  terreurs 
paniques,  des  trémoufTemens  pour  les  plus 
petites  chofes  imprévues.  Son  caraétere,  na- 
turellement gai  dans  les  momens  de  calme 
&  de  tranquillité,  montroit,  dans  ceux  de 
fouffrance ,  par  la  triftefle  &  la  mélancolie 
qui  s'emparoit  de  fon  ame ,  deux  perfon- 
nes  différentes  &  oppofées.  Elle  éprouvoit 
encore  fréquemment  des  anxiétés,  des  nau- 
fées ,  un  vomifTement  pour  toutes  fortes 
d'alimens,  des  douleurs  d'eftomac  ,  d'en- 
trailles ,  une  fur-tout  dans  l'hypocondre 
droit ,  qui ,  en  imitant  un  mouvement  d*on« 
dulation  ,  la  tourmentoit  prefque  fans  re- 
lâche. Les  moyens  connus  étant  devenus 
içfru&ueux,  on  l'envoya  aux  eaux  de  Bout» 

F 


Sô  Mémoire 

bonne,  au  mois  de  Mai  1759.  Six  faifons 
qu'elle  y  fit,  pendant  trois  années  qu'elle  y 
refta  ,  employées  particulièrement  en  boif- 
fon  ,  avec  des,. bains  d'un  degré  de  chaleur 
modéré  ,  le  régime  &  les  précautions  or- 
dinaires, lui  ont  fait  oublier,  fuivant  qu'elle 
me  fait  l'honneur  de  me  le  marquer,  juf- 
qu'au  fouvenir  de  fes  maux. 

»  Il  eft  vrai ,  Monfieur  ,  que  je  fuis  en- 
»  tiéremerit  guérie  de  tous  mes  maux  ; 
>>  mais  fi  bien  guérie  ,  que  j'ai  oublié  juf- 
«  qu'à  la  moindre  circonstance  de  ceux 
»  que  j'ai  foufferts ,  &  fuis  vraiment  un 
»  miracle  de  vos  eaux.  Çecreft  auffi  réel 
»  &  fincere  que  les  fentimens,  Ô£c.  Signé, 

»  de  L. . .  de  S.  M.  » 

■ 

Joinvllle  ,  le  i  y Novembre  1770. 

XXIX.  Obs.  'Mile  Folley,  de  JulTey  en 
Franche  Comté, âgée  de  vingt-huitans,d'un 
tempérament  bilieux,  naturellement  vive  ck 
gâi?,après  avoir  efîuyé  le  chagrin  le  plus  cui- 
fant.Sciv  plus  amer,  par  la  perte  d'un  pera 
&  d'une  mère  qu'elle  chérifïoit ,  tomba  in- 
fenfiblement  dans  une  langueur  extrême. 
Cet  état  fut  bientôt  fuivi  de  la  perte  des 
régies ,  d'embarras  au  foie,  de  dégoût,  de 
naufées  ,  de  vomirTement,  &  d'une  très- 
grande  maigreur.  Son  teint  devint  verdâtre  '9 
elle  avoit  le  pouls  lent  &  petit ,  àes  palpita- 
tions,de  l'oppreflion,  de  la  pefanteur  à  la  tête 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  St 
&  des  éblouhTemens.  Vers  le  foir ,  on  re- 
marquoit  un  petit  mouvement  fébrile  ,  & 
par  intervalle  quelques  légers  mouvemens 
ïpafmodiques.  Tous  ces  accidens ,  contre 
lefquels  ni  les  confeils ,  ni  l'exercice ,  ni 
les  refïburces  de  l'art,  ni  l'attention  des  pa- 
rens  &amis,  ne  purent  rien,  ne  lui  laif- 
foient  que  des  idées  triftes  &  lugubres,  ÔC 
fembloient  lui  montrer  à  chaque  inftant  le 
tombeau  ouvert  fous  fes  pas.  Dans  cette 
afFreufe  perplexité  ,  on  lui  confeilîa  les 
eaux  de  Bourbonne  ,  comme  dernier 
moyen.  Elle  y  arriva  dans  le  milieu  du 
mois  de  Mai  1758,  mais  fans  aucune efpé- 
rance ,  &£  n'étant  difpofée  à  les  prendre 
tout  au  plus  qu'une  quinzaine. 

Confiée  à  mes  foins,  je  fis  de  mon  mieux: 
pour  la  raffurer ,  &  lui  obfervai  qu'à  Ton 
âge  il  y  avoit  beaucoup  de  reffource  &c 
d'efpérance  ;  mais  que  ,  pour  tirer  du  fruit 
des  eaux  ,  il  falloit  qu'elle  fe  déterminât  à 
y  parler  au  moins  quatre  mois  ;  ce  à  quoi 
elle  confentit. 

Après  lui  avoir  prefcritle  régime,  qu'il  ne 
lui  étoit  pas  difficile  d'obferver  à  caufe  de 
fon  dégoût,  je  la  mis  à  l'ufage  des  eaux 
en  boiflbn,  que  je  commençai  d'abord  par 
deux  gobelets  de  fîx  onces  chacun  ,  fervis 
d'un  degré  de  chaleur  tel  qu'elle  n'en  fen- 
tît  prefque  pas  l'impreffion  fur  la  lan- 
gue ni  le  palais  ,    ck  à  une  demi-heure 

F  i j 


8i  Mémoire 

d'intervalle.  Après  quatre  jours  ,  je  lui 
en  ordonnai  un  troifieme ,  6c  au  bout  de 
iîx,  un  quatrième.  Elle  les  continua  ainfi, 
ôc  avec  les  mêmes  précautions ,  pendant 
vingt-deux  jours  confécutifs  ;  après  lequel 
tems,  je  ne  les  lui  fis  plus  prendre  que  de 
deux  jours  l'un  ,  pendant  dix-huit  autres 
jours.  Cette  faifon  finie  ,  je  la  fis  repofer  un 
mors ,  à  la  fin  duquel  elle  en  recommença 
une  autre  femblable  à  celle-ci ,  qu'elle  fit 
avec  la  même  exactitude.  Dans  le  cours  de 
fes  exercices  ,  je  lui  faifois  fondre  ,  de  dix 
en  dix  jours,  deux  onces  de  manne  dans  fon 
premier  gobelet  ;  6c  elle  prenoit  les  autres 
par-deiTus  ,  pour  lui  tenir  lieu  de  bouillon 
ou  de  tout  autre  lavage  :  cette  méthode  la 
purgeoit  bien  6c  doucement. 

Les  premiers  vingt-deux  jours  employés, 
les  vomiiTemens  diminuèrent ,  l'appétit  fe 
réveilla  ;  je  lui  ordonnai  alors  de  prendre, 
deux  heures  après  fon  dernier  gobelet,  une 
petite  croûte  de  pain,  6c  un  demi-verre  de 
bon  vin  ,  au  lieu  de  bouillon  ,  qui  eft  tou- 
jours un  lavage  déplacé  après  les  eaux,  de 
même  que  le  café  6c  le  chocolat.  Le  mois 
fini ,  les  vomiiTemens  celTerent ,  6c au  bout 
des  fix  femaines  les  régies  parurent. 

Dans  l'intervalle  de  fes  deux  faifons,  fes 
idées  affligeantes  firent  place  à  la  gaieté  6c  à 
l'enjouement  :  l'appétit  augmenta  ,  les  for- 
ces fe  rétablirent  ;    6c  elle  partagea  alors 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   83 

avec  fatisfa&ion  les^  pîaifirs  qu'ofTroient  de 
tems  en  tems  les  étrangers  qui  étoient  aux 
eaux. 

La  féconde  faifon  enleva  totalement  l'en- 
gorgement du  foie  ,  rétablit  parfaitement 
le  flux  périodique  ,  l'appétit,  le  teint  &ïes 
forces,  &  lui  rendit  fa  première  fanté. 

En  reconnohTance  de  fa  guérifon,  elle 
voulut  bien,  deux  mois  après,  accepter  ma 
main  ;  &  dès-lors  cette  fanté  ,  qui  m'eft 
devenue  chère  par  la  qualité  d'époufe  aima- 
ble &  de  mère  tendre  ,  s'eft  toujours  fî 
bien  foutenue ,  qu'elle  n'a  ceffé  de  faire 
mon  bonheur  &  ma  félicité. 

XXX.  OBS.  M11*  Martinot,  de  Bar-fur- 
Seine,  âgée  de  dix-neuf  ans ,  d'un  tempé- 
rament phlegmatique  ,  parfois  mélancoli- 
que, ayant  joui  de  la  meilleure  fanté  jus- 
qu'à l'âge  de  feize  ans ,  fut  faifie,  en  quê- 
tant à  l'églife,d'un  engourdiflement  doulou- 
reux au  bras  gauche ,  que  l'on  regarda  d'a- 
bord comme  une  affe&ion  rhumatifante. 
On  lui  ordonna  en  conféquence  des  fric- 
tions &c  quelques  purgatifs  ,  qui  n'appor- 
tèrent pas  le  plus  petit  foulagement  à  fon 
état.  Bientôt  le  bras  &  l'avant-bras  s'en- 
gorgèrent ,  devinrent  œdémateux  &.  tranf- 
parens  ;  l'épanchement  &  l'infiltration  du  tiffu 
cellulaire  ,  fut  portée  à  un|  fi  haut  point , 
que  la  peau  du  bras  s'ouvrit  d'elle-même, 
à  fa  partie  fupérieure  &  antérieure,  de  la 

Fiij 


$4  Mémoire 

longueur  au  moins  de  deux  pouces  ',  Se 
aufïî  net  que  fi  l'on  eût  pratiqué  l'ouver- 
ture avec  le  meilleur  biftouri  ;  l'épiderme 
quittoit,  fur  les  bords  de  la  plaie ,  le  corps 
de  la  peau.  Cette  ouverture  ne  fit  point 
diminuer  le  bras ,  quoiqu'elle  rendît,  pen- 
dant plnfieurs  jours,  beaucoup  de  férofité  : 
elle  fe  guérit  enfin  ,  &  laifTa  une  cicatrice 
groiTe  ck  Taillante. 

A  cet  accident,  fe  joignit  la  bouffifîure 
du  vifage,  fa  pâleur,  ainfi  que  celle  de  toute 
l'habitude  du  corps ,  de  la  lenteur  èk  de  la 
nonchalance  ;  du  dégoût,  de  la  palpitation, 
de  l'oppreffion  ,  des  terreurs  paniques ,  ck 
de  tems  en  tems  une  petite  toux  aigre.  Les 
règles  ceflerent  de  couler  ,  ou,  fi  elles  cou- 
loient  quelquefois ,  ce  n'étoit  que  pour 
un  inftant  ck  en  très- petite  quantité,  ck  ne 
donnoient  qu'une  teinte  fort  légère.  Lorf- 
qu'el!es  paroifîoient  ou  vouloient  paroître, 
elle  eprouvoit  des  fpafmes  univerfels  ,  & 
parfois  des  fufFocations  qui  n'étoient  pas 
à  la  vérité  de  longue  durée.  Son  eftomac 
ck  tout  le  tube  inteftinal  devinrent  réfrac- 
taires  ck  inacceffibles  à  tous  les  purgatifs. 
Elle'en  ufoit  néanmoins  quelquefois,  mais 
fans  effet  6k  fans  irritation ,  les  digérant 
comme  les  alimens.  Les  apéritifs,  les  diu- 
rétiques ,  les  martiaux ,  les  cataplafmes  ck 
fomentation.,  réfolutives  ,  n'ayant  pas  eu 
de  meilleur  fuccès ,   on  l'envoya  à  Bour- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  8$ 
tonne  dans  le  courant  de  Mai  ijjj.  On 
lui  fit  ufer ,  félon  les  régies ,  des  eaux  en 
boiiïbn  pendant  quatre  mois  ;  elles  pafloient 
très-bien  par  les  urines.  Quelques  tems 
après  fon  arrivée,  je  lui  pratiquai,  à  caufe 
de  l'enfmre  de  fon  bras,  qui étoit  énorme, 
deux  cautères  aux  jambes ,  Ô£  deux  fêtons 
à  l'avant-bras  malade,  fitués  à  fa  partie  in- 
férieure, interne  ck  externe.  Ces  moyens 
réunis  aux  eaux  ,  ont ,  en  rendant  l'eftb- 
mac  ck  les  inteftins  dociles  aux  remèdes, 
réufîi  à  fouhait ,  ck  pleinement  triomphé 
de  la  maladie. 

XXXI.  Obs.  La  veuve  Ravier,  de  Bour- 
bonne, âgée  de  foixante-dix  ans,  fut  atta- 
quée ,  fur  la  fin  de  1759  ,  d'une  douleur 
d'eftomac  fi  vive ,  qu'en  fort  peu  de  tems 
elle  fe  vit  dans  l'état  le  plus  trille.  Ce  vif- 
cere  ne  faifant  plus  aucunes  fonctions  ,  re- 
jetant les  alimens  tant  folides  que  liquides, 
entraîna  bientôt  la  perte  des  forces ,  ck  jeta 
la  malade  dans  l'épuifement  :  vive  ck  d'un 
tempérament  robufte,  à  peine  pouvoit-elle 
fe  foutenir.  La  peau  ibérique  Ôk  fa  grande 
maigreur  ne  pféfentoient  plus  qu'une  figure 
cadavéreufe  ck  un  fquelette  vivant. 

L'ufage  qu'elle  a  fait  des  eaux  en  boif- 
fon  ck  à  petite  dofe  ,  une  partie  de  l'été 
dernier  ck  à  différentes  reprifés,  ont  fi  bien 
réulfi ,  qu'aujourd'hui  elle  a  repris  le  train 
ordinaire  de  les  occupations.' 

Fiv 


86  Mémoire 

XXXII.  Obs.  Jérôme  Durand,  labou- 
reur à  Bourbonne  ,  âgé  de  feize  ans,  étoit 
tourmenté,  depuis  dix-huit  mois,  d'un  vo- 
miflement  continuel  pour  tous  les  alimens. 
Sa  violence  &  fa  durée  l'avoit  jette  dans 
un  état  d'étifie  à  faire  peur.  Les  yeux  en- 
foncés, les  pommettes  Taillantes,  le  nez  af- 
filé, les  tempes  creufées,  n'offroient  plus 
qu'une  figure  hideufe.  Une  douleur  pério- 
dique ,  qui  le  prenoit  trois  ou  quatre  fois 
par  jour,  lui  gonfloit  l'eftomac  comme  un 
ballon,  en  lui  faifant  décrire  au- dehors  une 
tumeur  faillante  ,  circonfcrite  &  rénitente. 
Dans  ces  inftans ,  il  ne  pouvoit  foutenir  le 
mouvement  de  la  voiture  ,  ni  celui  du  che- 
val,  fans  beaucoup  foufïrir,  Ô£  courir  rif- 
que  de  fe  trouver  mal.  Par-tout  où  cela  le 
prenoit,  ne  pouvant  fe  tenir  de  bout,  il 
iâlloit  qu'il  fe  couchât  jufqu'à  ce  que  cela 
fût  paffé.  A  tous  ces  accidens,  fe  joignoient 
encore  des  douleurs  de  tête  ,  une  refpira- 
tion  difficile  &  laborieufe ,  une  confti- 
pation  opiniâtre  ,  Se  de  fréquens  borbo- 
rygmes. 

Cette  fituation, que  l'on  regardoit  comme 
dépendante  d'un  effort,  (caufeà  laquelle 
le  peuple  attribue  volontiers  une  partie  de 
fes  maux  ,  )  lui  fit  ufer  de  quantité  de  re- 
mèdes de  bonnes  femmes ,  même  recourir 
à  une  charlniane  des  Vofges  ,  qui  confulte 
fur  l'infpection  des  urines ,    &  qui  paffç 


sur  les  Eaux  de  Bourbon  ne.  %j 

parmi  ces  fortes  de  gens,  (comme  beau- 
coup d'autres  uromantiens ,  fléau  d'autant 
plus  dangereux  &  redoutable  ,  qu'il  dé- 
peuple plus  fourdement,)  pour  avoir  le  ta- 
lent des  Sibylles ,  qui  lui  en  ordonna  aufli 
de  différentes  efpeces,  mais  aulîi  infructueu- 
sement. 

Les  eaux  qu'il  but  en  1758  ,  avec  les 
mômes  précautions  que  la  veuve  Ravier  , 
pendant  fix  femaines  confécutives,  produi- 
sent un  fi  bon  etfet ,  qu'elles  ont  rendu 
un  citoyen  &  un  père  à  l'état. 

Quelquefois  il  a  eiTayé  ,  pendant  leur 
ufage ,  de  vouloir  les  porter  à  quatre  go- 
belets ,  mais  ce  n'a  jamais  été  fans  s^n  re- 
pentir. 

Un  ami  &  M.  Groflevin,  deSerqueux, 
village  à  une  demi-lieue  de  Bourbonne , 
chirurgien  connu  par  fes  talens  Se  fa  pro- 
bité ,  m'ont  offert  généreufement  matière 
à  obfervations  :  celle-ci ,  comme  d'autres 
de  mon  premier  Mémoire ,  &  plusieurs  de 
celles  qui  vont  fuivre ,  font  tirées  fidèle- 
ment de  leurs  cahiers. 

XXXIII.  Obs.  Le  fieurRoyer,  négo- 
ciant à  Serqueux ,  âgé  de  quarante-fix  ans, 
d'un  tempérament  fort  &  vigoureux  ,  d'un 
caraftere  gai,  eut,  au  commencement  de 
Novembre  1765,  un  dégoût  général  pour 
tous  les  alimens  gras  ;  il  ne  défiroit  alors 
que  des  crudités ,  du  fromage  falé ,  ôtc.  6c 


88  Mémoire 

n'en  prenoit  qu'en  très-petite  quantité.  Il 
étoit  fans  fièvre ,  fans  douleurs ,  &  avoit 
le  fommeil  aflez  tranquille.  Ayant  paffé  un 
mois  dans  cet  état ,  il  devint  trifte,  rêveur, 
inquiet  ;  tomba  dans  la  mélancolie,  l'amai- 
grilTement ,  avec  proftration  de  forces ,  & 
un  vomiflement  qui  arrivoit  confhmment 
&  régulièrement  une  heure  après  avoir 
mangé ,  mêlé  de  bile  poracée ,  &  il  en 
rendoit ,  tous  les  matins  en  fe  levant ,  de 
même  nature.  Aucuns  fignes  précurfeurs 
n'annonçoient  ce  dernier  accident,  qui  fur- 
venoit  tout- à-coup  ,  &  fe  faifoit  fans  ef- 
fort ;  la  langue  belle  ,  la  bouche  bonne , 
point  d'altération,  point  de  devoiement  , 
rien  enfin  qui  annonçât  de  la  fabure  dans 
les  premiers  voies. 

Cette  fituation  inquiétante,  qui  arrachoit 
un  père  induftrieux  &  laborieux  aux  foins 
de  (es  affaires  &  de  fa  famille ,  lui  fit  rom- 
pre le  filence  ck  demander  du  fecours.  Il 
s'adrefla  à  M.  Groflevin  ,  fon  beau-frere  , 
qui  lui  fit  prendre ,  à  deux  différentes  fois , 
l'ipécacuanha ,  qui  évacua  beaucoup  de 
bile.  11  employa  enfuite  les  ftomachiques 
&  les  carminatifs  fous  toutes  les  formes  , 
combinés  avec  les  délayans ,  pendant  deux 
mois  ,  fans  aucuns  fuccès. 

Voyant  que  la  maladie  ne  diminuoit 
point,  &  ccnnoiffant  les  eaux  de  Bour- 
bonne,  il  les  fubftitua  à  tous  les  remèdes  7 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  89 
les  lui  preferivit  dans  le  courant  de  Fé- 
vrier ,  &  les  fit  boire  pendant  quinze 
jours.  Au  bout  de  huit ,  les  vomuTemens 
diminuèrent ,  de  même  que  le  dégoût  pour 
le  bouillon. 

Huit  jours  de  boiflon  au  mois  d'Avril , 
les  diminuèrent  encore  davantage  ;  trois 
femaines  au  mois  de  Mai ,  les  éloignèrent 
de  manière  qu'ils  ne  reparoifïbient  plus 
que  tous  les  huit  ou  dix  jours ,  &  rappel- 
lerent  Ton  appétit,  à-peu-près  comme  avant 
fa  maladie. 

Deux  petites  faifons ,  de  chacune  huit 
jours  en  Septembre ,  ont  achevé  fa  parfaite 
guérifon ,  &  lui  ont  rendu  une  très-bonne 
fanté,  de  laquelle  il  n'a  ceffé  de  jouir  de- 
puis ce  tems. 

XXXIV.  Obs.  Mad.  de  la  Rue,  d'El- 
beuf  en  Normandie,  mère  tendre,  perd 
un  enfant  élevé  avec  foin  par  elle-même  : 
elle  l'apprend,  Tes  entrailles  en  frémifTent; 
à  l'inftant  fatal,  un  accès  vaporeux  s'empare 
de  toute  fon  ame  ,  fes  efprits  font  aliénés, 
tout  fentiment  &  tout  mouvement  font 
fufpendus  pendant  douze  à  quinze  heures  ; 
le  côté  gauche  devient  hémiplégique:  cet 
état  eft  l'avant-cour&ur  de  couches  pro- 
chaines, où,  au  fécond  jour,  la  mort,  dans 
le  même  appartement ,  fe  montre  pour  lui 
ravir  un  autre  enfant  qui  lui  tenoit  lieu 
de  confolation  :  malgré  elle ,  6t  pour  lui 


ç©  Mémoire 

épargner  l'horreur  d'un  nouveau  fpe&acle 
dont  on  redoutoit  les  fuites  ,  on  féqueftra 
l'enfant  ;  les  lochies  fe  dérangèrent ,  l'en- 
fant réchappe,  la  mère  ne  devient  point 
convalefcente. 

Il  fe  fit  une  éruption  générale  de  petit» 
boutons  blancs ,  gros  comme  des  têtes  d'é- 
pingles ,  qui  dura  plus  de  trois  mois  ;  il  fe 
joignit  un  dégoût  infurmontable  pour  le 
bouillon  &:  la  bohTon  :  tout  le  bas-ventre 
s'embarrafîa  ;  l'eftomac  ne  gardoit  rien , 
elle  vomiffoit  tout  ;  elle  arriva  au  plus  haut 
degré  d'étifie.  Au  bout  de  fix  mois  elle  alla 
à  Paris ,  n'ayant  que  le  fouffle  ,  la  peau 
étendue  fur  les  os ,  aréneufe ,  &  de  l'ce* 
dème  aux  jambes  :  plufieurs  médecins  en 
défefpérerent ,  &  ne  tinrent  compte  de  fe 
charger  du  traitement. 

Elle  relia  conftamment  entre  les  mains 
de  M.  Boyer,  qui  prefcrivit  heureufement 
l'ufage  du  falep  à  l'eau,  qui  n'étoit  pas  vomi  ; 
la  foif  étoit  inextinguible,  &  d'autant  plus 
embarraflante ,  que  le  liquide  ne  fe  digé- 
roit  pas  mieux  que  le  folide. 

Les  eaux  de  Vichi  &  celles  de  PafTy  fu- 
rent employées  en  boifïon  ordinaire  :  d'a- 
bord elles  fe  donnèrent  par  cuiller  à  ca- 
fé,  &  au  bout  de  fix  femaines  on  parvint. 
à  en  faire  pafTer  deux  onces  à  la  fois  ou: 
environ  ;  rien  n'avançoit.  Au  bout  de  trois 
mois,  le  voyage  de  Bourbonne  fut  réfolu* 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.*  9* 
Mad.  de  la  Rue  y  arriva  en  176 1 ,  on  fer- 
vit  les  eaux  le  matin  ,  &  celles  de  Buflfang 
à  midi ,  pour  tenir  lieu  de  celles  de  Vichi 
&  de  Pauy  :  pendant  plus  de  deux  mois  , 
celles  de  Bourbonne  furent  bues  depuis 
deux  onces  jufqu'à  feize.  Les  pédiluves  , 
les  bains  entiers  ,  les  purgatifs  doux,  rares, 
les  laxatifs  oloëtiques  indifpenfables  ,  qui 
réufliffoient  mieux  que  les  autres  évacuans, 
ne  furent  point  négligés. 

L'affecYion  hémiplégique  n'étoit  pas  dif- 
(îpée  ;  ce  n'étoit  cependant  pas  elle  qui 
émpêchoitle  mouvement  progreflif,  non 
plus  que  la  foibleffe  extrême  de  la  malade  : 
l'eftomac,  le  tube  inteftinal,  érétifés,  météo- 
rifés  fi  douloureufement ,  qu'on  ne  pouvoit 
toucher  le  ventre  du  bout  du  doigt ,  dont 
elle  craignoit  jufqu'à  l'approche  ,  ne  lui 
permettaient  pas  d'attacher  une  jupe  ;  &  , 
en  marchant  à  l'aide  de  domeftiques ,  cha- 
que pas  étoit  une  douleur  vive  abdomi- 
nale :  le  poids  des  couvertures  étoit,  malgré 
les  précautions  ,  dur ,  incommode  ;  le 
borborygme  le  plus  importun  fe  mettoit 
fouvent  de  la  partie. 

Les  mouvemens  fpafmodiques  des  mus- 
cles intercoftaux  ,  du  cœur,  jouoient,  de 
tems  en  tems ,  la  palpitation ,  le  point  de 
coté  ,  la  dyfpnée  ,  la  fièvre,  la  lipothymie, 
le  vertige. 

Cette  innée ,  la  malade  partit  avec  très- 


92  Mémoire 

peu  de  foulagement  ;  l'année  fuivante  en 
procura  évidemment  ,  &  la  troifieme 
beaucoup.  Ces  deux  années,  les  eaux  pur- 
gèrent ,  &  la  première  point.  Le  racornif- 
iement  &  la  féchereffe  de  la  fibre  ftoma- 
cale  &  inteftinale,  la  rendoient  indocile.  La 
dyfpepfie  ,  tous  les  accidens  étoient  dimi- 
nués ;  on  marchoit  ferme ,  on  attachoit 
fes  jupons ,  on  figuroit  dans  les  fociétés 
avec  avantage.  Tout  a  été  depuis  de  mieux 
en  mieux. 

Madame,  par  fa  lettre  du  5  Décembre, 
écrit  :  «  Ma  fanté  eft  forte  &  robufte  ;  j'ai 
»  pris  beaucoup  d'embonpoint  ,  de  la 
»  force  ;  mes  dégoûts  étant  cefTés ,  je 
»  mange  de  tout  généralement ,  jufqu'à  la 
»  croûte  de  pâté ,  excepté  cependant  (  ce 
»  qui  va  vous  étonner)  trois  chofes  dont  je 
»  n'ufe  point,  le  vin  rouge,le  bœuf,  le  pain.» 

Ce  miracle,  il  c'en  eu  un,  Deinon  conf- 
iât digito,  apagc,  eft  un  bel  ouvrage  à  finir 
par  l'éclatante  méthode  de  M.  Pomme  ;  les 
chofes  font  plus  avancées  qu'elles  ne  l'é- 
toient,  il  y  aura  moins  de  peine. 

J'obferverai  avant  que  de  finir,  que,  dans 
lès  premiers  tems  de  la  maladie  ,  il  y  eut 
un  fymptôme  iîngulier  ,  maladie  lui-même 
très- rare,  qui  n'épargne  perfonne ,  &  qui 
fit  mourir  Hérodes  &  Philippe  II.,  roi 
d'Efpagne  ;  le  phthiriafis  ,  maladie  bien 
différente  de  cet  état  de  malpropreté  qui 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  95 
engendre  ces  poux  très-communs ,  tels 
qu'on  les  voit  à  la  tête  de  quelques  en- 
fans  ,  à  ceux  qui  ne  portent  pas  de  linge  , 
&  aux  pauvres  qui  manquent  de  tout. 

XXXV.  Obs.  Mad.  L.  V. ...  de Péronne 
en  Picardie,ne  cherchoit  point  dans  des  affec- 
tions vaporeufes  &  fpafmodiques  qui  la  dé- 
foloient ,  la  caufe  de  tous  Tes  maux  ;  pleine 
d'incertitudes,  elle  en  aceufoit  tantôt  une, 
tantôt  une  autre;  c'étoit  un  écartement  des  os 
pubis,  furvenu  à  la  fin  d'une  première  &t  der- 
nière groffeffe,  depuis  1749  où  ellefe  maria, 
qui  l'empêchoit  de  marcher  ;  quelque  tems 
après  les  couches ,  c'étoient  des  douleurs 
dans  les  extrémités  inférieures  &  dans  les 
deux  baffins,  qui ,  lorfqu'elles  s'aigriffoient, 
fupprimoient  le  mouvement  progreffif  ;  c'é- 
tait un  prolapfus  uteri  qui  n'exiftoit  pas  ,  ou 
la  foibleffe  des  os  innominés  ,  la  mollefTe 
des  cartilages  qui  les  tiennent  affemblés  , 
auxquelles  en  vain  on  oppofoit  des  banda- 
ges. Elle  crut  que  l'exercice ,  excluant  une 
pareffe  qui  n'avoitété  que  forcée,  lui  réuffi- 
roit  mieux ,   &:  que  ce  Contraire  détruiroit 
Les  effets  de- l'inaction  :  elle  s'y  livra  de 
plus  d'une  façon  ;  la  promenade  fréquente, 
monter ,  defeendre  ,  danfer  ,   ne  fuffirent 
point.   Jeune,  ennuyée   d'une  vie  trille, 
comme  à  charge  ,  elle  réfolut,  à  l'exemple 
des  ouvriers,  de  porter  des  fardeaux  mieux 
«jue  ces  épaule*  accoutumées  à  porter  au 


94  Mémoire 

moulin  la  moulée  ;  trente  fois  ,  à  certaine* 
paufes ,  elle  chargeoit  de  blé  &  déchar- 
geoit  les  Tiennes. 

On  oublioit  fon  inexpérience ,  Tes  habi- 
tudes ,  une  complexion  peu  robufte  ,  que 
la  vivacité  conduifoit  à  l'extrême.  Ces  al- 
lées, ces  venues,  ces  fardeaux,  dévoient  for- 
tifier le  corps,  amener  des  fueurs  pour  pu- 
rifier le  fang  ;  les  fueurs  ruifleloient  en  pure 
perte  ,  on  ne  fe  fortifioit  point. 

Trois  femaines  après  ces  fcènes  qui 
fe  paflbient  dans  le  fecret  d'un  grenier ,  il 
furvint  une  douleur  û  violente  dans  la  tête  , 
que  la  malade  croyoit  qu'on  la  lui  perçoit 
avec  un  bâton.  (  La  fenfation  du  clou  hyf- 
térique  a  moins  d'étendue ,  &  fa  douleur  ne 
fe  défigne  pas  par  une  exprefïîon  auflï  forte.) 
Cette  douleur  ne  duroit  pas  long-rems  ; 
elle  fe  renouvelloit  plusieurs  fois  à  différens 
intervalles ,  fur-tout  lorfque  la  malade  fe 
trouvoit  dans  des  endroits  froids.  On  con- 
feilla  lafaignée,quifut  taxée  d'avoir  rendu 
les  douleurs ,  qui ,  dans  les  premières  in- 
vafions,étoient  paffageres,  continuelles  &  û. 
terribles,  que  les  cris  les  plus  aigus  confier  - 
noient  les  affiftans.  On  ne  pouvoit  les  ap- 
paifer  qu'en  pofant  la  main  fur  ce  que  la  ma- 
lade défignoit  par  un  nerf  du  col,  jufqu'à 
ce  qu'il  n'y  eût  plus  de  mouvement. 

Les  trapèzes ,  ces  grands  plans  charnus  , 
larges  &  minces ,  fitués  entre  l'occiput  &c 


sur  les  Eaux  de  Bourbomne.  95 
ïe  bas  du  dos ,  par  leur  attache  ou  jonc- 
tion commune  au  ligament  cervical ,  for- 
ment une  ligne  droite  allez  étroite,  qui 
étoit  évidemment  cette  corde  fpafmodique, 
ou  le  nerf  ,  dont  la  compreflion  devoit 
contenir ,  appaifer  ce  mouvement  avant- 
coureur  ,  lignai  des  douleurs  qui  lui  étoient 
prefque  fubordonnées ,  comme  un  horloge 
aux  pendules. 

Alors  la  mâchoire  fe  ferra,  la  tête  perdit 
tous  fes  mouvemens  ainii  que  les  yeux  : 
après  les  aqueux ,  les  huileux ,  on  mit  fur 
le  col  du  favon  noir ,  on  le  frotta  avec  de 
l'efprit-de-vin  &  autres  drogues  ,  inutile- 
ment;  on  penfa  aux  eaux  de  Bourbonne; 
l'embarras  fut  d'y  envoyer  la  malade  ,  de 
la  fouftraire,  autant  que  cela  étoit  poffible, 
à  la  fatigue  &  au  cahotage  des    chemins  1 
on  en  vint  à  bout  ;    &  ,  au  mois  de  Sep- 
tembre 1759,  elle  y  arriva  dans  l'état  le 
plus  fâcheux  ,  ufant  de  peu  d'alimens,  dé- 
charnée, ne  dormant  prefque  point  ou  fort 
mal  :   elle  ne  pouvoit  fe  foutenir  ;   les  ha- 
bits la  blefloient  :  il  avoit  fallu  s'en  tenir  à 
une  chemife  fort  ample  ,   6c  à  un  grand 
manteau  qui ,  tombant  fort  bas  ,  fervoit  à 
couvrir  le  tronc,  ck  à  porter  fort  négligem- 
ment une  efpece  de  lac  ouvert  par  les  deux 
bouts;  les  bras,  dont  elle  ne  fe  fervoit  pas, 
ne  pouvant  s'engager  dans  des  manches  , 
&  les  mufcles  lombaires  ôc  abdominaux 

G 


$6  Mémoire 

fupporter  une  ceinture  la  plus  douce  &  fa 

plus  lâche. 

Toutes  les  parties  mufculaires  de  la  tête,. 
du  col,  des  épaules,  immobiles  ,  repréfen- 
toient  allez  bien  ,  en  fixant  la  tête  fin*  le 
tronc  ,  une  très-belle  ftatue  ,  qui,  animée, 
avoit  la  vertu  d'exciter  la  compaffion  la 
plus  tendre.  Les  crotaphites,  les  mafTeters  , 
étoient  fi  contractés,  que  rien  ne  pouvoit 
les  faire  céder  ;  ils  ne  permettoient  point 
à  la  bouche  de  s'ouvrir:  ilfalloit,  pour 
nourrir  la  malade ,  profiter  d'un  petit  es- 
pace que  laifToient  entr'elles  les  dents 
Supérieures  &  inférieures,  pour  y  inflnuer 
Couvent  &  avec  adrefTe  quelques  cuille- 
rées de  foupe ,  de  bouillon  ;  &,  à  la  faveur 
d'une  incifîve  qui  manquoit ,  on  y  intro- 
duisit quelque  peu  de  viande  hachée  ou 
coupée  très-menu. 

Deux  ou  trois  jours  après  l'arrivée, le  bâ- 
ton ,  qui  avoit  coutume  de  percer  la  tête  , 
revint  fï  rudement  &  fi  brufquement ,  les 
douleurs  furent  fi  vives ,  les  cris  fi  efFrayans, 
les  couleurs  fi  hautes  &  fi  animées,  le  pouls 
fi  agité  &  fi  plein ,  les  poumons  &  le  cer- 
veau fi  foufTrans,  leurs  fondions  immédia- 
tes &  principales  reftant  entières ,  qu'on 
craignit,  quoiqu'il  n'y  eût  point  de  névre  , 
un  engorgement  pulmonaire  ou  cérébral. 

On  ne  parla  point  des  eaux  ;  &  la  dé- 
plétion  des  vaiiîeaux  fut  l'indication  ur- 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  97 
gente.  Il  s'agifToit  de  vaincre  la  répugnance 
de  la  malade  pour  la  faignée,  que,  depuis 
l'époque  la  plus  remarquable  de  fes  dou- 
leurs ,  elle  regardoit  comme  meurtrière , 
bien  réfolue  de  ne  la  permettre  jamais  :  on 
réuffit  néanmoins  à  la  conjurer.  La  première 
faignée  n'opéra  rien,  la  féconde,  aifez  pour 
la  déprévenir  ;  fous  quatre  jours ,  elle  fut 
faignée  trois  fois  du  bras  6i  quatre  fois 
du  pied  :  le  calme  prit  la  place  de  l'orage 
le  plus  furieux  qu'elle  eût  encore  efïuyé; 
&,  ce  qui  la  furprit ,  les/aignées,  malgré 
la  diète  &  un  ou  deux  purgatifs ,  parurent 
lui  donner  des  forces  qu'elle  n'avoit  pas  , 
diminuèrent  au  moins  la  foiblefle. 

La  mâchoire  fe  détendit  un  peu  ,  &:  on 
abecqua  la  malade  avec  moins  de  difficulté 
qu'auparavant.  On  ne  perdit  pas  un  mo- 
ment ;  les  eaux  furent  bues  :  on  les  fer- 
voit  à  jeun  ,  comme  à  l'ordinaire  ,  de- 
puis deux  livres  jufqu'à  trois  au  plus  ;  la 
diftribution  en  étoit  lenljg:  elles  furent  con- 
tinuées huit  à  neuf  jours  ,  &  aidées  de  quel- 
ques minoratifs ,  parce  qu'elles  poufloient 
trop  par  les  voies  urinaires;  ce  qui  efr.  fré- 
quent chez  lesvaporeufes,  qui,  même  fanf 
boire,  font  expofées  à  des  flux  d'urine  crue, 
aqueufe  &  limpide ,  excefïifs,  à  Vinjlar  des 
diabètes. 

Bientôt  on  joignit  à  la  boiflon  les  eaux 
topiques  d'une  chaleur  modérée  ;   les  p6; 

Gij 


98  Mémoire 

diluves ,  les  fomentations  fur  toute  la  tête ,' 
les  douches  par-tout ,  le  Commet  de  la  tête 
excepté ,  les  bains  entiers ,  rien  ne  fut  omis 
ou  négligé  :  cet  ufage  intérieur  Ô£  extérieur 
des  eaux,  placé  le  matin  de  préférence,  au- 
quel on  donnoit  une  heure  &  demie  ou 
deux  heures  ,  fut  continué  un  mois  fans 
interruption  :  les  pédiluves  ck  les  fomenta- 
tions fe  répétaient  le  foir  avant  le  fom- 
meil ,  ck  quelquefois  l'envie  de  guérir  ra- 
menoit  furtivement  les  bains  &  les  dou- 
ches du  matin. 

Cette  envie,  lorfqu'elle  ne  connoît  point 
de  bornes  ,  agite  le  malade ,  &  fait  naître 
une  multitude  de  quefh'ons  peu  néceiTai- 
res  :  la  malade  vouloit  recevoir  la  douche 
fur  le  fommet  de  la  tête  ;  on  fi  oppofoit; 
on  lui  difoit  qu'à  Bourbonne  il  y  avoit 
quelques  exemples  qui  dépofoient  con- 
tre elle  en  pareille  circonftance  ;  que  cela 
fuffifoit  pour  s'en  tenir  à  un  moj^en  plus 
fur,  moins  équivoquj  ;  que  les  loix  du  mou- 
vement donné  n'étoient  pas  affez  connues 
pour  répondre  que  la  percuflîon  d'une 
douche  perpendiculaire ,  ôc  le  poids  de  la 
colomne,  relativement  à  fa  baiè&  à  fa  hau- 
teur ,  ne  donneroient  pas,  malgré  le  crâne , 
de  commotions,  de  contre-coups,  à  des  or- 
ganes délicats  ,  peu  connus  eux-mêmes  ; 
qu'au  moins  fa  chaleur,  qui  eft  au-deffus  de 
celle  des  fomentations^  influeroit  fur  la  cir- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.   99 

culation  des  finus  voifins  ,  pourroit  l'alté- 
rer ,  &c.  Mente  pajlâ ,  Ja  capitulation  finit  là. 

Les  vaporeufes  font  inquiètes,  jouiffent 
peu  d'une  tranquillité  confiante  ;  celles  qui 
ne  voient  que  par  les  yeux  de  la  douleur, 
ne  peuvent  en  avoir. 

La  maftication  rentra  infenfiblementdans 
une  partie  de  fes  droirs  ;  les  forces,  au  lieu 
de  diminuer  par  les  exercices  précédés  de 
fept  faignées ,  fe  foutenoient  ;  l'infatigable 
malade  eiïuya  encore  quelques  bourrafques 
fpafmodiques  &  douloureufes ,  qui  n'eu- 
rent que  peu  de  fuite  ;  &,  après  ûx  femai- 
nes  au  plus  de  féjour ,  elle  partit,  commen- 
çant à  marcher  volontiers,  avec  appétit, 
ouvrant  la  bouche  d'un  pouce  ,  remuant 
la  tête,  les  bras  ,  &c. 

Pendant  l'hiver,  elle  fit  de  nouveaux  pro- 
grès ,  &  revint,  en  1760,  répéter  l'ufage  des 
eaux  :  elle  étoit  droite  ,  alTez  graife  ,  mar- 
choit ,  mâchoit ,  mangeoit  bien  ;  fe  mêla 
à  la  bonne  compagnie ,  dont  elle  fit  l'agré- 
ment &  l'étonnement. 

Depuis,elle  fe  trouve  de  mieux  en  mieux, 
&  fe  porte  autant  bien  qu'il  eft  poflibie, 
avec  beaucoup  d'embonpoint  ;  &,  comme 
tant  d'autres,  pour  toutes  précautions,  elle 
ne  fait  que  fe  purger  de  tems  en  tems ,  avec 
un  drafïique  auquel  elle  a  donné  toute  fa 
confiance. 

XXXVI,  Obs.  M.  Maréchal,  religieux 

G  iij 


ïoo  Mémoire 

Auguftin  à  Châlons  en  Champagne ,  fe 
rendit  à  Bourbonne  au  mois  de  Juillet  1766, 
pour  un  tremblement  convulfif  univerfel  6k 
ancien,  qui  affe&oit  particulièrement  le 
côté  droit ,  6k  qui  le  mettoit  dans  le  cas  de 
ne  pouvoir  fe  fervir  ,  boire  &  manger  fans 
qu'on  l'aidât:  il  falloit,  quand  il  vouloit 
porter  un  verre  à  fa  bouche ,  qu'on  lui  fou- 
tînt  le  poignet  èk  l'avant-bras  ,  pour  que 
la  liqueur  ne  fe  répandît  pas.  Sa  vue  étoit 
affoiblie  de  manière  que,  ne  voyant  plus  les 
objets  que  très-confufément  6k  indiftin&e- 
ment ,  il  ne  pouvoit  plus  lire  ,  écrire  ,  ni 
s'acquitter  des  devoirs  de  fon  état.  Cette 
fîtuation  &  (es  jambes  vacillantes  lui  per- 
mettoient  à  peine  de  fe  tranfporter  d'un 
endroit  à  un  autre ,  fans  courir  rifque  de 
tomber  ou  de  fe  heurter  à  chaque  pas. 
L'éréthifme  de  l'eftomac  6k  des  inteftins 
avoit  prefque  aboli  toutes  les  fondions  de 
ce  vifcere  ,  l'expofoit  à  des  borborygmes 
fréquens ,  douloureux  ;  à  des  bâillemens , 
des  pandiculations  ,  àes  bourdonnemens 
d'oreilles. 

Le  non-fuccès  des  remèdes  de  toutes 
efpeces  qu'il  avoit  mis  en  ufage ,  le  faifoit 
flotter  entre  la  crainte  6k  l'efpérance  fur 
celui  qu'il  alloit  employer ,  6k  de  tems  en 
tems  i'abforboit  par  les  réflexions  les  plus 
triftes  6k  les  plus  accablantes. 

Cependant  quatre  mois  d'ufage  intérieur 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  ioi 
Se  extérieur  des  eaux  ,  foutenues  du  régime 
le  plus  févère ,  &t  aidées  de  quelques  mino- 
ratifs ,  ont  diflîpé  &  fa  maladie  &  Tes  idées 
lugubres.  Voici  la  confirmation  de  fon  par- 
fait rétabliffement. 

Mon  sieur, 

»C'eft  dans  la  joie  de  mon  ame  que  j'ai 
»  l'honneur  de  vous  alfurer  que  je  jouis 
»  de  la  meilleure  fanté  pofîible  ;  je  dois  ren- 
»  dre  juftice  à  vos  eaux  ,  en  publiant  à  tout 
»  l'univers  ,  que  l'effet  qu'elles  ont  produit 
»  fur  moi  femble  tenir  du  miracle  ,  &  que 
»  ce  n'eft  que  de  leur  falubrité  ,  efficacité , 
»  &  d'elles  feules,  que  je  tiens  ma  par- 
»  faite  guérifon ,  puifque,  d'une  multitude 
»  de  remèdes  que  j'ai  tentés ,  aucuns  n'ont 
»  opéré  le  plus  petit  changement.  Je  fuis 
»  non-feulement  &  radicalement  guéri  de 
»  mes  yeux  ,  mais  encore  de  mon  trem- 
»  blement  &  extrême  débilité  d'eftomac  , 
»  triple  incommodité  que  j'avois  depuis 
»  long-tems. 

»  J'ai  obfervé  fcrupuleufement  le  régime 
»  que  vous  m'avez  prefcrit ,  &  que  je  crois 
»  néceflaire  Ô£  indifpenfable  à  quiconque 
»  veut  guérir. 

U  J'ai  l'honneur  d'être,  &c.  Signé,  Frère 
»  Maréchal,  Auguftin.» 

Châloni,  le  10  Décembre  1-70. 

G  iv 


^ioi  Mémoire 

Si  M.  Pomme  Te  fût  trouvé  à  Bourborme^ 
&  qu'il  eût  vu  les  deux  malades  dont  il 
efl:  ici  queftion  ,  il  n'auroit  pas  manqué  de 
dire  que  Mad.  L.  V.  non  pas  le  premier 
jour  qu'elle  fut  purgée  avec  nos  eaux,  mais 
qu'elle  les  eut  refpirées ,  ck  fut  faine  ,  au 
grand  étonnement  du  médecin  qui  s'en  étoit 
chargé  ,  d'accidens  fi  graves  ck  fi  férieux, 
qu'il  anroit  fallu,  après  les  faignées  ,  une 
copieufe  boiflbn  d'eau  de  poulet  ,  pour  la 
fauver  du  danger  auquel  on  l'auroit  aveu- 
glément expoiee;  èk  que  ces  eaux,  dans 
ce  cas ,  comme  dans  celui  de  M.  Maré- 
chal, agiroient  avec  trop  de  fouge,  6k  ne 
jr.anqueroient  pas  de  produire  de  funeftes 
effets;  que  le  zèle  qui. l'anime,  ck  fon  in- 
térêt pour  le  bien  public,  l'engagent  à  le 
prévenir  fur  les  dangers  des  eaux  thermales 
dans  la  cure  de  ces  maladies  ;  ck  que  ce 
Ji'cft  qu'avec  grande  précaution  qu'on  peut 
s'en  permettre  leur  ufage  intérieur  lorfqu'eî- 
les  Ce  compliquent  avec  d'autres  vices.  Eh 
bien  !  qu'ici  il  foit  étonné  ,  mais  que 
fes  exclamations,  fon  zèle,  fon  fpécieux 
ck  chimérique  racornirTement ,  ainfl  que 
fon  intérêt,  s'évanouifTent  ;  ou  qu'il  nous  ra- 
corniffe  toutes  les  faciles  intellectuelles  , 
s'il  a  envie  de  nous  convertir  en  faveur  de 
fon  fyftême. 

XXXVII.  Obs.  Madame  de  P. . . .  vint 
aux  eaux,  en  1766,  pour  une  colique  chro- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  103 

nique,  ftomacale,  flatueufe-fpafmodique, 
qui  la  quittoit  par  intervalles  plus  ou  moins 
éloignés,  qui  la  reprenoit  avec  une  vio- 
lence prefque  toujours  égale.  Pour  abré- 
ger, nous  renverrons  aux  ouvrages  d'Hoff- 
mann ,  ceux  qui  feront  curieux  de  s'inf- 
truire  des  détails  de  cette  affreufe  maladie  Ça). 

Elle  ufa  des  eaux  en  boiffon  pendant 
un  mois ,  en  petite  quantité,  tantôt  comme 
altérantes,  tantôt  comme  Iaxatives ,  cks'en 
retourna. 

Elle  dit,  paria  lettre  du  24  Novembre 
1770  :  «  Les  violentes  coliques  defquelles 
»  j'étois  travaillée  depuis  long-tems,  qui  at- 
»  taquoient  mes  nerfs,  font  guéries  par  vos 
7>  eaux.  » 

M.  Pomme  (£)  fe  jette  dans  un  pompeux 
étalage  ,  pour  nous  apprendre  que  ,  dans  la 
colique  hyftérique,  on  applique  des  topi- 
ques froids ,  &  nous  parle  d'Amatus,Zacu- 
tus  Lufitanus,  Ludovicus  Septallius,  Hoff- 
mann, &c.  pour  prouver  avec  importan- 
ce ,  qu'une  compreffe ,  par  exemple ,  trem- 
pée dans  de  l'eau  froide ,  eft  un  bon  re- 
mède contre  cette  colique  ,  parce  que  c'efl 
de  l'eau  froide,  parce  que    c'eft  de  l'eau 


{a)  Frldericus  Hoffman ,  de  dolore  cardialgico  , 
fpafmodïco  &fidtulenîO)Cap.  //,Tome  V,  page  221. 

(l>)  Traité  des  Afte&ions  vaporeufïs  des  deux 
fexes ,  Tome  I ,  page  105. 


i©4  Mémoire 

commune  &  non  thermale ,  parce  qu'Hoff- 
mann ne  la  défaprouve  pas  tout-à-fait  : 
Frigida  exteriàs  appllcata  non  penitiis  im- 
probanda. 

C'eft  ainfî  qu'abufivement  on  fe  donne 
des  maîtres,  des  juges  qu'on  écoute,  qu'on 
récufe ,  dont  on  fe  pare ,  félon  le  befoin 
qu'on  en  a,  ad populum phaleras.  Pour- 
quoi M.  Pomme  nous  cache-t-il  avec  tout 
le  foin  du  filence ,  qu'au  chapitre  cité  ÔC 
ailleurs ,  Hoffmann  regarde  comme  remède 
principal  &  préfervatif ,  l'ufage  intérieur  6k 
extérieur  des  eaux  thermales  ? 

Je  laiffe  à  p  enfer  tout  ce  qu'on  voudra 
de  cette  réticence  vitieufe,  qui  n'eft  pas 
d'un  candide  cofmopolite  ,  d'un  citoyen, 
d'un  phyficien,  d'un  médecin,  qui  doit 
refpecîer  la  {implicite  des  novices  dans  l'art 
de  guérir  :  Dcbetur  puero  reverentia. 

Si  la  crainte  des  fpafmes  étoit  une  con- 
tre-indication des  eaux  thermales,  dans  la 
colique  hyftérique ,  l'éréthifme  fpafmodique 
de  l'eftomac  ck  de  fes  orifices ,  fur-tout  du 
pylore,  étant  plus  grand  dans  la  colique 
ftomacale  flatueufe-fpafmodique  ,  que  dans 
la  colique  hyftérique ,  la  contre -indication 
feroit  plus  grande. 

Dans  la  colique  hyftérique  ,  le  fpafme 
ne  s'oppofe  pas  à  la  dilatation  de  l'efto- 
mac comme  dans  l'autre  ;  nous  voyons  des 
eftomacs ,  dans  la  colique  hyftérique ,  ten- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  iof 
dus  comme  s'ils  étoient  foufflés  ,  relevant 
la  région  épigaftrique  &  en  partie  les  voi- 
sines ,  formant  une  tumeur  circonfcrite  &C 
prominente  prefque  herniaire ,  que  la  main 
fuit  dans  fon  pourtour,  &  feroit  rentrer , 
û  la  douleur  ck  l'étourTement  ne  l'empê- 
choient. 

Dans  l'autre,  la  convulfion  ne  permet 
pas  cette  expanfion  des  membranes  ftoma- 
cales  ;  elle  eft  au  plus  haut  degré  d'inten- 
fité,  avec  des  douleurs  plus  vives  &  plus 
Suffocantes,  qui  ne  permettent  que  peu  ou 
point  d'éructation ,  qui,  hors  de  l'accès  ,  eft 
libre  ,  fréquente ,  fatigante  :  l'eftomac  trop 
refferré  &  contracté  ne  fait  point  de  faillie; 
on  ne  peut  le  toucher  du  bout  du  doigt  ; 
l'intromiffion  du  liquide  même  par  cuille- 
rée,  eft  difficile  ou  impofTible,  augmente 
la  convulfion,  la  douleur,  la  fuffoca- 
tion,  &c. 

Madame  de  P. . . .  nous  donna  à  Bour- 
bonne ce  fpeclacle  qui  avoit  été  à  Befan- 
con  tant  de  fois  plus  trifte,  &  fi  cruel ,  qu'a- 
près avoir  mis  en  ufage  les  meilleurs 
moyens  curatifs  &  prophylactiques,  même 
des  eaux  minérales ,  fous  les  yeux  &  par 
les  confeils  de  fon  ami  M.  Rougnon ,  pro- 
fefteur  en  Médecine  ,  connu  par  plufieurs 
ouvrages,  dont  un  fur  l'irritabilité  des  nerfs, 
elle  fe  détermina  au  voyage  de  Bourbonne. 

XXXVIII.  Obs.  Madame  S.,.,    près 


io6  Mémoire 

Gray  en  Franche-Comté ,  âgée  de  dix-fept 
ans ,  d'un  tempérament  fanguin  ,  vive  & 
naturellement  gaie ,  étoit  tourmentée  ,  de- 
puis deux  ou  trois  ans  ,  d'une  colique  hyf- 
térique,accompagnée  de  vomiffemens  pref- 
que  continuels  pour  les  alimens ,  foit  foli- 
des ,  foit  liquides  :  à  peine  étoient-ils  def 
cendus  dans  l'eftomac,  que  ce  vifcère  fe 
dilatoit  ck  fe  gonfloit  fi  prodigieufement , 
qu'il  falloir  aufîi-tôt  qu'elle  deflerrât  (es  ha- 
billemens  pour  en  faciliter  l'expanfion  & 
fe  foulager.  Alors  ,  les  régions  épigaflrique , 
hypogaftrique  ,  même  les  hypocondres ,  fe 
foulevoient&repréfentoient  une  tumeur  bal- 
lonée,  dont  le  pourtour  étoit  très-bien  tracé 
& circonfcrit.  La  nonchalance,  la  difficulté 
de  refpirer ,  les  anxiétés ,  les  naufées  étoient 
les  triftes  compagnes  de  cet  état ,  &  du- 
roient  jufqu'à  ce  que  le  vomuTement  ck  le 
relâchement  furvinfifent.  A  mefure  que 
l'eftomac  s'évâcuoit,  les  fymptômes  ci- 
deffus  diminuoient  ;  mais  ils  étoient  fuivis 
de  grouillemens ,  de  tiraillemens ,  de  dou- 
leurs d'entrailles ,  de  borborygmes ,  que 
des  éructations  diflîpoient  pour  faire  place 
à  fon  enjouement  &  à  fa  vivacité  ordi- 
naire. 

A  l'approche  de  fes  régies  qui  ne  cou- 
loient  qu'en  petite  quantité,  ou  à  l'occa- 
fion  du  plus  léger  chagrin  ,  elle  éprouvoit 
des  fuffocations  allarmantes ,  des  fpafmes  y 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  107 

des  convulfions  univerfelles ,  la  perte  de 
la  voix  &  de  la  connoifTance. 

Les  remèdes  ordinaires ,  la  diflïpation , 
l'exercice  à  pied  &  à  cheval ,  ayant  été 
tentés  inutilement,  on  l'envoya  aux  eaux  de 
Bourbonne  en  1762. 

Elle  les  prit  pendant  cette  faifon  à  pe- 
tites dofes,  &  particulièrement  en  boiflbn  ; 
les  répéta  trois  autres  faifons ,  après  lefquel- 
les ,  &  avec  les  précautions  ufitées  ,  elle 
a  été  entièrement  délivrée  de  fa  maladie. 

XXXIX.  Obs.  Mademoifelle  de  Mon- 
taron ,  femme-de-chambre  de  Madame  de 
Meaux,  âgée  de  vingt  ans,  d'un  tempé- 
rament fec  &  phlegmatique ,  fut  attaquée , 
en  1765,  fix  mois  après  une  couche, 
n'ayant  point  eu  pendant  ce  tems  Ces  ré- 
gies, de  mouvemens  fpafmodiques  &  con- 
vulfifs  fur  tout  le  côté  gauche,  fuivis  d'un 
ferrement  à  la  gorge,  &t  de  perte  de  con- 
noifTance qui  dura  quelques  heures.  Re- 
venue de  cet  état,  elle  reiTentit  de  l'en- 
gourdiffement  &  de  la  foibleffe  dans  le 
bras  qui  avoit  éprouvé  les  mouvemens 
convulfifs.  Une  faignée  faite  à  cette  partie 
malade l'affoiblit  encore,  une  autre  au  pied 
diffipa  cet  accident;  mais  les  nerfs,  depuis 
cette  première  attaque,  refterent  fi  mobi- 
les ck  fi  fenfibles,  que  la  plus  légère  inquié- 
tude y  la  plus  petite  frayeur  lui  caufoit  des 


ioS  Mémoire 

révolutions  fubites  qui  lui  faifoient  éprou- 
ver un  mal-être ,  des  angoiffes ,  des  fufïbca- 
tions  qui,  en  la  jetant  dans  les  plus  triâ- 
tes réflexions ,  empoifonnoient  tous  les 
momens  de  fa  vie  par  la  crainte  d'une  mort 
prochaine  ck  anticipée. 

Quarante  jours  d'ufage  des  eaux,  en 
boiffon  feulement,  &  modérées  pendant 
les  mois  de  Juin  &  Juillet  dernier,  étant 
avec  madame  à  Bourbonne,  ont  diflipé 
ik  Tes  craintes  &  fa  maladie. 

XL.  Obs.  Dans  le  courant  du  mois 
d'Octobre  dernier, eft arrivée  à  Bourbonne 
mademoifelle  Cornibert,  de  Gray  en  Fran- 
che-Comté, âgée  de  dix-fept  ans,  d'un 
tempérament  phlegmatique ,  trifte ,  fom- 
bre  &  mélancolique,  ayant  le  teint  pâle, 
blafard,  bien  réglée;  hémiplégique  depuis 
un  mois,  à  la  fuite  d'un  accès  fpafmodique 
&  de  violentes  douleurs  de  tête  ;  qui  , 
après  cinq  femaines  de  boiffon  des  eaux , 
de  quelques  pédiluves  &  minoratifs,  s'en 
eft  retournée  marchant,  travaillant, &  moins 
rêveufe ,  fe  propofant  de  venir  perfection- 
ner fa  guérifon  le  mois  de  Mai  prochain. 

Mademoifelle  Cornibert,  aujourd'hui  21 
Mai  177 1 ,  de  retour  pour  fa  féconde  fai- 
fon,  à  un  peu  de  foibleffe  près  du  côté 
malade,  qui  ne  s'apperçoit  point  en  mar- 
chant, eft  dans  le  meilleur  état  poffible. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  109 
Depuis  fon  départ  de  Bourbonne  ,  elle 
n'a  fait  d'autre  remède  que  fe  purger  tous 
les  mois. 

XLI.  Obs.  Sur  les  apparences,  être  ef- 
timé  &  fe  croire  paralyfé,  être  traité  comme 
tel,  fi  le  grand  zigomatique,  le  buccina- 
teur  &  l'orbiculaire  des  lèvres  font  dans 
cet  état  de  fpafme  confiant  qui  fait  tour- 
ner la  bouche ,  eft  un  cas  qui  fe  préfente 
fouvent.  M.  Berthelot,  baron  de  Baye,  lieu- 
tenant général  des  armées  du  roi,  comman- 
deur de  l'ordre  de  S.  Louis  ,  ancien  com- 
mandant des  deux  compagnies  de  Cadets 
gentilshommes  de  Sa  Majefté  feu  le  roi  de 
Pologne,  &  grand  bailli  d  epée  de  S.  Diez, 
en  1763,  jouant  aux  cartes,  &  avec  la 
meilleure  fanté  d'ailleurs ,  fut  furpris  ,  fans 
aucuns  fignes  précurfeurs,  d'une  contorfion 
de  la  bouche  ,  qui  donna  l'allarme  aux 
joueurs,  à  fa  famille,  &c.  Dans  moins  de 
la  huitaine,  il  partit  pour  Bourbonne. 

Tout  fe  paiTa  du  côté  gauche  de  la 
face  ;  la  bouche  tourna  de  la  gauche  à  la 
droite  du  vifage;  l'eau,  en  gargarifant,  ne 
pouvoit  être  pouflee  du  côté  gauche  au 
côté  droit;  la  rencontre  des  dents  fupé- 
rieures  avec  les  inférieures  étoit  imparfaite, 
gênante,  non  régulière;  le  fifflement  Se  la 
manière  de  cracher  ne  s'exécutoient  pas 
avec  la  liberté  &  la  direction  naturelles  ;  le 
ion  de  la  voix ,  ni  plus  forte  ni  plus  foible  , 


no  Mémoire 

étoit  changé ,  fembloit  partir  d'un  endroit 
plus  profond  que  le  gofier ,  ab  ilice  cavd; 
un  écoulement  involontaire  de  la  falive 
qui  accompagne  ordinairement  la  paraly- 
fie  de  la  bouche,  n'avoit  point  lieu,  non 
plus  que  la  déglutition  forcée  pour  ce  li- 
quide, il  Ton  excédent  ne  s'épanche  pas 
en  entier  par  un  des  coins  de  la  bou- 
che. 

Le  mufcle  orbiculaire ,  dans  fes  portions 
palpébrales  fupérieures  &  inférieures  ,  étoit 
bandé  fur  tout  le  globe  de  l'œil  gauche , 
(  dans  la  paralyfie  ,  l'œil  droit  auroit  été 
l'arTe&é ,  )  les  tarfes  étoient  épais  &  rou- 
ges ;  le  releveur  propre  de  la  portion  fu- 
périeure  ne  pouvoitcontre-balancer  faten- 
iion  fpafmodique ,  d'où  l'œil ,  quoique  bon, 
paroiiïbit  enfoncé,  plus  petit  que  l'autre 
de  moitié  ,  ne  s'ouvrant  point  ck  ne  fe  fer- 
mant point  complètement. 

Pendant  un  mois,  M.  Berthelot  ufa  des 
eaux  en  boiiTon,  bains,  douches,  fomen- 
tations ,  gargarifarions ,  collyres  ;  tout  lui 
réuffit  :  il  partit  de  Bourbonne ,  ouvrant 
mieux  l'œil,  la  bouche,  fe  redrefïant  fen- 
liblement;  il  fit  des  progrès  ultérieurs,  Se 
revint  l'année  fuivante,  non  défiguré,  guéri 
fans  récidive. 

Bien  entendu  que  les  eaux  topiques  fu- 
rent, appliquées  au  côté  gauche  de  la  face  , 
6c  non  du  côté  droit;  ce  qu'auroient  exigé 

des 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  i  i  i 
tles  fymptômes  paralytiques ,  Se  une  contor- 
fîon  de  la  bouche  toute  différente. 

Il  n'eft  pas  moins  efTentiel  de  remar- 
quer que  ces  topiques,  qui  ne  furent  point 
ménagés ,  fans  donner  dans  les  excès  ré- 
préhenfibles  de  l'ufage  de  l'eau  communs 
ou  autre,  auroient  rengrégé  une  fluxion 
catharrale  récente. 

XLII.  Obs.  M.  le  marquis  de  Mon- 
drainville  ,  fort  vigoureux ,  au-deffous  de 
l'âge  de  cinquante  ans ,  hémorroïdaire 
d'ancienne  date,  depuis  quelques  temps, 
éprouvoit,  fans  dérangement  de  fanté,  une 
ceffation  du  flux  hémorroïdal,  qui  jufques- 
là  avoit  été  aflez  vague,  non  périodique 
&c  menftruel.  En  1768  ,  il  eut  une  grande 
&  longue  difparate  d'environ  deux  heures, 
qui  l'étonna  aufïï  peu,  qu'elle  confterna 
beaucoup  (qs  amis  &  fa  famille,  qui  de 
tout  côté  agiffoient  fans  lui  ck  demandoient 
confeil  ;  Paris  prononça  pour  les  eaux  de 
Bourbonne. 

Cédant  à  l'intérêt  public ,  à  la  tendreflfe 
de  fes  proches  ,  aux  inftances  de  fes  amis  , 
de  Caen  en  Normandie  ,  il  y  vint  en  1769, 
complaifamment ,  ne  fçachant  pourquoi  , 
proteftant  qu'il  fe  portoit  mieux  que  jamais, 
qu'il  lui  avoit  fallu  obéir  pour  ne  fâcher 
perfonne  :  il  avoit  cependant  la  voix  moins 
forte  que  du  pafTé,les  jambes  moins  fermes, 
la  vifîere  de  l'œil  gauche  légèrement  affec- 

H 


in  Mémoire 

tée  ;  dormant  6c  mangeant  bien  au  refte  f 
6c  plus  fatisfait  6c   plus  gai  que  jamais. 

Entr'autres  reflburces  ,  comme  il  s'é- 
toit  agi  d'une  vieille  gale ,  mal  guérie 
pendant  {es  campagnes,  qu'il  regardoit 
comme  un  rêve,  quoiqu'elle  eût  porté 
fur  les  poumons  autrefois ,  on  lui  avoit 
propofé  un  cautère  ambulant ,  fait  avec  des 
mouches ,  qu'il  ne  voulut  pas  fouffrir. 

Il  fit  deux  faifons,  chacune  d'un  mois, 
avec  un  moindre  repos  intermédiaire.  La 
première,  qui  fit  employer  la  boiffon  & 
les  bains ,  fe  pafla  bien  :  la  féconde  ne  lui 
relTembla  point;  il  y  eut  des  accidens  gra- 
ves 6c  efFrayans  pour  les  afliftans ,  jamais 
pour  le  malade. 

Si  la  trifte  6c  foucieufe  prévoyance, 
l'envie  de  faire  des  remèdes  décèlent  l'af- 
fe&ion  hypocondriaque ,  la  fécurité  pleine 
6c  confiante  qui  les  éloigne  ,  qui  en  mar- 
que le  befoin  ,  qui  enlevé  le  fage  aux  pré- 
cautions fages,  indique  un  ébranlement 
dans  le  genre  nerveux  ,  qui  peut  être  aufn* 
fâcheux  qu'un  autre  dans  Ces  révolutions. 
Cette  difpofition  ,  moins  commune  que  la 
première  ,  au  milieu  de  la  féconde  faifon , 
fit  éprouver  au  malade  quelques  mouve- 
mens  convulfifs  à  l'œil  affecté  6c  à  la  face 
du  même  côté  ;  il  ne  s'en  apperçut  point  £ 
la  compagnie ,  feule  témoin  de  ces  mou- 
vemens  extraordinaires  &  irréguliers,  l'en- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  i  i» 
gagea  à  fe  retirer  &:  le  conduisit  chez  lui. 

Les  eaux  furent  fufpendues ,  le  cautère 
remis  fur  le  tapis.  Dans  ces  entrefaites  ,  un 
délire  fourd  ,  fugitif,  qu'on  diftinguoit  à 
peine ,  quelques  mouvemens involontaires, 
rares  au  bras  gauche ,  furent  fuivis  d'une 
apoplexie  fympathique,avec  tout  le  cortège 
de  l'apoplexie  foudroyante. 

Elle  dura  trente-fix  heures  ,  au  bout  des- 
quelles le  malade  qui  avoit  été  faigné  du  bras, 
du  pied ,  fans  fentir  la  plus  petite  douleur 
qu'auroient  dû  exciter  des  coups  de  lancette 
répétés ,  &  profondément  enfoncés ,  revint 
à  lui  aufli  promptement  qu'il  étoit  tombé 
dans  fes  accidens ,  fans  fe  fouvenir  de  rien. 
Avant  eux ,  les  axes  vifuels  étoient  deve- 
nus inégaux  ;  ce  qui  fe  lifoit ,  étoit  lu  plus 
haut  qu'à  fa  place;  la  plume  commençoit 
une  ligne ,  pour  la  finir  une  ligne  plus 
haut  ou  l'entre-mêler  de  mots  placés  au- 
deflus  d'elle ,  &c.  Ce  défaut  refta. 

On  avoit  eu  recours  de  bonne  heure,  par 
un  expofé  fidèle  &  détaillé,  au  confeil  de 
Paris ,  qui  infifta  fur  l'application  des  mou- 
ches cantharides,  &  la  continuation  de* 
eaux  ;  ce  qui  fut  exécuté. 

M.  de  Moridrainville  partit  avec  (on 
cautère ,  l'inégalité  de  la  vue  ;  & ,  par  fa 
lettre  -du  29  Novembre  1770,  il  écrit: 
»  Je  ne  puis  trop  me  louer  des  eaux  ;  j'ai 
w  oublié  l'équivoque  de  mes  yeux  :  arrivé 

Hij 


H4  Mémoire 

»  à  Paris,  les  rayons  vifuels  étoient  rcu- 
»  nis  au  même  centre ,  &  je  n'y  ai  connu 
»  depuis  aucune  incertitude.  J*ai  gardé  affez 
»  long-temps  les  mouches ,  &  il  y  a  plus 
»  de  fix  mois  que  je  ne  m'en  fers  plus  ;  je 
»  ne  connois  pas  le  plus  petit  mal  de  tête, 
»  &  je  me  porte  à  merveille.  Ce  détail 
»  eft  auffi  vrai  que  les  fentimens  avec  lef- 
»  quels  ckc.  » 

XLIII.  Obs.  La  paralyfie  &  le  fpafme 
des  yeux  ont  leurs  caufes  procatartiques  : 
fi  elles  font  alTez  violentes  pour  porter  fur 
la  totalité  &  la  profondeur  des  globes,  une 
paralyfie  incurable  ou  la  goutte  -  fereine 
(amaurojîs}  en  eft  la  fuite;  fi  elles  le 
font  moins ,  fi  elles  n'irritent  ou  bleflent 
que  quelques  parties  intérieures  ou  adja- 
centes des  globes ,  fi  l'irritation  ou  la  lé- 
iion  font  imparfaites ,  fi  l'atonie  ne  prend 
point  la  place  de  la  fecouffe  &  du  fpafme  , 
les  accidens  confécutifs  peuvent  finir  heu- 
reufement  :  les  coups  de  foleil  en  fournif- 
fent  des  exemples. 

M.  de  Vafîimont ,  préfident  à  la  Chami 
bre  des  Comptes  de  Bar-le-Duc,  refta 
expofé  à  un  foleil  fort ,  la  veille  de  la 
Pentecôte  :  le  lendemain ,  au  réveil,  fe  por- 
tant bien  ,  il  vit  double  ;  &  la  paupière  fu- 
périeure  étoit  bandée  fur  le  globe,  fans 
que  fon  releveur  pût  le  dégager  ;  l'oeil  étoit 
fermé  à  moitié. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  n  5 

11  vint  à  Bourbonne  en  1765  r  un  mois 
après ,  où  il  refta  trois  femaines  pour  boire 
&  doucher.  La  douche  ordinaire  étoit  re- 
çue vingt  minutes  fur  la  nuque ,  &  enfuite 
on  la  fervoit  fept  minutes,  à  la  grofleur 
d'un  tuyau  de  plume ,  à  jet  continu  fur  la 
paupière  ;  on  y  joignoit  la  baignoire  de 
l'œil.  Il  y  reçut  quelque  foulagement. 

A  deux  lieues  de  Bourbonne ,  à  fon  ar- 
rivée de  nuit  à  l'abbaye  de  Morimont ,  en- 
trant dans  une  falle ,  il  y  vit  les  lumières 
&  autres  objets  à  l'ordinaire,  fans  mélange 
&  fans  duplicité. 

Il  n'a  eu  depuis  aucune  douleur,  aucun 
reflentiment,  aucune  incommodité  à  l'œil, 
ck  continue  à  jouir  de  fa  bonne  fanté  ;  ce 
font  (es  propres  expreflions. 

XLIV.  Obs.  M.  de  Saint-Marc ,  fecré- 
taire  du  Roi ,  munitionnaire  général  des 
vivres  méridionaux ,  ufa  des  eaux  de  Bour- 
bonne avec  fuccès,en  1766, pour  contor- 
fion  fpafmodique  de  la  bouche  ;  il  ne  s'en 
eft  point  reflenti  depuis ,  malgré  un  tra- 
vail immenfe  &.  journalier  :  il  eft  en  Corfe 
actuellement  pour  les  affaires  du  Roi.  On 
lui  avoit  appliqué  à  Paris  des  mouches  can- 
tharides. 

Objiruciions    &   autres  Maladies   chroni- 
ques. 

XLV.  Obs.  M,   Pomme,  après  avoir 

Hiij 


n6  Mémoire 

blâmé,  je  ne  fçais  où,  Baglivi,  &  l'avoir 
approuvé,  fe  place  entre  Sydenham  Se 
Boerhaave ,  pour  donner  raifon  à  l'un  ou 
à  l'autre  (a).  Boerhaave ,  dit-il ,  n'a  jamais 
voulu  reconnoître  d'autre  caufe  de  la  jau- 
nifle  périodique  ,  que  l'épaifmTement  de  la 
bile;  Sydenham  croyoit  que  les  couloirs 
du  foie  fe  bouchoient  plus  d'une  fois  fans 
vice  de  la  bile ,  &  fimplement  par  le  ré- 
trécifTement  de  leur  calibre. 

M.  Pomme ,  étonné  qu'on  laiffe  la  quef- 
rion  indécife,  la  réfout  en  faveur  de  Sy- 
denham ,  &  fournit  preuve  de  la  folidité 
de  fon  fyftême ,  (  un  fyftême  !  à  ce  grand 
homme  qui  abhorroit  refpritfyftématique, 
&  qui  lui  a ,  en  quelque  forte ,  porté  le 
dernier  coup  !  )  par  une  guérifon  due  aux 
délayans ,  à  l'exclufion  des  ftimulans. 

Sans  entrer  dans  aucune  difeuffion  fur 
cette  guérifon  que  je  revendiquerois ,  que 
les  eaux  minérales  auroient  opérée ,  ma- 
dame la  comtefTe  de  B. . .  .  qui  vint  à  nos 
eaux,  en  1765,  pour  une  jaunifle  pério- 
dique, après  avoir  employé  les  délayans, 
même  les  eaux  de  Vais ,  les  bains  domefti- 
ques,  pendant  très-long-temps  fans  aucun 
fouîagement ,  fut  guérie  par  l'ufage  des 
ftimulans,  fuivi  de  celui    de  nos  eaux  en 

<z)Page  393  de  fon  Traité,  quatrième  édition, 
Tome  II. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  117 

boiflfon ,  où  elle  refla  un  mois,  par  les  con- 
feils  de  M.Athalin  ,  profeffeur  en  médecine 
en  l'univerrlté  deBefançon,  &  de  M.  Bou- 
venot.  Toutes  les  fois  que  cette  jaunnTe 
furannée  fe  montroit ,  elle  amenoit  les 
douleurs  les  plus  vives ,  laifïbit  tout  le 
corps  roué  &  fatigué  :  elle  étoit  aufli  ré- 
gulièrement périodique  qu'une  fièvre  in- 
termittente ;  fe  pauVit ,  comme  elle ,  pour 
un  tems ,  &  ,  comme  elle  ,  revenoit  pour 
un  autre  tems  :  les  régies  ne  couloient 
point. 

XLVI.  Obs.  M.  de  V....  avoit  effuyé 
plus  d'une  colique  hépatique,  &  quelque- 
fois le  véritable  iclère ,  des  embarras  au 
foie.  M.  Sallin,  fon  médecin,  oppofa  à 
fes  accidens  tout  ce  qui  eft  de  l'art;  hépa^ 
tiques  ,  amers,  délayans;  ils  ne  cédoient 
pas  entièrement  :  il  accufa  la  véficule  du 
fiel,  crut  qu'elle  contenoit  de  la  bile  épaif- 
fie ,  concrète  &  même  calculeufe  ;  il  l'en- 
voya aux  eaux  en  1767. 

Il  arriva  dans  le  marafme ,  avec  l'iclère 
noir,  menacé  de  la  dernière  cataftrophe. 
îlbuvoit  les  eaux  depuis  une  livre  jufqu'à 
quatre  par  matinée  :  au  quinzième  jour  de 
boifTon ,  le  malade  eut  de  la  tendon  à  l'hy- 
pocondre  droit ,  8c  à  une  grande  partie  de 
l 'épigaftre  ;  des  flatuofités ,  des  naufées,  le 
vomifTement,  des  anxiétés ,  le  refferrement 
4e  la  poitrine ,  des  douleurs  &  des  exa- 

Hiv 


nS  Mémoire 

cerbations  plus  cruelles  que  jamais.  Il  étoît 
trop  foible  pour  foutenir  le  bain  :  on  ap- 
pliqua un  cataplafme  de  boues  minérales 
fur  la  région  du  foie.  (  Dans  ce  cas,  il  tient 
lieu  d'émolliens  &  de  bain  partiel.)  Dans 
le  jour,  des  déjections  bilieufes,  gluantes, 
abondantes,  plus  fréquentes,  tantôt  vertes  , 
tantôt  jaunes ,  dégagèrent  fucceflivement 
la  région  du  foie;  &  une  pierre  biliaire 
très-dure,  du  volume  d'une  groffe aveline , 
qui  avoit  forcé  l'ouverture  étroite  du  con- 
duit cholédoque  dans  le  tube  inteftinal ,  s'y 
trouva  confondue  avec  des  pelotons  de  bile 
poiffeufe  ou  coagulée. 

Le  lendemain  ,  le  malade  fe  trouva 
mieux  que  lorfqu'il  étoit  arrivé  ;  il  conti- 
nua fa  boifTon  encore  quinze  jours ,  &  re- 
couvra fa  fanté ,  qui  vraifemblablement  au- 
roit  été  confiante ,  fi  un  régime  auffi  in- 
confidéré  qu'indifcret  n'eût  depuis  peu  ai- 
guifé  le  cifeau  d'Atropos. 

On  peut  voir  fur  les  pierres  biliaires,1 
caufe  commune  des  coliques  hépatiques 
qu'elles  produifent  prefqu'inévitablement, 
qui  fe  font  rencontrées  jufqu'à  trois  cents 
où  d'ordinaire  la  veffie  urinaire  n'en  con- 
tient qu'une  ,  amenée  plusfouvent  que  née 
dans  fa  capacité,  les  Mémoires  de  l'Acadé- 
mie de  Chirurgie  ,  F.  Hoffman  ,  M.  Lieu- 
taud  qui,|  énumération  faite  des  remèdes, 
finit  par  avertir  que  les   eaux  minérales, 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  119 

tant  froides  que  thermales,   doivent  être 
préférées  à  tous  ces  remèdes  (<z). 

XLVII.;  Obs.  Le  nommé  Jofeph  ,  de 
Vaudrey  en  Franche-Comté ,  âgé  de  vingt- 
cinq  ans ,  portoit  depuis  plusieurs  années 
une  obftru&ion  aux  deux  lobes  du  foie , 
û  considérable  ,  que  leur  volume  occupoit 
l'hypocondre  droit,  la  région  épigaftrique, 
l'hypocondre  gauche ,  dépaffoit  de  plus 
de  quatre  pouces  les  faufTes  côtes  ,  &  re- 
couvroit  tout  Feftomac.  Le  cartilage  xi- 
phoïde  recourbé  en  dehors ,  le  ventre 
très-élevé  ck  tendu,  repréfentoit  celui  d'une 
femme  groffe  de  neuf  mois  ;  le  degré  d'en- 
gorgement étoit  fi  grand,  que  les  parties 
obfïruées  offroient  fous  les  doigts  ,  en  les 
palpant  ,  une  réiiftance  femblable  à  une 
pierre  ou  tous  autres  corps  durs. 

La  peau  plombée  ,  le  blanc  des  yeux 
couleur  de  fuie,  la  bouche  pâteufe,  amere, 
ainfi  que  la  falive,  la  refpiration  lourde  ck 
difficile  ,  les  anxiétés  ,  les  naufées ,  les  laf- 
fitudes ,  le  pouls  petit  &  concentré  ,  une 
foif  vague  ,  une  conftipation  opiniâtre  ,  le 
fommeil  inquiet  &  agité,  le  dégoût ,  l'air 
fombre  ck  mélancolique,  fembloient  bien- 
tôt annoncer  la  deûruétion  du  malade. 

Allarmé  avec  jufte  raifon  fur  fon  fort, 
■  ■.!■■ 

(<j)  Précis  de  Médecine  pratique,  page  594,' 
Tome  I,  troifieme  édition. 


i  io  Mémoire 

&  attaché  à  la  vie  ,  malgré  fa  fituation  pé- 
nible &  miférable,  il  confultoit  par-tout,  par- 
tout demandoit  du  fecours  ,  &fit  une  mul- 
titude de  remèdes  fans  fuccès.  Des  person- 
nes charitables  l'adrefTerent  à  feu  M.  Nor- 
mand, médecin  à  Dole  ,  qui  ,  après  un 
examen  férieux ,  lui  confeilla  les  eaux  de 
Bourbonne.  Quelques  fecours  que  la  cha- 
rité lui  procura,  le  mirent  en  état  défaire  ce 
voyage  ;  il  s'y  rendit  au  mois  de  Mai  1758. 

Le  lendemain  de  fon  arrivée,  je  le  mis 
à  l'ufage  des  eaux  en  boiiTon  ,  qu'il  com- 
mença par  deux  gobelets  de  fept  onces  cha- 
cun, bus  à  trois-quarts  d'heure  d'intervalle, 
&  augmentés  de  deux  en  deux  jours  ,  avec 
les  mêmes  précautions ,  jufqu'au  nombre 
de  huit. 

Au  bout  de  vingt  jours ,  je  mis  un  jour 
intermédiaire  entre  chacun  de  ceux  de  boif- 
fon ,  6k  les  lui  fis  encore  continuer  ainfï 
vingt  autres  jours,  pendant  lefquels  je  lui 
fis  prendre  quelques  minoratifs  qui  ne  pro- 
duifirent  que  très-peu  d'effets  ;  mais  les  uri- 
nes fourniffoient  abondamment. 

Pendant  fon  mois  de  repos,pour  recom- 
mencer enfuite  une  autre  faifon  ,  il  fut 
attaqué  de  la  rougeole  qui  étoit  épidémi- 
que  à  Bourbonne.  Son  invafion  s'annonça 
par  des  fymprômes  qui  me  firent  appré- 
hender pour  lui  une  fièvre  ardente.  Un 
délire  fourd  accompagné  de  difparates,  une 


sujt  les  Eaux  de  Bourbonne.  m 
refpiration  très-pénible,  un  mal  de  gorge 
fuffocant,  m'embarraiToient  fur  l'application 
de  la  faignée  ,  à  caufe  de  fon  état.  Cepen- 
dant je  cédai  aux  accidens  les  plus  pref- 
fans ,  6c lui  en  fis  deux,  malgré  les  bonnes 
femmes  qui  me  dirent  que  j'allois  le  tuer, 
qu'il  valoit  mieux  lui  donner  du  vin  ; 
(opinion  que  l'on  a  encore  bien  de  la 
peine  à  vaincre  parmi  le  vulgaire:)  elles 
apportèrent  du  calme.  Une  (impie  tifane 
légèrement  nîtrée,  &  quelques  lavemens 
émolliens ,  firent  tranquillement  parcourir 
à  la  maladie  tous  les  périodes  ,  &  le  mi- 
rent en  convalefcence. 

Bien  rétabli ,  je  lui  fis  faire  une  féconde 
faifon,  en  tout  femblable  à  la  première,  après 
laquelle  il  partit  un  peu  foulage.  Pendant 
l'hiver,  il  éprouva  encore  du  mieux ,  &  fît 
quelques  petits  ouvrages  :  l'année  fuivante, 
il  vint  répéter  fes  mêmes  exercices,  qui  lut 
réunirent  très-bien.  Depuis  ce  tems,  quoi- 
qu'il lui  refte  encore  un  léger  embarras  au 
grand  lobe ,  il  s'eft.  livré  à  tous  les  ouvra- 
ges les  plus  pénibles  ,  qu'il  a  très-bien  fou- 
tenus. 

XLVIII.  Obs.  Le  nommé  Antoine  Gril- 
lot,  du  même  village  ,  âgé  de  vingt-quatre 
ans ,  à-peu-près  dans  le  même  cas  que 
Jofeph,  après  avoir  ufé  des  eaux  de  Bour- 
bonne,comme  lui,pendant  les  années  1760, 
1761   &  1768  ,  a  été  guéri. 


in  Mémoire 

XLIX.  Obs.    Mad.  G. ...  de  Dijoif; 

âgée  de  vingt-cinq  ans,  reflentoit  depuis 
quelques  années  une  douleur  fourde,  pro- 
fonde, dans  la  région  iliaque  gauche ,  qui 
s'étendoit  à  l'aine  &  à  la  partie  fupérieure 
6c  antérieure  de  la  cuiffe  du  même  côté  , 
avec  difficulté  de  fe  mettre  à  genoux  &  de 
le  tenir  bien  droite.  Infenfiblement ,  elle 
augmenta  &  devint  plus  gênante  :  il  fal- 
loit,  pour  qu'elle  fouffnt  moins  ,  qu'elle 
defferrât  Tes  jupons,  &  s'afsît  de  manière 
que  les  cuifles  fléchies  fiflent  angle  aigu  avec 
le  tronc. 

Cette  douleur ,  que  dans  fon  principe 
l'on  regardoit  ou  comme  un  épanchement 
laiteux  dans  la  duplicature  du  ligament 
large,  ou  comme  une  fciatique  naifTante, fit 
employer  les  remèdes  connus  &  ufités  en 
pareil  cas ,  mais  fans  fuccès.  Leur  inutilité 
engagea  à  examiner  &  palper  les  chofes 
avec  toute  l'attention  poffible.  On  reconnut 
alors  que  la  maladie  étoit  une  oburuc*tion 
de  l'ovaire  ,  pour  laquelle  on  tenta  encore 
en  vain  les  apéritifs  &  les  fondans  intérieu- 
rement &  extérieurement.  Le  progrès  de 
la  maladie,  fous  l'ufage  même  de  ces  re- 
mèdes, détermina  fon  confeil  à  l'envoyer 
aux  eaux  deBourbonne,  en  1763.  L'ovaire 
étoit  alors  gros  comme  une  demi-bouteille. 

Mad.  G. . . .  les  employa  cette  année  en 
boifïbn,  bains,  ôt  application  de  boues. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  123 

Elle  eft  venue  encore  les  répéter  de  la 
même  manière  deux  autres  années ,  après 
lefquelles  elle  s'eft  trouvée  guérie. 

L.  Obs.  Mad.  Borel ,  de  Neuchâtel  en 
SuifTe  ,  vint  aux  eaux  en  1763  ,  menacée 
d'une  phthifie  fymptomatique  ;  une  toux  opi- 
niâtre ,  qui  excédoit  les  bornes  d'un  rhume 
ordinaire ,  qui  avoit  fes  quintes  vives  & 
journalières ,  alloit  toujours  en  augmen- 
tant ;  les  jambes  diminuoient  toujours  de 
plus  en  plus ,  &  le  refte  du  corps  à  pro- 
portion :  elle  étoit  pâle ,  jaune,  avoit  perdu 
fes  couleurs  naturellement  rouges,  animées 
par  le  feu  de  la  jeuneffe  ;  fes  crachats  chan- 
gement de  goût ,  devenoient  un  peu  amers, 
il  s'y  mêloit  quelque  teinte  de  fang  ;  une 
fièvre  lente,qui  avoit  des  exacerbations  noc- 
turnes qui  troubloient  le  fommeil  ,  étoit 
de  la  partie,  avec  douleur  dans  la  poitrine, 
&  un  appétit  vague;  les  ongles  devenoient 
crochus  ;   les  cheveux  tomboient. 

A  cet  état,  étoit  jointe  une  obftru&ion  au 
foie  ,  bien  plus  ancienne  que  lui  de  près 
de  deux  ans  ;  les  règles  ne  couloient  plus. 

M.  deSault(<z)  dit  que,  dans  la  phthifîe, 
il  a  conftamment  trouvé  des  embarras  très- 
confidérables  dans  le  foie  ;  qu'il  eft  furpris 
de  ce  que  les  auteurs  n'en  aient  point  fait 
mention  ;    que  cette  attention  eft  impor» 

(4)  Pag.  338,  Tomel. 


;«i4  Mémoire 

ante  ,  relativement  aux  vues  curatives  qu'il 
prétend,  comme  quelques  autres,  remplir 
par  les  apéritifs.  On  avoit  encore  affaire  à 
une  petite  gale  féche  ,  (fcabies  canina  ,  ) 
qui  ,  par  des  boutons  infiniment  menus  6c 
multipliés ,  le  vifage  excepté  ,  couvroient 
tout  le  corps  :  elle  rendoit  quelque  fanie  , 
qui  fe  changeoit  en  croûte  aride ,  jufcju'à 
ce  qu'on  l'écorchât  en  la  grattant,  &  ne 
donnoit  prefque  point  de  relâche. 

Cette  gale,  à  laquelle  on  avoit  déjà  mal- 
a-  propos  oppofé  des  topiques  gras  &  fuf- 
peâsj  fixoit  toute  l'attention  &  les  inquié- 
tudes de  la  malade  :  elle  négligeoit  tout  le 
refte;  elle  feule  Poccupoit  ,  en  exigeant 
qu'on  s'en  occupât  aufîi  uniquement.  On 
lui  refufoit  toute  efpece  de  topiques  :  (  la 
gale  ,  qui  doit  être  traitée  en  fous-ordre  , 
attaquée  de  front,  fit  plus  d'un  pulmoni- 
que  :  )  ce  refus  lui  parut  d'autant  plus  ré- 
voltant ,  qu'il  fut  agité  fi  on  lui  permettroit 
de  baigner.  Nous  nous  méfions  autant  des 
bains,  que  nous  avons  de  confiance  à  la 
boiiTon,eanslafiévre  ;  &  il  paroît  qu'à  Plom- 
bières on  penfe  de  même.  M.  le  Maire  (rf), 
qui  regarde  ces  eaux  comme  anti-quartes,  ne 
veut  pas  même  que  les  fébricitans  s'expo- 
fent  à  la  vapeur  de  ces  eaux,  dans  lefquel- 
■ 

{a)  Dom  Calmet ,  Traité  hiftorique  des  Eaux 
de  Plombières,  page  307. 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  115 

les  ils  doivent  bien  fe  donner  de  garde 
d'entrer. 

La  poitrine  redoubloit  la  méfiance.  On 
eflaya  des  bains  tempérés  :  ils  ne  nuifirent 
point  ;  ils  foulageoient  le  prurit ,  qui  s'ou- 
blioit  fous  l'eau  ,  &  reftoit,  après  le  bain  , 
comme  fufpendu  :  ils  furent  continués  fans 
contredit  ,  &  furent  la  conlblation  de  la 
malade ,  qui  baignoit  le  corps  entier  tous 
les  jours  ,  ou  de  deux  l'un  ,  pendant  une 
heure  ;  &  prenoit,  fans  jamais  y  manquer, 
avant  de  fe  coucher,  un  demi-bain  de  demi- 
heure.  La  boiffon  fut  placée,  pendant  deux 
mois,  depuis  une  livre  d'eau  jufqu'à  deux  ; 
fi  elle  ne  purgeoit  pas ,  quelquefois  on  la 
rendoit  purgative,  ou  l'on  purgeoit;  fouvent 
on  donnoit  des  pillules  aloétiques,  mar- 
tiales ,  fulfurées ,  mercurielles  ,  antimonia- 
les ,   des  extraits  amers. 

Elle  quitta  les  eaux  peu  avancée  :  la 
gale ,  la  fièvre  n'étoient  que  diminuées  ; 
l'obftru&ion  refta  la  même  ;  les  régies  ne 
reparurent  point  ;  la  poitrine  étoit  moins 
fouffrante. 

Elle  revint  l'année  fuivante,  moins  mai- 
gre, moins  galeufe,  n'ayant  plus  de  fièvre, 
ne  fentant  plus  fa  poitrine,  avec  une  di- 
minution fenfible  de  l'obftruftion ,  &  ré- 
glée. 

On  ne  fit,  pendant  plus  de  fix  femaines, 
que  répéter  les  pratiques  &  les  exercices  de 


îi6  Mémoire 

l'année  précédente  ;  les  progrès  furent  lenti 
encore  ;  &  il  fallut  en  efpérer  d'ultérieurs  5 
du  teins  &  de  la  patience ,  non  en  vain. 

Le  25  Décembre  1770,  M.  Borel écrit: 
»  Madame  fe  porte  des  mieux  depuis  fon 
»  retour  ;  j'ai  obligation  aux  eaux  de  m'avoir 
»  rendu  mon  époufe  plus  jeune ,  plus  gaie  , 
»  ne  cherchant  que  les  occafions  de  fauter  , 
»  danfer  ;  au  bout  de  dix-huit  mois ,  elle  m'a 
»  fait  cadeau  d'un  garçon  vigoureux  :  nous 
»  fommes  d'autres  perfonnes ,  &c.  » 

LI.  Obs.  Chryftophe  Picard,  âgé  de 
quarante-cinq  ans ,  d'un  tempérament  ro- 
bufte  ,  fermier  fur  la  fouveraineté  d'Aigre- 
mont,  près  Serqueux ,  au  15  Juillet  1762, 
portoit  depuis  un  mois  une  fièvre  intermit- 
tente, dont  le  type  n'avoit  rien  de  régulier; 
fà  première  apparition  fut  en  double-tierce  , 
enfuite  quotidienne  &  (impie  alternative- 
ment. 

Les  accès  étoient  violens,  de  dix-huit  heu- 
res, précédés  d'un  friflon  d'une  heure  &  de- 
mie. Sa  répugnance  invincible  pour  la  répé- 
tition de  la  faignée,  qu'il  afïuroit  précifément 
l'avoir  réduit  dans  fon  état  pitoyable,  fit  qu'à 
une  première  vifite  il  fut  feulement  purgé , 
&  émétifé  fuffifamment  dans  le  tems  de  la 
rémiflion. 

De-là  il  pafla  au  quinquina  combiné  avec 
le  nitre  purifié ,  &  rendu  purgatif  avec  le 
diagrede;  il  en  prenoit  de  trois  jours  l'un  ; 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  117 
&,  après  neuf  jours  d'ufage ,  la  fièvre  devint 
tierce-fimple  ;  les  accès  ne  duroient  plus 
que  huit  à  neuf  heures. 

Le  malade  ne  voulut  plus  de  quinquina," 
il  prit  des  aposèmes  amers ,  préparés  avec 
les  fommités  de  petite  centaurée  &  de  cha- 
médris ,  pendant  huit  jours  :  on  n'obtint 
rien  ;  au  contraire  ,  les  accès  fembloient  fe 
rapprocher  &  devenir  plus  longs. 

Il  fut  remis  au  quinquina  afïbcié  avec  le 
fel  ammoniac ,  le  fel  d'abfinthe ,  le  nître  &C 
h  poudre  de  cloportes  ,  incorporés  avec 
le  firop  capillaire  &  le  miel  ;  il  avoit  pour- 
iors  des  obftruftions  au  foie  Se  à  la  rate 
d'un  volume  énorme  :  on  ne  pouvoit  les 
rentir  pendant  les  accès,  parce  que  le  bas- 
ventre  fe  tendoit  comme  un  ballon,  &  fe 
météorifoit.  Dans  le  tems  de  la  rémifllon,  ert 
palpant  la  région  du  foie ,  on  le  trouvoit 
tuméfié ,  ce  qui  ne  fe  prélente  jamais  s'il  eft 
fain  :  fon  épaiflfeur ,  qui  devient  de  plus  en 
plus  mince ,  &  comme  tranchante  vers  le 
côté  gauche  &  en  devant ,  fe  diftinguoit 
fenfiblement  par  Ton  tranchant  même. 

Après  ce  dernier  opiat  employé  neuf 
jours ,  la  fièvre  devint  quarte  &  tierce  alter- 
nativement ;  on  étoit  dans  le  mois  de  Sep- 
tembre. 

M.  Groilevin,  mon  confrère,  qui  voyoit 
le  malade  ,  crut  n'avoir  plus  rien  à  ajouter 
à  ce  traitement  que  les  eaux  voifines ,  qu'il 

I 


n8  Mémoire 

fçavoit  être  employées  avec  fuccès  dans  le* 
fièvres-quartes. 

Le  marafme  ,  l'infomnie ,  l'œdème  des 
pieds  &  des  jambes  ,  la  face  hippocratique, 
le  dégoût  abfolu ,  tout  marquoit  l'état  dé- 
fefpéré  du  malade  ,  qui  ne  pouvoit  plus 
quitter  le  lit,  tant  il  étoit accablé  &  exténué. 

Jl  but  les  eaux  à  deux  prifes  par  mati- 
née, chacune  de  huit  à  dix  onces  :  heureu- 
fement  la  fièvre  ne  turvenoit  que  l'après- 
midi  ;  la  boifïbn  ne  fut  point  interrompue  ; 
elle  rendit  les  deux  premiers  accès  plus 
violens. 

Après  douze  jours  de  boiflon  ,  la  fièvre 
diminua;  elle  fut  augmentée  jufqu'à  deux 
livres,  &  poufîee  jufqu'au  dix-neuvieme 
jour  ;  deux  accès  manquèrent  :  on  fit  re- 
pofer  le  malade. 

Il  fut  purgé  trois  fois  minorativement 
pendant  fa  boiffon  ;  il  n'eut  plus  de  fièvre 
jufqu'au  25  Novembre,  jour  que  {es  amis 
avoient  choifi  pour  l'aller  féliciter  fur  fa 
convalefcence.  Par  reconnoiflance ,  il  leur 
donna  à  déjeûner  à  huit  heures  du  matin, 
&  voulut  leur  faire  face  à  table.  A  quatre 
heures  du  foir ,  il  fut  faifi  d'un  grand  accès 
de  fièvre ,  qui  fe  prolongea  jufqu'au  lende- 
main midi.  Il  fut  purgé  le  furlendemain  , 
&  prit  des  ?aux  pendant  huit  jours,  à  deux 
livres  par  matinée  :  la  fièvre  difparut  po«r 
toujours. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  h^ 

Il  pafTa  l'hiver  afTez  bien  ;  &,  dès  le  retour 
<û\i  printems ,  fes  obftru£t.ions  n'étant  pas 
encore  fondues  ,  il  répéta  l'ufage  des  eaux 
pendant  douze  jours,  quinze  jours  au  mois 
de  Mai,  autant  en  Septembre  :  Tes  obftruc- 
tions  fe  diffiperent  entièrement  ;  &  depuis 
il  a  joui  d'une  bonne  fanté ,  travaille  aux 
ouvrages  les  plus  pénibles  de  la  campagne. 

LU.  Obs.  Le  fils  aîné  de  M.  Aubert ,  fub- 
délégué  à  Bourbonne ,  âgé  de  quinze  ans , 
eut ,  dans  le  courant  de  l'été  1763,  une  fiè- 
vre intermittente  qui  fe  montra  d'abord  en 
tierce  ;  les  accès  étoient  précédés  d'un  frif- 
fon  de  trois  quarts  d'heure  ou  d'une  heure, 
■duraient  depuis  dix,  douze,  jufqu'à  quinze 
heures,  &  fe  terminoient  par  une  fueur  peu 
abondante;  ils  revenoient  affez  régulière- 
ment l'après-midi  :  au  troifieme ,  je  lui  fis 
une  faignée  dans  le  fort  de  la  chaleur ,  & 
lui  plaçai,  pendant  la  rémifîion,  un  éméti- 
que  ;  je  lui  ordonnai  de  garder  un  bon  ré- 
gime &  de  boire  abondamment. 

Cette  première  évacuation  fut  fuivie 
d'un  minoratif  &  de  quelques  prifes  de 
quinquina  nîtrées ,  &  rendues  purgatives 
par  l'addition  de  fix  grains  de  diagrède,  tou- 
jours placées  dans  les  tems  de  rémimons. 
Les  paroxifmes  diminuèrent  ;  les  fueurs  de- 
vinrent plus  abondantes,  &  la  fièvre  ceflfa; 
mais  la  mauvaife  difpofition  des  organes  , 
«le  la  digeftion  6k  des  parties  voifines ,  la  fit 


130  Mémoire 

bientôt  reparoître;  elle  devint  erratique. 
Les  accès  fe  montroient ,  tantôt  en  tierce , 
tantôt  en  double- tierce  ,  d'autres  fois  en 
quarte  ou  double-quarte  ;  ils  ceffoient  pour 
un  tems ,  revenoient  pour  un  autre,  &  tou- 
jours avec  les  mêmes  variations. 

Ce  nouveau  caractère  me  fit  abandonner 
la  méthode  du  premier  traitement,  &  por- 
ter mes  vues  du  côté  des  vifceres  du  bas- 
ventre;  en  les  palpant,  je  trouvai  le  grand 
ck  le  petit  lobe  du  foie  durs ,  obftrués  :  en 
conféquence  ,  je  lui  prefcrivis  nos  eaux  en 
boiflbn.  Leur  ufage  modéré  &  proportionné 
à  fon  âge  pendant  quarante  jours ,  à  diffé- 
rens  intervalles,  a  fondu  l'obftruction  àc 
détruit  fans  retour  la  fièvre. 

LUI.  Obs.  M.  Aubert,  frère  cadet  de 
celui-ci ,  pour  une  fièvre  lente  ,  accompa- 
gnée d'une  toux  aigre  &  quinteufe ,  s'eft  très- 
bien  trouvé  de  l'ufage  des  eaux  en  boifîbn , 
coupée  avec  moitié  &  un  tiers  de  lait. 

LIV.  Obs.  Dom  Guaî,  religieux  Béné- 
dictin au  prieuré  deBourbonne,  fut  atta- 
qué, en  1740,  d'une  fiévre-quarte  opiniâ- 
tre qui  éluda  pendant  long-tems  l'action  des 
délayans ,  évacuans ,  fébrifuges ,  apéritifs  , 
&  qui  ne  céda  que  pour  quelques  tems  à 
de  très-fortes  dofes  de  quinquina  combiné 
avec  les  martiaux ,  les  cloportes,  &c  différens 
fels  ,  tant  neutres  qu'alkalis  fixes. 

Au  moyen  de  ces  remèdes ,  les  intermif- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  131 
fions  étoient  d'un  mois  tout  au  plus ,  après 
lequel  la  fièvre  renaifîbit  comme  aupara- 
vant. 

Ces  alternatives  ont  fubfifté  pendant  plu- 
fîeurs  années ,  &  fe  font  enfin  bornées  à 
un  feul  retour ,  qui  avoit  lieu  tous  les  ans 
dans  le  courant  d'Août  ou  Septembre,  (pre- 
mière époque  de  l'invafion  de  la  maladie,  ) 
&  duroit  tantôt  plus ,  tantôt  moins.  Il  s'an- 
nonçoit  toujours  par  un  accablement,  prof- 
tration  de  force ,  du  dégoût ,  un  air  trifte  , 
fbmbre  ,  mélancolique ,  &  de  légères  hor- 
ripilations.  Ces  récidives  confiantes  &  ré- 
gulières me  firent  foupçonner  quelques  en- 
gorgemens  dans  les  vifceres  du  bas-ventre, 
qui  en  entretenoient  le  levain ,  &  me  dé- 
terminèrent à  lui  confeiller ,  en  1764,  la 
boiflbn  de  nos  eaux. 

Un  ufage  de  trois  quinzaines  qu'il  en  fit , 
pendant  lefquelles  elles  étoient  fervies  de- 
puis une  livre  jufqu'à  trois  par  jour,  avec 
quelques  minoratifs ,  un  repos  intermédiaire 
&  afTez  long  entre  chacune  d'elle ,  l'ont 
entièrement  délivré  de  ces  retours  inquié- 
tans.  Un  accès  de  fciatique  violent  qu'il  a 
reflentit  l'année  dernière ,  a  également  céd  é 
à  dix  jours  de  boiflbn  ;  il  jouit  préfentemen  t 
de  la  meilleure  fanté. 

LV.  Obs.  L'automne  dernier ,  le  fils  du 
nommé  Pierre  Gevrai  le  jeune ,  de  Bour- 
bonne ,  âgé  de  fix  ans ,  fut  attaqué  d'une 

Iii] 


132  Mémoire 

fiévre-tierce  bien  caraôérifée.  Elles'annon- 
çoit  par  un  friffon  d'une  demi-heure ,  trois 
quarts-d'heure  ;  enfuite  la  peau  devenoit  fé- 
che,  brûlante,  le  vifage  rouge,  la  foif  ar- 
dente ;  duroit  neuf  à  dix  heures ,  ck  fe  ter- 
minoit  par  une  moiteur.  Je  la  combattis 
par  une  diète  humectante,  délayante,  une 
eau  émétifée ,  des  anthelmintiques  mercu- 
riaux  rendus  purgatifs ,  des  abforbans ,  6c 
quatre  prifes  de  douze  grains  chacune  de  la 
poudre  fébrifuge  d'Helvétius.  Ni  le  régime, 
ni  ces  remèdes  ne  produisent  rien  ;  tout 
devint  inutile. 

Les  forces  &  l'appétit  fe  perdirent  ;  il 
n'avoit  plus  fa  gaieté  &  fa  vivacité  ordinaires, 
le  vifage  devint  pâle  &  bouffi  ,  le  ventre 
dur  &  tendu,  les  extrémités  fupérieures  & 
inférieures  grêles  ;  une  toux  acre  &  conti- 
nuelle fe  mit  de  la  partie ,  Si  ne  lui  laiffoit 
pas  un  moment  de  relâche. 

Je  crus  ne  pouvoir  mieux  faire  que  de 
lui  confeilîer  les  eaux  de  Bourbonne;  d'a- 
bord il  les  prit  coupées  avec  un  tiers  de  lait, 
enfuite  pures.  Vingt  jours  de  leur  ufage  , 
félon  cette  méthode  ,  lui  ont  rendu  {es  for- 
ces, fon  appétit,  &  enlevé  fa  toux  ck  fa  fièvre. 

LVI.  Obs.  Le  fieur  Valferdin ,  marchand 
chamoifeur  à  Bourbonne ,  à  l'âge  de  trente- 
cinq  ans,  fe  trouvoit,  en  1750,  pefant,  mou, 
décoloré,  virorc  quodam  albicans ,  tendant 
à  ia  boufMure  3  ne  fe  foutenant  point  avec 


SUR  LES  EAUX  DE  BOURBONNE.  135 
vigueur  fur  Tes  jambes  ;  les  digeftions  étoient 
lentes ,  l'appétit  équivoque ,  la  refpiration 
difficile ,  en  montant  ou  marchant  plus  fort 
qu'à  l'ordinaire  ;  il  étoit  tantôt  conftipé , 
tantôt  dévoyé ,  urinoit  abondamment  ou 
peu  ;  les  urines  étoient  alors  comme  de  la 
groffe  bière  rouge,  fédimenteufes  &  bri- 
quetéçs;  toujours  tri fte  &  mélancolique, 
il  ne  travailloit  qu'avec  peine  &  fans  goût, 
touchant  au  plus  haut  degré  de  cachexie,  & 
à  cet  état  qu'Hippocrate  paroît  défîgner  fous 
le  nom  de  grandes  rates  ;  la  bile  fe  répan- 
doit  par  intervalle  fur  toute  l'habitude  du 
corps  ;  la  bouche ,  l'haleine  étoient  d'une 
rnauvaife  odeur  ;  les  gencives  étoient  ten- 
dres ,  blafardes ,  & ,  pour  peu  qu'il  y  tou- 
chât avec  le  doigt ,  ou  qu'il  mâchât  fort , 
faigneufes;  il  faignoit  du  nez  de  tems  en 
tems  ;  la  peau  avoit  des  taches  noires,  con- 
tenoit  dans  fon  épaiffeur,  ou  recouvroit 
de  petites  tumeurs  inégales ,  quoique  rares , 
ainu"  que  les  taches  ;  le  fommeil  étoit  in- 
quiet ,  fatiguant ,  accompagné  de  rêves  lu- 
gubres ,  plus  profond  &  moins  long  que 
dans  l'ordre  naturel. 

En  automne ,  une  fiévre-quarte  fe  mêla 
de  la  partie;  fes  accès  étoient  de  douze  à 
quinze  heures  :  une  toux  aigre  &  convr.l- 
iive ,  qui  commençoit  &  finifïbit  avec  eux  9 
étoit  plus  à  charge  que  la  fièvre  ;  elle  don- 
«oit  des  maux  de  tête  affreux,  &  exprimok 

liv 


îi34  Mémoire 

du  fang  des  poumons  ,  qui  teignoit  les  cra» 

chats  peu  copieux ,  difficiles  à  obtenir. 

Cette  conjoncture  remuoit  l'ignorance  & 
la  jaloufie  :  il  y  avoit  peu  que  l'ufage  des 
eaux  étoit  admis  contre  la  fièvre  quarte  à 
l'hôpital  militaire  ;  le  médecin  les  ordonna 
au  malade  &  les  lui  fit  boire  :  tous  étoient 
attentifs  à  l'événement  ;  les  vœux  funèbres 
ïk  falubres  s'entre-croifoient  :  il  fe  déclara 
en  faveur  de  ceux-ci.  Cet  affaffinat  du  ma- 
lade, publioit-on,  qui  devoit  préparer  un 
trophée  fans  égal  pour  la  Naïade  de  céans  ? 
fut  nul  :  Nubes   &  inania. 

La  cure  fut  lente  &:  épineufe  :  tous  les 
accidens  augmenteront ,  comme  c'eft  l'or- 
dinaire ;  les  accès  devinrent  plus  longs  ck 
plus  violens  ;  la  toux  étoit  plus  convulfîve, 
plus  accablante ,  plus  fréquente ,  les  cra- 
chats plus  fanguinolens  ;  la  bouffifTure ,  en 
fàifant  des  progrès,  menaçoit  de  leucophleg- 
matie  ;  il  y  avoit  plus.de  fix  femaines  que 
le  malade  buvoit  les  eaux, félon  les  mefures 
«qu'exigeoient  fes  forces ,  &  les  circonitan- 
ces  fort  variables  de  la  maladie. 

Avec  un  mauvais  régime  très-fouvent 
blâmé  en  vain,  (  il  mangeoit,  au  milieu  de 
fes  accès  des  omelettes,  &  fe  régaloit  de 
vin  nouveau ,  )  la  fufpenfion  des  eaux,  quel- 
ques dofes  de  quinquina,  accordées  plus  à 
l'impatience  du  malade ,  Se  à  l'inquiétude 
des  affiftans  que  l'on  entretenoit  aifément 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  135 
&  avec  foin ,  qu'à  la  néceffité  d'en  donner, 
en  deux  mois ,  une  fiévre-quarte  qui  auroit 
pu  durer  plus  d'un  an ,  finir  par  l'hydropifie, 
fut  terminée  fans  récidive,  avec  la  cachexie 
dont  elle  étoit  le  fymptôme  le  plus  preffant 
&  le  plus  effrayant,  au  milieu  de  l'hiver,  qui 
fut  des  plus  rudes,  ôc  ne  fe  fit  pas  même 
reiTentir. 

On  commença  à  l'hôpital,  en  1745,  à 
combattre  les  fièvres- quartes  réfra&aires 
par  les  eaux  ;  la  confiance  en  elles  étoient 
chancelante  ,  &  les  cas  qui  fe  préfentoient 
étoient  rares  :  le  hafard  les  faifoit  naître  ; 
on  n'y  envoyoit  perfonne  :  les  eaux,  loin 
de  paffer  pour  fébrifuges ,  étoient  profcri- 
tes ,  &  la  fièvre  ,  de  quelque  nature  qu'elle 
fût ,  étoit  l'étiquette  de  profcription  la  plus 
sûre  pour  tout  malade. 

Une  fièvre  mal  éteinte,  qui  renaiffoit  au 
milieu  de  l'ufage  des  eaux ,  fournifïbit  quel- 
quefois à  l'obfervateur  au  guet  l'occafion 
rapide  d'une  guérifon  confiante  ;  il  marcha 
«l'un  pas  plus  afTuré  ;  &  les  fébricitans  arri- 
voient  exprès  à  l'hôpital ,  pour  y  trouver 
un  remède  que  l'inutilité  ou  l'infidélité  des 
autres  leur  rendoit  cher. 

Depuis  17^0,  des  obfervations  folides 
&  irréfragables  ont  engagé  les  médecins 
&  les  chirurgiens  des  hôpitaux  militaires 
des  différens  corps ,  à  envoyer  tous  les  ans 


136  Mémoire 

ces  malades  aux  eaux  :  elles  fe  font  multi- 
pliées ,  &  ont  acquis  ce  caractère  de  vérité 
que  donne  en  médecine  l'expérience  répé- 
tée. En  1770  feulement,  on  en  a  compté 
cinquante  :  les  régimens  de  Foix  ck  de  la 
Reine,  infanterie  fur-tout ,  ont  fourni  à  l'hô- 
pital vingt-fept  malades  qui,  pour  la  plupart, 
y  font  arrivés  moribonds,  ck  en  font  fortis 
guéris,  de  fièvres  d'un  an ,  dix-huit  mois , 
deux  ans  ou  plus. 

Il  m'auroit  été  facile  de  rapporter  ces 
guérifons  cathégoriquement ,  mon  ami  ne 
m'auroit  pas  refufé  là-delïus  les  notices  né- 
ceffaires;  j'ai  craint  d'être  trop  long  fur 
cette  matière  qui  ne  tariroit  point,  les  ré- 
pétitions, la  monotonie  des  tableaux,  qui 
d'ailleurs,  s'il  y  en  a  qui  foient,  comme  je 
n'en  doute  pas,  fufceptibles  de  nuances  affez 
diftinclives  pour  que,  mis  l'un  à  côté  de 
l'autre,  ils  ne  produifent  pas  en  tout  le  même 
point  de  vue  ;  ce  doit  être  l'ouvrage  de 
MM.  les  officiers  de  fanté  ,  qui  fçaurontles 
apprécier  ÔC  leur  donner  les  jours  conve- 
nables. 

Cependant  ces  MM.  ne  peuvent  avoir 
d'exemples  tels  que  celui  du  petit  Gevrey, 
&ce  dernier.  Si  M.  Bouvard  eft  le  premier 
qui,  pour  la  colique  du  Poitou  minérale 
que  nous  ne  connoiffions  point ,  a  confeillé 
nos  eaux  avec  fuccès  à  M.  le  vicomte  de  la 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  137 
Rochefoucauld  ,  il  l'eft  aum"  pour  les  avoir 
confeillées  à  un  fébricitant  qui  n'avoit  pas 
cinq  ans,  avec  le  même  fuccès. 

LVII.  Obs.  Le  gros  bon  fens  que  de- 
mande M.  Preffavin  à  M.  Pomme  {a)  ap- 
prend que  les  enfans  font  délicats ,  plus  fu- 
jets  aux  convulfions  que  les  adultes  ;  qu'il 
ne  faut  pas  être  un  Hecquet ,  un  Gauthier 
Harris  pour  le  fçavoir ,  ni  fort  prévoyant 
pour  croire  que  les  cifpofitions  de  l'enfance 
puiflent  s'étendre  au-delà  du  berceau  6c 
durer  toute  la  vie  ,  fe  renouveller  au  moins 
dans  l'âge  adulte,  non-feulement  chez  des 
femmes  que  Fidiocrafe  rapproche  beaucoup 
du  tempérament  radical  ck  primitif,  mais 
suffi  chez  quelques  hommes  :  l'abus  des  fix 
chofes  non  naturelles  feul  peut  ramener 
ces  difpofitions  fupprimées,  pour  partie,  par 
la  force  &:  la  crue  de  la  fibre  ,  le  genre  de 
vie  :  Naturel  recurrit. 

Le  petit  malade,  M.  de  Chézeau,  avoit 
eu  la  fièvre  quarte  pendant  l'hiver:  une  obf- 
truclion  monftrueufe  qui  rempliffoit  exac- 
tement la  moitié  du  ventre,  qui  s'étendoit 
depuis  le  cartilage  xiphoïde  jufqu'au  pubis , 
en  fuivant  au  jufte  la  direction  de  la  ligne 
blanche  ,  effraya  les  parens ,  il  fut  envoyé 
à  Bourbonne  en  176 1. 

(a)  Journal  de  Médecine,  mois  de  Septembre 
3770,  page  246. 


138  Mémoire 

Quatre  jours  après  Ton  arrivée  ,  je  le  mis 
à  la  boiflbn  des  eaux;  il  les  but  depuis  huit 
onces  jufqu'à  une  livre, une  livre  ck demie; 
on  les  fervoit  par  petits  gobelets  de  quatre 
onces  chacun,  &  à  vingt  minutes  d'inter- 
valle ;  il  les  continua  dix-huit  jours  de  fuite  , 
pendant  lefquels  il  fut  purgé  deux  fois  ;  le 
refte.du  mois  fut  employé  à  les  boire  de 
deux  jours  l'un ,  après  lequel  il  fut  encore 
purgé  &  fe  repofa. 

Pendant  la  première  quinzaine  de  boif- 
fon ,  la  fièvre  augmenta,  les  accès  devinrent 
plus  longs ,  plus  effrayans  ;  &  ,  quoique 
j'eurTe  prévenu  de  leur  retour  &  de  leur 
augmentation  ,  ils  donnèrent  de  l'inquié- 
tude &  aux  parens  &  aux  perfonnes  qui  en 
avoient  foin.  Pendant  fon  repos ,  ils  dimi- 
nuèrent beaucoup ,  &  enfin  difparurent 
après  la  féconde  faifon ,  où  tous  les  exerci- 
ces de  la  première  furent  répétés. 

Point  de  fubterfuge,  M.  Pomme.  Si  je 
vous  eftimois  bien  perfuadé  de  votre  ra- 
cornifTement  des  nerfs  dans  les  vapeurs  , 
très-réel  &  très-important  à  votre  avis  ,  & 
que  cet  enfant  eût  été  le  vôtre  ;  que ,  malgré 
vous,  on  lui  eût  fait  prendre  des  eaux  ther- 
males ,  fur-tout  de  Bourbonne ,  on  vous 
auroit  arraché  les  entrailles,  vous  auriez  cru 
tout  perdu.  Vous  voyez  cependant  qu'il 
n'en  eft  rien  ;  &  je  veux  bien  encore ,  pour 
vous  éviter  la  peine  d'écrire,  ck  vous  épar- 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  139 
gner  les  foins  de  vous  procurer  des  moyens, 
bons  ou  non  ,  de  mordre  les  Obfervations 
de  mon  Mémoire  qui  font  pour  vous  d'ai- 
rain ,  indormis,  inhians ,  vous  dire  qu'il  eft 
fous  vos  yeux ,  &  que ,  fî  vous  voulez  vous 
donner  la  peine  d'aller  chez  M.  de  Proven- 
cheres ,  maître  de  la  chambre  aux  deniers  du 
roi,  vous  y  verrez  un  aimable  adolefcent 
que  les  eaux  n'ont  ni  defleché  ni  racorni. 

Les  fels  médicinaux,  tant  fixes  que  vo- 
latils ,  les  fixes  fur-tout ,  font  anti-quartes  ; 
plufieurs  ont  penfé  comme  le  docteur 
Scaop  ,  fi  je  ne  me  trompe,  dans  les  Eflais 
d'Edimbourg ,  que  les  fels  avec  les  différen- 
tes fubftances  auxquelles  ils  font  unis ,  tirés 
des  eaux  par  évaporation ,  pris  intérieure- 
ment, produifoient  les  mêmes  effets  que 
ces  eaux  même.  M.  le  Maire,  qui  a  pratiqué 
fi  long-tems  à  Plombières, ne  favorife  point 
cette  opinion  (à)\  ce  qui  n'eft  pas  étonnant: 
ces  eaux  ont  fi  peu  de  fel ,  qu'il  feroit  diffi- 
cile ou  impoffible  de  faire  avec  elles  des 
épreuves  très-fouvent  répétées  &  confé- 
quentes  ;  on  feroit  mieux  fondé  à  croire  que 
le  fel  marin ,  par  exemple ,  conferveroit  la 
vertu  de  l'eau  de  mer,  ce  qui  n'eft  pas  (£). 
Si  i'infolation  le  dénature,  l'évaporation,faite 
-      > 

(a)  Traité  hiftorique  des  Eaux  de  Plombières , 
par  dom  Calmet,  page  146. 

{b)  Voyez  DiJJertatio  de  ufu  aquct  marina  Ri^ 
pardi  Ruffd ,  page  193. 


140  Mémoire 

même  au  bain- marie  &  dans  des  cap  fuies 
de  verre ,  laifTe  notre  fel  encore  plus  dégé- 
néré, fans  compter  la  perte  du  véhicule 
propre ,  fabricateur,  nourricier,  que  rien  ne 
peut  fuppléer. 

L'infolation  &  le  feu ,  quoique  l'un  plus 
que  l'autre  ,  altèrent  les  fels  naturels ,  qui 
par-là  différent  beaucoup  des  fels  factices. 

Sans  confulter  les  Annales  chymiques,  je 
vois  dans  le  Teftament  politique  du  cardinal 
de  Richelieu  :  «  Que  les  pays  du  Nord  font 
»  privés  de  la  chaleur  néceifaire  pour  faire 
»  le  fel;  &  ceux  fitués  au-delà  du  quarante- 
»  deuxième  degré  de  latitude ,  comme  eft 
»  l'Efpagne  ,  font  un  fel  trop  corrofîf , 
»  qui  mange  6k  détruit  les  chairs  au  lieu  de 
»  les  conferver  :  la  France  feule  fe  trouve 
»  dans  un  climat  tempéré  propre  à  faire  le 
»  fel  :  auflî  elt-ce  une  des  grandes  richelTes 
»  de  ce  royaume,  &  ce  que  j'ai  connu  de 
»  furintendans,  les  plus  intelligens  égalent  le 
»  produit  de  l'impôt  du  fel  levé  fur  les  fali- 
»  nés,  à  celui  que  les  Indes  rapportent  au 
»  roi  d'Efpagne.  » 

Il  paroît  néanmoins  que  la  vertu  des  eaux 
eft  proportionnée  au  principe  falin ,  qui  , 
Balaruc  excepté ,  eft  dominant  dans  nos 
eaux  plus  que  dans  aucune  du  royaume  ; 
étant  bienfaifantes ,  non  incendiaires  ,  elles 
feront  plus  qu'elles  anti- quartes,  anti-fpaf- 
modiques. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  141 

Le  quinquina ,  au  moins  aufïï  vanté  au- 
jourd'hui comme  tonique,  anti-feptique , 
anti-fpafmodique ,  anti-hyftérique ,  ftoma- 
chique ,  que  comme  fébrifuge ,  commença 
fa  réputation  par  les  fièvres-quartes  :  Primb 
cœpit  inc/arefcere.  Elle  éclipfa  d'abord  celle 
dont  jouiiToient  déjà  les  eaux  de  Bourbonne  ; 
{es  prodiges  n'éblouiilbient  pas  tous  les  mé- 
decins :  on  cherchoit  &  on  cherche  encore 
des  anti-  quartes  :  ils  étoient  trouvés ,  mais 
négligés  ;  depuis ,  quelques  modernes  ont 
propofés  les  eaux  chaudes ,  froides ,  ôcc. 
M.  Lieutaud  (a)  dit  :  «  Les  eaux  de  Bour- 
»  bonne  font  mifesau  nombre  des  meilleurs 
»  médicamens  dépuratifs  ,  apéritifs  &  inci- 
»  fifs  ;  elles  redonnent  de  la  force  aux  ef- 
»  tomacs  affaiblis ,  rendent  le  ventre  libre  , 
»  favorifent  la  fortie  des  urines  &  des 
»  fueurs  ;  enfin  elles  diffipent  les  fièvres  les 
»  plus  opiniâtres ,  &c.  »  Il  finit  par  dire 
»  qu'elles  font  encore  très-efficaces  pour  dé- 
»  terger  £k  cicatrifer  les  ulcères  que  l'on  a 
»  plus  de  peine  à  amener  à  ce  point.  » 

LVIII.  Obs.  Pendant  tout  le  tems  que 
j'ai  été  chirurgien  à  l'hôpital,  les  ulcères  de 
caufes  externes  ,  même  fiftuleux  ,  étoient 
abandonnés  feulement  aux  eaux  topiques  ; 
les  emplâtres,  onguens ,  baumes , n'étoient 

(a)  Précis  de  Matière  médicale,  page  105,  pre- 
mière édition. 


141  Mémoire 

qu'accefïbires ,  propres  à  les  défendre  du 
frai  des  corps  durs  ;  la  fuppuration  deve- 
noit  louable,  plus  abondante  ;  les  bords,  en 
diminuant  d'épaiiTeur  &  de  réfiftance ,  fe 
rapprochoient  ;  les  chairs  reprenoient  une 
couleur  vive  &  vermeille,  elles  bourgeon- 
noient  à  vue  d'œil;  &  ordinairement  la  ci- 
catrice, fous  l'emplâtre  jufqu'alors  plus  dé- 
fenfif  qu'épulotique  que  le  foldat  portoit 
encore  quelque  tems  pour  protéger  l'épi- 
derme  renaiiîant  de  tendres  bourgeons  peu 
confolidés,  feformoit  ou  étoit  formée,  après 
avoir  été  défirée  des  années  entières.  Les 
ulcères  de  caufes  internes  exigent  plus  de 
précautions  ;  la  boiiTon  ,  des  remèdes  fous 
forme  féche  ,  appropriés. 

M.  de  M....  lieutenant  général  des  ar- 
mées du  roi ,  vint  aux  eaux ,  en  1 764,  pour 
plufieurs  ulcères  aux  jambes ,  plus  inquié- 
tanspar  leur  nombre  que  par  leur  étendue: 
ils  étoient  la  fuite  d'éryfipèles  phlegmoneux, 
qui,  l'hiver  précédent,  avoient  caufé  les 
plus  grandes  allarmes ,  ck  que  l'on  craignoit 
de  voir  fe  renouveler,  ck  avoir  la  fin  la  plus 
fâcheufe  les  hivers  fuivans  ou  plutôt. 

Depuis  long-tems ,  quoique  jeune  en- 
core ,  fort  &  vigoureux ,  les  fatigues  de  la 
guerre ,  que  de  trop  bonne  heure  il  avoit 
elTuyées,  Pavoient  obligé ,  pour  gonflement 
aux  jambes,  tendant  à  l'œdème  ,  de  porter 
des  bas  de  peau  de  chien,  qu'il  n'abandon- 
nera 


stfR  les  Eaux  de  Bourbonne.  14$ 
frera  jamais,  l'habitude  ck  la  nécefîlté  {i  op* 
pofant.  Ce  gonflement  avoit  été  augmenté 
par  les  accidens  de  l'hiver;  &  on  lui  mefu- 
roit  toutes  les  craintes  de  l'avenir ,  mêlées 
de  celles  que  pouvoit  infpirer  un  vice  dar- 
treux  réel  &  exiftant. 

Il  fut  queftion,  à  Ton  arrivée,  de  baigner, 
doucher,  amujjîm  ;  l'atonie  habituelle  de  la 
fibre  ,  plus  forte  que  jamais ,  préfenta  une 
contre-indication  déciflve  qui  éloigna  les 
bains  ck  les  douches  qui  avoient  pour  eux 
une  confiance  anticipée  qui  fut  d'autant  plus 
difficile  à  vaincre ,  que  le  malade  redoutoit 
la  boifïbn  pour  la  goutte  dont  il  étoit  foup- 
çonné ,  &  qui  étoit  une  contre-indication 
de  plus ,  les  bains  &:  la  douche  ayant  pu  la 
ramener,  avec  éryfipèles  phlegmoneux- 
cedémateux-goutteux  ;  j'ajouterai  auffi  que 
la  peau  d'une  jambe  fur  tout,  qui  avoit  été 
plus  maltraitée  que  l'autre,  tenoit  encore  à 
ce  couleur  de  rofe  qui  appartient  à  l'éry- 
fipèle. 

On  fent  qu'il  y  eut  un  conflit  d'opinions* 
l'intérêt  perfonnel,  le  médecin  qui  doit  s'en 
emparer  en  juge  plus  éclairé  que  le  malade, 
firent  avertir  madame  qui  apporta  la  paix  ; 
la  capitulation  fut  que  le  malade  boiroit  les 
eaux ,  ne  mettroit  que  de  (impies  compref* 
fes  trempées  dans  ces  eaux  fur  les  ulcè- 
res ,  une  ou  deux  fois  le  jour,  &  même  avec 
circonfpecl:ion  :  elle  fut  exécutée. 

K 


144  Mémoire 

Monfieur  but  les  eaux  pendant  un  mois 
avec  ménagement,  depuis  une  livre  jufqu'à 
trois  au  plus  par  matinée  ;  Se,  lorfqu'elles  ne 
purgeoient  pas,  on  les  aidoit  de  quelques 
purgatifs  :  la  panacée  entra  dans  la  cure  fans 
ptyalifme  ;  les  ulcères  fe  cicatriferent,  l'hiver 
fe  paffa  bien  ;  &,  depuis  lafanté  n'a  point 
varié.  Il  revint,  par  précaution,  en  1765. 

JLIX.  Obs.  M.  Juvet,  apothicaire  à  Chau- 
mont  en  Bafligny,  âgé  de  cinquante-trois 
ans,  au  mois  de  Mars  1769,  en  dormant, 
porta  la  main  à  une  malléole  interne,  &.  d'un 
coup  d'ongle  fit  couler  le  fang  affez  pour 
que  tout  le  pied  &  la  place  qu'il  occupoit 
en  fuflent  tachés  ;  ce  qui  n'aboutit  qu'à  une 
légère  écorchure  qu'il  auroit  très-volontiers 
négligée,  fi,  en  marchant,  le  fang  n'eût  pas 
recommencé  à  couler  plufieurs  fois  jufques 
dans  le  foulier.  Il  fallut  guérir  l'écorchure , 
ck  c'étoit  le  moyen  de  refferrer  les  petites 
bouches  à  fang  ;  le  fang  ne  revint  plus ,  l'é- 
corchure fubfrfta,  fuinta,  forma  une  plaie 
indocile,  grande  d'abord  comme  une  pièce 
de  fix  fols  :  elle  ne  finifïbit  point  ;  & ,  par 
des  progrès  lents  &t  fucceflifs ,  malgré  les 
foins  du  malade,  de  ies  confeils ,  les  topi- 
ques de  toute  efpece  ,  parmi  lefquels  on 
comptoit  des  préparations  de  plomb,  des 
fecrets,  différens  onguens  &:  emplâtres  (<z), 

(a)  Les.  topiques  gras ,  huileux ,  emplaflriques, 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  145 
des  remèdes  internes  fous  toutes  formes, 
thoifis  &  pris  dans  la  clafTe  .des  anti-dar* 
treux ,  les  purgatifs ,  le  bon  régime  ,  il  s'éta- 
blit en  fix  mois  un  ulcère  grand  comme  la 
main,  qui  s'appuyoit  fur  la  longueur  du  ten- 
don d'Achille ,  voifin  du  calcanéum  ,  me- 
naçoit  l'articulation  du  pied,  ck  qui,  en 
s'étendant  circulairement,  alloit  gagner  la 
jambe. 


Siuifent  fouvent  aux  ulcères  :  Confolidationes  pro- 
craflinantur  per  talia  émplaflra ,  quce  muciiitatt 
Judfibras  emolliunt.  Hinc  vulgus  in  ulceribus  fuper* 
ficialibus  non  facile  ad  émplaflra  confugit.  Junker, 
chirurg.  Tab.  XXXIX  ,  page  254;  &  plus  bas  : 
Non  abfurdum  tfl,  quando  aquifalfâ  ulcus  cluunî. 
Vi  dit  que  -ces  ulcères  aux  jambes ,  ou  dans  le 
voifmage  des  articulations,  ne  doivent  point  être 
traités  par  des  onguens  ou  des  emplâtres  :  Hcec 
quando  ufitatijfimis  chirurgicis  formul  s  ,  unzuentis 
aut  emplaflris  traclantur ,  facile  ità  infolsfcunt  t 
ut  per  plures  amos ,  tamquam  inco'ércibiles  ulcerofz 
repullulationes  durent  ffuperficies  femper  decolor  , 
pallida  y  livida  ,  aliquando  ctiam  nigrefetns  ,  à  con- 
folidatione  firmâ  alinéa. 

Cette  matière  eir.  fi  importante,  que  l'Acadé- 
mie de  Chirurgie  n'a  pas  jugé  à  propos  de  cou* 
ronner  un  Mémoire  parmi  ceux  qui  déjà  lui  ont 
été  lus  ,  &  qu'elle  remet  le  prix,  qui  fera  double, 
à  l'année  prochaine.  Expofer  les  ïnconvèniens  qui 
résultent  de  l'abus  des  onguens  6*  des  emplâtres , 
&  de  quelle  réforme  la  pratique  vulgaire  ejl  juf- 
ceptible  y  à  cet  égard  ,  dans  le  traitement  des  ulcè- 
res ?  Tel  efl  fou  programme. 

Kij 


146  Mémoire 

Ces  progrès,  que  l'hiver  approchant  ren- 
doit  de  plus  en  plus  férieux,  qui  préparoient 
l'incurabilité  ,  furent  arrêtés  par  les  eaux  :  il 
y  arriva  à  la  fin  de  Septembre.  L'afpect  de 
cet  ulcère  étoit  effrayant  :  des  bords  finueux, 
épais ,  faillans ,  cîurs ,  calleux  ,  livides ,  (ul- 
cus  dcpafccns^ferpig'mofum^)  enveloppoient 
un  réfeau  blanchâtre ,  lec  ck  tenace ,  dont  les 
mailles  donnoient  paffage  à  une  multitude 
de  petits  champignons  baveux  ,  rouges ,  qui 
verfoient  un  pus  ichoreux ,  jaunâtre ,  verdâ- 
tre ,  de  mauvaife  odeur  ;  l'appétit  étoit  chan- 
celant ,  la  jambe  enflée  jufqu'au-deiïus  du 
genoux  ;  les  douleurs  étoient  fî  vives ,  que 
depuis  deux  mois  les  nuits  étoient  infomnes, 
6c  faifoient  jeter  les  hauts -cris. 

Le  malade  garda  toujours  le.  lit  ;  il  ne 
baigna  point  à  caufe  de  l'œdème,  but  les 
eaux  pendant  quarante- huit  jours ,  à  une 
livre  par  jour,  par  égard  pour  l'eftomac  : 
ce  n'eft  pas  des  dix ,  douze  livres  d'eau  en 
vingt-quatre  heures ,  d'autant  plus  nuifibles 
à  l'eftomac  &  aux  poumons  dans  les  fuites, 
qu'elles  feroient  amendées,  rendues  géla- 
tineufes ,  continuées  ou  répétées  fans  fin. 
Que  M.  Pomme,  loin d'invecl:iver  les  vivans 
ck  les  morts,  confulte  (es  confrères;  (cela 
feroit  à  fa  place,  plus  court  &  plus  aifé  pour 
lui ,  que  de  lire  THippocrate  Romain  (<*)*) 

(a)  Bagllvi ,  de  abufu  d'duenùum ,  cap.  1 6. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  147 
&  tout  le  Difcours  de  M.  Quefnay  fur  la 
théorie  &  l'expérience  en  médecine,  pré- 
fenté  à  l'académie  des  fciences  &  belles- 
lettres  de  Lyon,  le  15  Février  1735,  qui 
eft  une  critique  perpétuelle  &c  anticipée  de 
fon  œuvre.  On  purgeoit  deux  fois  la  fe- 
maine  fort  légèrement  &  avec  quelques 
cathérétiques  :  cent  trente  douches  en  ger- 
bes ,  non  en  colomne,  qui  étoient  fervies 
trois  fois  le  jour ,  une  demi-heure  chaque 
fois,  à  dix-huit  pouces,  deux  pieds  de  hau- 
teur, d'une  chaleur  modérée  au  troifieme 
degré  du  thermomètre  de  Réaumur,  des 
comprennes  trempées  dans  l'eau  minérale, 
appliquées  fur  l'ulcère  pendant  les  inter- 
valles des  douches,  me  donnèrent  le  plaifir 
ck  la  fatisfaction  de  voir  l'ulcère  bien  cicatrifé 
avant  que  de  fortir  de  Bourbonne;  le  ma- 
lade fe  promené ,  a  danfé  à  la  noce  de  ma- 
dame fa  fille  ,  &  fe  porte  bien. 

Nous  appelions  ici  douches  en  gerbes , 
celles  dont  les  filets  d'eau  s'éparpillent  en 
tombant ,  forment  nappe  ;  douches  en  co- 
lomne, celles  dont  les  filets  reftent  ferrés, 
fans  écarts  ,  repréfentent  un  cylindre  con- 
tinu, continuel,  perdendiculaire,  de  hau- 
teur donnée  entre  huit  à  dix  pieds ,  d'en- 
viron fept  'lignes  de  diamètre ,  plus  ou  moins, 
entretenue  de  même  hauteur  &  de  même 
baie ,  dans  chaque  cas  où  on  l'applique  , 
pour  que  la  pereuffion  ,  étant  toujours  la 

Kiij 


Ï48  M  E  M  OIRE 

même,  produife  toujours  le  même  effet,  de 
c'naleur  variée  fiiivantleur  exigence,  depuis 
trente  à  trente-cinq  degrés  au  thermomètre 
de  Réaumur. 

M.  Pomme  dit,  page  451  de  fon  Traité  , 
Tome  II,  quatrième  édition,  que  la  douche 
tombe  goutte  à  goutte,  ou  en  filet.  Cette 
image  eft  celle  de  qui  ne  la  connoît  que  de 
nom ,  &  ne  l'a  jamais  vu  donner. 

LX.  Obs.  Mlle. . . .  par  vice  de  la  lymphe, 
eut,  en  1761  ,  un  dépôt  près  la  malléole 
externe ,  que,  dans  les  commencemens,  on 
ne  regardoit  que  comme  la  fuite  d'une  en- 
torfe  ;  la  tumeur  qui  avoifinoit  l'articula- 
tion ,  oc  qui  s'étendoit  fur  la  partie  latérale 
externe  du  pied  ,  fans  aucune  apparence 
d'altération  à  la  peau  ,  fembloit  l'annon- 
cer ;  mais  fa  réfiftance  aux  moyens  connus 
e-n  pareil  cas  ,  fit  bientôt  connoitre  la  mé- 
prife ,  &  porter  les  vues  plus  loin. 

Un  tempérament  cachectique,  des  régies 
peu  abondantes  ,  irrégulieres  ,  &  prefque 
point  colorées  ;  une  petite  fièvre  lente  % 
qui  de  tems  en  tems  paroifïbit  &  difparoif* 
foit,  décélèrent  la  nature  de  la  maladie. 
Alors  j'employai  intérieurement  les  défobA 
truans ,  les  fondans  ,  les  dépurans,  Scexté-* 
ïieurement  les  réfolutifs  ;  plufieurs  mois  de 
leur  ufage  n'y  apportèrent  aucun  change-- 
ment  :  la  tumeur  alloit  au  contraire  en  em<* 
pirant;  elle  devint  rouge,  enflammée  x  do* 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  149 
îoureufe,  ck  embraflfoit  l'articulation  de  ma- 
nière à  empêcher  la  progreffion ,  ce  qui  me 
détermina  à  fubftituer  aux  premiers  cata- 
plafmes,  les  anodins  &  maturatifs:  leurs 
progrès  ,  ainli  que  celui  de  la  formation 
du  pus ,  furent  lents  ;  mais  ,  auffi-tôt  qu'il 
fut  préparé  &  amafTé  en  un  foyer  qui 
occupoit  toute  la  voûte  ou  partie  fupérieure 
du  pied,  je  lui  donnai  jour  par  deux  lon- 
gues incifions  pratiquées  aux  parties  laté- 
rales internes  ck  externes  de  celui-ci ,  que 
j'entretins  avec  un  féton  ,  pour  garantir  de 
l'imprefïïon  corrofive  du  pus  les  os  du 
tarfe  ,  tendons,  ligamens,  capfules  articu- 
laires, ckc.  Cette  méthode,  foutenue  pen- 
dant deux  ans  de  l'ufage  alternatif  des 
eaux  en  boiiïbn  ,  de  bains  partiaux ,  de 
fondans  deRotrou,  mercuriaux,  du  quin- 
quina ,  a  fubftitué  de  bonnes  jambes  à  des 
béquilles  ,  guéri  radicalement  un  ulcère  fur 
l'articulation  de  la  féconde  avec  la  troifieme 
phalange  du  petit  doigt ,  avec  exfoliation 
d'une  partie  de  fon  tendon  fléchirTeur,  ck 
une  tumeur  fur  la  paupière  à  côté  du  grand 
angle  de  l'œil,  dépendante,  comme  l'ulcère 
du  petit  doigt ,  de  la  môme  caufe  que  celui 
du  pied,  ck  furvenus  apr£s  lui.  Depuis, 
elle  jouit  de  la  plus  brillante  fanté,  de  cet 
incarnat  inimitable  qu'efface  celui  que  l'art 
emprunte,  de  cet  enjouement ,  de  ces  grâ- 
ces qui  la  rendent  les  délices  des  cercks  de 

Kiv 


ijo  Mémoire. 

3a  belle  compagnie  ,  6k  les  vœux  de  beau? 
coup  d'adorateurs. 

On  lit,  TomeX  du  Journal  de  Méde- 
cine ,  pag.  310,  la  guérifon  d'une  paralyfie 
ck  de  plufieurs  ulcères  de  même  caufe  par 
l'eau  de  Bourbonne,  avec  des  détails  très- 
intérefians  fur  la  manière  d'agir  de  cette  eau 
ck  de  Ton  impreffion  immédiate  fur  la  par- 
tie globuleufe  ,  rouge  ck  blanche  de  nos 
liqueurs.  On  peut  encore  voir  fur  cet  ob- 
jet la  DifTertation  fur  l'Eau  de  Bourbonne, 
page  61  ck  fuivantes,où  l'on  trouvera  quan- 
tité d'expériences  très- variées,  faites  avec 
beaucoup  de  foin  èk  de  fuccès. 

LXI.  Obs.  Le  fujet  de  cette  obfervation 
étoit  un  jeune  homme  de  feize  ans,  né  de 
parensfains  ck  robufles  :  fort  ck  vigoureux 
lui-même  ,  il  y  avoit  deux  ans  que, pour  la 
première  fois ,  il  eut  un  engorgement  dou- 
loureux près  l'angle  de  la  mâchoire  infé- 
rieure du  côté  droit  ,  qui  gêna  un  peu  fes 
mouvemens  ;  il  céda  à  une  faignée ,  quel-» 
ques  purgatifs ,  ck  des  cataplafmes  ano- 
dins. 

Six  mois  après, l'engorgement  reparut,  & 
ïntéreflales  glandes  maxillaires,  parotide,  le 
corps  de  la  peau  ,  les  mufcles  digaftrique  , 
maiTéter,  crotaphite,  èk  l'articulation  de  la 
mâchoire  du  même  côté  ;  forma  une  tu-> 
meur  qui  s'etendoit  depuis  le  zigoma  juf-» 
qu'à  la.  clavicule ,  çmpêchoit;  la  mâchoire 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  151 

de  s'abbaiffer ,  ck  permettent  à  peine  qu'on 
introduisît  entre  les  dents  un  écu  de  trois 
livres.  Il  falloit,  pour  l'alimenter,  lui  couper 
des  morceaux  de  pain  très-minces ,  ck  lui 
hacher  fa  viande.  La  maladie  n'ayant  point 
cédé  aux  premiers  moyens  qui  avoient  été 
mis  en  pratique ,  non  plus  qu'à  l'application 
de  nos  boues  ,  on  l'envoya  à  Bourbonne, 
le  17  Janvier  1770  :  il  logea  chez  moi. 

Le  furlendemain  de  fon  arrivée,  je  le  mis 
à  l'ufage  des  eaux  en  bohTon  ;  elles  furent 
prifes  depuis  une  livre  jufqu'à  trois ,  Se  de 
tems  en  tems  il  étoit  purgé.  Dans  la  pre- 
mière huitaine,  je  lui  ouvris  un  cautère  à  la 
nuque.  Tout  alla  bien  jufqu'au  4  Février; 
mais,  à  cette  époque,  la  tumeur  s'enflamma 
fi  prodigieufement ,  qu'il  fallut  que  je  fuf- 
pendifle  les  eaux.  L'inflammation  occa- 
sionna des  douleurs  li  vives,  fi  aiguës,  fi 
continuelles ,  que  jour  &  nuit  il  n'avoit  pas 
un  moment  de  relâche  ,  6k  jetoit  les  hauts- 
cris.  Les  fomentations  émollientes ,  les  ca- 
taplafmes  de  mica  punis  ne  la  diminuè- 
rent point.  Cruellement  fatigué  par  elle  ôt 
par  l'infomnie,  j'employai  les  hypnotiques; 
le  fommeil  qu'ils  procurèrent  apporta  du 
calme.  Le  gonflement  étoit  û  prodigieux, 
que  l'œil  du  côté  malade  fermé  ,  la  lèvre 
fupérieure  confidérablement  élevée,  ren- 
doient  ce  jeune  homme  méconnoiiTable;  la 
mâchoire  abfolument  bridée ,  lauToit  pafr 


151  Mémoire 

fer  à  peine  quelques  gouttes  de  bouillon 
ou  de  tifane  :  le  cas  étoit  preflant.  En  exa- 
minant attentivement  les  chofes,  j'appercus 
dans  le  profond  de  la  tumeur ,  près  l'an- 
gle de  la  mâchoire  ,  une  fluctuation  fourde, 
qui  me  fit  aufli-tôt  joindre  aux  émolliens  ck 
anodins  les  maturatifs  ;  en  moins  de  qua- 
rante-huit heures,  ils  mirent  le  dépôt  en 
état  d'être  ouvert  :  je  ne  perdis  point  de 
tems ,  je  l'ouvris  fur  le  champ  ;  il  rendit 
une  petite  cuillerée  de  pus  blanc  êk  bien 
lié;  quelques  jours  après,  il  perdit  de  fa 
confiftance ,  devint  féreux,  ck  fe  fit  jour  au- 
dedans  de  la  bouche  vis-à-vis  la  qua- 
trième dent  molaire  inférieure.  Cet  évé- 
nement me  donna  des  craintes,  fur  l'état 
des  dents  ,  de  la  mâchoire  ,  ck  de  fon 
plancher  alvéolaire.  Je  fis  des  recherches 
pour  m'affurer  fi  l'une  ou  l'autre  des  par- 
ties n'étoient  point  cariée  ;  les  ayant 
trouvés  faines,  j'ufai  alors  des  eaux  en  in- 
jections, qui  dans  trois  femaines  amenè- 
rent la  plaie  à  parfaite  cicatrice.  La  mâ- 
choire, malgré  cela,  ne  s'ouvrant  pas  mieux 
qu'à  fon  arrivée  ,  les  glandes  reftant  tou- 
jours dures  ck  fquirreufes  ,  me  firent  re- 
commencer, comme  auparavant,  laboilTon 
des  eaux  ,  qui  ,  continuée  jufqu'au  mois 
de  Juin  ,  &  aidée  de  fondans  mercuriaux, 
de  fomentations ,  deux  fois  le  jour  ,  fur  la 
partie  malade ,  ont  rendu  libres  les  mou- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  153 
vemens  de  la  mâchoire ,  fondu  &:  diflipé 
^es  glandes.  Ce  jeune  homme  continue  pré- 
sentement Tes  études. 

LXII.  Obs.  Jean  Galandre  ,  foldat  au 
régiment  de  Phifer,  SuifTe ,  arriva  à  l'hôpi- 
tal de  Bourbonne,  en  1762,  pour  un  rhu- 
matifme  chronique  goutteux  univerfel ,  fruit 
des  fatigues  de  la  guerre.  Sa  fîtuation  étoic 
telle  qu'il  falloit  qu'on  lui  donnât  à  boire, 
à  manger  ;  qu'on  l'habillât ,  déshabillât ,  le 
portât  &  rapportât  par-tout  où  il  avoit  be- 
foin. 

L'engorgement  de  toutes  les  articula- 
tions prefque  ankilofées ,  leur  extrême  Cen- 
fibilité  ,  ne  permettoient  pas  qu'il  foutînt 
le  poids  de  fes  couvertures  ;  on  ne  pou- 
voit  le  toucher  ni  faire  de  mouvemens  un 
peu  violens  dans  la  falle  ,  qu'on  ne  redou- 
blât {qs  douleurs.  Il  ne  connohToit  plus  le 
fommeil,  ck  avoit  de  la  fièvre.  Cet  état  fut 
combattu  par  les  eaux,  fur-tout  en  boiffon, 
bains  &t  douches  alternativement  ,  d'un 
degré  de  chaleur  modéré  ,  de  purgatifs  , 
pendant  les  deux  faifons  qu'il  refta  à  l'hô- 
pital ,  entre  lefquelles  il  y  eut  un  mois  de 
repos  ;  elles  apportèrent  l'hiver  fuivant  un 
peu  de  diminution  dans  les  articles  &  les 
douleurs ,  &  lui  permirent  de  fe  traîner  avec 
des  béquilles. 

L'ancienneté  de  fa  maladie ,  le  non-fer* 
vice  à  fon  corps ,  lui  firent  expédier  fon 
congé  ahfolu..  Le  foulagement  qu'il  avoit 


154  Mémoire 

trouvé  à  Bourbonne ,  celui  qu'il  efpéroif 
encore  y  trouver  dans  la  iuite,  l'engagè- 
rent à  y  revenir  l'année  fuivante.  Il  pro- 
fita ,  pour  cet  effet ,  d'un  convoi  de  ion 
régiment  qui  lui  rendit  ce  fervice,  &  qui 
lui  fut  très-utile  pendant  fon  féjour.  La 
répétition  de  Tes  exercices,  avec  les  mêmes 
précautions  que  l'année  précédente,  le  mi- 
rent en  état  de  fe  fervir  de  Tes  bras,  de  de- 
meurer affis,  &  de  travailler  du  métier  de 
ferrurier ,  qu'il  fçavoit  très-bien  :  fon  tra- 
vail l'a  mis  dans  le  cas  de  fubfifler  &  de 
continuer  encore  les  eaux  qu'il  a  prifes  les 
années  1764  &  1765  ;  elles  lui  ont  enfin 
rendu  fes  jambes ,  fes  forces ,  en  ont  fait 
un  excellent  ouvrier.  Aujourd'hui  il  eft  ma- 
rié, &  jouit  d'une  bonne  fanté. 

LXI1I.  Obs.  M.  de  Neuville  ,  de  Bour- 
bonne, âgé  de  dix-fept  ans,  pour  rhuma- 
tisme goutteux  qui  affecloit  prefque  toutes 
les  articulations  ,  qui  le  mettoit  dans  le  cas 
de  ne  pouvoir  marcher  &  fe  fervir  qu'avec 
peine ,  à  ufé  des  eaux  en  boiflbn  pendant 
quatre  à  cinq  mois  ,  dans  le  cours  de  deux 
ans ,  avec  tout  le  fuccès  poffible. 

LXIV.  Obs.  Cette obfervation,  demême 
que  celle  de  MIle  de  Courtaillon,  de  Mont 
doré  ,  qui  fera  placée  dans  la  fuite,  font  ex- 
traites d'un  Mémoire  de  M.  Juvet  fur  le 
volatil  des  eaux  ,  &  par  lequel  il  prouve, 
contre  l'opinion  oppofée,  que  la  vertu  prin- 
cipale des  eaux  minérales  réfide  plus  dan* 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  155 

leurs  parties  fixes  que  dans  leur  volatil,  im- 
primé dans  le  Mercure  de  France,  1757. 

»  Le  fieur  Maurice,  garçon  chirurgien  à 
»  l'hôpital  royal  ck  militaire  de  Metz,  jeune 
»  6k  d'un  tempérament  bilieux,  délicat, fut 
m  attaqué,  au  mois  d'Avril  1753,  d'une  jau- 
»  niffebien  caradtérifée, ayant  la  peau  jaune, 
w  &  crachant  la  bile  pure.  Cette  jaunifTe  fut 
»  négligée  ;  l'humeur  bilieufe  fe  fixa  &  s'em- 
»  pétra  dans  les  articulations  du  poignet  ck 
»  du  genou  droits  ,  qui  en  demeurèrent 
»  gonflés. 

»  Le  10  Mai  fuivant ,  il  s'éveilla  avec 
#  de  grandes  douleurs  ,  ck  beaucoup  plus 
»  de  gonflement  qu'à  l'ordinaire  dans  fes 
»  articulations ,  fans  qu'il  y  eût  de  rou- 
>♦  geur  à  la  peau  ,  qui  n'en  fut  pas  altérée, 
»  ck  fans  aucune  inflammation  marquée. 
»  La  fièvre  commença  avec  les  douleurs  , 
»  &  augmenta,  pendant  troisjours,  au  point 
»  caufer  du  tranfport. 

»>  On  mit  en  œuvre  tout  ce  que  l'art 
»  prefcrit  ;  cataplafmes  anodins  ck  émol- 
»  liens,  embrocations  émollientes  ,  même 
»  des  frictions  mercurielles.  Malgré  ces  pré- 
»  cautions  ck  douze  faignées  aflez  copieu- 
»  fes,  qui  furent  placées  dans  l'efpace  de 
h  fix  jours  ,  les  accidens  ne  diminuèrent 
»  point ,  à  la  fièvre  près.  On  employa  aufiî 
»  fans  fuccès  les  minoratifs ,  &  même  des 
»  pilules  mercurielles.  La  finovie  fe  mêla 
»  ck  s'engagea  fortement  avec  labile*rem- 


îj6  Mémoire 

»  plit  toutes  les  articulations  dans  leur  cîf-* 
»  conférence  ;  la  fièvre,  lente  fe  mit  de  la 
»  partie  ;  les  articulations  s'ankiloferent. 

»  Dans  ces  trifl.es  circonftances,  défefpé- 
»  rantes  fur-tout  pour  un  jeune  chirurgien, 
»  le  malade  ,  après  une  mûre  délibération  , 
»  fut  envoyé  par  {es  confeils  à  notre  hôpi- 
»  tal.  Il  partit  de  Metz  le  3  Juin ,  &  le 
»  vingt-troifieme  jour  de  fa  maladie ,  à 
»  compter  de  celui  où  elle  éclata  par  la 
»  violence  de  (es  fymptômes.  I!  arriva  à 
»  l'hôpital,  impotent  du  bras  &  de  la  jambe, 
»  prefque  étique  ,  après  avoir  été  rongé 
»  par  fa  fièvre-lente ,  qui  lui  faifoit  effuyer 
»  journellement  les  plus  gros  redoublemens, 
»  avec  un  dégoût  abfolu  &  général,des  vefti- 
»  ges  de  jauniffe  fur  toute  l'habitude  du  corps. 

»  Le  il  Juin,  il  but  de  notre  eau.  Ait 
»  quatrième  jour  de  boiffon,la  fiévre-lente 
»  ck  les  douleurs  des  articulations  augmen- 
»  terent  ;  les  douleurs  furent  plus  vives  que 
»  jamais.  Il  fut  faigné  ,  &  purgé  avec  les 
»  pilules  mercurielles;  &,  après  fix  jours  de 
y*  repos ,  pendant  lefquels  il  fut  encore 
»  purgé  avec  les  mêmes  pilules ,  il  reprit 
»  la  boifîbn. 

»  Il  commença  alors  à  marcher  ,  quoi- 
»  que  avec  beaucoup  de  difficulté,  avec  une 
»  béquille.  Il  continua  fa  boifTon  feize  jours 
»  confécutifs ,  après  lefquels  il  fe  trouva  af- 
»  fez  foulage  pour  abandonner  enfin  fa  bé- 
»  quille.  Il  but  encore  dix  jours,  de  deux 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  157 
»  jours  l'un,  &  fut  purgé  avec  les  pilules 
»  à  la  fin  ou  environ  de  ces  dix  jours  de 
»  boiffon ,  pendant  lefquels  on  fe  fervit  de 
»  bains  doux  &:  des  embrocations  de  notre 
»  eau  ,  pour  les  parties  affligées  feulement, 
»  parce  que  j'ai  remarqué  avec  M.  le  Maire, 
»  médecin  des  dames  de  Remiremont,  qui 
»  a  pratiqué  près  de  quarante  ans  les  eaux 
»  de  Plombières,  que  les  bains  univerfels, 
»  les  douches  abondantes  &  peu  ménagées, 
»  s'accommodoient  peu  avec  la  fièvre. 
»  M.  le  Maire  défend  même  aux  fébrici- 
»  tans  jufqu'à  la  vapeur  de  ces  eaux. 

»  Après  ces  exercices ,  qui  renferment 
»  trente  jours  de  boifîbn  ,  à  une  pinte  de  Pa- 
»  ris  par  jour,  qui  paffoit  avec  euphorie  par 
»  les  urines  &  par  les  felles ,  l'on  eut  l'a- 
»  grément  de  voir  la  fiévre-lente  avec  fes 
«  gros  redoublemens  éteinte,  l'appétit  Se 
»  les  chairs  fe  rétablir  ,  l'ankilofe  du  genou 
»  fe  difliper,  celle  du  poignet  diminuer, 
»  &  les  indices  les  plus  clairs  d'une  guéri- 
»  fon  prochaine  &  complette. 

»  Après  dix  jours  de  repos,  le  malade 
»  fut  encore  purgé  avec  les  pilules,  remis  à 
»  la  boifTon  &  aux  autres  exercices  pendant 
»  près  de  quinze  jours  ,  que  l'on  intercalloit 
m  quelquefois.  Tout  réufiit  à  fouhait  ;  &  le 
y>  fieur  Maurice  jouit  à  préfent  de  tous  fes 
»  membres ,  de  la  meilleure  fanté ,  depuis 
y>  fon  voyage  de  Bourbonne  2>t  fon  retour  à 
»  Metz.  » 


158  Mémoire 

LXV.  Obs.  M.  de  M officier  fu- 

périeurdansle  corps  royal  d'artilierie,  après 
les  campagnes  pénibles  &  fatigantes  du 
Canada ,  fut  attaqué  de  douleurs  fciatiques 
fi  cruelles  &  fi  vives ,  qu'elles  avoient  fuf- 
pendu  jufqu'à  un  certain  point  l'action 
mufculaire  ;  elles  gênoient  &  empêchoient 
parfois  la  progreflion.  Ces  douleurs,  qui 
occupoient  les  deux  hanches  ,  avoient  par 
leur  durée  &  leurs  aigreurs,  amaigris  pro- 
digieufement  les  extrémités  inférieures.  Le 
fommeil  étoit  court  ck  inquiet,  l'appétit 
chancelant ,  le  pouls  fébrile. 

Après  nombre  de  remèdes ,  employés 
fans  diminution  de  douleurs  ni  d'atrophie  , 
l'une  &  l'autre  au  contraire  augmentant, 
M.  de  M. . .  .  fe  détermina  à  venir  à  Bour- 
bonne  ,  &  s'y  rendit  au  mois  de  Juin  1764. 
Pendant  un  féjour  de  trois  mois  qu'il  y  fit, 
îl  y  en  eut  deux  d'employés  en  boiffon , 
bains ,  douches ,  aidés  de  dirTérens  purga- 
tifs ,  du  régime  ordinaire  ,  pendant  lefquels 
les  douleurs ,  plus  d'une  fois  ,  fe  font  for- 
tement réveillées.  Il  partit,  après  fes  faifons 
finies  ,  fouffrant  beaucoup  moins  ,  mar- 
chant bien  ,  ayant  repris  un  peu  de  chair  ; 
&,au  moyen  de  cinquante  bouteilles  d'eau 
que  je  lui  envoyai  l'année  fuivante  ,  des- 
quelles il  a  ufé  chez  lui  ,  il  s'eft  délivré 
de  fa  fciatique  &  de  Ces  fuites  ,  &  jouit 
aujourd'hui  d'une  bonne  fanté. 

LXVI. 


'sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  159 

LXVI.  Obs.  Nous  lifons  dans  M.  Thi- 
bault ,  docteur  en  médecine ,  qui  a  écrit  de 
nos  eaux ,  en  i6^8,pag.  14,  «qu'il  fut 
w  appelle  à  Bourbonne,en  l'année  16 5 3, pour 
»  le  traitement  de  haute  &  puiiTante  dame 
»  D.  Anne  Deftoges  d'Anglure,  dame  6>C 
m  marquife  de  Bourbonne ,  qui  depuis  un 
»  mois  étoit  malade  d'une  fièvre  continue 
»  fymptomatique  ,  entretenue  d'un  fâcheux 
»  rhumatifme  ,  dont  elle  fut  guérie  par  ces 
»>  eaux  en  très-peu  de  tems.  » 

La  préfence  ou  l'abfence  de  la  fièvre 
dans  les  rhumatifmes,  qui  les  a  fait  diftin- 
guer  par  quelques  uns  en  chauds  &  en 
froids ,  a  infpiré  à  plufieurs  perfonnes  ,  par 
cette  faufife  dénomination  ,  de  certaines 
craintes  fur  l'ufaçe  &  l'application  des  eaux: 
thermales  dans  ceux  qu'on  appelle  chauds; 
craintes  aufli  mal  fondées  que  celles  qu'on 
leur  impute  dans  le  traitement  des  maladies 
fpafmodiques  &  hypocondriaques  ,  qui, 
fans  examiner  (i  elles  dépendent  réelle- 
ment du  vice  de  la  fibre  ou  de  celui  du 
cerveau  ,  guérififent  très-bien  ici ,  &  déci- 
dent la  queftion depuis  fi  Iong-tems  agitée,' 
en  fourn'uTant  contre  le  fyftême  du  racor- 
jihTement  des  preuves  contraires  à  celles 
avancées  par  fon  auteur ,  qui  doivent  par 
leur  évidence  terminer  la  difpute. 

Si  la  fièvre  rhumatique,par  la  variété  de 
{qs  types,  peut  en  impofer.  au  vulgaire  poux 

L 


i  6*o  Mémoire 

la  caufe  même  de  la  maladie  ,  elle  devroît 
au  moins  apprendre  à  la  plupart  de  ceux 
qui  fe  mêlent  de  l'art  de  guérir,  qu'elle  n'en 
eft  que  ie  fymptôme  ;  que  les  rhumatif- 
mes  chauds,  les  rhumatifmes  froids  ne  font, 
quant  au  fond ,  dépendans  que  d'une  même 
caufe  développée  chez  les  uns  ou  les  autres 
avec  plus  ou  moins  d'intenfité  ,  &  relative- 
ment foumife  au  même  remède  ;  quecen'eft 
que  fyftématiquement  qu'ils  ont  pris  différens 
noms ,  d'où  la  crainte  fur  l'ufage  &  les  effets 
des  eaux  thermales  doit  ceffer;  leurs  guéri- 
ions  fur- tout ,  étant  avérées  par  ce  remède. 

Un  effet  encore  très-inquiétant  pour  ceux 
qui  prennent  les  eaux ,  eft  celui  de  voir  ré- 
veiller leurs  douleurs  &  paroxifmes  afTou- 
pis  depuis  un  certain  tems  ,  s'augmenter 
-même  quelquefois  ;  ce  qui  fouvent  les  dé- 
concerte. Pour  les  rafTurer  fur  cet  effet , 
je  leur  ai  démontré  dans  mon  premier 
mémoire,  page  141  du  Journal  de  Méde- 
cine, mois  d'Août  1770,  la  caufe  de  ce  phé- 
nomène &  fa  terminaifon  avantageufe.  Je 
le  répète  encore  ici  ,  en  leur  obfervant  qu'il 
n'en1  guères  poflible  qu'un  remède  attaque 
la  caufe  d'une  maladie  quelconque,  fans  en 
réveiller  jufqu'à  un  certain  point  l'effet,  ôt 
ne  fafle  rétrograder  fa  marche  pour  la  dé- 
truire. 

Si  l'efficacité  des  eaux  de  Bourbonne  eft 
conftamment,    prouvée  par   l'expérience 


SUR  les  Eaux  de  Bourbonne*  161 
Journalière  ,  dans  les  maladies  dont  je  viens 
de  faire  l'énumération  ,  elle  n'étoit  pas 
moins  connue  des  anciens,  qui,  voyant  fans 
prévention  ni  fyftême,  ont  fçu  l'apprécier 
&  la  faire  remarquer.  J'ai  déjà  rapporté  ce 
«qu'en  difent  MM.  Hubert ,  Jacob  &Thi* 
bault  fur  les  maladies  fpafmodiques,  dans 
le  Journal  de  Médecine  ,  mois  de  Juillet 
1770,  pag.  25  &  26,  dans  le  Traité  du  pre* 
mier  qui  a  été  imprimé  la  première  fois  à 
Lyon,  en  1 570  ,  &  la  féconde,  en  1600, 
on  y  lit  des  remarques  fi  intéreflantes  fur? 
les  maladies  où  les  eaux  conviennent  ÔC 
leur  application  ,  qu'il  eft  étonnant  que 
l'on  fe  foit  endormi  pendant  un  fi  grand 
nombre  d'années  fur  leurs  vertus ,  particu- 
lièrement fur  leur  vertu  fébrifuge  ;  voici  ce 
qu'il  en  dit.  «Lataigne,  la  rache  &  autres 
»  infections  du  cuir  qui  gâtent  le  poil ,  le 
»  déracinent  par  une  corruption  d'humeurs^ 
»  y  font  guéries  ôc  nettoyées. 

»  Les  douleurs  de  tête  ,  quelqu'efpece 
»  de  migraine  entretenues  par  l'abondance 
h  de  pituite  ,  humeurs  froides,  fe  diflipent 
»  infenfiblement  &  font  guéries. 

»  Le  poumon  farci  de  gros  phlegmes  qui 
»  empêchent  la  refpiration  ,  faifant  obftruc* 
»  tion  ,  difficulté  de  refpirer  ,  eft  déchargé  ; 
»  le  phlegme  liquéfié ,  fondu  ,  eft  plus  fa* 
h  cilement  craché ,  digéré.  Ici  faut  l'affif* 

Lij 


ï6i  Mémoire 

»  tance  de  l'expert  médecin,  pour  conduire 
»  les  eaux. 

»  Les  mêmes  eaux  font  propres  aux  bat- 
»  temens  &  palpitations  de  cœur,  aux  peurs 
»  &C  terreurs  provenant  d'humeur  froides 
»  ck  mélancoliques. 

»  Pour  douleur  d'eftomac  ck  débilité,  el- 
>»  les  ne  doivent  être  négligées.  Leurbreu- 
»  vage  y  eft  fouverain  ,  &  emporte  le  poids 
»  par  defTus  tout  autre  remède. 

»  Les  coliques ,  il  n'y  a  remède  plus 
»  particulier  que  ces  eaux. 

»  Elles  font  flngulieres  pour  les  obftruc- 
»  tions  du  foie  ,  de  la  rate ,  du  méfentère, 
»  du  pancréas  ,  des  reins  ,  à  la  rétention  des 
»  humeurs  utérines  ,  vieux  ulcères ,  fquir- 
»  rhe  de  la  matrice  ,  relaxation  de  fes  li- 
»  gamens ,  ftérilité ,  avortement ,  fuffoca- 
9>  tion  ck  autres  incommodités. 
•  m  Quant  aux  douleurs  arthritiques ,  fcia- 
»  tique  ,  goutte  ,  fcorbut ,  c'eft  plutôt  un 
»>  miracle  qu'un  remède. 

»  Les  fièvres  invétérées,  longues, lentes,' 
»  nocturnes ,  quartes  ,  intermittentes ,  y 
»  font  aufli  guéries. 

»  Sont  excellentes  pour  chaflfer  le  fable, 
»  la  gravelle  des  reins ,  de  la  veflie.  Des 
»  graveleux  en  ont  reffenti  des  admirables 
»  effets.  » 

LXVII.  Qbs.  «Signament,  honorable 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  163 
$>  homme  Claude  Vofgien  ,  frère  de  hon- 
»  nête  dame  ,  dame  Hugues  Vofgien  ,  de 
»  préfent  demeurant  à  Coiffy,  laquelle  m'a 
»  aiïuré  que  fondit  frère  ,  attaqué  de  co- 
»  lique  néphrétique  ,  de  gravelle ,  après 
»  tous  les  remèdes  imaginables ,  expéri- 
»  mente  même  l'ufage  des  eaux  de  Plom- 
»  bières,  ne  fut  guéri  que  parlabohTon  de 
»  nos  eaux  chaudes  de  Bourbonne,  &  ce  en 
»  l'année  mil  cinq  cent  cinq,  qui  fut  le  corn- 
»  mencement  que  nos  eaux  furent  potables. 

»  La  cachexie  ou  mauvaife  habitude  de 
»  tout  le  corps  ,  la  jauniffe  y  font  guéries 
»  par  la  boiffon  de  ces  eaux  qui  mène  le 
»  fiel  en  fa  bourfette  ou  réceptacle  ordi- 
»  naire ,  &y  étant  reçu ,  il  ne  regorge  aux 
»  reins  &  vaifTeaux ,  &  ne  rend  le  corps 
»  ainli  jaune. 

»  La  râtelle,  nourrie  d'un  fang  grofîîer, 
»  terreftre  ck  mélancolique  ,  en  eft  fou- 
»  lagée  par  un  grand  Ô£  long  ufage. 

»  Les  pâles- couleurs  des  filles ,  les  lui- 
»  meurs  froides  écrouelleufes  ,  la  mélanco- 
»  lie  ,  les  vapeurs,  en  un  mot  toutes  ma* 
»  ladies  froides,  humides ,  même  la  grofle 
»  vérole,  avec  remèdes  propres,  y  trouvent 
»  guérifon ,  en  buvant  de  l'eau  chaude  &  fe 
»  baignant  ;  l'expérience  s'en  fait  fi  fouvenr* 
»  qu'il  n'eft  befoin  d'autres  preuves  &  rai- 
»  fons  que  la  pratique  journalière. 

«Toutes  les  affe&ions,  maladies,  fymp- 

Liij 


164  Mémoire 

»  tomes  ,  auxquels  nous  avons  dît  que  les 
»  eaux  en  bains  apportent  un  notable  fou- 
»  lagement  ou  entière  guérifon  ,  font  bien 
»  aidés  &  avancés  en  leur  cure  par  la 
»  boiflbn  des  eaux  chaudes  ,  car  un  mal 
»  attaqué  au-dehors  &  au-dedans  par  re- 
»  mèdes  fi  efficaces  &  falutairès ,  mal-aifé-» 
j»  ment  peut-il  réfifter. 

»  L'heure  du  jour  pourboire  les  eaux* 
»  eft  le  matin ,  la  digeftion  bien  faite  ,  Ss 
»  après  avoir  très^peu  foupé. 

»  La  quantité  de  l'eau  fe  mefure  félon 
»  la  force  ck  la  capacité  de  l'eftomac  ;  on 
»  commence  à  en  boire  par  fix  ,  fept  % 
»  huit  ou  neuf  onces,  en' augmentant  de 
»  jour  en  jour ,  çk  fuivant  que  l'eftomac  en 
»  pourra  porter ,  pour  ne  le  point  débifer. 

»  Pour  en  recevoir  loulagement,  il  faut 
*>  les  boire  peu  à  la  fois ,  pendant  quarante 
m  jours  ;  puis,  après  un  repos  fumTant ,  les 

V  boire  encore  quarante  autres,  les  quaran-» 
»  taines  étant  fort  reeommandables  pour 
**  la  guérifon. 

»  Plufieuis  s'imaginent  que,  pour  pren« 
*>  dre  les  eaux  minérales  de  Bourbonne  * 
s»  il  ne  faille  faire  autre  chofe  que  de  fe 
»>  jetter  dedans  à  corps  perdu  ,  au  furplus. 
5>  voudroient  vivre  à  leur  liberté  ;  les  au* 
i*  très,  mieux  avifés,  fuivent  l'avis  du  ratio-» 

V  nej  médecin, 

p  Pour  régkr  les,  uns  &  les  autres,  faut 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  169 
j'ai  répété  depuis  lui  avec  M.  Aubertin  , 
très-habile  apothicaire  de  cette  ville ,  m'a 
confirmé  la  même  chofe.  Une  cuiller  d'ar- 
gent bien  nettoyée ,  ïufpendue  à  la  vapeur 
de  ces  fources ,  n'y  a  point  été  colorée.  Un 
nouet  de  litharge  &  un  de  cérufe,  aufïi  ex- 
pofés  à  leurs  vapeurs ,  &  enfuite  à  l'orifice 
d'un  vaiffeau ,  au  moment  même  qu'il  étoit 
rempli  d'eau  fortant  de  la  fontaine  ,  n'y 
ont  pas  été  non  plus  colorés,  pas  même 
ternis. 

On  ne  doit  pas  toujours ,  difent  MM. 
Monnet  &  Macquer,  le  premier  dans  fon 
Traité  des  Eaux  minérales ,  pages  56  &  64 , 
6t  le  fécond  dans  fon  rapport  des  Eaux 
de  Montmorency  à  l'académie  royale  des 
fciences ,  rapporter  la  caufe  de  la  vapeur  du 
foufre  ni  au  foie  de  foufre  lui-même,  étant 
iouvent  le  produit  de  tout  autres  matières. 
On  n'ignore  pas  que  les  latrines  &  la  putré- 
faction des  végétaux  donnent  la  même 
odeur,  &  colorent  les  fubftances  métalli- 
ques. 

Les  différentes  matières  obtenues  de  nos 
eaux  par  l'analyfe,  mifes  en  diflblution  dans 
une  quantité  d'eau  fimple ,  proportionnée 
à  celle  dont  on  les  auroient  tirées ,  pré- 
fente cette  différence  avec  l'eau  de  la  fource 
minérale  ;  que  celle-ci  a  un  goût  plus  moel- 
leux ,  plus  agréable  que  la  première  ;  que 
celle-là  biffe  fur  la  langue  6k  le  palais  une 


170  Mémoire 

impreflîon  faumâtre  irritante  :  d'où  il  eft  aifé 
de  conclure  que  le  feu  qui  a  fervi  à  l'ex- 
traction de  ces  matières ,  les  a  coniidérable- 
ment  altérées ,  ck  en  quelque  forte  dénatu- 
rées. L'eau  factice  caufe  delà  féchérefle  &  de 
l'altération ,  tandis  que  celles  de  nos  fources 
produifent  l'effet  contraire. 

Sont-elles  delTéchantes ,  roidilTantes ,  ra- 
corniiîantes ,  fougueufes  ,  irritantes  ,  effa- 
rouchantes? C'eft  une  queftion  futile  ,  qu'il 
faut  laifTer  aux  differtateurs  fur  le  vin  de 
Champagne  moulTeux  ,  qui  pourront  lui 
donner  du  poids.  Sont-elles  échauffantes? 
font-elles  rafraîchiffantes?  La  dernière  quef- 
tion paroîtra  à  plusieurs  paradoxale  :  Lites 
Jub  judice  funto. 

LXVIIF.Obs.  «Mlle  de  Courtaillon,  de 
»  Montdoré ,  demeurant  à  Bourbonne,  d'un 
»  tempérament  fort  &  fanguin,  dont  les  hu- 
»  meurs  font  acres  &  alkalefcentes ,  fexus 
»  purpurei  Jlorcs  dejLorefcentibus  annls 
»  jam  non  pênes  fc  ,  étoit  ratiguée  &  tour- 
»  mentée  jour  &  nuit  d'une  foif  idiopathi- 
»  que,  qui  duroit  depuis  dix-huit  mois  fans 
»  que  rien  y  pût  remédier.  Vingt  pintes 
»  d'eau  par  jour  paroiffoient  plutôt  l'aug- 
»  menter  que  l'étancher,  plus  erant  potce  y 
»  plus  fitiebantur  aquœ.  Ses  lèvres  étoient 
»  toujours  féches  &  brunes,  comme  racor- 
»  nies  ;  elles  les  pinçoit  à  chaque  inftant 
»  avec  les  dents  :  fa  langue  étoit  profon- 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  16$ 

m  tenir  pour  maxime  que  le  régime  de  vi- 
»  vre  eft  fi  nécefTaire  en  buvant  des  eaux 
»  minérales,  que  fans  icelui  on  fe  tourmente 
»  en  vain  à  prendre  &  faire  tant  de  fortes 
m  de  remèdes  pour  rétablir  fa  fanté.  Tous 
»  ceux  donc  qui  boivent  ces  eaux  fe  doi- 
»  vent  propofer  la  fobriété  es  mangé  ck 
»  au  boire ,  &  i'obferver. 

»  Nos  eaux  de  Bourbonne  ,  outre  leurs 
»  qualités  manifestes ,  elles  ont  encore  <\es 
»  propriétés  occultes,  qui  ne  fe  reconnoif- 
»  fent  que  par  une  longue  expérience ,  & 
»  font  qu'il  faut  fouvent  s'opiniâtrer  en  leur 
»  ufage  pour  bien  des  maux ,  nonobftant 
V  que  quelque  nouveau  médecin  voudroit 
»  dire  être  contraires  à  certaines  maladies  ; 
»  car  le  réfultat  &  fermentation  es  mixtion 
»  de  ces  minéraux ,  fait  ce  que  nous  ne 
»  fçaurions  jamais  faire  par  art ,  &  fait  ce 
»  que  le  rems  ck  l'expérience  nous  apprend. 
»  Oribafe,  médecin  de  l'empereur  Julien, 
»  parlant  des  eaux  femblables  aux  nôtres  , 
»  dit  qu'il  faut  connoître  la  faculté  des  eaux 
»  par  expérience;  car  d'en  donner  parfaite 
»  connoifTance ,  cela  ne  fe  peut  :  Facilitas 
»  aquarum  /ponte  nafcentium  affumenda 
»  ejî  ex  iis  quœ,  experientia  comprobantur, 
»  exquijîtam  enim  notitiam  tradere  nonpof- 
»fumus  (a).» 

(a)  Traité  des  admirables  vertus  des  eaux 

L  iv 


ri66  Mémoire 

Il  réfulte  de  tout  ce  que  je  viens  de  rap^ 
porter,  que,  dans  tous  lestems,  la  connoif- 
fance  des  eaux  minérales  &  thermales  a 
plus  dépendu  de  l'œil  attentif  de  l'obferva- 
teur  éclairé,  que  du  flambeau  de  la  chymie  ; 
&  que,  dans  tous  lestems,  elles  ont  trouvé 
des  contradicteurs ,  mais  que  leurs  effets 
conftans  ck  foutenus  ont  toujours  terraffés. 

Les  modernes  qui  cultivent  aujourd'hui 
la  chymie  avec  autant  de  profondeur  que 
d'éclat ,  ont  fenti  toutes  les  difficultés  qui 
fe  rencontrent  dans  l'analyfe  des  eaux  mi- 
nérales &  thermales,  Se  en  ont  prévenu  le 
public. 

Nous  lifons  dans  le  Dictionnaire  de  Chy- 
mie ,  Tome  Ier,  page  358,  «  que  les  opé- 
»  rations  chymiques  auxquelles  on  eft  obligé 
»  d'avoir  recours  pour  analyfer  les  eaux 
»  minérales,  font  quelquefois  capables  d'oe- 
il caiîonner  des  changemens  efTentîels  dans 
»  les  fubftances  même  qu'on  cherche  à  re- 
»  connoître  ;  &,  ce  qui  eft  encore  plus  re- 
»  marquable ,  ces  eaux  font  fufceptiblesd'é- 
»  prouver  d'elles-mêmes,  par  le  mouve- 
»  ment,  par  le  tranfport ,  par  le  repos  ,  par 


chaudes  de  Bourbonne-lez-Bains  en  Bafligni , 
jnifes  en  lumières  par  Hubert  Jacob,  maître  chi- 
rurgien du  iieu  d'Ânrofey,  au  voifinage  de  Bour- 
donneront, jufqu'à  préfent,nul  a,  écrit,  pages  3^ 
36,  37?  4a  &'43« 


sur  les  Eaux  de  Bourbontne.  167 
>>  la  feule  expofition  à  l'air,  des  changemens 
»  fi  confidérables  ,  qu'elles  en  deviennent 
»  méconnoifTables.  » 

Ces  changemens  fe  remarquent  fur-tout 
dans  les  eaux  minérales  ferrugineufes ,  fpi- 
ritueufes  ou  gafeufes.  Ils  font  même  fi 
prompts  dans  la  plupart  d'elles ,  qu'hors  de 
la  fource ,  elles  ne  donnent  plus  aucun  in- 
dice de  leur  caractère;  que  le  fimple  fe- 
couement  ou  la  plus  légère  impreffion  de 
chaleur  qu'elles  éprouvent,  même  celle  de 
l'atmofphère  ,  fait  précipiter  les  particules 
martiales  des  unes,  enlevé  le  gas  aux  au- 
tres, &  les  réduit  à  l'eau  fimple  :  d'où  il  fem- 
hle  que  Pair  que  contiennent  ces  eaux , 
fert  comme  de  point  d'appui  &  de  foutien 
au  mars  des  ferrugineufes ,  &  d'ame  aux 
gafeufes,  puifque  dès  qu'il  en  eft  dégagé, 
les  premières  fe  troublent,  laiffent  préci- 
piter leur  fer,  ne  fe  colorent  plus  avec  l'in- 
fufion  ou  la  projection  des  fubftances  acer- 
bes, &  les  fécondes  perdent  leur  piquant. 

Les  nôtres,  qui  renferment  beaucoup  de 
parties  fixes ,  ne  font  point  expofées  à  ces 
changemens  ;  elles  fouffrent  les  plus  rudes 
fecoufies ,  l'aclion  même  du  feu  ,  fans  les 
éprouver  :  c'eft  aufli  par  cette  raifon  qu'elles 
peuvent  être  tranfportées  au  loin  ,  pourvu 
qu'elles  foient  dans  de  bonnes  bouteilles 
de  verre  ,  neuves ,  exactement  bouchées 
&  gaudronnées ,  6c  produire  de  très-bons 


i68  Mémoire 

effets.  Celles  qu'on  emporte  dans  des  vaif- 
feaux  de  bois  ou  autres  mal  conditionnés  , 
fe  corrompent  très- vite. 

Les  expériences  chymiques  nous  ap- 
prennent qu'elles  contiennent ,  par  livre 
d'eau,  foixante-trois  grains  de  fel  de  la  na- 
ture du  fel  marin ,  quatre  grains  trois  quarts 
de  félénite,deux  grains  un  quart  de  terre  ab- 
forbante;  tous  les  indices  du  fer ,  font  d'ail- 
leurs fi  fenfibles  dans  leurs  boues  ou  fédi- 
ment,  que  l'acide  vitriolique  ou  nîtreux  en 
diflbut  une  aflez  grande  quantité  en  même 
tems  qu'il  diflbut  la  terre  abforbante  qui 
s'y  trouve  abondamment. 

Après  leur  defliccation  à  l'air,  qui  eft  très- 
difficile  ,  étant  grafles  Se  on&ueufes  ,  la 
pierre  d'aimant  en  enlevé  une  poudre  noire 
ferrugineufe  très-fine,  en  forme  d'aigrette  , 
pourvue  de  tout  fon  phlogiftique. 

Sur  la  fin  de  l'évaporation,  je  m'arten- 
dois  de  trouver  quelque  portion  de  fel  ma- 
rin à  bafe  terreufe  ,  ou  de  fel  de  Glauber , 
étant  arTez  ordinaire  d'en  trouver  dans  les 
eaux  qui  contiennent  du  fel  marin  ;  mais 
je  n'eus  pas  la  moindre  marque  ni  de  l'un 
ni  de  l'autre. 

Elles  préfentent  une  odeur  de  foie  de 
foufre  très-forte  :  cette  odeur  a  voulu  y 
faire  trouve:  du  fulfureux  ;  mais  l'examen 
qu'en  a  fait  M.  Monnet  lui  a  prouvé  qu'il 
n'y  avoit  rien  qui  en  approchât.  Celui  que 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  171 

»  dément  fillonée  ,  articulent  avec  quelque 
»  difficulté  ;  elle  avoit  fouvent  la  bouche 
»  béante ,  l'appétit  étoit  languifTant  ;  elle 
>>  pafloit  les  nuits  prefque  fans  dormir,  dans 
»  des  rêves  triftes  Se  des  agitations  pafTa- 
»  gères  &  fpontanées  ,  fréquentes  ;  tout 
»  fon  corps  ne  pouvoit  prefque  plus  fouffrir 
»  fes  couvertures,  quelques  légères  qu'elles 
»  fuflent,  &  quoique  l'hiver  fût  des  plus 
m  rudes.  Elle  ne  craignoit  rien  tant  que  de 
»  devenir  hydropique  ;  &  cette  crainte  lui 
»  étoit  plus  à  charge  que  fa  foif  même  :  Se 
»  femetipfam  ûebat  querula  funzri  maturo 
»  proprior&m  ,  fuafque  obvio  ciùlibet  exe- 
»  quias  anù  annum  edebraturas  propalan- 
»  tem.  Je  la  rafTurai  de  mon  mieux ,  quoi- 
»  que  je  craigniffe  avec  elle  la  fin  de  fa  foif: 
»  Sitis  prtzttr  naturam  malum  non  cjl  con- 
y>  temnendum  ,  quoniam  &  nutritioni  obcji 
»  &  vires  valde  dejicit....  inde  cackexiam 
»  &  alios  gravijflîmos  morbos  incidunt^  imb 
»fœpè  mortem  Jibi  attrahunt  (a).  Les  ti- 
»  fanes  rafraîchilTantes ,  les  bouillons  dé- 
»  layans,  les  aigrelets,  le  fyrop  de  limon  , 
»  le  nitre ,  ce  puifTant  fédatif  fi  accrédité 
»  dans  les  écoles  d'Allemagne ,  le  quinquina 
»  en  petites  dofes,  qui ,  félon  M.  Hecquet, 
»  Sthaal ,  Neuter ,  Charles  Albert ,  eft  un 

■  ■  .  ii» 

(<z)  SetmzntPratf.  l'ib.  Impart.  ltfcft.  2,  cap.  7; 


ifi  Mémoire 

>>  calmant  (<z)  ,  les  gargarifations  de  toutes 
»  efpeces,  tout  échoua. 

»  Je  connoiffois  déjà  quelques  faits  qui 
»  m'avoient  laifle  fortement  imprimé  dans 
»  l'efprit ,  que ,  dans  certains  cas  femblables 
»  à  celui-ci,  notre  eau  avoit  réuflï  :  je  la  pro- 
»  pofai  à  MIle  de  Courtaillon.  Je  réalifai 
»  mes  offres  :  elle  en  but  trente  jours,  une 
»  pinte  &c  plus  par  jour,  pendant  l'hiver 
»  1754  :  elles  paffoient  bien  par  les  urines 
»  &:  par  les  felles  ;  elle  fentit  fa  foif  s'ap- 
»  paifer,  fe  réduire  à  fa  foif  naturelle,  Ô£ 
»  elle  jouit  depuis  cet  ufage  de  fa  fanté  or- 
»  dinaire  :  Hydropis  omni  mctu  fugato.  » 

LXIX.  Obs.  Lorfqu'un  empoifonné 
par  des  acres  ou  des  cauftiques,  a  échappé 
aux  dangers  de  l'érofion ,  de  la  déprédation 
des  parties  vifcérales,  à  leur  bouleverfement 
fpafmodique ,  à  leurs  convulfions  locales , 
telles  que  la  colique ,  le  vomifTement ,  le 
hoquet,  qui,  devenant  générales,  ne  finif- 
fent  fouvent  qu'avec  la  vie  ;  le  genre  ner- 
veux a  reçu  des  impreflions  fâcheufes, 
même  funeftes ,  qui  donnent  lieu  à  des 
crampes,  à  la  contracture  des  membres ,  à 
la  paralyfie  ,  à  des  foibleffes  d'eftomac  & 
à  des  langueurs  mortelles  :  nous  avons  vu 
de  ces  malades  qui  ufoient  des  eaux  avec 

(a)  Voyez  M.  Hecquet ,  Réflexions  fur  l'ufage 
de  l'opium. 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  175 

/ruit ,  &  je  m'en  tiens  à  un  exemple  récent. 
M.  Moreau ,  curé  d'Aulnay-fur-Marne  , 
près  Châlons  en  Champagne,  y  arriva  fur 
la  fin  de  Septembre ,  empoifonné  par  acci- 
dent ,  depuis  fix    femaines  ou  deux  mois. 
Ce  qui  l'inquiétoit  le  plus,  étoit  une  para- 
lyfie  universelle  qui  faifoit  des  progrès  jour- 
naliers :  il  ne  pouvoit  faire  un  pas,  fefou- 
tenir  fur  fes  jambes;  il  falloit  le  porter:  il 
n'avoit  aucun  ufage  des  bras  &  des  mains  ; 
il  étoit  néceflaire  de  lui  couper  (es  morceaux 
&  les  lui  mettre  à  la  bouche. 
•    Les  eaux  topiques  &  en  boifTon  arrêtè- 
rent le  progrès  du  mal  ;  &  en  un  mois  de 
tems  il  les  quitta,  commençant  à  faire  quel- 
ques pas,  feul  &  appuyé,  à  recouvrer  les 
mouvemens  des  bras.  Le  28  Décembre  il 
écrit  :  «  Quinze  jours  après  mon  retour,  j'ai 
*>  été  en  état  de  faire  mes  fonctions  de  curé 
»  &  de  voyager  à  pied  ;  je  fens  encore  du 
v>  mieux  depuis ,  mes  pieds  &  mes  mains  fe 
-»  fortifient  ;  cependant  mes  doigts  éprou- 
»  vent  encore  de  légères  convulfions,  & 
m  n'ont  pas  encore  toute  leur  fenfibilité  : 
»  mon  eftomac  eft  bon  ,  &  même  meilleur 
»  qu'avant  mon  accident,  » 

J'apprends  aujourd'hui  15  Mai  1 77 1 , 
par  l'arrivée  de  M.  Moreau  à  Bourbonne, 
qu'il  ne  lui  refte  plus ,  de  tous  fes  accidens, 
qu'une  très- légère  ftupeur  à  l'extrémité  des 
deux  derniers  doigts  de  la  main  droite  ?  & 


174  Mémoire 

à  l'articulation  de  la  jambe  avec  le  pied.1 

Les  eaux  furent  bues,  au  plus  à  titre  de 
coprotiques ,  comme  ftomacales ,  fortifian- 
tes, nervines ,  ami-fpafmodiques;  ce  mé- 
nagement étoit  dû  fpécialement  à  l'eftomac 
qui  avoit  été  travaillé  par  le  poifon ,  qu'il 
n'auroit  pas  convenu  d'inonder ,  diftendre  , 
fatiguer ,  furcharger  ;  d'où  les  purgatifs 
n'entrèrent  point  dans  la  cure,  à  laquelle 
préfiderent  le  régime  &  l'application  fcru- 
puleufe  de  cet  axiome  ,  qu'il  eft  aufli  pru- 
dent d'adopter  dans  ce  cas  ,  qu'il  feroit  ri- 
dicule de  l'écarter  dans  d'autres  conjono 
tures  :  Omnia.  purgenùa  vim  habcnt  dele- 
teriam. 

M.  le  Maire ,  dans  fon  EfTai  fur  la  manière 
de  prendre  les  eaux  de  Plombières,  prétend 
que  par  une  boiftbn  abondante,  outrée, 
dont  il  expofe  les  inconvéniens  ,  dont  il  re- 
proche l'abus  aux  buveurs  d'eau  minérale  , 
l'eftomac  eft  atteint  d'une  paralyfie  pafîa- 
gere,  telle,  ou  à-peu-près,  que  celle  qu'éprou- 
vent ceux  qui  font  mal  ou  durement  accou- 
dés ,  aflis  trop  long-tems  ou  inégalement. 

L'exercice  eft  d'autant  plus  néceftaire 
aux  impotans,  que  leurs  membres  ne  s'y 
prêtent  que  peu  ou  point;  il  coopère  d'ail- 
leurs à  l'acYion  des  eaux ,  s'il  n'eft  immo- 
déré. L'ufage  de  la  brai^lloire  fut  auxiliaire 
&  familier;  elle  procuroit  à  M.  le  Curé 
des  moiteurs  falutaires.  Nous  la  formons 

avec 


SUR  LES  EAUX  ÔE  BouRBONNE.  17  J 
avec  un  cordeau  câblé,  roulant  fur  une  pou- 
lie de  quinze  à  feize  pouces  de  diamètre  ,' 
attachée  verticalement  à  un  plancher  ou 
autrement;  il  fournit  (le  cordeau)  deux 
branches ,  une  pour  le  côté  droit ,  l'autre 
pour  le  côté  gauche,  A  chacune  de  leur 
extrémité,  eft  affujettie  une  forte  de  crémail- 
Kere  de  huit  pouces  de  longueur ,  d'une 
demi-ligne  d'épaifleur,  de  quatre  de  largeur, 
percée  de  fix  trous  ronds  également  es- 
pacés ,  deftinés  à  haufTer  ou  bailler  une  fuf- 
penfoire  à  crochet  pour  le  bras. 

La  même  fufpenioire ,  à  la  faveur  d'une 
même  crémailliere ,  ck  d'un  bout  de  cor- 
deau de  douze  à  quinze  pouces  de  lon- 
gueur, aflbrti,  à  une  de  fes  extrémités ,  d'un 
crochet,  fert  pour  les  jambes,  en  reculant 
d'un  pied ,  plus  ou  moins,  le  fauteuil  fur  le- 
quel le  malade  eft  pofé,  pour  être  exercé 
ou  s'exercer. 

Chaque  fufpenfoire  eft  formée  d'un  ci- 
meau  ou  litière  de  drap ,  de  quatre  doigts 
de  largeur,  ou  d'autre  étoffe  doublée,  pi- 
quée ,  de  même  largeur ,  bordée  d'un  fleu- 
ret ou  ruban ,  formant  une  anfe  fimple  our 
double  pour  recevoir  le  bras  ou  la  jambe 
paralytique ,  les  affujettir  plus  commodé- 
ment ,  en  engageant  une  des  anfes  à  la 
partie  inférieure  du  bras  au-deftus  des  con* 
dyles  de  l'humérus ,  &  l'autre  à  la  partie  in- 
férieure de   l'ayant-bras  près  du  poignet* 

M 


176  Mémoire 

L'anfe  deftinée  à  recevoir  l'extrémité  infé- 
rieure doit  porter  une  traverfe  pour  foute- 
nir  la  plante  du  pied ,  afin  que  ,dans  les  dif- 
férens  mouvemens,  la  jambe  ne  parle  pas  à 
travers.  Dans  cet  état,  le  bras  Tain,  paffé  dans 
l'anfe  de  la  fufpenfoire ,  oppofée  à  celle  qui 
foutient  la  partie  malade,  fait  defcendre  & 
monter  le  cordeau  qui  lui  répond ,  Se  donne 
au  membre  paralyfé  &  à  toute  la  machine 
tel  degré  de  mouvement  qu'on  juge  à  pro- 
pos. La  même  manœuvre  s'exécute  pour  la 
jambe  arTe&ée,  avec  la  jambe  faine.  Si  tou- 
tes les  parties  font  impuiffantes  ,  on  juge 
bien  qu'il  faut  une  autre  perfonne  pour 
mouvoir  la  brandilloire. 

Le  fauteuil  de  porte  outrémouffoir  (a)t 
n'eft  ni  fi  fimple,  ni  fi  portatif  qu'une  pou- 
lie ;  on  eft  expofé  dans  ce  trémouffoir  à 
des  fecoufifes  de  devant  en  arrière,  de  droite 
à  gauche ,  &  de  haut  en  bas.  Tantôt  ces 
differens  mouvemens  fe  fuccedent  de  diffé- 
rentes façons  ;  tantôt  ils  concourent  plu- 
fieurs  à  la  fois.  On  peut  à  fon  gré  les  ren- 
dre plus  brufques  ou  plus  doux,  plus  prompts 
ou  plus  lents,  plus  violens  ou  plus  foibles. 

Outre  que  la  poulie  participe  à  ces  avan- 
tages ,  fans  avoir  les  inconvéniens  de  ba- 
loter  les  eaux,  les  alimens  dans  l'ertomac, 
ce  qui  pourroit  nuire  à  la  diftribution  des 

(a)  Mercure  de  France,  mois  d'Avril  173 5, 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  177 

eaux ,  à  la  digeftion ,  faire  vomir  les  eaux 
&  les  alimens  ;  elle  a ,  comme  le  trémouf- 
foir,  celui  (qui  eft  principal)  de  remêler 
efficacement,  mais  partie  par  partie ,  toutes 
nos  liqueurs  ftagnantes ,  de  les  réftituer  à 
la  marche  &  à  l'équilibre  général ,  en  fa- 
cilitant l'influence  des  efprits,  en  faifant  agir 
ou  réagir  leur  mouvement  circulaire  de  la 
circonférence  &  des  extrémités  au  centre  , 
&  ,  vice  vtrfd9  fans  heurts  &  fans  trouble  ; 
ce  qui  n'eft  pas  à  négliger  pour  des  apo- 
plectiques ,  des  vaporeux  ,  des  malades  fu- 
jets  aux  vertiges,  aux  palpitations,  diffi- 
cultés de  refpirer,  qu'un  mouvement  donné 
de  toute  la  marie ,  qui  la  remue  en  bloc  & 
par  le  tronc  ,  pourroit  bleffer,  même  mal- 
gré les  précautions. 

Le  trémouffoir  a  donné  lieu  à  une  ob- 
fervation  de  M.  Aftruc ,  imprimée  dans  le 
même  Mercure  ,  fur  les  avantages  de  la  fo- 
briété  &  de  l'exercice.  11  y  a  encore  dans 
le  Mercure  de  Décembre  1734,  un  Mé- 
moire fur  l'utilité  &  l'ufage  du  tremouffoir; 
au  moins  la  difficulté  de  le  procurer  à  nos 
malades ,  quelqu'une  qu'il  foit ,  nous  a 
fait  recourir  à  la  poulie.  Ce  que  l'on  peut 
(e  donner  fans  peine  &  fans  frais  ,  touche 
à  l'indifférence  :  je  réclame  pour  elle  tout 
ce  qui  conftitue  l'avantage  efTentiel  &  prin- 
cipal de  cette  machine ,  qui  ne  le  pofTede 
peut-être  pas  à  un  plus  haut  degré  ;  l'exer- 

Mij 


178  Mémoire 

cice  de  la  brandilloire  peut  exciter  le  mou- 
vement du  fang  jufqu'à  la  fueur,  fans  fatigue. 

On  voit,  par  l'obfervation  de  M.  le  curé 
d'Aulnay,  que  les  eaux, loin  d'avoir  agacé, 
irrrité  un  eftomac  encore  fouffrant  de  l'im- 
preffion  des  parties  cauftiques  rongeantes , 
auxquelles  il  a  été  expofé,  il  en  a  été  au  con- 
traire rétabli  &  devenu  meilleur  qu'aupa- 
ravant. 

A  l'idée  des  fubftances  faunes  fe  joint 
communément  celle  de  l'aiguillon ,  de  l'ir- 
ritation ,  de  la  corrugation.  M.  Pomme  en 
abufe,  en  fuppofant  faftidieufement  des 
nerfs  racornifTables  à  tout  inftant ,  que  les 
fels  &  les  efprits  ne  peuvent  aborder  fans 
tumulte  &  fans  léfîon  :  il  oublie  fans  doute 
qu'il  boit ,  qu'il  mange.  Qu'il  ne  boive  plus  ; 
qu'il  ne  mange  plus  :  tous  ks  nerfs  fe  ra- 
corniront ,  fes  efprits  s'effaroucheront.  Il  y 
a  plus  de  fel  fixe  ou  volatil  dans  les  liqui- 
des &  les  folides  alimenteux  journellement 
employés,  fans  comparaifon ,  que  dans  deux 
ou  trois  livres  d'eau  de  Bourbonne. 

Dès  l'inftant  de  la  fécondation,  nous  fbm- 
mes  formés  avec  du  fel ,  notre  machine  fe 
développe  &  s'accroît  avec  lui  ;  il  fert  à  la 
perfection  du  chyle  6c  des  autres  liqueurs 
qui  en  émanent  (a)  :  nous  le  retrouvons  , 
^— — ■  » 

(a)  Voyez  ce  qu'en  dit  M.  Gardane ,  médecin 
de  la  faculté  de  Paris ,  dans  une  très-belle  thèfe 
dent  il  eit  l'auteur. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  179 
fuivant  les  analyfes  de  MM.  Macquer  & 
Cadet ,  dans  le  lait ,  dans  le  fang ,  la  bile  Se 
autres  fubftances  animales.  Deux  livres  de 
petit-lait  contiennent ,  (  ce  que  M.  Pomme 
vraifemblablement  ignore,)  à-peu-près  fix 
à  fept  gros  de  matières  falines ,  de  nature 
bien  différentes  les  unes  des  autres. 

Sans  le  fel ,  nos  liqueurs  &  nos  vaiffeaux 
n'auroient  aucune  valeur  ;  fi  on  en  trouve 
qui  lui  foit  analogue ,  capable  de  s'aflimiler 
avec  lui  facilement  &  d'emblée ,  d'en  ré- 
parer les  défordres,  le  dépérifïement,  d'une 
manière  plus  confiante,  fupérieure  aux  fels 
officinaux  mêlés  aux  alimens  ;  fi  les  maux 
d'eftomacs,  la  fièvre  &  le  fpafme  lui  cèdent, 
on  trouve  un  ftomachique,  un  anti-quarte  , 
un  anti-fpafmodique.  Le  prince  de  la  mé- 
decine a  penfé  que  le  levain  de  la  fiévre- 
quarte ,  qui  n'excite  pas  de  grandes  convul- 
fions ,  en  détruit  le  principe ,  s'il  eft  détruit 
lui-même  :  A  quartanis  c&pti ,  non  admo- 
dum  à  convuljionibus  capiuntur.  Si  verà 
prias  capiantur ,  &  quartana  fupervenerit , 
liber an tur  (a). 

Rivière  dit  pofitivement,  fi  la  fiévre-quarte 
attaque  un  épileptique,  Ô£  dure  long-tems, 
elle  le  guérit  (£). 

On  ne  doit  enfin  s'attacher  qu'à  fçavoir 

(a)  Hippocrate,  aph.  70,  fe&.  Ç. 

(b)  Prax.  Mediç.  ïtb.  /,  ch.  7,  page  177, 

Mirj 


i8o  Mémoire 

lydio  lapide ,  û  un  remède  guérît  ou  non  ; 
&  il  n'eft  point  fi  néceffaire  de  s'appéfantir 
fur  les  caufes  obfcures  &  cachées  des  ma- 
ladies qu'on  ne  fera  peut-être  jamais  for  tir 
du  chaos,  que  de  faifir  promptement  les 
remèdes  qu'on  connoît ,  pour  s'en  délivrer 
nuit  ck  jour.  Sauver  un  malade,  fi  l'on  peut, 
en  ne  perdant  point  le  tems  dont  l'avarice 
cft  aufli  noble ,  que  fon  mauvais  emploi  eft 
nuifible  &  honteux  :  Hce,  latentium  rerum 
conjectura  ad  rem  non  pertinent  ;  quia  non 
intereji  quid  morbum  faciat ,  fed  quid  toi" 
lat  (a). 

M.  Pomme  accufera-t-il  les  plus  grands 
maîtres  de  la  capitale  &  autres  villes  du 
royaume,  qui  ont  envoyé  le  plus  grand 
nombre  des  malades  qui  font  le  fujet  des 
obfervations  de  ce  Mémoire  ,  de  leur  avoir 
prêté  des  fecours  aufîî  avides  que  meur- 
triers? Les  foupçonnera-til  de  ne  pascon- 
noître  la  méthode  délayante  ck  humec- 
tante, 6k  de  ne  pas  fçavoir  l'apprécier?  A c 
eufera-til  les  eaux  d'avoir  mutilé  les  ma- 
lades ?  ck  croira-t-il  encore  qu'elles  aghTent 
avec  fougue  ?  Demandera-t-il  enfin  où  il 
exifte  des  obfervations  contraires  aux  fîen- 
nes?  C'efr.  ce  que  je  ne  puis  me  perfuader, 
ou  il  faudroit  qu'il  fût  aufli  incrédule  que 
prévenu ,  pour  fe  refufer  à  l'évidence. 

(a)  Çelfus  pretf.  lib,  i. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  181 

Si  cependant  il  s'obflinoit,  &  que  ces  faits 
multipliés  ne  lui  fuffifTent  pas,  je  lui  en  four- 
nirois  encore  d'autres,  qui,  en  portant  comme 
ceux-ci  le  caractère  de  vérité  fi  effemiel  en 
médecine,  l'engageroient  peut-être  ,  finon 
publiquement ,  du  moins  tacitement  ,  à 
leur  rendre  hommage  &  à  revenir  de  fon 
erreur. 

Pour  le  convaincre  pleinement  &  en- 
tièrement ,  &  ne  plus  lui  laifler  de  doute 
fur  les  effets  pernicieux  &  funeftes  que 
gratuitement  il  fuppofe  aux  eaux  thermales, 
je  peux  lui  prouver,  par  le  relevé  des  regif- 
tres  mortuaires  de  nôtre  hôpital  depuis 
1730,  que,  fur  le  nombre  de  trente  à  trente- 
cinq  mille  hommes  qui  y  ont  palTé  pen- 
dant cet  efpace  de  tems ,  à  raifon  de  huit 
à  neuf  cents  qu'on  y  envoie  année  com- 
mune ,  il  n'en  eft  mort  que  quarante-fix  , 
encore  la  plupart  vieux. 

Si  on  confulte  ceux  de  la  paroiffe  ,  le 
calcul  fe  trouvera ,  relativement  au  grand 
nombre  d'étrangers  qui  viennent  de  toutes 
les  parties  du  royaume,  même  des  royau- 
mes étrangers ,  en  proportion  de  celui-ci , 
malgré  que  fouvent  nous  voyons  des  ma- 
lades qu'on  envoie  à  la  dernière  extrémité, 
défefpérés ,  ou  incurables  de  toute  incura- 
■bilité,  périr  fans  avoir  refpiré  la  vapeur  des 
eaux ,  auxquelles  néanmoins  on  impute  leur 
mort. 

M  iv 


;i8i  Mémoire 

On  peut  mourir  aux  eaux  comme  ail- 
leurs. Tous  les  jours  on  meurt  d'une  ma- 
ladie inflammatoire  ,  d'un  membre  fphacéié 
ou  amputé  :  profcrira-t-on  pour  cela  la  lan- 
cette 6k  la  fcie  ?  Apprenez ,  au  contraire ,  à 
les  manier  ck  ne  les  employer  qu'à  propos. 
Mais,  hélas  !  quoi  qu'il  en  foit,  le  démon  de 
l'envie  ck  de  la  rivalité  annoncera  ck  pu- 
bliera bientôt  que  ce  font  les  eaux  meur- 
trières qui  ont  fait  périr  celui-ci,  que  c'efl: 
la  faignée  qui  a  enlevé  celui-là  ,  ck  l'ampu- 
tation qui  a  tué  cet  autre.  Vaines  déclama- 
tions ,  dont  les  motifs  connus  par  les  hom- 
mes fenfés  ck  raifonnables ,  feront  toujours 
regardés  par  eux  avec  mépris  ck  indiffé- 
rence. 

Si,  après  ces  détails,  M.  Pomme  fe  plaint 
des  difficultés  qu'il  rencontre  dans  la  cure 
des  affections  vaporeufes  ck  hypocondria- 
ques par  les  eaux  thermales ,  il  doit  en 
accufer  l'opiniâtreté  ck  la  bizarrerie  de  fa 
théorie  racorniffante ,  ck  s'imputer  à  lui- 
même  le  défaut  de  connoifTances  qu'il  a  de 
ces  eaux  6k  de  leurs  principes  conftitutifs. 
Il  me  pardonnera  fans  doute  ce  reproche; 
ck  j'efpere  qu'il  me  fçaura  gré  de  la  fran- 
chife  avec  laquelle  je  lui  fais  part  des  vertus 
ck  effets  des  eaux  ,  ck  de  la  manière  de  tes 
employer  dans  ces  deux  affeclions,  qui  font 
d'autant  plus  communes  aux  deux  fexes , 
qu'elles  les  attaquent  même  fans  diftinclion. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  185- 
J'efpere  auffi  que  ces  mêmes  affecYions,dont 
elles  n'ont  point  fufpendu  les  fymptômes 
par  un  effet  enchanteur ,  mais  qu'elles  ont 
réellement  guéries ,  non  pas  chez  l'enfant 
de  neuf  ans ,  ni  celui  de  neuf  mois ,  mais 
bien  chez  les  adultes,  impoferont  fîlence 
&  feront  ceffer  de  parler  ;  quoiqu'au  refte, 
en  coniidérant  dans  le  lointain  les  brigues  , 
les  cabales  de  l'erreur,  ck  tous  les  différens 
rôles  que  font  la  méchanceté  Se  la  haine 
dans  ces  cas,  je  remarque  que  ces  cris, 
qui  de  près  paroîtroient  fans  doute  des  ru- 
giffemens,  ne  font  que  des  cris  de  gre- 
nouilles qui  fe  perdent  dans  la  fphère  d'un 
étroit  horizon  ,  ck  que  les  traces  de  ces  rep- 
tiles s'effacent  dans  leur  limon  :  Di  benh 
fecerunt ,  tfuod  me  pujilll  finx&runt  animï 
parva  &  perpauca  loquentis. 

LXX.Obs.  M.  de  B....  officier-major  de 
cavalerie ,  avoit  été  blefTé  d'un  coup  de  feu 
au  travers  de  la  cuifle ,  à  la  bataille  de  Rof- 
back  ;  un  gros  morceau  de  culotte  de  peau 
y  reita  cantonné  ck  engagé  près  de  deux 
ans ,  malgré  d'abondantes  fuppurations  qui 
fe  terminèrent  par  une  cicatrice  très-bonne 
&  très-ferme,  fous  laquelle  fe  faifoient  néan- 
moins fentir  quelques  douleurs  profondes, 
pafTageres  ck  récurrentes  ,  qui  ne  nuifoient 
que  peu  aux  exercices  ordinaires  ,  l'équita- 
tion  exceptée. 

Les  eaux  en  bains  ôk  douches ,  les  boues 


184  Mémoire 

minérales  en  cataplafmes,  réveillèrent  & 
aiguillonerent  ces  douleurs  ;  il  fallut  ceffer 
les  douches ,  qui  ne  pouvoient  plus  s'appli- 
quer fur  une  partie  tendante  à  l'inflamma- 
tion :  les  bains  &  les  boues  ne  furent  point 
fupprimés  ;  &  en  trois  ou  quatre  jours  , 
fans  fuppuration,  au  moins  fenfible ,  la  ci- 
catrice ancienne  s'étant  défaite,  parut  un 
corps  étranger  que  le  blefTé  tira  lui-même 
avec  aflez  de  facilité,  peu  d'effufion  de  fang, 
&  fans  fecours  de  la  chirurgie. 

Les  boues  alors  furent  fupprimées  comme 
les  douches ,  par  une  raifon  qui  fe  préfente 
naturellement  ;  les  bains  feuls  furent  fuivis 
encore  trois  ou  quatre  jours  ;  &  la  nouvelle 
folution  de  continuité  n'empêcha  point 
l'ancienne  cicatrice  de  fe  reconfolider  & 
de  devenir ,  fous  l'eau  ,  telle  qu'elle  étoit 
avant  l'expulfion  du  corps  étranger,  fans 
avoir  employé  aucun  topique. 

Bientôt  le  blefTé  recouvra  toute  la  force 
&  toute  la  liberté  des  mouvemens  de  la 
cuifTe  &  de  la  jambe  ;  fa  fatisfacYion  fut  fi 
complette,  que  l'enthoufiafme  prit  fa  place, 
échauffa  fa  verve,  Se  fit,  par  reconnoifîance, 
à  la  louange  des  eaux,  des  vers  qui  auroient 
mérité  de  voir  le  jour.  Il  partit  à  cheval. 

LXXI.  Obs.  M.  Beaulieu  ,  lieutenant 
au  régiment  de  Cuftine ,  pour  fuite  de  coup 
de  feu  qu'il  reçut  à  la  face  pendant  la  guerre 
de  1745 ,  fe  rendit  aux  eaux  de  Bourbonne 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  i8ç 

dans  le  mois  de  Mai  1747.  La  balle  porta 
fur  l'angle  antérieur  de  l'os  de  la  pommette 
du  côté  droit ,  traverfa  l'os  maxillaire  au- 
quel il  fe  joint,  &  refta  cantonnée,  malgré 
de  très-longues  &  très-abondantes  fuppu- 
rations ,  &  l'exfoliation  de  plufîeurs  pièces 
ofTeufes  ,  fur  la  partie  poftérieure  des  os  pa- 
latins vers  le  tranchant  du  vomer.  La  pré- 
fence  de  ce  corps  étranger ,  qui  lui  gênoit 
prodigieufement  la  refpiration  &  l'élocu- 
tion ,  ne  pouvant  parler  qu'avec  peine  ÔC 
en  nazillant ,  le  fit  recourir  à  divers  moyens 
pour  s'en  délivrer ,  qui  tous  étant  devenus 
inutiles,  le  déterminèrent  à  fon  voyage. 

Le  furlendemain  de  fon  arrivée,  on  lui 
confeilla  de  fegargarifer  ck  s'éponger  la  gorge 
plufîeurs  fois  le  jour  avec  nos  eaux  :  on  y 
joignit  dans  la  fuite  quelques  douches  lé- 
gères ;  &,  après  deux  mois  de  ces  exercices, 
il  fe  montra  une  tumeur  près  le  voile  du 
palais ,  qui  fermoit  prefque  toute  l'arriere- 
bouche,  empêchoit  la  refpiration  &  la  dé- 
glutition ,  &  inquiétoit  fort  le  malade  :  une 
fimple  prefîion  avec  le  bout  du  doigt  la 
fit  ouvrir ,  &  fit  tomber  dans  la  bouche  la 
balle  qui  en  fortit  fous  une  forme  triangu- 
laire ,  inégale  ,  raboteufe  &  très-fétide. 
Après  fon  expulfion,  les  eaux  en  bohTon 
de  deux  jours  l'un  ,  &  en  gargarifme  tous 
les  jours,  furent  encore  continuées  pendant 
un  mois ,  après  lequel ,  ck  quelques  légères 


iS6  Mémoire 

cxfoliatîons  membraneufes ,  il  s'en  retourna 
parfaitement  guéri ,  ck  parlant  très-bien. 

Il  y  a  des  exemples  d'expulfions  de 
corps  étrangers  ck  d'exfoliations  ;  mais  leur 
traitement  ordinairement  prévu,  où  ceux-ci 
ne  le  furent  pas ,  font  longs ,  difficiles  , 
compliqués ,  variés ,  toujours  fubordonnés 
au  vice  du  fang  ou  à  des  caufes  procatar- 
tiques;  ce  n'eft  qu'à  l'hôpital  militaire  où 
on  peut  les  luivre  ,  les  épier  pour  ainli  dire, 
en  les  comparant  d'années  à  autres  dans 
leurs  marches. 

Il  eft  à  croire  que  le  morceau  de  peau  , 
la  balle ,  ne  fe  feroient  point  dégagés  de 
leurs  entraves,  fans  quelques  accidens  gra- 
ves ,  plus  ou  moins  tardifs ,  auroient  ame- 
nés des  dépôts  pour  fe  préparer  des  ifïues 
que  les  eaux  ont  facilitées  6k  abrégées ,  fans 
fymptômes  équivoques ,  comme  un  ulcère 
finueux  oufiftuleux,  qui  finit  quelquefois  par 
carie  vermoulue  ou  exfoliante,  exfoliation, 
débris  de  couches  membraneufes ,  aponé- 
vrotiques  ,  tendineufes  ;  ce  qui  les  rend 
trop  fouvent  incurables,  au  péril  des  princi- 
pes vitaux  ck  organiques. 

Ce  n'eft  pas  que  je  prétende  que  l'hyf- 
térie  ou  les  vapeurs  foient  épileptiques , 
comme  le  penfent  André ,  médecin  An- 
glois  ,  &  Junker  ,  médecin  Allemand  :  li 
cela  arrive ,  cela  eft  très-rare  ;  M.  Tiflot 
en  eft  convaincu,   ck  affure  qu'ils  fe  font 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  1S7 
trompés  ,  qu'il  n'a  jamais  vu  cette  maladie 
dégénérer  en  épilepfie  (a)  :  il  obferve  (£) 
que ,  dans  les  épileplîes  ftomachiques  ,  in- 
teftinales  &  méfentériques  vermineufes,  les 
eaux  minérales  chaudes  réuffiffent  quelque- 
fois très-bien  ;  qu'il  a  employé ,  dans  ces 
cas  ,  celles  de  Balaruc  modérément  &  à 
petites  dofes  avec  le  plus  grand  fuccès. 
M.  le  Roi ,  dans  fon  Mélange  de  Phyfique 
&  de  Médecine  ,  allure  auiîi  les  avoir  em- 
ployées de  la  même  manière  &  avec  le 
même  fuccès  dans  les  maladies  vaporeufes 
fpafmodiques ,  dépendantes  d'un  état  ma- 
ladif de  l'eftomac  &  du  canal  inteftinal , 
comme  auffi  dans  les  épilepfies  récentes, 
qui  lui  ont  paru  être  déterminées  par  des 
matières  bilieufes,  acres ,  accumulées  dans 
les  premières  voies ,  &c  fur-tout  dans  l'efto- 
mac. On  fçait  que  nos  eaux  font  analogues 
à  celles-ci ,  fans  être  aulîi  aétives  ni  pur- 
gatives ;  qu'elles  contiennent  en  moindre 
quantité  le  même  principe  falin  (c),  ex- 
cepté que,  dans  leur  difpenfation,  elles  font 
employées  intérieurement  en  bien  moindre 
dofe  ;  ce  qui  fait  qu'on  peut  les  continuer, 

(a)  M.  Tiffot,  Traité  de  l'Epilep.  art.  XIII ,' 
page  176. 

\b)  Ibid.  art.  XVIII ,  pages  138  ,  440,  243  , 

303»  354- 

(c)  Parallèle  des  eaux  d«  Balaruc  &  de  Bour- 

bonag  ;  par  M.  Vene!, 


#S8  Mémoire 

vingt ,  trente ,  jufqu'à  quarante  jours ,  dans 
les  cas  où  la  bohTon  feule  convient  ;  ck  en 
bains  èk  douches  d'un  degré  de  chaleur 
beaucoup  plus  tempéré,  afin  d'éviter  la  ra- 
réfaction des  liqueurs  ,  l'augmentation  du 
diamètre  des  vaiffeaux  ,  ck  du  cours  des 
premières,  ainfi  que  la  preflion  générale, 
d'où  fuit  néceffairement  l'engorgement,  des 
tfùeurs  violentes  ck  forcées,  qui,  en  fatiguant 
ck  difproportionnant  la  partie  blanche  d'avec 
la  partie  rouge  du  fang  ,  entraînent  des  ac- 
cidens  plus  ou  moins  graves  ,  empêchent 
qu'on  n'en  fuive  l'ufage  auffi  long-tems  qu'il 
feroit  néceffaire  dans  prefque  tous  les  cas 
poflibles  ;  méthode  qui ,  pour  avoir  été 
trop  en  vogue  ck  préconifée  autrefois,  ÔC 
contre  laquelle  il  eft.  encore  difficile  de 
faire  revenir  certaines  gens  ,  aura  établi  le 
préjugé  contre  ce  remède. 

Si  les  eaux  de  Sedlitz ,  qui  font  trois  fois 
plus  falines  que  celles  de  Balaruc,  font  em- 
ployées par  Hoffmann  dans  cette  maladie 
cruelle,  qui  a  pour  fymptômes  tout  ce  qui 
eft  de  plus  violent  en  fpafmes  ck  en  con- 
vulfions ,  où  la  langue  a  été  amputée  ,  les 
dents  cafîees  ck  les  membres  luxés  ;  fi  le 
fel  qu'on  appelle  tartre  Jiibic ,  qui  n'agit 
que  par  les  reflbrts  convulfibles  de  nos  ma- 
chines ;  fi  les  purgatifs  réfineux  draftriques, 
falins ,  font  donnés  ck  adminiftrés  par  les 
Hoffmann ,  les  Tifïbt  ;  quoique  plus  aga- 


sur  les  Eaux  deBourbonne.  189 

çans  que  nos  eaux  ;  s'ils  peuvent  la  guérir  , 
je  me  range  avec  eux  ;  &,  quoique  de  fi 
loin ,  imitateur  de  ces  grands  médecins  qui 
font  tant  d'honneur  à  l'humanité,  en  lui  fa- 
crifiant ,  avec  autant  de  zèle  que  de  définté- 
reflement ,  tous  leurs  foins  &  leurs  veilles, 
j'abandonne  M.  Pomme  &  le  livre  à  {qs 
vues  ;  je  le  laiffe  fe  complaire  dans  le  pro- 
jet de  détruire  toute  cette  fefte  perverfe  (a) 
de  Hoffmann ,  de  Tiifot,  6>c  autres  médecins 
célèbres  étrangers  &  François.  On  lui  per- 
mettra de  fe  croire  un  envoyé  du  ciel , 
pour  leur  faire  leur  procès  (J>)  ,  de  dreifer 
des  foi-difans  recueils  de  pièces  qu'il  ne  fait 
que  répéter,  retourner  d'/7z-n  ,  en  //z-8°, 
fans  jamais  répondre  à  rien  avec  folidité  , 
en  s'écartant  perpétuellement  de  tout  ce 
qui  touche  au  vrai  but. 

Puifque  vous  pofTédez  il  bien,M.  Pomme, 
&  feul,  le  grand  fecret  de  manier  l'eau  com- 
mune ;  que  les  eaux  minérales  qui  en  réu- 
niffent  aufli  toutes  les  vertus  ,  comme  je 
vous  l'ai  prouvé  (c) ,  font  inutiles ,  nuifi- 


(a  Voyez  la  Lettre  de  M.  Pomme ,  Journal 
encyclop.  mois  de  Juin  1771 ,  page  463. 

(6)  Recueil  des  pièces  du  procès  contre  les 
médecins,  &c.  in-S°  1771,  page  354. 

(c)  Journal  de  Médecine  ,  Tome  XXXIII  , 
pages  17  &  18.  lbld.  Tome  XXXVI ,  pages  326 
&  422. 


fço  Mémoire 

blés  même  ou  meurtrières  à  votre  compte, 
guériffez  avec  elle  ,  M.  Pomme,  des  aveu- 
gles, faites  marcher  les  boiteux,  détruifer 
les  vapeurs  &  n'en  donnez  point ,  reffuf- 
citez  les  morts ,  vous  ferez  le  coryphée  de 
l'art  :  de  votre  vivant,  l'univers  entier ,  in£ 
truit ,  quoiqu'un  peu  tard  ,  fera  fonner  la 
trompette  de  la  meflagere  de  Jupiter,  pour 
publier  vos  miracles  ,  vous  élèvera  des  au- 
tels ,  &  fera  votre  apothéofe.  ♦<  Oui  ,  dit 
M.  Pomme  magiflralement  (#) ,  je  rends 
la  vue  aux  aveuglés  ,  je  fais  marcher  les 
boiteux  ,  je  guéris  les  démoniaques  ,  je 
reffufcite  les  morts ,  &  j'apprends  à  l'uni- 
vers la  manière  d'opérer  des  merveilles.» 
Je  conviens  avec  M.  Pomme  qu'on  doit 
nousfoupçonner  d'intérêt  local  :  il  demeure 
à  Paris ,  moi  à  Bourbonne  ;  mais  le  public 
févere  &  attentif,  qui  aura  daigné  nous  fui- 
vre  6k  nous  démêler  ,  nous  pénètre  :  fi 
nous  fommes  coupables ,  il  y  a  entre  lui 
6c  moi  un  intervalle  immenfe.  A  Paris,  à 
Londres ,  Rome ,  Vienne ,  les  honneurs 
&  la  fortune  font  le  partage  des  hommes 
qui  fe  donnent  pour  extraordinaires, en  quel- 
que genre  que  ce  foit,  s'ils  font  affez  adroits, 
heureux ,  opiniâtres ,  enrreprenans ,  pour 
ébranler  en  leur  faveur  cette  malTe  informe, 

(*)  Journal  encyclop.  ci-ttefliis ,  pag.  ibid. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  191 
le  chaos  des  opinions  ;  (  M.  Pomme  eft 
convaincu  de  cette  vérité  (#).)  Ambitieux 
ou  non  ,  je  ne  puis  faire  l'aigle  ou  l'Icare, 
Vur&o  daturus  nomina  Ponto  ;  ma  fphère 
eft  trop  étroite  ,  ifolé  ;  toute  efpece  de  tra- 
vail &  de  condition  conforme  à  mon  goût 
&  à  mon  état,  eft  mon  bonheur  :  les  hon- 
neurs &  l'opulence  ne  furent  &  ne  feront 
jamais  pour  moi  ;  il  ne  me  refte  que  le  fté- 
rile  avantage'  d'avoir  redreffé  mon  adver- 
faire  ,  qui  n'a  rien  biffe  en  arrière  ,  fi  ce 
n'efl:  mes  obfervations ,  pour  m'échapper  ; 
qui  même  a  eu  befoin  ici  &  y  a  trouvé  un 
protecteur  ,  qu'il  a  été  auffi  aifé  de  confon- 
dre (£),  que  difficile  à  M.  Pomme  d'atta- 
quer deux  faits  qu'il  laifïe  intadb  ;  il  a 
voulu  les  morceler  pour  les  plier  &  les 
arranger  à  fa  manière  (c).    Il  fe  flatte  en 

(a)  Voyez  fon  nouveau  Recueil ,  page  3  3  3  ,  & 
la  note  au  bas. 

(£)  Journal  de  Méd.  Tome  XXXIII,  page  246; 
\ibid.  Tome  XXXVI ,  page  324. 

(c)  Pour  s'en  convaincre ,  voyez  la  Réponfe 
à  mon  Mémoire  ,  par  M.  Brun  foi-difant  ;  la  Let- 
tre de  M.  France  fur  l'Obfervation  de  mademoi- 
felle  Lange  ;  le  nouveau  Recueil  de  M.  Pomme, 

Îages  167,  168;  l'Obfervation  de  mademoifelle 
ange ,  inférée  dans  mon  Mémoire  ;  celle  de 
M,  Caziot  ;  la  Lettre  de  ce  dernier  à  M.  Pomme- 
Brun  :  que  l'on  compare  les  critiques  avec  les  deux 
faits  attaqués,  defquels  on  n'a  pu  mordre  le  fonds, 
«bfervajit  encore  que ,  quoique  l'on  dife  que  ma- 

N 


192  Mémoire 

vain  &  illufoirement  d'avoir  dans  M.  Ca- 
ziot  (a)  un  ami  qu'il  ne  connoiffoit  pas; 
jamais  il  ne  le  fera  ;  il  l'a  traité  vindicative- 
ment  &  avec  indignité ,  en  public  par  la 
Gazette  falutaire  ,  &  en  particulier  par  let- 
tres miffives.  Tous  les  efforts  rhétoriciens 
de  M.  France  ne  peuvent  réalifer  cette 
chimère  (£).  Bon  gré,  malgré,  M.  Pomme 
prend  &.  donne  aux  chofes  &  aux  perfon- 
nes  telle  forme  qu'il  lui  plaît. 

Fiet  aper ,    modo  avis ,  modo  faxum  ,   &  quùm 
volet  arbor, 

»  M.  Chevalier,  dit  M.  Pomme  (c),  n'a 
»  pu  voir  avec  indifférence  que  j'interdi- 
»  fois  les  eaux  thermales  à  la  plus  grande 

m  ■ 

demoifelle  Lange  n'a  fait  qu'une  faifon  de  nos 
eaux ,  il  n'eft  pas  moins  vrai  qu'elle  en  a  fait  deux, 
l'une  fur  les  lieux ,  l'autre  à  CoifTy,  village  diftant 
d'une  lieue  ;  que  je  ne  lui  ai  jamais  porté  de  mé- 
decines ,  ni  n'en  ai  reçu  de  payement ,  puifque  je 
ne  tiens  pas  de  drogues ,  mais  bien  M.  Aubertin , 
apothicaire ,  qui  les  lui  a  fournies. 

Il  eft  étonnant  que  ceci  étant  connu  de 
M.  Pomme ,  comme  je  fuis  en  état  de  le  lui  prou- 
ver par  une  de  fes  Lettres ,  il  ait  ofé  mettre  la 
note  qui  fe  trouve  au  bas  de  la  page  158  de  fon 
Recueil.  D'après  ces  infidélités  ,  il  fera  aifé  au 
public  de  nous  juger. 

(a)  Recueil  des  pièces  du  procès  ;  par  M.  Pom- 
me, 177 1,  page  160. 

(b)  lbid.  page  169. 

(c)  lbid*  page  14&. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  19$ 
»  partie  de  ceux  qui  ont  coutume  d'y  avoir 
»  recours.  Comment,  a-t-il  dit,  je  ne  verrai 
»  plus  à  Bourbonne  de  vaporeux  ni  de 
»  vaporeufes  !  Que  deviendront  nos  eaux 
»  &  nos  boutiques  ?  L'arrêt  eft  trop  fu- 
»  nefte  ;  il  faut  en  appeler,  &c.»  Tel  peut 
être  mon  intérêt  local  ;  &  moi  je  dis  : 
«  M.  Pomme  n'a  pu  voir  avec  indifférence 
que  les  eaux  de  la  Seine  ne  tenoient  pas 
lieu  des  eaux  thermales  à  la  plus  grande 
partie  de  ceux  qui  ont  coutume  d'y  avoir 
recours.  Comment,  a-t-il  dit,  il  faut  auffi- 
tôt  les  profcrire  !  Que  deviendraient  mon 
racornifTement  &  ma  méthode  ?  Il  faut 
faire  priver  &  refter  à  Paris  les  vaporeufes 
ck  les  vaporeux  ;  il  faut  pour  cet  effet  faire 
le  procès  aux  plus  grands  médecins  ;  il  faut 
que  je  m'élève  au-deffus  de  cette  fecle  per- 
verfe  qui  n'entend  pas  fon  profit  :  je  veux 
l'anéantir  ,  &  tous  les  malades  qui  n'iront 
point  aux  eaux  feront  les  miens.»  Si  je  ne 
me  trompe  ,  nos  perfpecYives  font  bien 
différentes  pour  le  lucre  ;  les  miennes  fï 
minces  ,  &  celles  de  M.  Pomme  û  vaftes, 
ne  font  point  comparables  ;  Bourbonne  ÔC 
Paris  !  Que  d'or  dans  tes  eaux ,  Seine  !  les 
riches  bordent  tes  rives  ;  &  ton  miniftre  au 
milieu  d'eux  ,  difpenfe  tes  grâces  aux  va- 
poreux comme  à  ceux  qui  croient  l'être, 
même  à  bien  d'autres.  Tel  peut  être  l'in- 
iciêt  local  de  M,  Pomme. 

Nij 


194  Mémoire 

Je  ne  puis  finir  fans  citer  encore  la  fièvre- 
ouarte  :  l'eau  de  Seine  ne  la  guérit  pas  ; 
les  malades,  brûlans  dans  leurs  accès,  la  boi- 
vent abondamment ,  &  n'en  font  pas  plus 
avancés  :  les  eaux  de  Bourbonne,  modéré- 
ment adminiftrées ,  la  guérifîent  :  ce  con- 
trarie eft  victorieux ,  &  doit  en  impofer  2 
M.  Pomme ,  ou  rien  n'en  eft  capable. 

Vim  qui  inferre  parât ,  cupïdus  certufquc  nocendi  , 
Frujlrà  illum  ratione  premas ,  aut  jure  refellas. 

Je  crains  d'excéder ,  avec  M.  Pomme  , 
le  le&eur  ;  ôk  je  profite  d'un  avis  qu'il  au- 
roit  dû  fuivre  plutôt  :  un  malheur  général 
des  écrits  produits  par  les  conteftations , 
c'eft  qu'il  ne  font  pas  aufîï  intérefTans  pour 
le  public  que  pour  les  deux  adverfaires  : 
le  cenfeur  croit  n'avoir  jamais  afTez  cen- 
furé  ;  il  relève  jufqu'à  des  minuties  :  l'au- 
teur attaqué  veut  faire  face  à  tout  ;  il  s'en- 
gage ainfi  dans  des  détails  fi  particuliers 
ck  fi  perfonnels ,  qu'on  y  devient  infenfî- 
ble ,  quand  la  conteftation  dure  trop  long- 
fems. 

On  ne  peut  méconnoître  M.  Pomme 
dans  ces  fages  réflexions  de  l'hiftorien  de 
l'académie  ,  malgré  lefquelles  M.  Pomme, 
après  avoir  rempli  cent  foixante-feize  pa- 
ges i/z-8°,  fe  reprolonge  jufqu'à  quatre 
cents  trente-deux  ,  &  finit  par  une  réponfe 
de  Mad,  Pécauld ,  de  laquelle  il  fe  fait  un 


sur  les  Eaux  t>£  Bôurbonne.  19^ 

trophée ,  bien  qu'après  après  avoir  été  fça- 
vamment  difcutée  par  M.  Laugier  (a)  ,  on 
y  ait  reconnu  un  roman  mal  ourdi ,  con-. 
tradicloire ,  ridicule  &  faux  (£). 

Corollaire. 

De  tous  ces  faits  qui  ont  pour  eux  l'au- 
thenticité médicinale  ,  parce  qu'ils  font  avé- 
rés &  bien  connus ,  expofés  fans  détours 
&  fans  fafte,  avec  les  détails  juftes  qu'exi- 
gent des  mémoires  &  des  obfervations  po- 
lémiques ,  qui  n'auroient  peut-être  jamais 
vu  le  jour ,  û  mon  adverfaire  n'eût  été  l'a- 
greffeur,  ne  m'eût  provoqué  plus  d'une 
fois  avec  dureté  ,  fans  m'avoir  répondu  , 
il  réfulte  que  nos  eaux  conviennent  mieux 
que  l'eau  commune  aux  affections  fpafmo- 
diques  ,  vaporeufes  &  hypocondriaques  , 
même  à  l'épilepfie  fympathique  ,  non  cé- 
rébrale ;  aux  obftru&ions  des  vifceres  ; 
aux  maux  d'eftomac  chroniques  ;  aux  co- 
liques habituelles  &  récurrentes  ,  intefti- 
nales ,  hépatiques  ,  même  accompagnées 
de  calculs  biliaires  ;  aux  fièvres  lentes,  erra- 
tiques ,  intermittentes ,  même  précédées 
ou  accompagnées  d'embarras  dans  les  vifce- 
res ,  non  récentes ,  mais  opiniâtres  ;   aux: 

■i  '  1  1    1         1  1     m 

(a)  Journal  de  Médecine,  Tome  XXXVI^ 
depuis  la  page  32,  jufqu'à  la  page  6ç. 
(b}  lei(L  pages  422,  426  &  fuivantes. 

Niij 


i$6  Mémoire 

rhumatifmes  ,  fciatiques ,  même  goutteux  ; 
aux  dartres  non  invétérées  &c  comme  natu- 
ralifées  avec  nous  ;  à  la  gale ,  aux  maladies 
lymphatiques,  aux  tubercules  des  poumons, 
aux  ulcères,  aux  plaies  ;  à  la  foif  inextin- 
guible, non  inflammatoire,  aux  dérange- 
merts  ou  fupprefîions  des  régies. 

Il  y  a  fans  doute  d'autres  cas  où  elles 
conviennent ,  tels  que  les  pâles-couleurs , 
les  fleurs-blanches  non  habituelles,  les  épan- 
chemens  de  lait  ;  aux  premières  années  ou 
les  femmes  fédentaires  perdent  leurs  régies, 
les  difpofitions  apoplectiques  non  fébriles 
&  imbécilles  ;  les  paralyfies  étendues  ou 
partielles ,  comme  celles  d'une  main ,  d'un 
membre,  del'eftomac,  de  la  veffie,  delà 
bouche  ,  des  paupières  ,  des  parties  guttu- 
rales ;  la  goutte-fereine  ,  dépendante  de 
l'atonie,  obftruétion  ou  fparme  des  parties  ; 
l'afthme  humide ,  les  maladies  catarrales  , 
opiniâtres  ;  le  fcorbut ,  la  vérole  réfra&aire 
au  fpécifique  ,  qui  par  elles  réprend  fes 
droits  (<z)  ;  l'état  glaireux  des  reins  &  de  la 

(a)  Elles  n'ont  point  la  vertu  de  la  faire  éclore , 
ou  de  la  confirmer,  comme  on  le  dit  dans  un 
livre  nouveau  fur  les  Eaux  de  Saint- Amand  ;  on 
y  lit  encore  que  ces  eaux  ont  la  force  de  donner 
de  l'aclion  au  mercure  ,  de  le  dépêtrer  des  filières 
où  il  fe  feroit  embarrafle  en  les  revivifiant,  le  fai- 
fant  couler ,  &  traverfer  lui-même  en  fubftance 
les  pores  de  la  peau  où  on  le  ramafle  par  globnr 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  197 
veflie  ;  les  ankilofes  récentes  &  non  for- 
mées ;  les  fuites  fàcheufes  de  fractures  ou 
luxations,  l'anaemafe  ;  les  convalefcences  tar- 
dives, rebelles,  des  maladies  aiguës  ,  érup- 
tives ,  comme  fièvres  putrides  ,  milliaires , 
petite-vérole,  rougeole; des  inflammations 
des  vifceres  ;  des  dépôts  critiques ,  comme 

les,  dont  le  volume  pour  chaque  jour  eft  fpécifié 
par  certain  nombre  de  grains. 

Nous  n'avons  jamais  vu  de  ces  prodiges  dans 
notre  hôpital  militaire,  où,  en  tems  de  paix  comme 
en  tems  de  guerre ,  il  y  a  fans  comparaifon  plus 
de  malades  qu'à  Saint- Amand,  à  Barèges ,  Digne, 
pris  enfemble,  qui  paroiflent  n'être  que  des  écarts 
de  celui  de  Bourbonne,  qui  eft  un  centre  pour 
Jes  foldats  infirmes  ou  bleffés  qui  n'ont  pu 
trouver  ailleurs  guérifon  ou  foulagement ,  dans 
lequel  tout  obfervateur  attentif,  qui  veut  voir 
des  maladies  &  non  des  malades ,  peut  fuivre 
fans  préjugés ,  en  quelque  cas  que  ce  foit ,  les 
effets  utiles  ou  inutiles  des  eaux  thermales. 

Je  me  rappelle  encore  d'avoir  lu  un  livre  fur  les 
«aux  de  Barèges  ,  qui ,  prefqu'en  entier,  eft  fait 
pour  prouver  qu'elles  font  lithontriptiques  ou 
brifes-pierres  des  reins  &  de  la  veflie  :  ceux  qui 
en  ont  écrit  depuis ,  n'ont  ofé  la-deflus ,  même 
faire  une  aflertion.  Que  lit-on?  que  ne  lit- on  pas  ? 
J'en  fuis  ftupéfait  :  je  me  plaindrois  amèrement 
de  la  docilité  du  papier  ,  &  je  voudrois  être  Mu- 
fulman ,  fi  quelques  boni  livres  ne  me  dédom- 
mageoient ,  ne  me  fortifioient ,  ne  me  confo- 
Joient;  ou  je  ferois  Pyrrhonien ,  s'il  y  en  aToit 
de  bonne  foi. 

Niv 


19S  Mémoire 

parotides ,  éréfypèles ,  abcès  ,  vices  glan'3 
duleux ,  dartreux ,  pforiques  ;  la  confomp- 
tion ,  les  fuites  de  l'onanifme. 

Il  y  a  beaucoup  de  cas  où  elles  doivent 
être  profentes ,  comme  tous  ceux  qui  ten- 
dent à  l'inflammation,  qui  font  inflamma- 
toires ,  quelques  parties  qu'ils  occupent  ;  les 
hémorragies ,  de  quelque  nature  qu'elles 
foient  ,  fans  en  excepter  les  dyffenteries 
chroniques  ;  les  hydropifies  avec  épanche- 
ment  ou  infiltration ,  fi  elles  font  anciennes 
&c  confidérables  ;  ceux  où  le  Ioifir,  les  fîx 
chofes  non-naturelles  ,  la  convalefcence 
doivent  profpérer,  &c.  En  matière  de  fanté 
fur- tout,  l'inutile  &  le  nuifible  font  fynony- 
mes  ;  &  je  parte  très- volontiers  l'éponge  fur 
les  cas  déféfpérés,  pour  lefquels  il  efr.  mieux, 
félon  l'indication  ,  d'agir  que  d'être  oifif , 
quoique  le  fuccès  foit  fi  douteux,  qu'il  fe  ré- 
duit conftamment  à  la  tentative  la  plus  fa- 
tigante &  la  plus  ingrate. 

Ce  n'eft  que  dans  un  Traité  des  eaux 
thermales ,  que  l'on  trouvera  à  quoi  les  nô- 
tres font  bonnes ,  quand  elles  font  utiles  ou 
nuifibles  ;  on  n'en  a  que  des  idées  vagues, 
trop  générales  ;  il  n'y  a  que  quelques  fça- 
vans ,  qui  ne  fe  rencontrent  pas  aifément , 
qui  prennent  la  peine  de  les  claffer;  ce  qui 
fut  entrepris  par  l'Académie  des  Sciences  , 
donnant  aux  unes  la  préférence  fur  d'autres, 


sur  les  Eaux  deBourbonnf.  T99 
jprefcrivant  celles-ci ,  prefcrivant  celles-là 
avec  toute  l'attention  qui  eft  due  au  mal , 
&  au  moyen  de  le  combattre. 

Il  faut  que  fur  un  Traité  des  eaux  mi- 
nérales on  foit  bien  en  arrière,  puifque 
M.  Roux  s'explique  ainfi  en  faifant  l'extrait 
du  Précis  fur  ces  eaux ,  par  M.  le  Roi  (a)  : 
»  Je  ne  craindrai  point  d'avancer  qu'en  ce 
»  genre  il  n'exifte  aucun  ouvrage  propre  à 
»  éclairer  les  médecins  fur  la  véritable  com- 
»  pofition  des  eaux  minérales  &  fur  la  ma- 
»  niere  de  les  employer;  ainfi  je  ne  puis 
»  qu'exhorter  les  lecteurs  à  méditer  ce  petit 
»  ouvrage ,  dans  lequel  tout  eft  également 
»  précieux  6k  important.  » 

Il  n'eft  pas  moins  vrai  que  l'obfervation 
clinique  fera ,  fur  ces  eaux ,  la  bouflble  d'un 
Traité  qui  en  méritera  le  nom  ;  &  je  fe- 
rois  heureux  fi  les  faits  que  j'ai  raffemblés, 
qui  font  récents ,  qui  ne  feront  point  per- 
dus ,  y  contribuent.  Le  Journal  de  Méde- 
cine, dans  lequel  il  y  a  &  il  y  aura  tou- 
jours à  puifer ,  eft  peut-être  la  feule  collec- 
tion qui  puifte  perfectionner  la  pratique, 
temporis  Jîlia,  en  produifant  des  écrits  di- 
vers ,  quelquefois  critiques,  qui  n'ont  que 
la  même  fin ,  que  la  fagacité  fçait  évaluer 
ce  qu'ils  font,  &  pas  plus  :  au  moins  c'eft 

(a)  Journal  de  Médecine,  Tome  XXXVI ^ 
page  407, 


200  Mémoire 

la  plus  répandue  ;  &  ,  tant  qu'elle  fera  ce 
qu'elle  eft ,  on  doit  efpérer  que  par  laps  de 
tems  on  parviendra  à  une  connoiffance  des 
eaux  &  des  remèdes ,  plus  îure  &  plus  lu- 
mineufe  que  par  le  paflé. 

Boerhaave,  qui  apprendra  à  M.  Pomme 
ce  que  c'eft  qu'une  fe&e  en  médecine , 
hodle  libéra  ab  omni  fecid  coli  pote  fi  (a)  , 
eft  convaincu  que  les  ouvrages  périodiques 
les  ont  rectifiées  déjà  St  augmentées  (£). 
Ce  jugement  eft  antérieur  à  l'établiffement 
du  Journal  de  Médecine  en  1754,  qui  n'eft 
deftiné  qu'à  les  recueillir ,  les  renouveler  , 
fans  cefle ,  les  englober ,  les  rapprocher 
pour  qu'elles  foient  mieux  &  plus  fouvent 
montrées  de  différens  côtés  ;  ces  connoif- 
fances  jadis  languiïïbient  trop  en  naiffant. 

Toutes  les  expériences  analytiques  fur 
les  eaux  de  Balaruc  par  M.  le  Roi ,  font 
applicables  aux  eaux  de  Bourbonne  ;  & 
l'identité  de  leurs  effets  eft  d'autant  plus 
réelle  ,  que  leurs  principes  conftitutifs  font 
les  mêmes  :  il  faut  s'en  rapporter,  fur  ce 
double  objet ,  au  Précis  de  M.  le  Roi ,  fi 
ce  n'eft  que  nos  eaux  ne  contrarient  pas 
la  fiévre-quarte  avec  tumeur  au  foie  ou  à 
la  rate  (c).  Ces  eaux  (celles  de  Balaruc) 

(a)  Inflitut.  med.  prolegomen.    pag^7^ 

{b    Albert  Haller ,  ibid.  inlnftit.  page  4^. 

,    (c)  Journal  de  Médecine  ,  Tome  XXXVI , 

page  404. 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  iof 

diffèrent  en  outre  clans  l'adminirtration  par 
la  routine  du  pays,  comme  par  la  quantité 
de  fel  ;  Bourbon ,  qui  contient  le  même  fel , 
ne  peut  que  foiblement  leur  être  comparé 
pour  la  quantité  de  ce  principe  fenfible, 
caraclériftique  ck  invariable  ;  Barèges ,  Saint- 
Amand,  en  font  encore  bien  moins  dignes 
que  Bourbon ,  ck  même  ne  le  méritent 
point  du  tout. 

Si  on  envifage  nos  eaux  comme  purga- 
tives ,  on  les  boit  par  gradation ,  pendant 
neuf  jours ,  ou  plus ,  depuis  une  livre  juf- 
qu'à trois  &  quatre  communément;  comme 
altérantes,  on  les  donne  pendant  un  mois 
ou  plus ,  depuis  une  livre  jufqu'à  deux  au 
plus,  fouvent  moins,  félon  les  circonftan- 
ces  ,  qui  font  varier  très-fouvent  la  mé- 
thode. Nos  eaux  topiques  en  bains  tempé- 
rés ou  en  douches,  qui  le  font  moins,  s'em- 
ploient pendant  une  heure  au  plus  pour 
les  deux  exercices  qui  fe  continuent  con- 
jointement ou  féparément,  journellement, 
quelquefois  alternés  d'un  jour  de  boiiïbn, 
pendant  dix-huit  jours  ;  c'eft  ce  qu'on  ap- 
pelle ordinairement  une  faifon ,  qui ,  la 
boifïbn  y  comprife ,  dure  un  mois  ;  fi  l'on 
a  befoin  de  deux  faifons ,  elles  doivent  être 
intervallées  d'un  mois. 

Jamais  il  ne  s'agit  de  donner  aux  mala- 
des des  douze  livres  d'eau  par  jour,  pen- 
dant un  a.n  &  plus  9  de  l'eau  appefantie  en* 

*Nvj 


loi  Mémoire 

core  par  des  matières  animales,  gélatineufes 
alkalefcentes.  On  ne  fçait  s'il  y  a  des  poifons 
lents  ;  les  lavages  journaliers  de  M.  Pomme 
peuvent  en  tenir  lieu  :  s'il  y  en  a  qu'ils  épar- 
gnent ,  il  faut  les  congratuler  fur  l'excel- 
lence de  leur  complexion. 

Les  bornes  étroites  d'un  corollaire  nfe 
me  permettent  pas  de  parler  de  l'abus  de 
{es  humeclans  en  bains ,  qui  font  de  huit 
heures  par  jour;  fes  bains  font  proportion- 
nés par  leur  continuité  à  celui  d'une  boiflbn 
accablante  :  celle-ci  fappe  les  fonctions  fto- 
macales  &  vifcérales  ;  &  (es  bains  macèrent 
les  pores  cutanés ,  préparent  l'atonie  para- 
lytique de  leurs  bouches  ,  l'énervation  gé- 
nérale. L'air  eft  notre  élément ,  l'eau  celui 
des  poifTons  :  fi  elle  devient  remède  ,  l'abus 
&:  la  confufion  la  rendent  pire  que  le  mal, 
.Vite  je  me  fauve  avec  mon  Baglivi  : 

Conjiderandus  diligentijfimi  vetitriculi  &  digef- 
ùonum  flatus  &  naturel ,  qu<z  his  remediis  Jlatint 
proflernuniur ,  fi  vel  minima  in  eis  adfuerît  débi- 
litas ,  nec  ità  facile  impojlerùm  reflaurantur.  Facile 
tibi  concedo  falia  fanguinis  per  aquez  potum  dilui , 
fed  dilui  non  debent  cum  jaélurd  digeflionum  ac 
triumviratûs ,  in  quibus  longez  &  falubris  vitœfla- 
mina  nefluntur.  Stomacho  prias  profpioe  ,  deindi 
utere  tuis  dïluentibus.  Sed  vereor  ne  furdis  ca-^ 
namus. 

De   ufu  &  abufu  d'duentium.  Cap.  i£» 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  205 


LETTRE 

'De  M.  CAZIOT ,  premier  proffejfeur  de 
la  faculté  de  Droit  en  VUîiiverfité  de 
Reims  ,  au  fujet  de  ce  qui  le  concerne 
dans  la  féconde  Réponfe  de  M,  Brun 
à  M.  Ch  E  VA  LIER,  inférée  dans  le 
Journal  de  Septembre  dernier. 

Monsieur, 

Avec  les  deux  faits  que  je  poffede  în- 
conteftablement ,  6c  dont  je  vais  vous  faire 
part,  excité  par  votre  Note  au  bas  des 
pages  250,  259  de  votre  dernier  Journal, 
j'ai  cru  que  je  pouvois,  que  je  devois  même 
contredire  par  faits  la  dernière  des  aler- 
tions de  M.  Pomme-Brun,  page  262  du 
même  Journal  de  Septembre  1770. 

Le  premier  de  ces  deux  faits ,  d'une  va- 
leur infiniment  fupérieure  à  celle  du  fécond, 
c'eft  ma  fanté  actuelle ,  qui  fe  foutient  tou- 
jours bien,  continue  de  faire  l'admiration 
de  tout  Reims ,  qui  me  permet  de  mar» 
cher  prefque  continuellement ,  même  en 
pleine  campagne. 

Le  fécond  de  ces  faits ,  d'une  valeur 
moindre ,  c'eft  une  confultation  demandée 
à  bocca,  &c  reçue  par  écrit  :  en  voici  la 
copie  fans  la  moindre  altération, 


ao4  Mémoire 

»  La  paralyfie  imparfaite,  qui  occupe  le 
»  côté  gauche ,  eft  le  produit  de  l'engorge- 
»  ment  du  cerveau,  qu'un  fang  épais  a  pro- 
*  duit ,  d'après  une  difîîpation  extrême 
»  d'efprits  animaux ,  que  des  contentions 
»  d'efprit  ont  procurée.  On  eft  d'avis  d'y 
»  remédier  par  les  remèdes  fuivans  ,  qui 
»  font,  i 9  les  bains  &  la  douche  des  eaux 
»  de  Bourbonne  ,  pour  lefquelles  il  con- 
»  viendroit  que  M.  le  confultant  partît  tout 
»  de  fuite  ,  étant  déjà  tout  préparé  par  des 
»  eaux  de  Vichi ,  qui  l'ont  très-évacué. 

»  z°  Les  bouillons  de  vipère  ,  que  l'on 
»  fera  avec  demi-livre  de  veau ,  la  moitié 
»  d'une  vipère  ,  la  chicorée  ,  l'aigremoine 
»  &  le  creiïbn.  30  Les  bols  fuivans  :  Pre- 
»  nez  dix  grains  de  poudre  de  guttete  ;  au- 
»  tant  de  racine  de  valériane  en  poudre , 
»  incorporés  avec  fuffifante  quantité  de 
»  fyrop  d'œillet ,  dont  on  fera  trois  pilules 
»  que  le  malade  prendra,  tous  les  matins ,  à 
»  jeun ,  avalant  par-deflus  une  taffe  d'infu- 
»  fion  de  citronelle. 

»  40  On  purgera ,  de  tems  en  tems ,  avec 
»  des  minoratifs  :  le  régime  doit  être  doux. 
»  Le  malade  évitera  la  falure,  l'épicerie, 
»  tout  aliment  de  haut-goût ,  boira  le  vin 
»  bien  trempé  ;  mais  il  fera  de  l'exercice  , 
»  6k  quittera  abfolument  le  cabinet.  Déli- 
»  béré  à  Paris,  le  27  Août  1768. 

Signé  *PQû«viE  ,  ipidecin- confultant.  du  rçî^ 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  20$ 

P.  S.  »  la  faignée  ,  que  l'on  propofe  , 

»  nous  paroît  très-contraire  ,  pour  ne  pas 

>»  dire  meurtrière,  attendu  l'appauvriffement 

»  du  fang  &  des  efprits  animaux.  » 

Quoique  M.  Chevalier ,  chirurgien ,  que 
je  ne  connois  pas ,  ait  rendu  publiques , 
(ans  nous  en  dire  un  mot ,  la  Lettre  de  ma 
femme  &  la  mienne ,  écrites  à  M,  Juvet  , 
médecin  ;  quoiqu'il  y  ait  laiffé  lui-même 
©u  du  moins  occafionné  des  négligences  , 
comme  //  ne  faut  plus  défefpérer ,  fans  ces 
mots ,  de  perfonne ,  ou  de  qui  que  ce  foit  ; 
quoiqu'on  m'y  ait  attribué  une  attaque  d'a- 
poplexie ,  &  des  convulfions  que  je  n'ai 
jamais  éprouvées;  malgré,  dis-je,  ces  pe- 
tits griefs  dont  j'ai  fait  depuis  peu  un  re- 
proche plus  badin  que  férieux  à  M.  Juvet , 
je  vous  avoue,  Monfieur,  que  je  m'ai  pu 
lire  patiemment  la  double  Réponfe  de 
M.  Pomme-Brun  à  M.  Chevalier.  En  effet, 
comment  un  grand  maître ,  qui  veut  ap- 
prendre que  tout  agrejfeur,  quel  qu'il  foit  , 
ne  doitfe  préfenter  qu'avec  des  armes  sûres  , 
s'il  veuc  s'épargner  la  honte  de  fe  voir  ré" 
futé  par  lui-même,  peut-il  ne  pas  craindre 
pour  foi-même  la  punition  dont  il  menace 
les  autres  ?  lui  fur-tout ,  qui  a  la  hardiefîe  de 
nier  la  vérité  de  deux  Lettres  conjointes  , 
&  très-affirmatives,  d'un  rétabliflement  aufli 
réel  que  la  lumière  du  midi.  Cet  amateur 
fcrupuleux ,  ce  grand   lerutateur  de  faits 


ao6  Mémo  i  r  ë 

vrais ,  nous  prétend-il,  ma  femme  &:  moi,' 
ou  des  perfonnages  fuppofés ,  mafqués  à  fa 
manière,  ou  desimpofteurs  impudens?  Le 
choix  lui  eft  auflî  indifpenfable  que  Tune  & 
l'autre  alternative  lui  reftera  peu  honorable. 

Je  vous  avoue  tout  franchement ,  Mon- 
fieur,  que  je  ne  conçois  rien  à  ce  pur 
aflemblage  de  mots  :  Une  maladie  qui 
n'eft  connue  que  par  deux  confultations , 
(données,  fans  doute,  par  M.  Pomme,) 
ck  dont  le  fait  eft  pour  le  même  de  nulle 
valeur  ;  ma  maladie ,  expreflement  citée  j 
tout-à-fait  inconnue  :  quoi  !  tout-à-fait , 
môme  après  la  le&ure  du  Journal  critiqué  , 
et  malgré  la  confultation  ci-jointe  ?  En  vé- 
rité, Monfieur,  ceci,  qui  ne  tient  point 
au  fond  de  la  fcience  de  médecine ,  &  dont 
je  puis ,  par  conféquent ,  raifonner  par  le 
feul  bon  fens  ;  oui  ceci  eft  bien  difficile  , 
pour  ne  pas  dire  impoflible  ,  à  croire.  Mais 
le  vrai  eft  que  ceci  étoit  avantageux  à  la 
façon  de  penfer  &  d'attaquer  de  M.  Pomme- 
Brun,  qui  avoit  ofé  dire  :  Préfente^-nous  des 
faits  de  meilleure  valeur. 

Si  l'expofé  de  ma  maladie  avoit  fait  fur 
ce  médecin  la  moitié  de  l'imprefTion  qu'a 
dû  faire  fur  moi  fon  pronoftic  de  la  faignée 
meurtrière ,  mon  article  dans  le  Journal  lui 
auroit  été  plus  préfent.  Maigre  cet  inquié- 
tant pronoftic  ,  j'ai  cédé  à  l'avis  preflant 
pour  la  faignée  du  pied  ?  fans  qu'il  m'en 

ibit 


sur  les  Eaux  de  Bourbonne.  207 

Toit  arrivé  la  deftruétion  fubite  de  mon  in* 
dividu  à  l'ouverture  de  la  veine  :  Itct  pm~ 
dix c rat t  non  ab  ilice  cavd,  mais  ofe  di- 

fmo' 

Ces  faits,  celui  du  pronoftic  mis  à  part,1 

(car  touthomme  peut  le  tromper,)  ces  faits, 
réunis  aujourd'hui  contre  l'enflure  des  affer- 
mons de  M.  Pomme-Brun ,  prouvent  bien 
qu'il  ne  fait  point  ufage  du  précepte  qu'il 
donne  à  tout  aggreffeur;  &  que ,  faute  de 
cette  fage  précaution,  il  écrit  au  moins  inr 
confidérement ,  &  cela ,  par  la  feule  ÔC 
même  raifon  qui  paflîonne  ck  aveugle  pres- 
que tous  les  hommes  ;  je  veux  dire  l'amour- 
propre  ,  ou,  Ce  qui  eft  la  même  chofe,  le 
trop  grand  attachement  d'un  chacun  à  (a 
propre  opinion  ,  même  la  plus  (inguliere  , 
laquelle  rejette  tout  contraire,  perfonnes  & 
chofes,  &c  admet  avidement  toute  appa- 
rence favorable,  par  exemple,  la  Lettre  de 
M.  France. 

Vrai  Palémon  dans  toutes  les  difputes  de 
chofes  entre  MM.  Pomme  &:  Chevalier,  je 
ne  puis  m'empêcher  de  dire  que  l'applica* 
tion ,  par  P.  S.  du  vers  de  Phèdre , 

Inops  y  pctentitn  dkm  vulî  imitari ,  périt. 

doit  paroître  à  tout  lecteur  impartial,  d'une 
morgue  infupportable ,  fur-tout  de  la  main 
&  à  la  gloire  unique  du  réaggrefleur,  pré- 
cepteur même,  fur-tout  après  votre  dernier 

Q 


208  MÉMOIRE,    Sec; 

■  Nota ,  Monfieur  ,  dont  la  bonne  foi  eft  bien 
plus  utile  à  vos  lecteurs,  qu'agréable  au 
perfonnage  démafqué. 

Je  m'apperçois  que  ma  Lettre  eft  deve- 
nue bien  longue  :  je  la  crois  pourtant ,  fauf 
famour-propre ,  pUnam  diccndls. 

J'ai  l'honneur  d'être ,  &C. 


ssri  4^g  âv^  r^ 


V 


DESCRÏPT.  TOPOGRAPHIQUE,  &C.  209 


N& 


DESCRIPTION  TOPOGRAPHIQUE 

DE      BûURflONNE ; 

Antiquité  de   fes  Eaux, 

PO  U  R  mettre  les  étrangers  à  portée  de 
connoître  oùBourbonne  eft  ntué,  lors- 
qu'ils feront  dans  la  néeeffité  d'y  venir  ;  je 
Vais  terminer  ce  Mémoire  par  une  courte 
defcription  topographique  de  cet  endroit, 
par  quelques  petites  notes  fur  (es  fources 
minérales  ,  ck  leur  antiquité. 

Bourbonne-les-Bains ,  petite  ville  de 
France ,  célèbre  par  fes  eaux  minérales ,  efl 
fituée  en  Champagne ,  dans  le  Baffigni  t 
élection  de  Langres ,  généralité  de  Châ- 
Ions,  à  fept  lieues  de  cette  première  ville  , 
foixante-dix  de  Paris,  vingt  de  Nancy,  & 
dix-huit  de  Befançon  ,  confinant  avec  la 
Lorraine ,  le  comté  &  le  duché  de  Bour- 
gogne ,  formant  un  double  vallon  ,  dont 
l'un  au  fud,  &  l'autre  au  nord.  Celui-là, 
traverfé  par  le  ruifleau  de  Borne ,  qui  a  fa 
pente  de  l'oued  à  l'eft,  réunit  toutes  les 
fources  minérales ,  difperfées  en  trois  en- 
droits ,  à  quelque  diftance  les  unes  des  au-4 
très.  La  principale  appellée  la  fontaine ,  ÔC 
autrefois ,  fuivant  Jean  le  Bon ,  médecin 
François ,  la  Mâtrdle  ou  la  Ma/elle,  &  en- 
fuite  la  Saint- Antoine ,  eft  un  puits  quarré 
de  deux  pieds  fix  pouces  d'une  face,  de 

Piij 


2io  Description  topographiqui 
cinq  pieds  de  l'autre,  &  de  iix  de  profon- 
deur ,  enfermé  aujourd'hui  dans  un  bâti- 
ment conftruit  à  l'imitation  des  temples 
qu'on  élevoit  jadis  à  la  déefte  Higie  ,  ou 
Higée.  Elle  eft  fi  abondante,  qu'elle  peut 
fournir  jufqu'à  deux  cents  tonneaux  d'eau 
par  jour  ,  fans  diminution  trop  feniible.  Sa 
chaleur  eft  iî  grande,  qu'elle  déplume  la  vo- 
laille &  dépile  les  quadrupèdes  :  elle  eft  de 
cinquante-cinq  degrés  au  thermomètre , 
félon  Reaumur.  Sa  faveur  eft  falée,  fon 
odeur  fulfureufe. 

A  quarante-cinq  pas  de  la  fontaine ,  eft 
un  vafte  bâtiment ,  dans  lequel  font  renfer- 
més deux  beaux  ck  grands  baffins ,  féparés 
par  une  cloifon  verticale,  pour  l'aifance  ck 
la  commodité  des  baigneurs.  Le  premier, 
du  côté  de  la  fontaine ,  eft  une  fource  na- 
turelle très-abondante  ,  dont  l'eau  contient 
les  mêmes  principes  ck  dans  les  mêmes  pro- 
portions que  celle  du  puits;  il  étoit  ci-de- 
vant appelé  le  grand  bain.  A  quinze  pieds 
au-deflbus  de  celui-ci,  en  eft  un  autre,  fourni 
par  un  conduit  de  la  fontaine,  divifé,  il  y 
a  quelques  années ,  en  deux,  par  un  mur  de 
féparation  qui  faifoit  porter  au  plus  voifin 
du  grand  bain ,  le  nom  de  bain  dufeigneur 
ou  des  pauvres  ,  ck  à  l'autre  celui  de  bain 
doux.  L'un  ck  l'autre  de  ces  baffins  font  fé- 
parés aujourd'hui  par  une  cloifon  ,  fuivant 
la  longueur  du  bâtiment,  aux  extrémités 
orientale  ck  occidentale  duquel  on  a  pra- 


DE      BOURBONNE.  III 

tiqué  de  petits  cabinets  pour  !a  décence  des 
baigneurs.  Dans  l'eipace  intermédiaire  de 
ces  deux  baffins ,  il  y  a  une  belle  fontaine 
d'eau  commune. 

En  defcendant   à   quarante-cinq   toifes 
à  l'orient  de  ces  baffins ,  on  en  voit  en- 
core un  autre  de  fource  naturelle,  conte- 
nant auffi  les  mêmes  principes  &  dans  les 
mêmes  proportions  que  les  deux  premières 
fources,  (d'où  l'on  peut  inférer  qu'elles  ont 
une  même  origine,)  appelle  depuis  un  très- 
grand  nombre  de  fiécles,  le  bain-patrlu  , 
nom  qui  lui  a  été  donné ,  au  rapport  de 
Jean  le  Bon  ,  médecin  ,    par  un  patricien 
Romain,  qui ,  étant  incommodé  d'une  pa- 
/ralyfie  univerfelle ,  y  fut  guéri.  De  retour 
à  Rome,  C.  Jatinius  ,  inftruit  de  fa  gué- 
rifon,  y  fit  auffitôt  conduire  fa  fille  nom- 
mée Coci/le,  attaquée  d'une  femblable  ma- 
ladie, de  laquelle   elle  guérit  également; 
en  reconnoiflance  de  ce  fuccès,  il  fit  re- 
construire  ce  bain ,  qui  auparavant  n'étoit 
qu'une  efpece  de  mare  ,  affectée  feulement 
aux  maladies  de  la  peau  ,  édifier  un  fuperbe 
bâtiment  avec  des  galeries  joignant  une  fa- 
illie, que  les  malheurs  Se  l'injure  des  tems 
ont  détruite  ,  &  placer  une  infeription  vo- 
tive dans  un  temple  élevé  en  l'honneur  de 
la  divinité  qui  préfidoit  aux  thermes.  Cette 
infeription,  qu'on  voit  aujourd'hui  dans  un 
mur  de  la  fontaine  ,  fut  trouvée  dans  les 
feuilles  que  l'on  fit  lors  de  la  conftructioa. 

Oiij 


in  Description  topographique 

de  l'ancien  château  de  Bourbonne ,  fous 
Terdebert  6k  Thiery,  fur  la  fin  du  fixieme 
jfiécle ,  fur  les  ruines  du  temple  du  dieu 
Vrvo  &  de  la  déefle  Orvonne ,  Se  tranf- 
portée  alors  fur  une  face  de  fon  donjon  ;  de- 
là ,  après  l'incendie  générale  de  Bourbonne 
en  17 17,  fur  un  mur  de  la  cuverie  du  nou-» 
veau  bâtiment,  puis  dans  l'endroit  où  elle' 
eft  préfentement.  En  creufant  un  puits  dans 
l'enceinte  de  ce  château  ,  on  tira  des  dé- 
combres deux  ftatues  de  marbre  blanc  un 
peu  mutilées ,  que  l'on  a  foupçonnées  être 
celles  de  ces  divinités. 

Cette  infcription,  rapportée  dans  plufieurs 
Traités  qu'on  a  donnés  au  public  fur  les 
eaux  de  Bourbonne ,  &  par  D.  Calmet  dans 
celui  qu'il  a  écrit  fur  les  eaux  de  Plombiè- 
res; enfin  par  M.  Dunod  dans  fon  Hiftoire 
des  Sequanois,  Tome  Ier,  page  211,  &ç 
dans  fes  nouvelles  Obfervations  de  fonHif- 
toire  de  l'Ëglife  deBefançon,  Tome  II, 
page  5  14 ,  lahTe  encore  appercevoir  bien 
des  inexactitudes  qui  lui  ont  fait  donner, 
&  qui  peuvent  encore  lui  faire  donner  un 
fens  différent  de  celui  qu'elle  doit  avoir. 
La  copie  prife  fur  les  lieux  en  1761  ,  par 
M,  Gauthier  de  Montdorge  ,  &  communi- 
quée la  même  année  à  M,  Gilbert  du 
Voifin  ,  de  l'académie  des  Belles-Lettres  ck 
ïnfcriptions  de  Paris ,  n'en  paroît  pas  même 
exempte  à  la  fixieme  ligne;  il  écrit  Cociliœ, 
$£  on  y  lit  Cocillœ  :  enfuite  de  la  troifieme 
lettre  un  peu  mutilée  à  la  feptieme  ligne ,  il 


»e  Bourbon  ne.  zi$ 
obferve  que  le  figne  qui  la  fuit  eft  en  forme 
de  9 ,  tandis  qu'il  eft  en  forme  de  6  ;  il  né- 
glige encore  l'omiflion  de  la  barre  fupérieure 
au  T  dans  voto,  qui  eft  gravé  VOIO. 
Ces  petites  inexactitudes  feroient  au  moins 
connoître  qu'il  y  a  du  plus  de  négligence 
de  la  part  du  graveur  que  de  celle  de  Fau- 
teur. On  lit  donc  cette  infcription  de  la 
manière  qui  fuit ,  &  telle  qu'elle  eft  exac- 
tement fur  la  pierre  : 


OKVONI  < 

INI  V5-.RO 

MKNVS+1N 
GaPRO  SAW 


ï  14  Description  topographique 

Voici  comme  elle  a  été  diverfement  pré- 
fentée  au  public  : 

Borboni  thermarum  ,  Deo  Calatinius  Ro- 
manus  in  G  allia ,  pro  falute  Cocilice  uxoris 
ejus,  ex  voto  erexit. 

Borboni  thermarum,  Deo  Mammoncz  Ca- 
latinius Romanus  in  Galliâ  ,  pro  falute 
Cocilice  uxoris  ejus ,   ex  voto  erexit. 

Tomana  Caïus  Jatinius  in  Gallia ,  pro 
falute  Cocilice  ex  voto. 

M.  Dunod,  qui  eft  venu  fur  les  lieux  <, 
h.  rapporte  de  la  manière  fuivante  : 
Borvoni  To 
manœ. ,  C,  Ja 
tinius ,  Ro 
manus  ,   in 
G.   pro  falu 
e    Cociliœ. 

ex  voto. 
Il  eft  aifê  de  juger  que  tous  ceux  qui 
en  ont  parlé  jufqu'aujourd'hui  n'ont  point 
été  exacls  dans  le  fait ,  &  que  toutes  les 
interprétations  qu'ils  en  ont  données,  dont 
les  détails  feroient  auflî  longs  qu'ennuyeux, 
îie  le  font  pas  davantage. 

La  pierre  qui  porte  cette  infcription  pa- 
roît  avoir  été  taillée  en  forme  de  pilaftre , 
&:  pofée  en  faillie  ;  fa  furfaçe  eft  afTez  brute  ; 
fes  parties  latérales  polies  par  le  cifeau,  font 
çonnoître  qu'elle  n'a  jamais  été  jointe  à 
d'autres  pierres  qui  portaient  aucun  caraco 


de  Bourbon  ne.  215" 
tere  ;  d'où  ceux  qui  ont  préfumé  qu'on  de- 
voitlire  Borvoni  à  la  première  ligne,  faluu 
à  la  fixieme,  attendu  que  le  B  &  le  T  qui 
manquent  à  ces  deux  mots  dévoient  être 
gravés  fur  une  autre  pierre  jointe  à  celle- 
ci,  fe  font  trompés.  La  forme  du  pilaftre, 
plus  faillant  en  bas  qu'en  haut,  joint  à  fa 
largeur  égale  au-deftus  de  la  plinthe  ,  telle 
qu'elle  eft  repréfentée  ici ,  doivent  éloigner 
cette  fuppofition.  Le  pilaftre  porte  vingt-fix 
pouces  de  hauteur ,  fur  quinze  de  largeur 
jufqu'à  la  plinthe ,  qui  en  a  dix-neuf.  Ses 
caractères  font  très-bien  confervés ,  à  l'ex- 
ception de  quelques  lettres,  particulière- 
ment du  dernier  O  de  la  première  ligne  qui 
ont  été  mutilées  en  tranfportant  le  monu- 
ment fucceilivement  d'endroits  à  autres. 
Cependant  on  doit  croire  que  c'eft  un  O, 
parce  que  fon  contour  paroît  le  même  que 
celui  qui  forme  les  autres  O  dans  toute 
l'infcription  :  le  milieu  du  rond  de  PO  étant 
éclaté  ,  rend  ce  milieu  aufîi  creux  que  la 
circonférence  qui  le  termine  ;  &t  c'eft  au- 
jourd'hui plutôt  une  cavité  qu'une  lettre 
décidée. 

Les  lettres  en  font  diftinguées  par  des 
virgules  en  forme  de  triangles ,  qui  paroif- 
fent  avoir  été  brufquement  formées  par 
l'angle  du  cifeau.  Suivant  M.  Dunod  ,  fes 
caractères  paroiffent  du  troifieme  fiécle. 

M.  Gilbert,  du  Voiftn  obferve  que  l'os 


iï6  Description  TOPOGRAPrtiQUE 

miffion  du  7  dans  falute  à  la  fixieme  ligne  , 
eft  une  faute  du  graveur.  Celle  de  la  barre 
de  celui  de  voto  à  la  feptieme,  en  eft  cer- 
tainement une  auffi.  Il  ajoute  enfuite  qu'il 
faut  conferver  YOrvoni,  &  qu'il  n'eft  pas 
néceflaire  d'y  fuppléer  un  B :  il  eft  vrai, 
dit  il,  que  nous  appelons  aujourd'hui  ce  lieu 
Bourbonne  ;  mais  on  a  pu  y  ajouter  le  B 
depuis  parunemauvaife  prononciation;  ou, 
ée  qu'on  trouvera  peut-être  plus  apparent, 
continue-t-il,  le  dieu  Gaulois  Orvo  ,  (car 
c'en  étoit  un  fans  doute ,  )  s'appeloit ,  fui- 
vant  les  dialectes  du  celtique ,  Orvo ,  Vervoy 
Vorvo ,  Borvo  ,  &c.  d'où  vient  qu'Aimoin  , 
qui  écrivoit  en  103  1  ,  appelle  J^&rvona  le 
château  de  Bourbonne ,  confierait  fous  Ter- 
debert  &  Thiery,  fur  la  fin  du  fixieme  fié- 
cle,  comme  l'a  remarqué  M.  de  Valois,  au 
mot  Lingones,  page  280,  au  bas  de  la  deu- 
xième colonne,  &t  le  P.  Vigner,  Jéfuite, 
dans  les  Chroniques  de  Langres,  page  43. 
Cet  Orvoni,  Vcrvoni ,  Borvoni  ou  Vor- 
voni,  continue-t-il,  ne  feroit-il  pas  le  dieu 
dont,  au  rapport  de  Scaliger,  on  trouvoit 
le  nom  joint  à  celui  ftAbdllio  ou  Bdllio 
dans  quelques  infcriptions ,  &  que  les  uns 
■on  lu  Onana  ,  d'autres  Onvana?  Quoi  qu'il 
en  foit ,  ce  nom  fe  conferve  dans  celui  de 
plufieurs  lieux  où  il  y  a  des  fources  chau- 
des. Berv  ou  verv,  qui  fe  prononce  en  quel- 
ques endroits   overv  ck  •  orv  ,   dans  le  bas 


DE      B  OURBON  N  E.  117 

Breton,  que  les  fçavans  regardent  avec 
raifon  comme  un  refte  de  l'ancien  celti- 
que, lignifie  bouillant;  tom  once,  eu  un 
nom  indubitablement  compofé  des  mots 
celtiques  tom,  qui  veut  dire  chaud,  &  onœy 
qui  fignifie  fontaine ,  comme  le  prouve  ce 
vers  d'Aufonne  :  Divona  Celtarum  lingua 
fons  additc  divis;  &  même  on  a  encore 
cette  lignification  dansl'irlandois,  quicon~ 
ferve  plufieurs  mots  de  l'ancien  celtique. 

D'après  cette  diifertation ,  on  ne  peut 
pas  douter  que  cette  infcription  ne  foit  un 
vœu  adrefle  par  C.  Jatinius,  Romain,  au 
dieu  Vorvo  ou  la  déefTe  Vorvonne,  en  vé- 
nération dans  les  Gaules,  &  qui  préfidoient 
aux  fontaines  chaudes ,  en  reconnohTance 
de  la  guériibn  de  fa  fille  Cocille.  En  rap- 
prochant cette  infcription  de  la  note  fui- 
vante  ,  il  eft  confiant  qu'il  y  a  eu  autrefois 
un  temple  élevé  en  l'honneur  de  Vorvonne, 
déeffe  des  thermes,  &  évident  que  ce  lieu 
&  ces  eaux  font  de  la  plus  haute  antiquité. 

Elifatius  pagus  ab  el  jluvio  dicius  Jive 
Alfatia,  pmnominatorum  fratrum  régna  di- 
videbat.  Hanc  ut  Jibi  convenientiorem  inva- 
dit  Theodebertus  primo  confiiclu  fuperior. 
Ut  majoribus  collectis  copiis  ,  incautb  fu- 
perveniens  Tkeodericus  fratrem  viclum  in- 
fequitur  ;  &  comprehenfum  aviœ  Brunehildi 
tranfmittit  adnecem  anno  falutis  Ci  x  ,  quo 
Borbonienfe  caftrum,  infinibus  hingonum 


n8  Description  topographique 

conditum  aftruïmus,  eo  in  colle  ubi  Vorvo- 
nae ,  feu  Borbons  thermarum  dese  templum 
olim  (îeterat  (a).  Plufieurs  monumens  & 
tombeaux  trouvés  dans  la  forêt  de  Coiffy- 
le-Bas,  aune  lieue  de  Bourbonne  , appelée 
autrefois  le  cimetière  des  Sarajins  ,  rappel- 
lent également  l'antiquité  de  ce  lieu  &  de 
fes  eaux  :  les  ouvrages  que  l'on  a  reconnus, 
lors  de  la  reconftru&ion  des  bains  en  1763, 
pour  être  de  ceux  des  Romains,  le  fond 
du  baffin,  appelé  le  bain  doux ,  ainfi  que 
fon  pourtour ,  un  aqueduc  pour  la  dé- 
charge &  conduite  des  eaux,  &:  un  canal 
pour  la  féparation  des  froides ,  communes, 
d'avec  les  minérales,  étant  conftruits  en 
briques  d'un  pied  quarré,  fur  deux  pouces 
d'épaifTeur,  jointes  par  un  maftic  ou  ciment 
qui  leur  étoit  propre ,  (  &c  qui ,  n'étant  pas 
connus  de  nos  architectes  François,  ne  fait 
pas  honneur  aux  lumières  du  fiécle,)  con- 
firment cette  vérité.  Ce  fait  hiftorique  eft 
encore  appuyé  fur  les  reftes  d'une  ancienne 
chauffée  romaine  qui  fe  voit  à  l'extrémité 
de  la  rue  Vellonne ,  appelée  auparavant 
rue  Bellonne. 

On  a  voulu  faire  dériver  l'étymologie 
de  Bourbonne ,  de  bourbe-bonne ,  à  caufe 
de  l'ufage  que  l'on  fait  du  fédiment  ou  dé- 
pôt de  ces  eaux  en  forme  de  cataplafme, 

(a)  Chronc.  Un*,  e  Soc,  ?ef,  page  43» 


de    Bourbonne;        219 

fur  les  anciennes  cicatrices  qui ,  en  bridant 
les  parties  où  elles  font  fituées ,  en  gênent 
ou  empêchent  le  mouvement;  fur  les  par- 
ties froiflees  par  les  entorfes,  clétorfes,  frac- 
tures, luxations,  quelques  efpeces  d'anki- 
lofes  èk  de  tumeurs ,  (  feuls  cas  où  elles 
conviennent  ;  )  mais  il  paroit  plus  vraifem- 
blable  que  le  nom  de  Bourbonne  lui  eft 
venu  de  celui  de  la  déeffe  Vorvonne,  qui  , 
dans  la  fuite,  par  une  mauvaife  prononcia- 
tion ,  &  le  changement  de  XV  en  B,  comme 
on  l'obferve  encore  dans  certaines  provin- 
ces ,  a  été  appelé  Borvone,  &C  après  Bour- 
lonne ,  de  même,  par  celui  du  B  en  F,  on  a 
prononcé  rue  Vellone^  pour  rue  Bellonne. 
L'efficacité  des  eaux  de  Bourbonne  étant 
conftatée  dans  une  infinité  de  maladies 
chroniques,  où  les  moyens  les  plus  connus 
ck  les  mieux  adminiftrés  font  trop  lents  ,  ou 
fouvent  inefficaces,  ont  engagé  le  roi,  dont 
les  bontés  s'étendent  fur  tous  fes  fujets,  à 
faire  conûruire ,  en  1732,  un  hôpital  mi- 
litaire pour  y  envoyer  les  officiers,  bas- 
officiers,  foldats,  cavaliers  &;  dragons,  qui 
font  dans  le  cas  d'en  avoir  befoin.  Il  ne 
manque  à  un  fi  bel  établiiTement,  qu\me 
augmentation  de  bâtimens,  pour  pouvoir 
contenir  le  grand  nombre  de  ceux  qui  y 
arrivent  tous  les  ans  ,  afin  que ,  réunis  fous 
les  yeux  des  officiers  de  police  &  de  fanté, 
ils  puiffent  être  mieux  disciplinés  ck  pn^ 


210  Description  topographiqué 

fiter  également  de  ce  fecours.  Un  bain  d'une 
température  modérée  feroit  pour  ces  in- 
fortunés d'une  néceffité  auffi  indifpenfable , 
attendu  que  ceux  où  ils  font  obligés  de  fe 
baigner  le  trouvant  trop  chauds,  ils  ne  peu- 
vent y  refter  le  tems  fuffifant,  ni  employer 
les  bains  de  cuve  qu'on  pratique  chez  le 
bourgeois. 

Les  pauvres  malheureux  que  nous  voyons 
tous  les  ans  accablés  fous  le  poids  des  in- 
firmités &.  de  l'infortune,  avoient  porté 
des  citoyens  zélés  &  charitables  à  établir 
pour  eux  un  hôpital ,  en  vertu  de  lettres- 
patentes  du  roi  accordées  en  1701 ,  regif- 
trées  en  parlement  en  1705  ;  mais,  par  un 
contrafte  que  l'on  ne  peut  imaginer  ni  con- 
cevoir, ck  qui  peut-être  eft  fans  exemple, 
ces  hommes  vertueux  ont  été  contrariés 
dans  leur  entrepriie,  &  n'ont  eu  pour  prix 
&:  récompenfe  de  leur  zèle,  que  la  douleur 
de  voir  détruire  avec  une  forte  de  triom- 
phe un  afile  auffi  précieux. 

Bourbonne  eft  affez  vafte  &  renferme 
une  quantité  de  bâtimens  propres  à  rece- 
voir les  étrangers  ;  il  ne  lui  refte  ,  pour  leur 
procurer  de  la  diffipation  &  de  l'agrément, 
que  la  faculté  de  pouvoir  faire  une  pro- 
menade dans  fon  centre  qui  pût  leur  fervir 
de  point  de  réunion  ;  mais  fon  peu  de  re- 
venu, &  l'incendie  générale  de  1 7 1 7,  ayant 
-enveloppé  dans  f^s  fiâmes  la  majeure  par- 


DE      BOURBONNE;  221 

tîe  de  fa  fortune,  ne  lui  a  pas  encore  permis 
l'exécution  de  ce  projet. 

M.  Rouillé  d'Orfeuil ,  intendant  de  la 
province,  toujours  attentif  au  bien  des  peu- 
ples dont  le  roi  lui  a  confié  l'adminiftra- 
tion,  s'efr,  occupé,  ces  années  dernières, 
au  rétablirTement  de  fes  pavés,  & ,  par  une 
fuite  de  les  bienfaits ,  vient  de  faire  cons- 
truire une  promenade  près  la  fontaine. 
Occupé  fans  cerTe  du  bien  &  de  l'utilité 
publique ,  nous  efpérons  qu'il  voudra  bien 
nous  les  continuer ,  &  qu'il  ne  perdra  pas 
de  vue  un  endroit  qui  renfetme  un  dépôt 
auffi  falutaire. 


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-  X   XXX   X   X   X   X   X   X   X 


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p 


TABLE. 


rèfac É  ,  Page  iij 

Mémoire  &  Obfervations ,  $ 

Eaux  minérales  &  thermales  ,  ce  que  ceffc  ; 
elles  renferment  toutes  les  vertus  &  pro- 
priétés de  Veau  commune,  4 
Principes  contenus  dans  les  eaux  thermales 
de  Bourbonne,                   5,    168  &  169 
Sentimcns  de  MM.  Hubert,  Jacob  &  Thi- 
bault fur  les  eaux  de  B our bonne  ,'     12 
Première  Observation.  Suffocations 
hyflériques ,  accompagnées  de  mouvemens 
convulfîfs  &  fpaj modiques  dans  prefque 
toutes  les  parties  du  corps.                    I  5 

II.  Obs.  Paralyfie  avec  perte  de  fentiment 
dans  les  parties  affectées ,  &  xonvuljions 
confîdérables ,  16 

III.  OBs.  Hémiplégie  vaporeufe  ,  complette, 
avec  obfruclion  douloureufe  au  foie  ,19 

IV.  Obs.  Même  que  la  première  , 

V.  OBS.  Paralyfie  complette  des  extrémités 
inférieures ,  fuite  de  vapeurs ,  20 

VJ.  Obs.  Hémiplégie  légère,  fuite  d'une 
affection  hyfiérique ,  avec  obflruclion  au 
foie ,  21 

VVI1.  Obs.  Hémiplégie  précédée  de  mouve- 
mens fpaj modiques  ,  ibid. 

yin, 


f  A  B  L  E,  î2î 

VIII.  OBS.  Hoquet  imitant  Vaboyement , 
fuivi  d'une  hémiplégie  complet te  ,        22 

IX.  Oes.  Serrement  convulfif  à  la  gorge, 
fuivi  d'hémiplégie  périodique  ,  23 

X.  Obs.  Mouvemens  convulfifs  périodi- 
ques ,  fuivi  s  de  la  paralyfie  compktte  des 
extrémités  inférieures,  ibid. 

XI.  Obs.  Tenfion  fpafmodique ,  abdomi- 
nale, inteflinale,  hémorrhoidale  ,  &c.  314 

XII.  Obs.  Hémiplégie  complexe,  fuite  de 
douleurs  de  tête  &  de  mouvemens  fpaf- 
modiques  convuljifs  ,  25 

XIII.  Obs.  Hémiplégie ,  fuite  de  hoquets, 
fuffocations  ,  fpafmes  ,  foibleffes  ,         27 

XIV.  Obs.  Douleurs  feiatiques ,  invétérées 
&  atroces,  menaçant  de  paralyfie  les  ex- 
trémités inférieures ,  ibid. 

XV.  Obs.  Douleurs  feiatiques ,  femb  labiés 
a  celles  de  Vobfervation  précédente  ,  dont 
Vorigine  remontoit  à  quatorze  ou  quints. 
ans,  2g 

XVI.  OBS.  Hémiplégie ,  fuite  de  différens 
accès  de  vapeurs ,  fpafmes  univtzrfels,  de. 
crachemens  de  fang  terribles ,  plus  redot:- 
tables  que  les  afphyxies  ,  35 

XVII.  Obs.  Paralyfie  des  quatre  extrémités^ 
fuite  d'une  apoplexie  fympathique  de  fpaf- 
mes &  des  occupations  de  cabinet,    36 

XVIII.  Obs.  Obftruclion  au  foie,  après 
une  inoculation,  40 

XIX.  Obs.  Obfiruclion  au  foie,  avec  fié" 

P 


3tî4  TABLE. 

m ,  vomijfement  habituel ,  perte  des  ri» 
g/es  ,  ufage  des  eaux  de  Vichy,       41 

XX.  Obs.  Leucophlegmatie ,  fupprefjion  au 
foie  -,  j 'auniffe ;  fuites  d'une  fièvre  double- 
quarte ,  ibid. 

XXI.  Obs.  Objîruclion  à  la  matrice;  ufage 
des  eaux  de  Vichy,  ibid. 

Guérifon  d'une  colique  de  Poi- 
tou ,  minérale ,  43 

Analyfe  des  eaux  de  Plombiè- 
res, Bain  &  Luxueil;  par  M.  Monet,  46 

Sciatique  ancienne  ,  rebelle, 
accompagnée  de  mouvemens  convulfïfs 
fi  terribles  ,  que  le  malade  a  été  cru  épi- 
lep  tique  ,  48 

XXII.  Obs.  Paralyfe  fpafmodique  des  ex- 
trémités  inférieures  ,  avec  atrophie  &  mou- 
vemens convulfïfs,  64 

XXIII.  Obs.  Hémiplégie  fpafmodipue  , 
fuite  de  douleurs  de  tête ,  avec  perte  des 
facultés  de  Vame ,  &  jlrabifme  d'inégale 
hauteur  compliqué  ,  68 

XXIV.  OBS.  Paralyfe  prefque  univerfelle, 
fuite   de  mouvemens  fpafmodiques ,  ac- 

£ompagnée  de  diminution    des  facultés 
de  Vame  &  de  Jlrabifme,  71 

XXV.  Obs.  Hémiplégie  de  caufe  féche  & 
chaude ,  fuite  de  fièvre  inflammatoire  ,  7  3 

XXVI.  OBS.  Paralyfe  des  extrémités  in- 
férieures ,  dépendante  de  la  même  caufe 
qu$  la  précédente,  75 


TABLE.  iï< 

XXVII.  Obs.  Objlru&ion  au  foie ,  à  lit 
rate. ,  au  pancréas ,  au  méfemere  ,  <mc 
^/JleVre  /e/z/e ,  vomijfement  habituel  &  mou- 
vemens  fpafmodiques  ,  7  Ç 

XXVIII.  Obs.  Douleurs  de  tête,  frvomif- 
femens  fpafmodiques  y  79 

XXIX.  Obs.  Embarras  au  foie ,  fuppref* 
Jion  des  régies ,  &  vomiffemens  fpafmo* 

diques ,  80 

XXX.  Obs.  Engorgement  oedémateux  au 
bras ,  avec  fuppreffion  des  régies  &  mou*: 
vemens  fpafmodiques  ,  8  J 

XXXI.  Obs.  Douleur  d'ejlomac ,  accom- 
pagnée  de  vomijfement ,  dUtifle  &  d'ic- 
tère, By 

XXXII.  Obs.  Vomiffement  compliqué  des 
mêmes  fymptômes  que  ci-deffus  9  avec 
gonflemens  fpafmodiques  à  l'e/lomac,  86 

XXXIII.  Obs.  Vomiffement  hypocondria- 
que ,  87 

XXXIV.  Obs.  Hémiplégie  vaporeufe ,  com- 
pliquée du  phthiriajîs  ,  &  autres  fymp- 
tômes fingulierSy  89 

XXXV.  Obs.  Vapeurs  compliquées  du  bri- 
dement  de  la  mâchoire  ,  de  fpafme  des 
mufcles  du  cou,  quifixoient  la  tête  fur  les 
épaules ,  &  d'autres  accidens  graves,  9  J 

XXXVI.  Obs.  Tremblement  convulfifuni- 
verfel  9  accompagné  d'affbiblij/ement  pro- 
digieux de  la  vue,  d'érétifme  de  Feflomac 
&  des  inteflinsy  99* 


aie  TABLE. 

XXXVII.  Obs.  Colique  chronique ,  fîoma- 
cale  ,  Jlatueufe  f  fpafmodique ,  101 

XXXVIII.  OBS.  Vomiffement  fpafmodi- 
que ,  accompagné  de  gonflement  de  Vef- 
tomac ,  de  convuljions  fuivies  de  perte 
de  connoiffance ,  105 

XXXIX.  Obs.  Mouvemens  fpafmodiques 
à  la  fuite  de  couche ,  1 07 

XL.  ObS.  Hémiplégie  fpafmodique ,     108 

XLI.  Obs.  Contorjîon  fpafmodique  de  la 
bouche,  avec  bridement  des  paupières  fu- 
périeure  &  inférieure  fur  le  globe  de 
fœil,  109 

XLII.  Obs.  Strabifme  ,  fuite  a" affection 
fpafmodique  ,  1 1 1 

XLIII.  Obs.  Un  double,  avec  affaiffement 
de  la  paupière  fupérkure  ,  1 1 4 

XLIV.  Obs.  Contorfion  fpafmodique  de  la 
bouche ,  115 

XLV.  Obs.  Jauniffe  fpafmodique,  accom- 
pagnée de  douleurs  vives  ,  ibid. 

XLVI.  Obs.  Ictère  noir ,  complique  de  vo- 
mijfement &  de  marafne ,  117 

XLV  II.  OBS.  Obflruction  au  foie  ,  avec 
jauniffe  invétérée ,  1 1 9 

XLVI II.  Obs.  La  même  que  la  précédente, 

121 

XLIX.  Obs.  Obflruction  de  V ovaire ,    122 

L.  ObS.  Phthifîe  fymptomatique  ,  compli- 
quée a" obflruction   au  foie  &  de  gale  > 

123 


TABLE.  117 

11.  OBS.  Fièvre  irréguliere  ^  avec  ohjiruc» 

don  au  foie  ,  I  lS 

LU.  Obs.  Fièvre-tierce ,  double-tierce,  quarte* 

avec  obflruclion  au  foie ,  115 

LUI.  Obs.  Fièvre  lente  &  toux  quinteufe  9 

M® 
LXIV,  Obs,  Fièvre-quarte  qui  a  éludé,  pen- 

dant  vingt-quatre  ans  ,  l'action  desfèbrU 

fuges  ordinaires  9  ibid. 

LV.  Obs.  Fièvre-tierce  ,  avec  œdème  &  toux 
aiguë,  131 

LVI.  Obs.  Cachexie  fcorbutique  ,  accom- 
pagnée de  toux  aigre ,  convuljive  ,  &  de 
fièvre-quarte ,  13a 

En  quel  tems  V attention  a  été  réveil' 
lee  fur  faction  fébrifuge  des  eaux  de 
Bourbonne ,  1 3  ç 

LVI1.  Obs.  Fièvre-quarte ,  avec  objlruciion 
à  la  rate ,  \yy 

LVIII.  Obs.  Ulcères ,  fuite  d'éryfipèles 
phlegmoneux,  141 

LIX.  Obs.  Ulcère  confidèrable  à  la  partie 

inférieure  de  la  jambe,  144 

Douches  en  gerbes ,  &  douches 

en  colonne,  147 

LX  &  LXI.  Obs.  Maladies  occajionnées 
par  vices  de  la  lymphe  ,  148  &  1  50 

LXII.  Obs.  Rhumatifme  chronique,  gout- 
teux ,  univerfel ,  I  f  3 

LXIII.  Obs.  Rhumatifme  goutteux ,    154 

I-XIV,  OfiS.  Jaunijfe  ,  fuivie  de  fièvre ,  4§ 

Piij 


2i&  TABL  E. 

tranfport ,  d'engorgement  dans  les  artU 
culations  ,  &  de  fièvre-lente  ,  ibid. 

LXV.  OBS.  Sciatiqut  rebellle ,  douloureufe9 
avec  amaigriffement  des  extrémités  infè' 
Heures  y  158 

LXVI.  ÔBS  Rhumatifme  avec  fièvre ,  159 
Efficacité  des  eaux  de  Bourbonne  , 
reconnue  depuis  long-tems  dans  les  ma- 
ladies chroniques  9  fièvres-lentes  ,  quartes  , 
intermittentes  y  160  &  fuivantes. 

LXVII.  OBS.  Colique  néphrétique  &  gra- 
velle ,  162 

LXVIII.  OBS.  Soif  inextinguible  idiopa- 
thique ,  170 

LXIX.  OBS.    Paralyjie  univerfelle  ,  fuite 

d'un  empoifonnement ,  172 

Brandiloire  ,  fa  formation  , 

174 
LXX  &  LXXI.  OBS.  Expulfion  de  corps 

étrangers ,  183,184 

Corollaire ,  195 

Xettre  </e  M.  Ca^iot ,  205 

Defcription  topographique  de  Bourbonne  ; 

Antiquité  de  fes  eaux9  209 

Fin  de  la  Table. 


aiji 


ERRATA. 


PRbfaci  ,  page  xv ,  ligne  j ,  eft  aufli  obfut ,  li[e\  efï 
aullî  obfcur. 

Page  45-,  ligne  10  ,  qui  a  été  fcu&ueufc,  UÇt\  qui  a  été 
iorrùâueufe. 

Page  78  ,  ligne  24 ,  les  moyen*  les  plus  communs ,  llfe\ 
les  moyens  les  plus  connus. 

Page  114,  ligne  avant- dernière ,  put  le  dégager,  Ufe\  pue 
la  dégager. 

Page  145  ,  ligne  ix  de  la  note,  pur  plures  amos ,  lifez 
per  plures   annos. 

Page  147,  ligne  11 ,  au  troifîemc  degré,  life\  au  vingt- 
neuvième  degré. 

Page  l49  »  ligne  19  ,  qu'efface,  life\  qui  efface. 

Page  1 69 ,  ligne  18,  ni  au  foie  de  foufre  lui-même  l 
life\  ui  au  foufre ,  ni  au  foie  de  foufre  lui  «aérne, 


APPROBATION. 

J'A  I  lu ,  par  ordre  de  Monfeigneur  le 
Chancelier,  un  Manufcrit  qui  a  pour 
titre  :  Obfervations  fur  les  Eaux  minérales 
de  Bourbonne ,  &c.  &  je  n'y  ai  rien  trouvé 
qui  puiffe  en  empêcher  l'impreffion.  Paris  , 
le  28  Mai  1771. 

POISSONNIER  DESPERRIERES. 


PRIVILEGE  DU  ROI. 

LOUIS,  par  la  Grâce  de  Dieu,  Roi 
de  France  et  de  Navarre  :  A  nos  amés 
&  féaux  Confeillers  ,  les  Gens  tenans  nos  Cours 
de  Parlement ,  Maîtres  des  Requêtes  ordinaires 
de  notre  Hôtel,  Grand-Confeil ,  Prévôt  de  Paris, 
Baillifs ,  Sénéchaux ,  leurs  Lieutenans  civils ,  ÔC 
autres  nos  Jufticiers  qu'il  appartiendra  :  Salut. 
Notre  amé  le  fieur  Chevalier,  do&eur  en 
médeciue ,  Nous  a  fait  expofer  qu'il  defireroit 
faire  imprimer  &  donner  au|  Public  un  ouvrage 
qui  a  pour  titre  :  Mémoires  &  Obfervations  fur  les 
Eaux  de  Bourbonne ,  de  fa  compofition  ,  s'il  Nous 
plaifoit  lui  accorder  nos  Lettres  de  Privilège  pour 
ce  néceffaires.  A  cesGauses,  voulant  favo-r 
rablement  traiter  l'Expofant  ,  Nous  lui  avons 
permis  &  permettons  par  ces  Préfentes ,  de  faire 
imprimer  ledit  Ouvrage  ,  autant  de  fois  que  bon 
lui  femblera ,  &  de  le  vendre  ,  faire  vendre  & 
débiter  par-tout  notre  Royaume,  pendant  le  tems 
de  fix  années  confécutives ,  à  compter  du  jour 
de  la  date  des  Préfentes,  Faifbns  défenfes  à  tous, 


23 1 

Imprimeurs ,  Libraires  j  &  autres  perfonnes ,  de 
quelque  qualité  &  condition  qu'elles  foient ,  d'en 
introduire  d'impreffion  étrangère  dans  aucun  lieu 
de  notre  obéiffance  ;  comme  aufli  d'imprimer , 
ou  faire  imprimer 3  vendre,  faire  vendre,  dé- 
biter, ni  contrefaire  ledit  Ouvrage,  ni  d'en  faire 
aucun  extrait ,  fous  quelque  prétexte  que  ce  puuTe 
être ,  fans  la  permiffion  expreffe ,  &  par  écrit , 
dudit  Expofant,  ou  de  ceux  qui  auront  droit  de 
lui,  à  peine  de  confifcation  des  Exemplaires  con- 
trefaits ,  de  trois  mille  livres  d'amende  contre 
chacun  des  contrevenans  ?  dont  un  tiers  à  Nous , 
un  tiers  à  l'Hôtel-Dieu  de  Paris ,  &.  l'autre  tiers 
audit  Expofant ,  ou  à  celui  qui  aura  droit  de  lui, 
&  de  tous  dépens ,  dommages  &  intérêts.  A  la 
charge  que  ces  Prélentes  feront  enregiftrées  tout 
au  long  fur  le  Regiftre  de  la  Communauté  des 
Imprimeurs  &  Libraires  de  Paris  dans  trois  mois 
de  la  date  d'icelles  ;  que  l'impreffion  dudit  Ou- 
vrage fera  faite  dans  notre  Royaume ,  &  non 
ailleurs ,  en  bon  papier  &  beaux  caractères ,  con- 
formément aux  Réglemens  de  la  Librairie  ,  & 
notamment  à  celui  du  10  Avril  1725,  à  peine 
de  déchéance  du  préfent  Privilège;  qu'avant  de 
l'expofer  en  vente ,  le  Manufcrit ,  qui  aura  fervi 
de  copie  à  l'impreffion  dudit  Ouvrage,  fera  remis 
dans  le  même  état  où  l'approbation  y  aura  été 
donnée ,  es  mains  de  notre  très-cher  &  féal  Che- 
valier, Chancelier  Garde  des  Sceaux  de  France, 
le  fieur  De  Maupeou  ;  qu'il  en  fera  enfuite 
remis  deux  Exemplaires  dans  notre  Château  du 
Louvre,  &  un  dans  celle  dudit  fieur  De  Mau- 
peou ;  le  tout  à  peine  de  nullité  des  Préfentes. 
Du  contenu  defquelles  vous  mandons  &  enjoi- 
gnons de  faire  jouir  ledit  Expofant  &  fes  ayans 
caufe ,  pleinement  &  paifiblement ,  fans  foufFrir 
qu'il  leur  foit  fait  aucun  trouble  ou  empêchement. 


132. 

Voulons  que  la  copie  des  Préfentes  ~,  qui  fera  im* 
primée  tout  au  long,  au  commencement  ou  à  la 
fin  dudit  Ouvrage ,  foit  tenue  pour  dûement 
fignifiée ,  &  qu'aux  copies  collationnées  par  l'un 
de  nos  amés  &  féaux  Confeillers- Secrétaires,' 
foi  fo;t  ajontée  comme  à  l'Original.  Commandons 
au  premier  notre  Huifïier  ou  Sergent  fur  ce  re- 
quis ,  de  faire ,  pour  l'exécution  d'icelles ,  tous 
actes  requis  &  néceffaires ,  fans  demander  autre 
permifîion ,  &  nonobftant  clameur  de  Haro , 
Charte  Normande ,  &  Lettres  à  ce  contraires  ; 
Car  tel  eft  notre  plaifir.  Donné  à  Paris,  le  tren- 
tième jour  du  mois  de  Septembre  ,  l'an  de  grâce 
mil  fept  cent  foixante-dix,  &  de  notre  Règne  le 
cinquante-huitième.  Par  le  Roi  en  fon  Confeil. 

Signé    LEBEGUE. 

Regiflré  fur  le  Regiftre  XVIII  de  la  Chambre 
Royale  6*  Syndicale  des  Libraires  &  Imprimeurs 
de  Paris ,  n?  1597,  yô/.  {749 ,  conformément  au 
Règlement  de  1723 ,  qui  fait  dèfenfes  ,  art.  4,  à 
toutes  perfonnes ,  de  quelque  qualité  &  condition 
quelles  foient ,  autres  que  les  Libraires  &  Impri- 
meurs 3  de  vendre ,  débiter ,  faire  afficher  aucuns 
Livres  pour  les  vendre  en.  leurs  noms  ,  foit  qu'ils 
s'en  difent  les  auteurs  ou  autrement ,  &  à  la  charge 
de  fournir  à  la  fufdite  Chambre  huit  Exemplaires 
Jprefcrits  par  l'article  108  du  même  Règlement,  A, 
RfriSf  çe$Ottobre  1772. 

Signé  JOMBERT  pert,  Syndict 


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